Chapitre 1: De l'autre côté des mots

- Mademoiselle Aghast! Silence, je ne le répèterai pas!

Lyciane se redressa sur sa chaise et afficha un sourire angélique à la face grinchonnante de la prof de math. Celle-ci retourna à ses fonctions cosinus. Un instant plus tard, Lyciane était à nouveau penchée sur la table de sa voisine.

- Moi je pense que c'est Sirius, murmura-t-elle. C'est clair, ça ne peut être que lui. Ou Dumbledore, mais il est quand même très important…

- Tu as pensé que ça pourrait être Harry? chuchota Mary en roulant des yeux.

- Hein? Nan! jamais! s'exclama Lyciane un peu trop fort.

La prof se retourna à nouveau. Si ses yeux avaient été visibles derrière sa touffe de cheveux, ils auraient lançé des éclairs (ou des Avada Kedavra, selon Lyciane).

- Deuxième édition! meugla-t-elle.

La jeune fille prit un air contrit et baissa les yeux. Elle déchira un petit coin de sa feuille et écrivit: " Je t'assure, Harry ne peut pas mourir. Tout le monde carboniserait JKRowling."

Mary lut le mot et hocha la tête. Puis elle répondit: " Ms si Harry ne meurt pas, les fans vont la tanner jusqu'à ce qu'elle écrive un 8ème tome. Je parie qu'elle va se prévaloir contre ça, et tuer HP c le meilleur moyen."

Elle avait rajouté un petit éclair au bas du P, comme sur la couverture du livre. C'était leur grand jeu, à toutes les deux. Écrire des HP sur tous les murs et sur les tables du lycée. Jeu qui leur avait valu plus d'une heure de colle à nettoyer les tables avec les femmes de ménage.

Une ombre surgit dans le dos de Lyciane et s'empara du papier.

- Hum hum. Je ne doute pas que vos discussions nécrologiques soient de la plus extrême urgence, mesdemoiselles; mais, dans ce cas, que diriez-vous d'aller les finir dehors?

Et elle se retrouvèrent dans la cour, à traîner des pieds et à shouter dans les mégots de cigarettes (c'est très dur, y faut pas croire, c'est tout petit un mégot. Elles avaient de longues heures d'entraînement derrière elles). Finalement, comme elles avaient une demi-heure devant elles, elles atterirent à la bibliothèque du lycée. Là, Mary ouvrit un gros bouquin de physique, tandis que Lyciane fouinait dans les rayons.

- C'est quoi l'énergie interne d'un corps? lança Mary à son amie.

- 'Sais pas! fit Lyciane depuis le rayon des romans.

- Tu devrais, c'est dans le devoir pour lundi.

- 'Fais chier le prof! grogna Lyciane.

Mais elle se fit rabrouer par la bibliothécaire. Bougonne, elle recommença à fureter dans les rayons. C'est alors qu'elle l'aperçut. Sa tranche rouge luisait doucement, attirant la main irrésistiblement.

Elle extirpa le quatrième tome et l'ouvrit respectueusement. L'exemplaire, qui appartenait au lycée, était écartelé et les pages salies et cornées. Mais ça restait le livre.

- Eh, lança-t-elle doucement à son amie. C'est à quelle page déjà que Dumbledore a une lumière de triomphe dans les yeux? Dernier chapitre?

- Hein? nan nan, l'avant-dernier plutôt.

Lyciane feuilleta un moment.

- Raté, dit-elle. C'est dans le précedent. C'est bien ça, une lueur de triomphe. Je suis sûre qu'il y a quelque chose, tu vois. À cet endroit précis. Je parierais n'importe quoi que Voldemort a commis une erreur en se servant du sang de Harry.

- Ouais ouais, fit Mary distraitement.

- Surtout ne m'écoute pas, marmonna Lyciane.

Ses doigts tournaient délicatement les pages vénérées, couvertes de mots magiques. Là, sous son index léger, elle sentait l'infime relief de l'encre sur le papier. L'encre était vivante. Elle pulsait. Lyciane la sentait, comme un cœur. Comme tous les cœurs des millions de gens qui avaient lu, lisaient et liraient ce livre. Tous les gens qui avaient été ou seraient pris par la magie évanescente que Johann Kate Rowling avait su capturer et coucher sur les pages de son roman.

En fermant les yeux, c'était là. Sous la peau sensible de ses doigts. Elle les voyait, les tourbillons de magie. Dorés, fins comme une fumée, ils s'élevaient et retombaient en arabesques délicates. Ils étaient dans les mots. Elle n'avait qu'à se tendre pour les envelopper, s'inclure en eux, jusqu'à…

- Hé, c'est comment la règle de l'octet déjà? fit Mary depuis sa table.

Pas de réponse.

- Lyciane? Ho ho!

- Hé, Lyciane! dit Mary en se levant pour rejoindre son amie. Tu es complètement absorbée par ton bouquin ou quoi…

À l'endroit où s'était tenue la fille, il ne restait qu'un livre ouvert. De ses pages en bataille s'échappait un tout petit filet de fumée dorée.

- Et mon père il lui a dit, à Fudge, il lui a dit en face, comme ça. Parce que mon père il ne craint pas Fudge, lui. Le vieux schnock ne peut rien contre un Malefoy. Et surtout qu'il est membre du Conseil d'Administration de Poudlard. Fudge n'a qu'à fermer son clapet au sujet de l'école…

Le garçon blond s'immobilisa au milieu du couloir, stupéfait. Les deux trolls qui l'escortaient s'arrêtèrent aussi, mais un mètre plus loin, car il fallait le temps pour l'information de monter à leurs cerveaux.

- C'est quoi ces fringues? se moqua Drago.

La fille était debout devant un tableau, un air stupide sur le visage. Elle était vêtue d'un jean large et d'une veste rouge en velours côtelé. Tout en elle, de la couleur des vêtements à la coiffure, puait le Moldu à cent mètres.

Drago s'approcha à grands pas. Elle écoutait un personnage de tableau monologuer, la bouche ouverte et les yeux ronds.

- Qu'est-ce que tu fous là? cracha-t-il, le plus méchament possible.

Il en était, sûr à présent, cette fille ne pouvait être qu'une Moldue. Ça se sentait. _

Elle tourna lentement les yeux vers lui, sans cesser d'ouvrir la bouche comme un poisson échoué sur la plage.

Et une lueur éclaira ses yeux arrondis de stupeur.

- Mlf?… murmura-t-elle.

- Hein? grogna Drago. Réponds.

- Malefoy?… répéta-t-elle d'une voix rauque.

- D'où tu connaîs mon nom? gronda-t-il. Tu es une Moldue, pas vrai? Réponds! Comment me connais-tu?

Mais pour toute réponse, il eût droit à un nouvel aller-retour des yeux de mérou du tableau à lui et de lui au tableau.

- Alors c'était vrai?… murmura la fille.

- Qu'est-ce qui est vrai! Qui es-tu? Comment es-tu rentrée dans Poudlard? s'énerva Drago.

À ces mots, elle sembla se réveiller légèrement.

- Pou-dlard? Je suis à… non. Ce n'est pas Poudlard?

- Et pourtant si, le fameux Poudlard, en pierres et en poutres. Alors? J'attends toujours…

- Et tu es Malefoy? Drago Malefoy? Le Serpentard?

- Oui, Drago Malefoy lui-même! dit-il avec emphase, une main sur le cœur. Le seul, le vrai, l'unique!

Mais il ne lui demanda pas son nom. Elle n'était qu'une Moldue, après tout. Il ignorait comment elle avait pu entrer dans l'école mais elle n'allait pas tarder à en sortir, et sans ménagement.

- Crabbe, Goyle, ordonna-t-il. Saisissez l'Impure.

Aussitôt les deux molosses s'emparèrent de la Moldue, chacun tenant un bras.

- Hé! paniqua-t-elle.

- Tu n'as pas ta place ici, Moldue, susurra Drago. Sois contente, on ne t'enferme pas dans un cachot. Il fut un temps, c'est certainement ce qui te serait arrivé.

- Attends! supplia la fille tandis que Crabbe et Goyle l'emportaient. Je ne veux pas partir! Je suis une fan de Harry Potter! J'adore ces bouquins! Dis-moi comment j'ai pu me retrouver ici!

- RHÂAAAAAAaah! hurla Drago. Tuez-la! Tuez-la immédiatement!

Crabbe et Goyle le fixèrent bêtement, indécis. Ils commencèrent à sortir leurs baguettes.

- Non! meugla le garçon. Ne la tuez pas, on va avoir des ennuis. Emportez-la très loin, très très loin d'ici!

Mais à ce moment surgit un bataillon d'élèves, fraîchement sortis de leur cours de Sortilèges. En découvrant la Moldue prisonnière des deux Serpentards, ils s'immobilisèrent.

- Professeur! appela un jeune Serdaigle.

- On se casse, ordonna Drago à ses acolytes.

Et ils s'éloignèrent rapidement, abadonnant la Moldue à Flitwick et aux Serdaigles. Momentanément.

Lyciane n'en revenait pas. Un instant elle était occupée à feuilleter Harry Potter, et l'instant d'après elle se retrouvait dans le livre. Dans Poudlard. Et plus précisément, face à Dumbledore, assise dans ce même fauteuil que Harry avait fréquenté aux tomes 2, 3 et 4. Là où il avait vécu de si cruciaux moments, condamné à relater toute la terrible histoire qui venait de lui arriver avec Voldemort.

- Quel est votre nom, je vous prie? fit Dumbledore.

- Lyciane Aghast, dit Lyciane.

- Vous êtes une… hum, savez-vous ce que nous appelons une Moldue?

- Oui, un être dépourvu de pouvoirs magiques? Oui oui, je suis une Moldue.

- Ah. Et vous… connaissez Poudlard. Vous avez pu pénétrer ici.

- Bein, oui, même si je me demande bien comment.

Lyciane reprenait peu à peu ses marques. Elle avait du mal à réaliser qu'elle avait en face d'elle le personnage le plus puissant de la mythologie Potterienne. Elle trouvait surtout qu'il avait une très longue barbe. Elle se demanda si ça ne le gênait pas pour manger ou écrire. Ça devait traîner partout…

- Comment se fait-il que le sortilège repousse-Moldu n'ait pas fonctionné? murmura Dumbledore pour lui-même.

- Oui, c'est vrai, renchérit Lyciane. Mais peut-être que ça ne marche que sur les gens de votre univers…

- C'est-à-dire? fit le vieux Sorcier en relevant la tête, perplexe.

- Eh bien… chez moi il n'y a ni Sorciers ni Moldus… à ma connaissance, en tout cas. En revanche, il existe un livre… un livre qui relate les aventures d'un jeune Sorcier élevé par des Moldus… C'est en lisant ce livre que je me suis retrouvée ici, je pense.

C'était au tour de Dumbledore de la fixer avec des yeux de mérou échoué, et Lyciane réfréna avec difficultés une envie d'exploser de rire. C'était trop cocasse.

- Comment… s'appelle ce livre? fit lentement le directeur.

Lyciane attendit un peu d'être calmée (et d'instaurer le suspense) avant de révéler:

- Harry Potter à l'École des Sorciers. Harry Potter et la Chambre des Secrets. Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban. Harry Potter et la Coupe de Feu.

- Harry Potter… murmura Dumbledore, abasourdi.

- Vous me croyez, n'est-ce pas? supplia Lyciane. Elle craignait par-dessus tout d'être chassée de ce Poudlard dont elle avait tant rêvé.

- C'est… difficile, en vérité.

- Alors posez-moi une question! N'importe laquelle! J'ai lu tous les tomes au moins trois fois! Je connais cette histoire par cœur!

- C'est difficile d'admettre que nous ne soyons que des personnages de roman dans votre monde.

Lyciane se calma, rassurée.

- Mais je veux bien que vous prouviez ce que vous affirmez, reprit Dumbledore.

- Pas de problème! fit Lyciane avec soulagement. Elle allait pouvoir faire ses preuves en tant que lectrice émérite. Demandez-moi n'importe quoi.

- Quel âge ai-je? fit le vieux Sorcier.

Elle fit la moue.

- C'est pas écrit dans les livres, ça. Ils sont du point de vue de Harry. Il

ne connaît pas votre âge. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'en 1942 vous étiez déjà professeur de Métamorphose. Donc vous devez être très vieux.

- Très vieux, en effet, dit-il pensivement. Que savez-vous alors qui pourrait me convaincre? Le nom du traître qui s'est infiltré l'année dernière?

- Maugrey Fol'Œil, dit-elle sans hésiter. Mais en réalité, c'était un Mangemort qui buvait du Polynectar régulièrement. Il s'appelait Barty Croupton, Junior. Il a subi le baiser du Détraqueur à cause de Cornélius Fudge, le soir du 24 juin.

- En effet, répéta Dumbledore. C'est incroyable… La créature que Harry a affronté dans la Chambre des Secrets?

- Un Basilic. Femelle, parce qu'elle n'avait pas de plume rouge sur la tête. D'ailleurs, certains d'entre vos fans pensent qu'elle aurait pu pondre des œufs. Vous devriez vérifier.

- Ho ho, voilà qui m'avait échappé. J'enverrai quelqu'un voir.

- Seul Harry peut rentrer. Il faut parler le Fourchelangue.

- Je n'ai pas encore dit qui j'enverrai.

- Vous enverrez Harry?

- Jeune fille, voilà qui me concerne. Dites-moi plutôt ce que le Choixpeau a offert à Harry pour combattre le Basilic.

- Une épée. Gravée au nom de Godric Gryffondor.

- Que dissimule le Saule Cogneur?

- Un passage secret qui mène à la Cabane Hurlante.

- Comment Harry se rend-il à Pré-Au-Lard quand il en a l'interdiction?

- Par le passage secret qui s'ouvre derrière la statue de la Sorcière borgne avec une bosse dans le dos. Il met sa cape d'invisibilité.

- Ha ha. C'est bien ce que je pensais.

(Oups, pensa Lyciane).

- Quel élément contient la baguette de Harry?

- Une plume de Fumseck, votre phénix.

- Quel est le nom du mage noir qui terrorise le monde des Sorciers?

- Voldemort.

Au grand silence qui suivit, Lyciane comprit qu'elle avait dit quelque chose de choquant.

- Quoi? fit-elle tout bas.

- Vous parvenez à prononcer Son nom?

- À qui? Ah! Voldemort! Bah oui. Avec mes copines, on s'amuse même à le surnommer Voldy. Mais, enchaîna-t-elle en voyant le regard courroucé du vieux, c'est uniquement pour dissimuler notre peur! Prononcer le nom est le meilleur moyen de s'approprier notre peur pour la dompter!

- Ah oui? Tiens tiens…

- Alors, vous me croyez maintenant?

- Je pense, oui.

- Et qu'est-ce que vous allez faire de moi?

- Vous êtez arrivée sans rien? Argent, vêtements…

- Rien. Je lisais le quatrième tome et je me suis mise à rêver de magie. Je la sentais presque sous mes doigts, dans les mots. Et j'ai imaginé que cette magie était réelle, et que Poudlard existait vraiment… et l'instant d'après je me suis retrouvée ici.

( Silence)

- Eh bien… voilà qui est intéressant. Je vais faire quelques recherches pour essayer de vous aider à rentrer chez vous. En attendant, vous allez vous installer à Pré-au-Lard.

- Vous avez une idée de ce qui a pu se produire? Je veux dire, c'est pas normal que je me retrouve ici juste en lisant… sinon, des millions de lecteurs auraient déjà débarqué dans votre monde.

- Des millions, dites-vous?

- Oui, Harry Potter est le roman le plus lu de la planète, ou pas loin. Traduit en 57 langues. L'auteur est devenue l'une des plus grandes fortunes d'Angleterre en quelques années. Il y a même eu des films. Et vous n'étiez pas beau à voir dedans, précisa-t-elle.

- Hin hin? Des films? Avec des bandes de cinéma et une lanterne de projection?

- Oui, et des cassettes vidéos et des DVD, et des DVx pirates sur Internet…

- DVD? DVx?

- Oui, des films, mais sur CD ou sur ordinateur… oh et puis zut. Des films, quoi.

- Je connais assez bien le monde Moldu, mais je n'ai jamais entendu ça. Vous êtes sûre que votre monde est comme notre monde Moldu?

- Sûre et certaine. Mais…

Hésitation durant laquelle une lueur de génie se fraya un chemin dans la tête de Lyciane.

- En quelle année sommes-nous?

- 1995.

- C'est pour ça. Je viens de 2003. J'ai remonté dans le temps! C'est trop cool!

- En effet. À présent, quelqu'un, enfin Rusard, va vous accompagner à Pré-au-Lard, Miss Aghast.

Il se leva, l'incitant à le faire aussi, et lui ouvrit la porte.

- Attendez! S'il-vous-plaît… je ne sais pas combien de temps ce rêve va durer, alors j'aimerais bien… je tuerais pour voir Harry Potter en vrai…

- Si je ne me trompe sur la manière dont vous vous êtes retrouvée ici, vous aurez bien le temps de voir Harry. Je ne suis même pas sûr que vous retrouviez votre époque un jour.

Lyciane ouvrit de grands yeux ronds.

- Mais je ne veux pas! Il faut que je retourne chez moi pour raconter tout ça à Mary! Quel intérêt d'avoir été à Poudlard si je ne peux pas m'en vanter?

- Je ne saurais répondre à votre place.

- S'il-vous-plaît, laissez-moi suivre les cours! Je voudrais tellement être une Sorcière, moi aussi! Et puis je sais plein de choses utiles! Je sais pourquoi Voldemort a tué Franck Bryce!

- Moi aussi, à vrai dire. Et je suis désolé, mais seules les personnes ayant reçu le don de magie à leur naissance peuvent étudier à Poudlard.

- Je pourrais faire comme Rusard? C'est un Cracmol, et pourtant il essaye d'apprendre la magie par correspondance!

- Ça ne marcherait pas. Et maintenant, sortez. J'ai à faire.

- Non, supplia Lyciane. Je ne veux pas! Laissez-moi rester!

C'était impossible ! Dumbledore, le grand Dumbledore n'allait quand même pas la mettre dehors sans pitié comme ça ! Il allait changer d'avis, quelque chose allait se produire… La porte refuserait de s'ouvrir… Quelque chose… N'importe quoi…

Mais Dumbledore la poussa en avant, exaspéré. Il ouvrit la porte de son bureau et…

De l'autre côté de la porte, un mur de briques fraîchement posé les empêchait de sortir.

Dumbledore regarda le mur, regarda Lyciane, puis regarda le mur à nouveau. Il plissa les yeux.

- Eh bien, je pense que vous venez de faire vos preuves, Miss. Bien que je ne comprenne pas comment cela se peut, il est évident que vous avez des pouvoirs magiques. Bienvenue à Poudlard.

Il y avait du bazard dans la Grande Salle lorsque Lyciane pénétra aux côtés de Mc Gonagall. Les élèves attablés attendaient avec impatience que les plats soient servis. Au début, personne ne la remarqua, mais rapidement le silence se fit et tous les yeux se tournèrent vers elle.

- Mesdemoiselles et Messieurs, commença Mc Gonagall, exceptionnellement, l'école va acceuillir un nouvel élève en cours d'année. Voici Miss Lyciane Aghast, qui va coiffer le Choixpeau Magique. S'il-vous-plaît, mademoiselle…

Lyciane s'avança et mit le vieux chapeau rapiécé sur sa tête. Elle avait l'impression de rêver. Tout là-bas, à la table des Gryffondors, il y avait deux yeux verts qui l'observaient. Elle sentait son cœur battre frénétiquement, ses paumes étaient en sueur. "Que je ne me réveille pas, pitié que je ne me réveille pas. c'est trop beau."

- Mais ce n'est pas un rêve, déclara le Choixpeau au coin de son oreille.

"C'est vrai? demanda-t-elle avec une lueur d'espoir. Oh, mais je sais. Les personnages du rêve disent toujours ça. S'ils ne le faisaient pas, ils nieraient leur propre existence."

- Que tu crois. Alors, Miss Aghast, où vais-je t'envoyer? C'est la première fois que j'ai à traiter un cas pareil. Tu n'es pas de ce monde, ça se voit. Ces vêtements de Sorcier que tu portes, ils ne vont pas sur ta peau. Je sens ces choses-là.

En effet, l'uniforme prêté par Dumbledore la démangeait un peu.

- Tu n'as pas vraiment ta place ici, mais c'est une expérience intéressante, monologuait le Choixpeau. Voyons, quelle maison révèlera au mieux ta particularité?

"Hum, si ça ne vous dérange pas, je préfererais me fondre dans le groupe, vous savez."

- Oui oui, sans doute. Que dis-tu de Serpentard?

"NAN!!!!"

- Je m'en doutais. Eh bien, je vois que tu en as tellement envie. Et puis ça ne change rien pour toi, aucune maison ne t'es vraiment adaptée. Tu iras donc à… GRYFFONDOR!

Rose de joie, Lyciane s'extirpa du chapeau et se dirigea vers la table qui l'acclamait. Elle n'aperçut heureusement pas les Serpentards, parmi qui la rumeur avait circulé, transmise pas Malefoy, comme quoi elle n'était qu'une Moldue.

Cherchant qui elle connaissait, elle vit deux têtes rousses absolument identiques. Elle s'assit près d'eux et les septième années de Gryffondor se serrèrent pour lui faire une place.

- Salut! lança Fred (ou George). Tu es en quelle classe?

- Cinquième année, annonça-t-elle fièrement. (Elle avait pu convaincre Dumbledore que cette classe lui serait la plus adaptée.)

- Ah, tu ne seras pas avec nous. On est en septième.

- Et c'est bien? Vous étudiez quoi?

- Les matières générales, répondit un garçon noir à la voix aiguë (Lee Jordan! il portait des dred-locks! ça alors!). Métamorphose, Sortilèges, Potions, Défense contre les Forces du Mal. Tu as dû étudier ça, toi aussi, non? Tu viens d'où?

- J'ai pris des cours à domicile jusqu'à présent. Je me suis pas mal documenté sur Poudlard, et j'ai appris que vous changiez de matières après vos Buses, mais je ne sais pas lesquelles.

- À part celles qu'a dit Lee, on apprend des trucs secondaires, expliqua George (ou Fred). Du genre qui ne servent à rien, tu vois. Cartomancie, cristallographie, étude du Tarot, invocation, étude du zodiaque… mais c'est un peu pourri, parce que les profs ont toujours peur de tourner à la magie noire, alors ils restent très prudents. Résultat, c'est chiant.

- Au fait, je m'appelle Fred, dit Fred (sans blague, songea Lyciane). Voici Lee Jordan, George Weasley mon frangin, la jolie noire là-bas c'est Angelina Jonhson, une poursuiveuse de Quidditch. Tu joue au Quidditch?

- Non, avoua Lyciane avec regret.

- Et les deux autres Poursuiveuses sont Katie Bell et Alicia Spinnet, que tu vois là-bas. Nous, on est Batteurs. Notre Attrapeur, c'est le nain à lunettes que tu aperçois là-bas, près du grand type roux qui est notre frère. C'est Harry Potter. Le frérot c'est Ron Weasley, et il est notre nouveau gardien. Tu suis?

Lyciane suivait plus que bien, et elle fixait Harry de tous ses yeux. C'était lui! lui! lui! luiluiluiluiluiluiluiluilui!!!!!!

- Luciane? C'est ça? fit George.

- Non, Lyciane, dit-elle en revenant à elle. Lyciane Aghast.

- Ha. Pourquoi est-ce que tu arrives en plein mois d'octobre, si c'est pas indiscret?

- J'avais envie, dit-elle en haussant les épaules.

- Ah ouais?

- Ouais.

- D'accord.

La conversation était au point mort, lorsque Lyciane décida enfin de s'intéresser aux professeurs. Tournant la tête vers leur table, elle chercha à les reconnaître.

Il y avait Flitwick, qui lui avait fait un choc lorsqu'elle l'avait vu: tout petit, avec un nez et des oreilles pointues, et des rouflaquettes qui lui mangeaient la moitié du visage.

Mc Gonagall, pas de problème. Chignon, lunettes carrées, tout était là. Jusqu'à la cape doublée de tissu écossais.

Hagrid la surprit: il était encore plus grand que ce qu'elle avait imaginé. Elle comprenait mieux pourquoi les gens avaient peur de ce demi-géant au grand cœur.

Rogue, par contre, était encore plus sinistre et ténébreux que tout ce qu'avait pu décrire le livre. Elle repensa à la rumeur selon laquelle Rogue était un vampire, avec sa passion des zones d'ombre et sa grande cape noire qu'il adorait faire voler.

Une vieille sorcière au nez crochu lui évoqua Sinistra. La petite boulotte toute sympathique était sans doute Chourave. À côté, Lyciane identifia Bibine à ses yeux jaunes, visibles de là où elle était. Trelawney n'était sûrement pas là, et la jeune fille ne disposait d'aucune description pour reconnaître Vector, pas plus que les autres professeurs qui enseignaient des options. En revanche, elle sut immédiatement qui était le professeur de Défense contre les Forces du Mal.

C'était une vieille femme. Cheveux gris en touffe sous un chapeau à fleurs, grande cape bariolée, sourire confiant. Une excentrique sûre d'elle, à tous les coups.

- Tu regardes les profs? fit Angelina, serviable. Je te les présente?

- Je veux bien, dit Lyciane. C'est qui la vieille multicolore?

- Phœbe Waffle. La prof de Défense contre les Forces du Mal.

À ces mots, les jumeaux Weasley grognèrent.

- Qu'est-ce qu'il y a? demanda Lyciane.

- Il y a qu'elle est stupide. Elle n'arrête pas de rabâcher. Elle nous prend pour des crétins, mais c'est elle l'imbécile.

- Encore! s'exclama-t-elle. Mais vous avez pas de chance, dans cette école!

- Tu l'as dit. Mais comment tu sais ça?

- Je me suis documentée avant de venir.

- Ah.

- Tu m'écoutes? fit Angelina.

- Oui oui, vas-y.

Elle attendit patiement que la jeune noire ait fini d'énoncer les profs.

Elle ne cessait de jeter des coups d'œil vers Harry, incapable de tenir en place. Pourquoi n'avait-il pas laissé de place libre? Qu'est-ce qu'elle aurait aimé aller s'assoir auprès de lui! L'idiot!

- Le petit Potter t'intéresse? demanda insidieusement George.

- Moi? Nooooooon, fit-elle avec un grand sourire innocent.

- Dommage. Tu aurais pu rejoindre notre petite sœur, Ginny. Elle fait partie du fan-club.

- Aaah? dit-elle sans écouter, les yeux rivés sur la star.

C'est à ce moment que leurs yeux se croisèrent. Harry détourna immédiatement le regard, inintéressé, tandis que Lyciane luttait pour ne pas se noyer dans l'intensité de ce vert parfait.

Le repas se termina et elle suivit les Gryffondors dans leur salle commune. En grimpant les six escaliers qui séparaient la Grande Salle de la Tour de Gryffondor, elle comprit pourquoi tous les membres de sa nouvelle maison avaient des mollets de cyclistes. "Ça me fera les cuisses" se dit-elle. Surtout avec tout ce qu'on mangeait à Poudlard. La cuisine des Elfes de Maison était trop bonne, elle allait devoir se faire violence pour garder la ligne.

Le tableau de la Grosse Dame était comme elle l'avait imaginé, au bout d'un couloir en cul-de-sac. Le mot de passe, donné par George, était "cornelongue". La Salle Commune était chaleureuse, les fauteuils moelleux. Dans le dortoir des filles de cinquième année, un lit avait été rajouté à son intention. Elle s'y enfonça avec bonheur, rabattit les rideaux et s'endormit aussitôt.

— fin du premier chapitre —