Disclaimer : Harry Potter, noms et lieux sont la propriété de J. K. Rowling et Warner Bros Corp. en leurs titres respectifs.

Annonce : Je propose à votre bienveillante attention, chers lecteurs, une version dépoussiérée de « l'évadé », une fiction qui a été publiée il y a bien longtemps sous le même titre. Je vous suggère de le relire, car il y a quelques modifications par rapport à la version originale. Quelques passages ont été supprimés, d'autres ont au contraire été rajoutés. Pourquoi tous ces changements ? Tout simplement pour adhérer au canon officiel, à savoir les six premiers tomes parus de Harry Potter. Bonne lecture.

L'évadé

Azkaban.

Rien que son nom, encore aujourd'hui, suffit à faire courir sur mon échine un frisson d'effroi. Je ne veux plus y penser. Mais Remus pense que je dois. Pour exorciser cette peur. Je lui ai ri au nez, bien sûr, je lui ai dit :

« Enfin, Rem', tu sais bien que c'est du passé, je me suis évadé, c'est fini. »

Mais il m'a regardé de ses yeux, de ses yeux qui voient tout. Il n'a pas été dupe, le vieux renard – ou devrais-je dire, le vieux loup. Il me connaît mieux que je ne me connais moi-même. Puis il a souri. Remus a toujours eu ce don exaspérant, celui de voir, d'être compréhensif quand bien même l'on ne le voudrait pas. Je pense qu'il pourrait rivaliser avec Albus dans ce domaine. Il regarde, il croise mes yeux, il sait, je sais qu'il sait, il sait que je sais qu'il sait, et ainsi de suite. Puis il sourit. Toujours le même rituel.

« Si tu ne veux pas m'en parler, écris alors ! »

C'est ce qu'il a dit. Puis on a parlé de choses et d'autres : de l'Ordre du Phénix, du portrait de ma mère que nous n'arrivions toujours pas à décrocher, dans le grand hall, et des péripéties de notre cinquième année. Mais moi, je pensais toujours à ce qu'il m'avait dit. Peut-être que je pourrais essayer, au fond. Qu'est ce que je risque ? Et me voilà, avec une belle plume d'oie en main, à tremper l'embout dans l'encre.

Maintenant c'est fini. Je veux dire – mon rôle à moi, dans cette histoire. Je suis ici, au Square Grimmaurd, et je tue les créatures nuisibles qui infestent la maison, et le temps, surtout le temps. Je ne puis sortir de la maison de mon enfance, car les Aurors sont toujours à ma recherche. La solitude me pèse, l'inaction aussi. Les membres de l'Ordre ont tous des missions à remplir, des gens à surveiller, des prophéties à protéger, et moi, je n'ai rien à faire, si ce n'est désinfecter les tapisseries de cette maison. Ce rôle me remplit d'amertume, j'ai une écrasante impression d'inutilité – comme Rogue n'hésite pas me le rappeler.

Mais je commence par la fin. Ce n'est pas une bonne idée. Maintenant que j'ai débuté, je me sens capable de continuer à écrire jusqu'au bout de la nuit. Il fait noir, je viens de pousser le gaz des lampes au maximum et pourtant il fait toujours obscur. Le premier coup de minuit vient de sonner, c'est la vieille horloge de mère qui sonne dans le salon.

L'horloge. Elle sonnait. C'est elle qui a tout déclenché. Elle sonnait douze coups, les douze coups de minuit. Nous venions de faire le sortilège de Fidélitas pour mettre en sécurité James et Lily. Je me rappelle paroles de Dumbledore :

« Vous n'êtes plus en sécurité, disait-il d'une voix inquiète, Voldemort vous a pour cible. »

Lily tenait dans ses bras un Harry de près d'un an, qui la regardait attentivement de ses yeux verts.

« Comment ? s'exclamait-t-elle alors. Mais… Nous ne pouvons plus nous cacher, Albus ! Avec Harry, c'est impossible ! »

- Effectivement, avait rajouté Albus, scellant notre destin à tous les quatre, vous utiliserez le sortilège de Fidélitas. »

Lily n'était pas première en enchantements pour rien. Elle était la seule à savoir en quoi consistait ce sortilège. Albus nous l'expliqua :

« Il s'agit de cacher le secret de votre emplacement au cœur d'un être unique. Dès que ce sera fait, nul ne pourra vous repérer, même s'il se trouve à deux mètres de vous, à moins que le dépositaire du Secret ne soit disposé à vous le révéler.

« Bien sûr, avait-t-il rajouté en me regardant, il vous faut quelqu'un de toute confiance.

- Nous prendrons Sirius, dit James qui tenait à son tour Harry, j'ai confiance en lui.

- Très bien, dit le directeur. »

Je perçus en lui une once d'inquiétude. Il savait que l'un des proches des Potter divulguait des renseignements à l'ennemi. Mais il ignorait lequel. Comment aurait-il pu soupçonner le petit, le grassouillet, le minable sans-talent qu'était Peter ? Probablement me suspectait-il déjà. Je ne savais pas qu'il croirait par la suite que ses craintes avaient été fondées.

Le sortilège fut effectué quelques jours plus tard. Mais ce ne fut pas moi le Gardien du Secret. Ce fut Peter. Alors que je faisais la plus grande erreur de ma vie, je croyais faire preuve d'une grande sagacité. Je pensais à coup de bluff. Ce ne serait pas bien compliqué pour les ennemis des Potter de deviner qu'ils me choisiraient comme Gardien, par contre, qui irait soupçonner le petit Queudver ? Au dernier moment, je proposai de prendre Peter à ma place. Ni James ni Lily ne s'y opposèrent : ils avaient surtout comme principale préoccupation de mettre leur fils à l'abri. Albus ne fut pas mis au courant.

Je rentrai dans ma planque, heureux de savoir les Potter en sécurité. Peter était dans une cachette introuvable, et moi je n'étais pas une des cibles principales de Voldemort. Tout me paraissait aller pour le mieux. Je me suis préparé un repas bien chaud, car il faisait déjà glacial. C'était Halloween, et j'espérais le fêter seul dans la mesure où je le pouvais, avec les maigres provisions qui traînaient dans mon garde-manger. La guerre m'avait forcé à me serrer quelque peu la ceinture. Mon repas prêt, je m'installai à cette table de bois clair où j'écris actuellement. Je mangeais. Le tic-tac de l'horloge du salon était oppressant. Le bonheur que j'avais ressenti quelques heures auparavant n'était plus. Plus du tout.

Et, comme pour annoncer ce qui allait suivre, minuit sonna. Je n'ai jamais vraiment cru aux cours de divinations, et à ces interminables séances de lecture de nos destinées dans les astres et dans les boules de cristal ; mais là, ce fut très fort. Un pressentiment. Un lourd, un horrible pressentiment. Le son de cette horloge m'avait toujours fasciné, mais cette fois là bien plus que les autres. Je n'y tins plus. Je jetai une poignée de poudre magique dans ma cheminée, pour appeler Peter.

- Peter ! criais-je, Peter !

Je m'époumonai en vain pendant une bonne dizaine de minutes. Je venais d'utiliser tout ce qu'il me restait de Poudre de Cheminette, je ne pouvais donc le rejoindre par le réseau des cheminées. Mais j'avais ma moto, ma bonne vieille moto volante. Dans le domaine du magique, voler était une de ses moindres capacités : en effet, elle savait sauter quelques dizaines de kilomètres en un instant, assez aléatoirement. C'était le fruit d'une combinaison unique de la technologie moldue et du savoir sorcier.

Mais cette fois, je n'éprouvais aucun plaisir à voler dans la nuit. Je me préoccupais surtout d'arriver le plus vite possible à destination. J'allais vers la cachette de Peter, une vieille bâtisse abandonnée. Il n'y avait personne. Pas un chat.

J'ai pris peur. Mon pressentiment s'était-il révélé exact ? Que pouvait bien signifier l'étrange absence de Queudver ? Il avait pourtant bien été convenu, sans aucune alternative possible, que Peter devait rester dans sa planque et ne pas bouger ! Moult idées plus folles les unes que les autres se joignirent pour repousser celle qui s'imposait à moi : si c'était lui, le traître qui révélait tous nos déplacements à Voldemort ? Soudain, mon estomac se noua. Godric's Hollow… Si Peter – non, il n'aurait pas fait ça – mais si… Si Peter avait été dire à Voldemort le Secret de…

Mais je ne pouvais plus, vous me comprendrez, rentrer chez moi gentiment et dormir du sommeil du juste. Je devais m'assurer. M'assurer que tout cela n'était qu'une simple erreur. Peter… Peter était si gourmand ! Il devait être descendu à Pré-au-lard pour s'acheter des provisions. Mais non enfin, Sirius, réfléchis, tout est fermé il est plus de minuit, voyons !

Je tournai quelques précieuses minutes autour de ma moto à réfléchir. J'enfourchai à nouveau ma moto, et je me dirigeais rapidement vers Godric's Hollow. Helena – c'est le surnom affectueux de ma moto – fonçait comme elle n'avait jamais foncé. Elle sautait des cinquantaines de kilomètres sans protester, comme si elle sentait qu'il se passait réellement quelque chose d'affreux.

Tout devient un peu confus dans mes souvenirs à partir de là : je me souviens très bien de la Marque des Ténèbres qui flottait au-dessus de leur maison, je me souviens de ma panique, je me souviens d'avoir accéléré au maximum. Mais dans mon angoisse et dans ma perdition, je ressentais que l'Irréparable avait déjà été commis. A travers mes larmes, je voyais clairement qu'ils étaient morts. Mais je refusais d'y croire. Finalement, j'ai atterri.

Je me rends compte que Lunard avait peut-être raison. C'est bizarre, mais maintenant que je couche ces mots sur ce parchemin, je me demande si je ne me sens pas mieux qu'avant. Je me sens un peu ridicule d'écrire ce texte que sans doute personne d'autre que Remus ne lira jamais, mais pourtant… Et je parie que tu es en train de te moquer de moi et de sourire dans ta barbe, Lunard, mais tu sais, je n'ai jamais été un grand consommateur de littérature comme toi ; moi, j'étais plutôt enclin à faire enrager Rusard la nuit dans les couloirs de l'école tandis que tu dévorais Shakespeare et Zola.

Bon, je continue. Je ne vais pas m'éterniser sur ce moment là, vous comprendrez, et toi aussi Rem', que c'est un souvenir qu'il ne me plaît pas trop d'évoquer. J'ai trouvé leurs cadavres. Bon. Je vous fais grâce d'une description interminable de l'état dans lequel j'étais à ce moment là. Sachez seulement que j'étais dans un état de chagrin qui confinait à la folie. Mais Harry, ce sacré petit bonhomme dont je suis le parrain, je ne le trouvai pas immédiatement parmi les décombres. Puis j'entendis un vagissement de bébé. Et je saisis Harry dans mes bras. Il pleurait, le pauvre, et il avait une grande plaie sanguinolente sur le front. Voldemort n'était plus, et il ne devait revenir parmi nous que bien des années plus tard. Je ne sais pas combien de temps je suis resté, assis sur un muret, le seul qui était resté debout. Longtemps, sans doute. Je n'entendais pas les pleurs d'Harry, je n'entendais en réalité que mon égoïste douleur. Je pense que j'ai eu des hallucinations, j'ai vu des formes étranges, et des couleurs bizarres. Je crois que j'ai eu là un aperçu de ce qui m'attendait dans la prison d'Azkaban. Puis, Hagrid est arrivé. Il a tenté de me consoler, gentiment comme lui seul sait le faire. Puis il m'a enlevé Harry. Je crois que j'ai vaguement protesté, mais j'ai renoncé. Hagrid est allé porter Harry chez son oncle et sa tante. Je lui ai prêté ma moto volante. Mon Dieu ! Quand j'y repense, le seul fait que j'ai accepté de prêter ma moto volante à Hagrid prouve bien que j'étais dans un état terrible. Il s'en est allé. Je serais peut-être encore aujourd'hui sur ce muret de pierres à pleurer, si une autre voix, très forte, ne m'avait ramené à la raison.

C'était la voix de la punition. Je n'entendais que cette voix qui criait vengeance. Et je salivais (tu m'excuseras Remus) à l'avance à l'idée du châtiment que j'allais faire subir à Peter quand je le retrouverais. Mes larmes se sont séchées, et j'ai brusquement retrouvé la force de marcher, même de transplaner.

Ce ne pouvait être que Peter. Il ne pouvait être allé bien loin. Ce sale rat devait se sentir bien esseulé, car au moment ou son masque tombait, son maître disparaissait. Cela sonnait comme un glas, comme la morale d'une fable sordide. Je l'ai cherché. Sans ressentir la moindre fatigue, j'ai cherché méthodiquement, avec une rigueur implacable tous les endroits où il pouvait s'être terré. J'ai passé plus de 24 heures à ces recherches, 24 heures sans dormir ni manger. Pourtant, je ne me souviens pas avoir été plus lucide qu'à ce moment là. Puis je l'ai trouvé. Son idée n'était pas fameuse : il espérait trouver un abri chez sa mère. Je l'ai intercepté en chemin.

Peter était là, dans une rue pleine de monde, tremblant de tous ses membres. Il devait être à peu près cinq heures de l'après-midi.

« James et Lily, Sirius, je ne sais pas ce qui s'est passé ! On les a tués !

- Je sais. »

Je fis une pause. Je suppose que Peter a compris en lisant dans mon regard que le mensonge serait inutile. Son effroi a augmenté.

« Et je sais aussi qui les a tués, rajoutai-je.

- Voldemort ! Oui, c'est Voldemort qui les a tués ! »

Il était si terrorisé qu'il en oubliait sa peur du nom du Seigneur des Ténèbres, qu'il appelait généralement « Tu-Sais-Qui ».

« Non, ce n'est pas Voldemort qui les a tués, dis-je, d'un ton calme qui annonçait la tempête.- Mais… Qui alors ?

- Tu devrais le savoir, Queudver.

- Non… gémit-il. Pas du tout ! Je n'en sais rien ! »

C'est à cet instant là que la meilleure idée de la médiocre existence de Peter germa dans son esprit. Une idée qui devait être la cause de mes douze années d'emprisonnement. Une idée de traître, une idée de rat qui, acculé, contre-attaque brusquement.

« Sirius, s'exclama-t-il d'un ton accusateur sans se préoccuper des Moldus qui étaient attirés par la violente dispute, c'est toi ! J'aurais dû m'en douter ! Bien sûr que c'est toi ! C'est toi qui les as tués ! Tu étais leur Gardien du Secret ! Lily et James, Sirius, comment a-tu pu ? »

J'avoue qu'au moment même, je n'ai pas compris où il voulait en venir. A toi, lecteur, de déterminer si j'en suis excusable.

« C'était toi le traître, éructa-t-il, assassin ! »

J'avais l'esprit complètement obnubilé par l'anticipation du plaisir que j'aurais à le tuer. Le mot « assassin » ne m'atteignit pas. Je crois que j'ai eu un rictus. Il poursuivit.

« Ils étaient tes amis Sirius ! »

Il avait déjà pris sa décision, à ce moment là, et il s'apprêtait à passer à l'acte. Sa main descendit à la hauteur de sa cape.

« Pourquoi ? Pourquoi a-tu fais ça Sirius ? »

Il aurait dû faire du théâtre : très convaincant, vraiment. Il continua ses jérémiades, mais je ne l'écoutais déjà plus. Sa main plongea dans sa poche.

« Et Harry, qu'en as-tu fait ? »

Tous les passants nous regardaient, à présent. J'ai dégainé ma baguette magique. Peu m'importait que nous fussions dans une rue moldue, entourés de moldus. Pour les conséquences, on verrait après. Peter a dû se dire qu'il n'avait aucune chance de ma vaincre – sur ce coup-là, il avait raison – il a donc choisi la seule issue qui s'offrait à lui.

Tout s'est alors précipité. Peter a soudainement lancé le sort le plus puissant qu'il connaissait au-dessus de son épaule. Tous les passants, dans un rayon de cinq mètres, ont été balayés par l'explosion. Moi, je contemplais, béat, la situation en demeurant immobile, la baguette tendue vers le traître. Puis Peter s'est coupé un doigt, juste avant de se transformer en rat et de s'enfuir par un soupirail. J'admire la lucidité dont il parvint à faire preuve à un moment pareil, c'est bien la preuve que rien n'importe plus, pour les rats de son espèce, que la sécurité.

Je restai, seul. Je n'entendis pas les hurlements des survivants. A mes pieds, les cadavres des Moldus gisaient sur l'asphalte.

La situation était risible, vraiment. Je me mis à rire. C'était loin d'être un rire joyeux, c'était plus un rire nerveux qu'autre chose en réalité. Mais je crois que c'était encore plus que ça. En fait, oui, la situation était vraiment comique. Peter, le petit misérable Peter, venait de me rouler comme un bleu, moi, Sirius Black, l'un des premiers de ma promotion à Poudlard. C'était un rire cynique, comme la chute d'une blague que moi seul pouvais comprendre. De l'humour noir pour un chien noir. C'était un rire de dérision, qui aurait pu très bien être remplacé par des pleurs.

Si j'avais su ce qui m'attendait, j'aurais fui. Mais j'ignorais qu'on me prenait pour l'assassin. Aurais-je pu le deviner ? Un homme normalement prudent et diligent aurait préféré ne pas courir ce risque. Cependant, dans l'état où je me trouvais, c'était une tâche presque impossible. Je n'avais pas mangé depuis plus de vingt-quatre heures, on venait d'assassiner deux de mes meilleurs amis, et un troisième s'avérait être le traître, je crois que cela mérite au moins une circonstance atténuante.

Les gens du Ministère sont arrivés. Le vieux Cornélius Fugue a regardé la scène avec effarement. Il était accompagné par la brigade des catastrophes magiques. Ils m'ont menotté. Là, je pensais que j'aurais encore l'occasion de leur expliquer ce qui c'était passé. Mais non. J'ai vu leurs regards haineux, je les ai vu ramasser le doigt de Peter. J'ai compris qu'ils pensaient que c'était tout ce qui restait de lui, qu'ils pensaient que c'était moi qui l'avais assassiné. Je m'égosillai, mais l'on me mit sous sortilège de silence.

J'ai commencé à être inquiet quand je vis le manque de ménagement avec lequel on me traitait. Je voulais clamer mon innocence, mais j'étais muet. J'ai retrouvé en fouillant les archives de la Gazette du Sorcier les articles annonçant ma capture, à peine ombragée par la défaite de Voldemort. Je retranscris ici un passage éloquent :

« Les membres du département de la Réparation des catastrophes magiques, avec Cornélius Fudge à leur tête, ont été dépêchés sur les lieux très rapidement. Nous avons réussi à interroger Monsieur Fudge, dont certains prétendent qu'il sera le prochain Ministre de la Magie.

"La culpabilité de Black ne fait aucun doute", a-t-il déclaré, "nous sommes arrivés sur les lieux tandis que le meurtrier s'esclaffait d'un rire dément près des restes de son ancien ami. Son crime est tellement évident que nous hésitons à le faire comparaître devant les tribunaux qui sont déjà surchargés par les arrestations consécutives à la chute de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. La Justice n'a que faire de statuer sur des criminels dont la détention à vie est déjà courue." »

Vous avez à présent une meilleure idée de l'état d'esprit qui régnait à ce moment-là. De plus, je pense que le délire et l'euphorie dans lesquelles la majorité des Sorciers vécurent quelques mois après la chute de Voldemort les avaient rendus assez partiaux, si j'ose m'exprimer ainsi. Ils réclamaient vengeance. Et j'étais une victime de ce sentiment.

Menotté par des fers ensorcelés, je n'avais aucun espoir d'évasion. Un fourgon du ministère m'emmena sous haute garde. J'espérais toujours avoir droit à un procès. Mais dès que les sortilèges d'insonorisation cessaient d'avoir effet sur moi, ceux qui m'escortaient les renouvelaient, pour ne pas entendre mes protestations. Je ne comprenais pas pourquoi ils refusaient de m'écouter. J'ignorais que le sort en avait déjà été jeté. Acta est fabula. Je retranscris maintenant une partie de l'article du Mensuel du Département de la Justice Magique, qui est un journal spécialisé qui consigne les résumés de tous les procès sorciers de Grande-Bretagne.

« (…) Bartémius Croupton, Juge des Grandes Instances des Tribunaux de la Justice magique de Grande-Bretagne, a rendu le jugement, rendu sous procédure expéditive, de Sirius Black ce vendredi 20 novembre. (…) En raison de l'encombrement des tribunaux et de l'évidence de l'affaire, la sentence fut proclamée en l'absence de l'accusé. (…) Le jugement est sans appel : incarcération à vie dans en la prison d'Azkaban. (…) »

Lorsque je sortis du fourgon, j'étais dans un petit port éloigné des Moldus, à l'aspect sinistre. Les vagues clapotaient doucement sur la mer. Eloigné de quelques kilomètres de la côte, un îlot effrayant me rappelait ce que j'avais entendu à propos d'une certaine prison. C'est là que je compris, bien que j'aie imaginé l'hypothèse bien plus tôt : On voulait m'enfermer, m'enfermer à Azkaban.