Salut aux trois perdus qui tomberont par ici, et merci d'avoir eu la curiosité de cliquer sur ce premier chapitre (4 autres à venir). J'ai écrit cette fic parce que je le peux. Dans le plus pur style "what if" et sans grande prétention, je vous présente : et si Michael Burnham avait rencontré un tout jeune James Kirk ? Vous croyez que tout va se passer comme sur des roulettes ? Comptez moyennement dessus.
Burnham / Young!Kirk, c'est ennuyeux ? OK, et bien alors formulons ça autrement : et si le fait que Kirk ait choisi Spock comme Premier Officier... n'était pas complètement dû au hasard ? Pas mieux ? Bon je ne peux rien pour vous ! :-D

Relecture : Chiara Cadrich, dont les capteurs sont toujours aiguisés

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THE RUNABOUT INTRUDER

Un crossover ST Discovery / ST The original series

Genre : Huis clos

Personnages : Michael Burnham - James Kirk

Continuité : Début de Discovery S1E03 "Le contexte est pour les rois", et pré Star Trek TOS.

Pitch : 10 ans avant Star Trek Classic. La Fédération vient d'entrer en guerre avec les Klingons suite à une offensive d'initiative terrienne (!) à la Bataille des Étoiles Binaires. Michael Burnham ex-premier officier de l'USS Shenzhou a été jugée et condamnée à vie pour mutinerie et acte de guerre ayant entraîné cette débâcle. Après six mois dans une prison de haute sécurité, elle est transférée dans une colonie pénitentiaire. Durant le voyage qui doit l'y conduire, le cargo est soumis à une avarie qui laisse les quelques prisonniers à la dérive et promis à une mort imminente.

A quelques parsecs de là, un sémillant lieutenant de Starfleet en route pour rejoindre l'USS Farragut où il est en poste, capte leur signal de détresse et décide de ne pas se mêler de ses oignons

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MICHAEL

Glissant devant une nébuleuse vivement colorée, le vaisseau de transport de prisonniers se traînait à vitesse d'impulsion depuis un bon moment. Pour ce qu'on en voyait à travers les étroites baies vitrées qui couraient le long de son fuselage renforcé, la zone de l'espace qu'il traversait semblait particulièrement agitée par des éclairs erratiques.

La navette était un modèle classique qui n'aurait pas dépareillé tant que cela comme fourgon blindé à d'autres époques. Elle comportait douze places à l'arrière – six fauteuils sécurisés d'un côté et six de l'autre, sans compter le poste de pilotage. Quatre d'entre eux étaient occupés par des détenus entravés faisant route vers la colonie pénitentiaire de Tellun. Deux hommes et deux femmes.

L'une des prisonnières, la seule à porter une combinaison jaune d'œuf, était une jeune femme noire au visage inexpressif. Elle était assise à part mais la ségrégation géographique dont elle faisait l'objet n'était pas due à sa race ou à son apparence.

Garder ses distances avec les autres lui convenait tout à fait cependant et lui permettait de les avoir à l'œil, tout en ruminant les sombres pensées qu'elle gardait pour elle. Leurs spéculations creuses sur leur futur séjour dans la mine où ils auraient à effectuer leur peine étaient déjà assez agaçantes. Eux en verraient peut-être le bout, un jour lointain ; elle non.

Elle en était là de ses ruminations acides quand le jeune imbécile brun du milieu s'esclaffa avec un certain mépris :

— Et alors, Starfleet, bouh, t'es là parce que t'as fait le mur pendant le couvre-feu, c'est ça ?

Ancien premier officier de l'USS Shenzhou, Michael Burnham ne releva pas. Ce n'était pourtant pas l'envie de lui défoncer les dents qui lui manquait, parce qu'elle en était toujours au stade de la colère, mais elle s'efforçait de ne pas aggraver davantage les charges qui pesaient sur son dossier... Même élevée sur Vulcain, elle restait humaine et ses pulsions agressives se portaient bien, merci. Les lourdes menottes entravant ses pieds et ses poignets la blessaient mais elle ne fit pas le moindre mouvement, ne voulant pas leur donner cette satisfaction.

Cela aurait été sans doute trop beau si le reste des passagers se l'était tenu pour dit. Comme elle, ils étaient là depuis des heures et cherchaient visiblement un bouc-émissaire comme exutoire à leur frustration. Ce fut le deuxième homme assis le plus à droite, un grand et chauve barbu, qui la leur fournit en leur apprenant à qui ils avaient réellement affaire.

L'atmosphère changea tangiblement.

Jusqu'à présent, l'autre prisonnière sur la gauche s'était contentée de conserver une indifférence vaguement irritée – peut-être heureuse qu'on ne s'en prenne pas à elle. Mais son attitude se mua en franche hostilité. Offusquée de se trouver dans le même cargo, l'asiatique au visage chafouin cracha que sa cousine faisait partie des premières victimes tuées pendant la Bataille des Étoiles Binaires. Le premier acte d'une guerre toujours pas terminée que l'insurgée Burnham avait notoirement déclenchée en ouvrant l'assaut par une petite "salutation vulcaine".[1]

Elle n'avait absolument pas besoin qu'on le lui rappelle, elle ne pensait qu'à cela depuis des mois.

Cherchant à échapper à ces récriminations déjà usées, le regard de Michael erra sur les ouvertures, situées au-dessus des sièges. Dans les angles arrondis, de fines particules lumineuses comme des lucioles commençaient à s'accumuler à l'extérieur. C'était mauvais signe. Elle pinça brièvement les lèvres en comprenant mais ne dit rien. Ajouter la panique au tempérament explosif des autres n'aurait certainement rien arrangé.

Inconscients de la menace imminente, ses compagnons de voyage étaient toujours occupés à lui adresser de vaines insultes. Rien de pire que ce qu'elle ne cessait de se répéter elle-même depuis six mois d'emprisonnement. Elle connaissait le nombre exact de pertes humaines dont elle était responsable. Elle revoyait la mort de son capitaine, Philippa Georgiou, qu'elle admirait et à qui elle avait failli… Le désastre qui avait résulté de cette bataille était considérable, étouffant dans l'œuf une carrière qui s'était toujours annoncée comme "prometteuse"... Terme euphémique de Starfleet pour désigner celles qui sortiraient du lot par leur leadership.

Et elle avait tout ruiné. Ce n'était pas faute d'avoir pourtant appliqué la solution la plus logique proposée par Sarek… Même aujourd'hui elle pensait toujours qu'il n'y avait pas de faille dans le raisonnement de son père adoptif. Par contre, personne ne semblait avoir voulu le comprendre au moment de son procès. Dommage qu'elle ait appris cette leçon si tard.

Les petits essaims agglutinés à l'extérieur de la navette commençaient franchement à la préoccuper.

— Espèce GS54… laissa-t-elle échapper avec un frémissement de sourcil.

C'était à peine audible mais cela vint une seconde avant la note discordante de l'alarme de bord.

Cette confirmation implicite ferma d'un coup le clapet des prisonniers civils, qui se tournèrent nerveusement vers l'avant. Gansée dans sa combinaison renforcée, la pilote finissait déjà d'ajuster son casque étanche au son d'un cliquetis. Elle avait vu elle aussi, elle savait... Très calme, la femme se contenta de passer devant eux en leur faisant à peine l'aumône d'un regard ennuyé pour annoncer :

— Je sors m'en occuper tout de suite.

Les deux prisonniers masculins réagirent bien pour demander si la navette "allait se piloter tout seule" et elle les ignora après un bref écarquillement des yeux et une moue catastrophée face à tant de bêtise. Tranquillement, elle se dirigea vers le sas pour sortir dans l'espace et mieux évaluer la situation. Elle avait probablement fait ça des dizaines de fois.

Parce qu'elle était (ou plutôt avait été) officier scientifique, Michael se permit de fournir une explication sommaire qu'elle énonça à voix basse.

— Ces créatures se nourrissent d'électricité. Si on ne s'en débarrasse pas tout de suite, elles absorberont toute l'énergie de la navette en un temps record, ce qui nous laissera le choix entre mourir d'asphyxie ou mourir de froid, quand les systèmes de survie ne seront plus alimentés. Ce sera douloureux dans les deux cas…

Elle se fichait qu'on l'écoute ou pas. A ce moment précis, il lui était difficile de faire abstraction du gâchis. Humaine sortie promue xénoanthropologue de l'Académie des Sciences de Vulcain, sa seule perspective d'avenir aurait été désormais de fouiller le sol à quatre pattes pour trouver du minerai… mais ça, c'était dans l'hypothèse où ils arrivaient à la colonie.

Les autres ne trouvèrent rien à rétorquer, semblant méditer enfin la réalité de leur situation.

Et cela dura jusqu'à ce que le corps sans vie de leur pilote soit aperçu tournoyant dans l'espace face à la baie principale.

La surprise fut générale. Il n'y avait eu aucun signe avant-coureur, aucun bruit anormal. Sauf quand ils entendirent son corps rebondir deux fois lugubrement sur la carlingue. A cet instant, ils comprirent qu'ils étaient désormais seuls, attachés et promis à une mort certaine.

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De là, les autres prisonniers perdirent leur calme et commencèrent à s'acharner frénétiquement sur leur entraves, Michael les laissa faire sans elle.

Ils ne s'interrompirent que lorsqu'une longue gerbe d'étincelles explosa sur la console de pilotage désertée. Ce court-circuit eut un résultat inespéré : d'abord tous les libérer d'un coup, ensuite couper les moteurs et plonger la navette dans le noir le plus total. Inutile de vous dire que ce n'était pas quelque chose qui arrivait souvent, même dans l'espace.

A tâtons, le grand chauve musculeux se précipita vers la console et s'arracha les rétines sur les commandes d'un air effaré en demandant :

— L'un de vous trois sait piloter ça ? Toi Starfleet, sûrement ?

Sous les regards haineux et paniqués des deux autres qu'elle devinait sans peine, Michael s'approcha tranquillement et désigna une zone précise faiblement rétroéclairée sur la dalle tactile.

— Ici, on peut envoyer une balise de détresse. Et prier pour qu'un vaisseau soit à portée et puisse intervenir à temps…

L'ombre du grand détenu ventripotent se pencha sur elle et sa voix refusa d'un ton coupant :

— Pas question. Il faut piloter ce truc et s'échapper avec !

Stupide. Ils étaient à des milliers d'années lumières de rien, pas attendus avant deux jours sur Tellun, sans propulsion, sans détecteurs, sans système de communication… Les autres n'avaient pas l'air de capter que d'une façon ou d'une autre, ils seraient tous morts dans moins de trois heures.

Déchirant les ténèbres avec force crépitements, une nouvelle gerbe d'étincelles plus sinistre encore fleurit sur le panneau de commandes, en les faisant sursauter. Des néons bleus s'allumèrent en clignotant avec beaucoup d'hésitation.

— On vient de passer sur une puissance auxiliaire de secours, annonça-t-elle.

En fait, cette précision était parfaitement inutile car ces gens n'étaient pas sous ses ordres et ils n'interprétaient pas ses propos de façon à agir en conséquence. Aussi appuya-t-elle d'autorité sur la commande du signal de détresse. Les trois autres crièrent de protestation en comprenant l'implication de son geste et se jetèrent sur elle pour la rouer de coups vengeurs.

— Sale garce ! cracha l'autre prisonnière. Je savais qu'elle était pas fiable et qu'elle nous trahirait à la première occasion ! Il faut se débarrasser d'elle !

Étonnamment, les deux autres détenus lui obéirent.

Durant les quelques minutes qui suivirent, l'ancien lieutenant-commandeur mit largement à contribution ses talents pour le Suus Mahna et réussit malgré l'exiguïté des lieux à flanquer très vite les deux plus légers au tapis. Elle s'aperçut trop tard que le plus fort était sorti de son champ de vision quand elle prit par derrière un violent coup sur le crâne.

Froidement, une part d'elle-même contempla son destin tandis qu'elle glissait au sol. De son point de vue, mourir d'une façon si douce lui faisait l'effet d'une grâce qu'elle n'avait pas méritée. Du coin de l'œil, elle aperçut encore les lucioles électrophages se goinfrer derrière les lucarnes et puis sa paupière se ferma sans qu'elle oppose de résistance.

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Notes de l'auteur

Le titre de la fanfic est forgé sur "The Turnabout Intruder" (dernier épisode de la dernière saison TOS). En l'occurrence, j'ai aussi hésité avec "Sister of the mind" ("l'intérêt" de la fic résidant dans les liens existants entre Spock et Michael, dont on n'a jamais entendu parler dans TOS).

[1] Des salutations vulcaines est le titre du 1er épisode de Discovery. Comme vous le savez sûrement, d'ordinaire le salut vulcain est assez inoffensif, et assorti d'un bénin "longue vie et prospérité". Dans ce cas, précis le conseil de l'Ambassadeur vulcain (Sarek) qui se trouvait là, avait été de répondre aux Klingons dans la seule langue qu'ils comprennent et respectent : l'intimidation. Il est à noter que pour la Fédération, la situation se présentait comme choisir entre deux maux : suivre le protocole pacifique et se faire laminer par des Klingons remontés à bloc ou tenter l'effet de surprise et choisir son terrain, en appliquant l'adage voulant que l'attaque soit la meilleure défense, particulièrement envers un peuple guerrier et vindicatif ...