Traductrice : Adalas

Auteure : KCS

Note de la traductrice : La fic est disponible sur ce site, comme précédemment je remercie l'auteure pour m'autoriser à traduire sa fic.

Cette fic a été l'un de mes premiers gros coups de cœur de cette auteure et j'ai voulu le partager vous. En espérant que cette fic composée de 6 chapitres presque intégralement traduits vous plaira.

Il n'y a pas de slash à proprement parler dans cette histoire centrée sur la relation si particulière entre Jim et Spock, bien qu'à mon avis, les inconditionnelles de la romance entre ces deux-là en verront certainement. Bref, à vous de juger selon vos convictions. :)

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et n'hésitez pas à laisser un commentaire, même s'il se résume à peu de mots, c'est toujours motivant pour les traducteurs et les auteures !

PS : Ce chapitre présente de nombreuses références et spoilers de l'épisode Conscience of king.


Spock de Vulcain.

Dans ces trois mots résidaient ses plus grandes forces et ses plus grandes faiblesses.

Il était Vulcain. Il possédait la formation, l'intellect et les capacités d'un Vulcain, figurait dans les registres de Starfleet comme ayant la citoyenneté Vulcaine. Il s'identifiait comme étant un Vulcain, était considéré comme un Vulcain, et beaucoup ne connaissaient même pas sa double parenté. Ironiquement, ayant été rejeté sur sa planète natale, il n'avait été accepté comme étant un Vulcain que parmi les humains.

Il était également un enfant de la Terre, mais sans aucun des attributs humains attendu chez un demi-humain. Plus important encore, il n'éprouvait aucune envie de posséder des éléments aussi débridés et incontrôlables qui constituaient un être humain : il n'avait jamais eu un tel désir. En tant que Vulcain, il était satisfait de vivre parmi les humains en étant au-dessus de ces émotions passagères dont ils faisaient régulièrement étalage, il était satisfait de rester au-dessus de ça, était satisfait de vivre isolé, était satisfait de ne jamais faire un geste qui pourrait indiquer plus que l'intérêt détaché d'un scientifique Vulcain.

Puis il rencontra James Tiberius Kirk et tout ce qu'il connaissait sur lui-même : son héritage, ses désirs, sa satisfaction, son contrôle furent balayés.

Ses pensées se transformèrent en un panier d'éléments innés qu'il ne savait même pas posséder, renversés et éparpillés sur une autoroute. Il voguait désormais sur une mer déchaînée sans l'aide d'une boussole ou d'étoiles – sa vie avait été bouleversée sans sa permission, son autorisation, ses désirs ou même son avis.

Et pourtant, il ne pouvait éprouver en lui-même du ressentiment envers cet humain inhabituel qui, d'une manière ou d'une autre, par une méthode inconnue et inexplicable, s'était frayé un chemin dans ce qui était jusqu'à présent un cœur Vulcain parfaitement logique et serein.

James T Kirk était un élément volatile, une variable imprévisible dans l'expérience qu'était sa vie parmi les humains : et tout scientifique savait à quel point les inconnus pouvaient être dangereux dans les expériences. Les conséquences de l'introduction de tels éléments pouvaient être destructrices, désastreuses – ou pouvaient donner les résultats les plus fascinants et les plus inattendus, apporter de nouvelles découvertes qui pouvaient révolutionner les courants de pensée et les principes scientifiques.

Et un soir, quand il s'était retrouvé assis face à cet individu unique devant l'échiquier, il avait découvert avec effroi qu'il avait espéré pouvoir trouver un moyen d'indiquer son plaisir d'être en compagnie de l'homme aussi facilement que le sourire de Kirk lui avait indiqué une réciprocité – son monde s'était désintégré.

Les béchers mentaux de son expérience s'étaient brisés en éclats de pensées disparates et douloureuses, expédiant les éléments qui composaient son esprit se noyer dans un mélange d'horreur, de consternation et de rejet de principe et de choc, mêlés au terrible, indescriptible frisson de liberté.

Il avait été conscient que Jim avait été perplexe et inquiet face à son retrait soudain de la partie à moitié terminée : mais s'il n'avait pas battu en retraite, les conséquences auraient été désastreuses. Il avait eu un besoin impérieux de méditer et s'y était employé immédiatement. Il en avait émergé huit heures plus tard, sans avoir réussi à trouver une issue satisfaisante à sa tourmente intérieure.

Durant tout leur long retour sur Terre, après les tragédies de la barrière galactique, il avait tenté de se réconcilier avec ce problème et avait lamentablement échoué.

Depuis la nuit de leur lancement, après les modifications dans la chaîne de commandement suite à la mort de Gary Mitchell et le début de leur mission officielle de cinq ans, Spock suivait des chemins divergents : continuer à être comme il était depuis de nombreuses années, en particulier les quinze dernières où il s'était enrôlé dans Starfleet et rester comme on attendait de lui : Vulcain, sans question, sans signe distinctif, sans arrière pensée, sans émotions, parfaitement détaché, n'embrassant que ce qui améliorait l'esprit et rejetant toute aberration de la logique.

Ou bien, il pouvait essayer – et le terme-clé était "essayer" - d'explorer cette partie de lui-même qui avait été enfermée dans des prisons psychiques depuis si longtemps qu'il n'était pas tout à fait sûr de connaître l'emplacement des clés des geôles. Les Vulcains ne nouaient pas de relation occasionnelles car il n'avaient pas besoin d'amitiés temporaires, ni de petites alliances. Les humains prospéraient grâce à des interactions et des échanges : les Vulcains n'en avaient pas besoin.

Les amitiés Vulcaines et même les relations amoureuses s'enracinaient d'abord dans l'esprit et puis seulement dans les émotions, car ces émotions étaient tolérées entre les individus si seulement l'esprit – les deux esprits – pouvaient contrôler les impulsions imprévisibles qui constituaient le risque de telles relations. Les amitiés humaines, par contre, étaient d'abord basées sur des sentiments, sur un échange mutuel d'opinion et de conseils, ainsi que sur des conversations et des gestes occasionnels.

Elles étaient diamétralement opposées.

Et pourtant un principe scientifique avait déclaré que les contraires s'attiraient.

Le danger résidait dans l'imprévisibilité d'un espace inexploré – ce vide, ce puits de gravité qui pouvait facilement détruire tout ce qu'il était, tout ce qu'il avait été, tout ce qu'il avait imaginé être. Il devait faire un choix et une fois engagé sur le chemin choisi, il n'y aurait aucun ajustement ou retour en arrière possibles.

James T Kirk était dangereux.

L'homme avait la capacité de détruire ce qui faisait de lui un Vulcain, son esprit, son mode de vie s'il le désirait ; le pouvoir que Kirk avait sur lui était tel qu'il rendait l'aventure encore plus dangereuses. S'il renonçait à une partie de sa nature Vulcaine au profit de l'expérience de cette émotion humaine connue sous le terme d'amitié – amour, affection, camaraderie, quel que soit le terme qu'appliquaient les humains – il placerait alors tout son esprit, tout son être, tout ce qu'il était et serait jamais... entre les mains d'un humain.

Et même un Vulcain pouvait avoir peur de la gravité de la situation.

Son capitaine était un homme perspicace – beaucoup plus perspicace et plus réfléchi que la plupart des humains de sa connaissance (la boussole de son esprit s'était immédiatement fixée sur James Kirk comme s'il était un pôle magnétique, avec ou sans sa permission : c'était une raison pour laquelle il savait qu'ils étaient mentalement compatibles), et il n'allait pas tarder à discerner que quelque chose n'allait pas. L'humain n'était pas un télépathe, mais il était indubitablement réceptif aux suggestions psychiques, comme il l'avait déjà observé plus d'une fois. Il y avait sans aucun doute un certain degré de compatibilité mentale latente.

Une des choses que les humains préféraient, quelle que soit leur relation, était de ''parler'' de leurs problèmes ; une habitude avec laquelle il n'était pas du tout familiarisé car la télépathie et la fusion mentale Vulcaines constituaient des moyens beaucoup plus efficaces de résoudre les problèmes entre amis et proches connaissances.

Néanmoins, s'il devait garder cet homme comme ami, il devait apprendre à faire des concessions à la manières humaine.

Il écouta donc.

« Quelque chose vous tracasse, Spock. » Finit par remarquer Kirk après un très long silence (même pour eux) pendant leur dîner, et l'humain était direct comme d'habitude, sachant que son Vulcain n'aimait pas tourner autour du pot. « Est-ce que j'ai fait quelque chose ? Violer un tabou Vulcain qui vous à fait reculer ? »

« Négatif. » S'empressa-t-il de rassurer car l'homme semblait très désemparé à cette idée.

« Vous devez me le dire si c'est le cas. » Pressa Kirk « Parce que je ne vous connais pas assez pour savoir si je fais quelque chose que je ne devrais pas, Mr Spock. »

« Vous n'avez rien fait, Capitaine. » Bien au contraire, cet humain extraordinaire avait complètement retourné tout ce que Spock avait été, le laissant vacillant sur le bord du précipice, pas prêt à plonger.

« Je crois que vous mentez, Spock. »

Il cilla face au ton dur de l'humain et l'acier ardent qui brillait dans les yeux qui l'épinglaient sur place.

« Capitaine, je suis Vulcain. Les Vulcains... »

« Ne mentent pas, oui, vous l'avez déjà dit. » L'interrompit Kirk, sa voix hachée indiquant une certaine intensité « Mais les Vulcains me regardent dans les yeux, du moins, celui que je connais, chose que vous avez refusé de faire pendant toute la conversation, Spock. »

Il baissa les yeux sur son repas inachevé, souhaitant de toutes ses forces être ailleurs.

« Qu'est-ce que j'ai fait ? » Demanda doucement l'humain sur un ton plein de détresse.

« Vous n'avez rien fait. » Tenta-t-il désespérément de tromper l'humain une fois de plus, seulement pour être ramené dans le droit chemin par le regard noir de Kirk.

« Répondez-moi, vous pouvez au moins faire ça pour moi, non ? Vous n'avez pas assez confiance en moi pour penser que je peux encaisser la vérité ? »

« Ce n'est pas une question de... » Il se tut, les yeux écarquillés tandis que la réalisation le frappait à la tête, ou plus précisément à l'esprit comme un coup physique – car c'était bien une question de confiance.

Faisait-il vraiment, totalement confiance à cet homme singulier pour ne pas user du pouvoir qu'il détenait pour détruire Spock de Vulcain et tout ce qu'il était ?

« … Spock ? » Appela doucement l'humain en posant une main prudente et douce sur la double rangée de tresses qui s'enroulait autour de son poignet. « Est-ce que ça va ? Qu'est-ce que j'ai fait ? S'il vous plaît, dites-le moi ! »

Il inspira profondément, prenant conscience seulement à ce moment-là qu'il n'avait plus respiré depuis un moment et leva le regard vers ces yeux intenses, désormais si ouvertement, si humainement inquiets – pour lui. Jim était inquiet pour lui, était même presque effrayé si le bourdonnement de peur et d'inquiétude humaine qu'il détectait sous la main chaude posée sur son bras était une indication.

Sans même réfléchir à ce qu'il était en train de faire, il bougea son bras, tournant son poignet pour que leurs mains nues se touchent un bref instant. C'était un instinct purement Vulcain, une quête de vérité, une tentative désespérée de vérifier la compatibilité.

La brûlure ardente d'un courant électrique jaillit entre leurs deux mains liées pendant un instant avant que Kirk ne pousse une exclamation choquée et recule, les yeux écarquillés.

Mais il avait trouvé ce qu'il cherchait : la Vérité, flamboyant si ardemment dans la signature mentale de cet humain unique qui même par un touché accidentel, l'invitait à entrer, l'accueillait au lieu de le rejeter instantanément comme la plupart l'auraient fait.

Cet homme ne lui ferait jamais de mal, ne lui demanderait jamais plus que ce qu'il pouvait donner, ne ferait jamais rien d'autre que le respecter, ne ferait jamais rien d'autre que... n'ayant aucune expérience avec de telles émotions, il ne pouvait nommer celle qui planait sous la surface de la Vérité qu'il avait vue ; mais il pouvait la sentir, et elle n'était pas dangereuse.

« … D'accord, allez-vous me dire ce que c'était que ça ? » Demanda Kirk à bout de souffle en observant ses doigts comme s'il y cherchait des brûlures.

Il leva les yeux pour croiser le regard du capitaine pour la première fois de toute la soirée et vit les yeux de l'humain se réchauffer de soulagement quoiqu'il y voyait.

« Pardonnez-moi, Capitaine ; j'ai... résolu le problème. Ce n'était pas de votre fait. »

Il reçut un haussement de sourcil évidemment sceptique.

« Encore ce que j'appelle des boniments Vulcains, Monsieur Spock. Crachez le morceau. » Son regard vide lui valut un petit rire, un son des plus agréables. Il était certain de feindre l'ignorance des adages Stardard à l'avenir si ça amusait cet homme. « Laissez-moi reformuler : donnez-moi des faits pertinents, Spock. » Ajouta le capitaine.

« Capitaine, je... » Il détourna le regard, luttant contre les hurlements de panique venus du fond de son esprit à l'idée de partager quelque chose d'aussi personnel. « … Ce n'est pas une chose facile à expliquer. »

Les yeux de Kirk s'adoucirent. « D'accord, si ça vous met mal à l'aise, alors vous n'êtes pas obligé. » Répondit-il gentiment.

De nouveau il dévisagea l'humain, enregistrant à peine les mots. « Vous ne me demandez pas d'explications ? »

Encore une fois il reçut cet étrange regard, celui qui indiquait que cet humain voyait bien plus que la moyenne quand il observait Spock de Vulcain.

« Spock, si vous dites qu'il n'y a rien qui doit m'inquiéter, alors je vous crois. » Dit-il simplement.

« Vous être un humain étonnant. » Lâcha-t-il, incapable d'empêcher cette exclamation étonnée sortir de sa bouche.

Les yeux de Kirk s'écarquillèrent comiquement.

« … Merci, je crois ? »

Eh bien, il n'y avait rien de tel qu'une première tentative dans cette expérience pour voir ce qu'il pouvait donner en retour à cet humain pour lui montrer qu'il était prêt à s'essayer à... l'amitié humaine, son esprit teinta ces mots d'une lueur de dédain dérisoire qu'il chassa immédiatement. Toute expérience comportait un facteur de risques ; celle-ci n'était pas différente.

« Je crois que ''de rien'' est la bonne réponse, non ? »

Le pauvre humain eut l'air de s'être étouffé avec une bouchée de son repas, ou de ne plus recevoir assez d'oxygène dans le cerveau ; Kirk secoua confusément la tête, puis battit en retraite dans son café digestif jusqu'à ce qu'il en émerge, l'air plus calme.

« Vous êtes sûr que vous allez bien ? » Questionna le capitaine, l'observant prudemment par-dessus sa tasse.

« Absolument. »

« … Bien. C'est bien. »

« En effet. »

« Hmm. » Kirk se frotta la nuque pendant un moment, jeta un œil inquiet qui balaya la salle. « Alors... vous avez prévu quelque chose ce soir ? »

Il haussa un sourcil et l'homme prit la même teinte que les uniformes de la Maintenance ; il était fort probable que l'humain n'avait pas voulu que ses paroles sonnent de cette manière.

« Je suis prêt à poursuivre notre partie d'échec avortée, si c'est ce que vous demandez, Capitaine. »

Kirk soupira dans son café et hocha vigoureusement la tête. Lui se contenta de rester assis et s'émerveiller des subtilités de la communication humaine. La voie Vulcaine était beaucoup plus précise et exacte.

Et loin d'être aussi fascinante.

oOo oOo oOo

Jusqu'ici, ses expérience avaient été couronnées de succès. Il avait trouvé de petits compromis avec le capitaine, mais ce n'était pas tant des compromis que des petits changements dans son comportement, pour le bénéfice des yeux de cet humain uniquement – pour tous les autres, il restait le même car, être aussi peu vulcain devant des étrangers était inacceptable. Mais avec Kirk, il avait trouvé un milieu acceptable : l'homme acceptait avec empressement tous les gestes qu'il offrait et ne demandait jamais plus que ce qu'il voulait donner.

Durant l'une de leurs longues conversations pendant les tests de pilotage d'une des navettes pour installer les améliorations apportées par Mr Scott, il avait exprimé son mécontentement devant son incapacité à s'exprimer aussi facilement que les humains.

Kirk lui avait mystérieusement souri avant de reporter son attention sur le poste de pilotage.

« Je pense que vous êtes plus doué que vous ne le pensez, Mr Spock. » Avait dit l'humain d'un ton léger « C'est juste que la plupart des humains ne font pas assez attention pour savoir quand vos sourcils montrent que vous êtes irrité ou que vous vous moquez intérieurement de nous. »

Il avait protesté avec indignation face à ces présomptions et n'eut qu'éclats de rire en retour ; et pourtant l'humain avait en partie raison. Dès leur première rencontre, Kirk avait toujours été capable de décrypter son comportement et ses manières aussi aisément qu'il lisait l'un de ces vieux livres qu'il aimait tant, chose que peu d'humains avait jamais réussi à faire. Sa mère y parvenait, et c'était un don rare qui était devenu la seule chose qui maintenait sa relation avec Sarek aussi plaisante qu'elle l'était.

Et c'était un rare cadeau que l'humain lui offrait ; bien peu faisaient preuve de la même patience que lui face son développement émotionnel retardé, et encore moins ne demanderaient pas davantage de démonstrations ''d'amitié'' qu'il n'était capable physiquement et mentalement de donner. Jim était extraordinaire, et c'était le seul terme suffisant pour décrire l'homme. Il se sentait inexplicablement attiré par cet esprit altruiste qui s'adaptait sans conditions, acceptait ses lacunes comme faisant partie de ce qu'il était plutôt que de ce qu'il n'était pas ; et par extension, il était attiré par l'homme lui-même, la complexité versatile et dangereuse des émotions qui faisaient l'homme qu'était James Kirk.

Il avait réalisé combien il était attiré qu'aux événements survenus lors de leur escale imprévue sur la planète Q et le transport d'une troupe de théâtre de la colonie Benecia. Sa confiance en son capitaine avait été inébranlable jusque là – et malgré les preuves qui avaient indiqué que Kirk cachait quelque chose, il avait refusé de croire que l'homme agissait de manière totalement irrationnelle.

Puis, il avait enquêté. Utilisant l'ordinateur de la banque de données, corrélant les informations, formant une hypothèse, en tirant les conclusions. Pas à pas, avec une détermination obstinée, il avait remonté le fil qui l'avait conduit à la confirmation finale.

Il avait entendu l'ordinateur dévoiler le nom du neuvième témoin de l'assassinat de masse, du génocide du siècle, un événement qui à l'époque avait même été discuté avec horreur sur Vulcain.

Pour la première fois de sa vie, Spock de Vulcain avait pensé qu'il allait être malade devant des témoins.

oOo oOo oOo

Nul ne fut plus soulagé (oui, c'était une émotion, et oui, il la ressentait ; nier ce qui existait était illogique) que lui, lorsque la troupe de théâtre quitta le vaisseau et que la fille de Karidian fut incarcérée en toute sécurité dans une institution médicale. McCoy avait entrepris un soutien psychologique avec le lieutenant Riley qui, naturellement avait été ébranlé par les événements, laissant Kirk entre les mains pas aussi compétentes du Vulcain.

Le problème était que Kirk avait refusé de parler de ces événements ou de ceux survenus sur Tarsus IV il y a si longtemps. D'un ton inhabituellement violent, l'humain lui avait clairement dit de ''s'occuper de ses affaires'' s'il se souvenait bien de l'expression, suivit d'une explosion verbale dont il se souvenait à peine du contenu, tant il avait été choqué par l'intensité de la douleur et de la colère, et en-dessous de tout ça, de la peur qu'il avait senti vibrer à travers la cabine.

Le capitaine avait finalement quitté la pièce, bouillonnant toujours, le laissant consterné à fixer l'humain incapable de comprendre la réaction émotionnelle de l'homme.

Mais Kirk avait déclaré qu'il ne souhaitait pas en parler, qu'il ne souhaitait pas cette intrusion dans ses affaires privées, et qu'il ne voulait plus jamais en reparler. Désobéir à cet ordre serait impoli et préjudiciable à cette relation si fragile qu'il tentait désespérément de cultiver. C'était comme choyer et faire éclore une fleur tropicale rare et extrêmement fragile dans une toundra aride.

Plus tard, après avoir écouté son rapport, McCoy avait rétorqué que si ça pouvait être impoli ça pouvait aussi être thérapeutique et nécessaire ; cependant, Spock par respect, ne violerait pas la vie privée de l'humain. Kirk n'avait plus jamais mentionné leur altercation, et lui-même n'avait plus tenté de revenir sur le sujet, n'ayant rien à dire qui puisse aider. La vie avait repris son cours en dépit des événements qui auraient mérité plus d'attention que le temps qui leur était imparti ne le leur avait permis, et ce ne fut pas une exception.

Mais dans leur silence, l'infection s'était épanouie et brûlait sous la surface d'un retour à la normal. Ce qu'il avait découvert, à son éternel regret, à peine deux semaines plus tard.

Starfleet les avait réorientés urgemment pour répondre à l'appel de détresse priorité 1 de la planète voisine de Bola II, un satellite qui accueillait depuis plusieurs mois une équipe chargée d'observer la planète située au-dessous, jugeant la réussite d'un Premier Contact faisable : cette civilisation étant proche de développer la technologie de distorsion. Le Haut Conseil de la planète avait déjà adopté une amnistie à échelle mondiale et unifié les continents, mais n'était pas encore capable de voyager au-delà de leur satellite, plusieurs tentatives de voyage en distorsion ayant échoué. Mais maintenant que la civilisation était sur le point de faire une avancée majeure, leur planète subit un cataclysme.

Bola II fonctionnait toujours à une échelle planétaire principalement grâce à l'énergie nucléaire et une agitation politique avait accompagné un gouvernement instable pendant ces deux dernière décennies. Les factions rebelles dispersées sur plus de la moitié de la planète avaient détruit les centrales nucléaires qui alimentaient les grandes villes du contient principal de Bola II. Le système policier intercontinental de la planète avait réussi à attraper la majorité des terroristes, mais les dégâts avaient déjà été faits et leurs sociétés devaient désormais faire face à des crises bien pires que des troubles politiques.

En désespoir de cause, le Haut Conseil des continents unifiés avait lancé un appel de détresse à quiconque se trouvait peut-être dans l'univers, conscient qu'il existait d'autres mondes et qu'il y avait peut-être quelqu'un qui pourrait éventuellement envoyer ne serait-ce qu'une aide médicale à leur civilisation condamnée. Ils ne demandaient rien de plus que le sauvetage des milliers de personnes en train de mourir, ne demandant pas de justifications, seulement une aide médicale.

La Directive Première stipulait clairement que Starfleet ne devait pas interférer avec les civilisations antérieures à la distorsion, même si elles se détruisaient. Mais ce monde n'était qu'à quelques semaines d'un voyage en distorsion réussi, et dans de nombreux cas, lorsque la planète possédait quelque chose de précieux dont Starfleet avait besoin, les réglementations étaient malheureusement souvent contournées pour accommoder des raisons militaires.

Quelque soit cette raison, ils ne les en informèrent pas – se contentant de dire que L'Enterprise avait été chargée d'aider à éviter la catastrophe qui menaçait de détruire une grande partie de ce monde.

« Nous devons évaluer la situation et apporter toute l'aide possible, mais nous ne pouvons évacuer personne à bord de l'Enterprise. » Kirk informa l'équipe de commandement lors du briefing officiel précédant la mission, pendant qu'il se dirigeaient vers la zone condamnée de la planète « Starfleet applique toujours la directive de ne laisser aucun étranger monter à bord quand leur société ne connait rien de la notre. »

« Dans ce cas, nous aurons besoin de beaucoup plus d'aide médicale que ce que mes équipes peuvent fournir. » Cingla McCoy avec irritation.

« Le Constellation et un vaisseau presque vide de passagers sont supposés être en route. A vitesse de distorsion maximale, ils devraient être là douze heures après nous. » Assura Kirk « Ils seront prêts à prendre en charge le plus gros de l'équipement médical. Notre tâche principale consiste à maîtriser le pire des incendies au sens propre ou au figuré, et à évacuer les zones les plus touchées. »

« Avec l'interdiction d'utiliser les téléporteurs... »

« Je sais, Mr Scott. » Soupira le capitaine, baissant les yeux sur ses mains posées sur la table « Mais les ordres de Starfleet sont clairs ; nous ne faisons que des navettes. Nous ferons au mieux avec la Directive Première – la planète a de la chance que la hiérarchie aient jugé bon de rompre le protocole et d'aider une évacuation à l'échelle du continent.

« Qu'en est-il de l'équipe d'observation du Premier Contact ? » S'enquit McCoy.

Kirk jeta un coup d'œil vers son Premier Officier. Spock avait suivi la conversation avec son habituelle incompréhension sur la manière dont une organisation telle que Starfleet pouvait être aussi négligente envers des forme de vie, mais aussi avec le respect coutumier du devoir et la compréhension qui accompagnait sa loyauté envers cette cause.

« Dans les quatre heures qui ont suivi l'arrestation des terroristes, avant notre arrivée, l'équipe de Premier Contact a déjà entamé les négociations avec le Haut Conseil, dans le but final est l'admission de Bola II dans la Fédération des Planètes Unies. » Déclara-t-il « Ce sont leurs ordres ; les notre sont d'aider les secours, et libéré autant que possible l'équipe de négociation des formalités administratives qu'implique la violation de la Directive Première. »

« Plus une entorse qu'une violation, mais ce n'est pas à nous d'en juger. » Ajouta Kirk passablement irrité. « Scotty, j'ai besoin que vous débarrassiez tout le matériel et les sièges inutiles des navettes ; nous devrons probablement serrer les gens comme des sardines pour les évacuer. Bones, chaque infirmière, chaque docteur, chaque scientifique que vous pouvez envoyer, quiconque ayant une formation médicale. »

« Tous mes gars connaissent les bases du secourisme de l'empoisonnement par radiations, ils pourront aider, Capitaine. » Rappela Scott « Je m'en assure toujours avant de les laisser s'approcher de mes moteurs. »

« Prenez autant de gens supplémentaires de l'ingénierie que vous pourrez, docteur. »

McCoy hocha la tête tout à sa tâche « Bien, Capitaine. »

« Nous allons nous téléporter pour rencontrer rapidement l'équipe de Premier Contact avant de rejoindre les secours. Uhura et vous pouvez établir la liste des zones les plus touchées où les équipes doivent être téléportées ? »

« C'est déjà en cours, Capitaine. » Put-il répondre en indiquant sur son data-padd la liste mise à jour que le lieutenant venait de lui envoyer depuis la Passerelle.

Le sourire fatigué de Kirk fut une récompense suffisante pour le temps et les efforts supplémentaires que ça lui avait coûté.

« Dans ce cas, vous pouvez disposer, messieurs – et espérons que nous pourrons sauver quelque chose de cette pagaille. »

oOo oOo oOo

Ils avait plongé en enfer.

C'était sans aucun doute l'une des scènes les plus horribles dont Spock ait jamais été témoin – et il avait vu beaucoup de choses durant son long service à Starfleet qui auraient fait battre en retraite un humain. Ceci était désastreux et bouleversant.

L'air était lourd de radiations résiduelles, l'éclat du soleil masqué par les fumées et les débris dans l'atmosphère. Les substance de terraformation avaient été relâchée par bombes dans l'atmosphère, éliminant la majorité des radiations mortelles ou dangereuses mais celles encore présentes dans leurs narines étaient âcres et suffocantes. Autour d'eux, tout était en ruines, les bâtiments détruits, les fenêtres brisées, les murs effondrés suite aux tremblements de terre qui avaient ébranlé le continent suite aux explosions. Les maisons et les constructions encore intactes étaient couvertes de suie, endommagées par les vandales dans le chaos qui avait suivi la tragédie huit heures plus tôt.

Et puis, il y avait le bruit. Une cacophonie assourdissante, atroce et douloureuse de cris de panique, de bruits d'effondrement et de collisions – assez pour blesser ses tympans sensibles lorsque l'effet du téléporteur s'estompa. Autour d'eux, des gens hurlaient, appelaient à l'aide, des parents réclamaient leurs enfants disparus, des enfants abandonnés appelaient en pleurant leurs parents qui ne les entendraient plus, ceux qui étaient indemnes criaient pour qu'on leur vienne en aide, beuglaient des insultes et des insanités aux autres, brisaient les fenêtres et pillaient les maisons inoccupées de la manière épouvantablement primitive qui avait caractérisé la Terre lors de sa pire période durant la troisième guerre mondiale.

Et puis il y avait l'odeur.

Suffisante pour même soulever son estomac bien accroché, la puanteur de la chaire brûlée et des produits chimiques rependus, la fumée des gravats, l'odeur de la maladie, du sang humanoïde, de la mort et de la destruction. La puanteur de la décomposition et de la mort s'élevait comme un raz-de-marée pour les submerger tous les deux. Mais si lui recula instinctivement, il vit Kirk devenir pâle comme la craie, faire un pas en arrière, trébucher et lui rentrer maladroitement dedans quand ils achevèrent de se matérialiser.

Par instinct plus qu'autre chose, il plaça aussitôt sa main dans le dos de l'humain pour le soutenir, sentant les battements frénétiques d'un cœur humain battre sous la cage thoracique qui se soulevait pour chercher l'oxygène. Kirk respirait faiblement, bien trop rapidement, fixant la dévastation autour d'eux avec des yeux qu'il soupçonnait fortement être incapables de voir le monument dans le parc central de la capitale de Bola II.

« Jim. » Murmura-t-il à l'oreille de l'humain et Kirk sursauta, visiblement surpris. Les yeux du capitaine se concentrèrent tandis qu'il déglutissait laborieusement et se redressait, frottant le dos de sa manche contre sa bouche.

Quelque part à proximité, un bâtiment s'effondra ; il entendit les cris qui l'accompagnèrent, et Kirk et lui sentirent le sol trembler sous leurs pieds et virent le nuage de poussière, de débris et de fumée qui s'épanouit à quelques pâtés de maison avant de se fondre dans le brouillard des radiations.

« Bien. » Dit l'homme après une profonde inspiration, sa voix résonnait étrangement stable au milieu du chaos qui les entourait. « Allons trouver cette équipe de Premier Contact pour pouvoir se consacrer à ce qui importe vraiment ici. »

Spock jeta un coup d'œil à son tricordeur avant de balayer du regard les bâtiments majestueux dont la majorité étaient effondrés, les plantes fanées et empoisonnées des jardins bordant les allées crasseuses. Quelque part, le hurlement des sirènes indiquaient que les équipes médicales de la planète faisaient tout ce qu'elles pouvaient pour les blessés.

« Nous avons 7,35 minutes d'avance sur notre rendez-vous, Capitaine. Les coordonnées sont exactes, il suffit de patienter. »

Et ils auraient pu attendre ; c'est ce que n'importe quel Vulcain aurait fait, de même pour de nombreux officiers de Starfleet – car, d'après son expérience, nombre d'humains préféraient fermer les yeux sur les horreurs que de les accepter et reconnaître leur existence. C'était dans la nature humaine que de rejeter ce qui était trop terrible à assimiler facilement.

Mais James Kirk n'était pas un humain ordinaire.

Néanmoins, Kirk était un officier de Starfleet, l'un des meilleurs et l'un des plus dignes de confiance selon l'opinion de Spock et il aurait donc pu rester sur place jusqu'à ce que leurs contacts arrivent – s'il n'y avait pas eut un son filtrant faiblement à travers la pollution et le chaos.

La voix d'un enfant terrifié qui pleurait.

Il eut tout juste le temps de remarquer l'air à la fois déterminé et sauvage qui assombrit le visage de l'humain avant que Kirk ne parte, s'évanouissant dans le brouillard et direction du petit qui sanglotait.

Il hésita pendant un instant, sa moitié Vulcaine insistait sur le fait que quelqu'un devait attendre leurs contacts et que Starfleet ne serait pas indulgente, tandis que sa moitié humaine s'opposait tout aussi énergiquement à cette action logique pour lui intimer d'aller à la poursuite de son capitaine.

Il partit.

Il fallut un moment à son ouïe supérieure pour filtrer les bruits du chaos autour de lui, pour éliminer lentement la cacophonie, les hurlements et les injures jusqu'à ce qu'il entende à nouveau le gémissement sanglotant de l'enfant et ne suive le son jusqu'à sa source.

Il manqua de rentrer dans son capitaine lorsqu'il tourna à l'angle d'une allée en prenant soin d'éviter le corps d'une humanoïde qui gisait à moitié dans le caniveau, manifestement morte par empoisonnement et exposition aux radiations.

« Capitaine. » Parvint-il à ne pas soupirer car cela aurait été très embrassant, mais Kirk ne sembla pas l'entendre. L'humain était agenouillé dans une mare d'eau croupie pleine de gravier provenant d'une canalisation à proximité, négligeant son uniforme, il était penché sur un petit paquet frissonnant qui avait été mis à l'abris sous une lourde caisse en plastique.

La main tremblante de Kirk écarta du visage minuscule strié de larmes, un pan de la couverture soigneusement enroulée, et Spock ferma un instant les yeux. Le nourrisson était en train de mourir par empoissonnement aux radiations, il n'était pas nécessaire d'avoir fait des études de médecine pour le voir. Ses minuscules poumons, brûlés de l'intérieur par les retombées nucléaires, ne seraient plus en mesure de fonctionner bien longtemps, et tandis que de petits gants roses protégeaient les mains de l'enfant, les petites oreilles et les petites joues nues étaient déjà boursouflées par les brûlures des radiations. La mort serait plus miséricordieuse que la vie pour le petit être souffrant. La femme gisant quelques mètres plus loin était visiblement la mère ; les cheveux et les yeux noirs présentaient une ressemblance évidente malgré les dégâts causés par l'empoisonnement chez la femme. Elle avait de toute évidence tenté de protéger l'enfant du mieux qu'elle avait pu en le mettant sous une petite caisse en plastique, mais rien dans ce matériau archaïque ne pouvait protéger des retombées d'une explosion nucléaire de cette amplitude, même dans une ville située à un millier de kilomètres de l'explosion initiale.

Un seul, juste un seul enfant et une seule femme parmi les centaines de milliers de personnes que comptait cette ville il y a peine 24h, combien d'autres mourraient avant la fin de la journée ?

Ses songes malheureux sur la futilité barbare de la violence de ces civilisations primitives furent soigneusement dissimulés au fond de son esprit ; ils avaient leur place, de même que le deuil de ces morts – mais pour l'instant leurs devoirs étaient ailleurs. La méthode Vulcaine – catégoriser et compartimenter – prit le contrôle sur les émotions de regret et d'horreur, puis son esprit assimila le reste et retrouva son état serein, composé et calme. Cette tragédie était inexcusable, absolument inexcusable, mais pour l'instant, elle devait être acceptée comme un fait et traitée en conséquence.

Cependant, il avait temporairement oublié que les humains ne possédaient malheureusement aucun moyen de maîtriser l'horreur devant ce type d'atrocité qu'ils seraient sans doute amenés à voir tout au long de cette mission – ce fut un choc déplaisant quand sa raisonnable suggestion de retourner à leur point de rendez-vous rencontra une exclamation d'incrédulité chez l'humain toujours figé sur le trottoir devant lui.

« Capitaine ? » Interrogea-t-il, momentanément abasourdi par la véhémence du grognement incrédule du capitaine.

Kirk tendit un doigt qui fut attrapé et retenu par une minuscule main gantée. L'enfant gémit à nouveau, les larmes coulèrent sur son visage pour disparaître dans la couverture soigneusement enroulée. L'humain finit par lever le regard vers lui, ses yeux noisette étincelant dangereusement.

« Comment pouvez-vous être aussi insensible pour même penser rencontrer ces diplomates pompeux quand ces gens – ces enfants, Spock – meurent tout autour de nous ? » Siffla-t-il.

Il avait commis un impair, il le savait et ne pouvait que tenter de rattraper la situation du mieux qu'il pouvait – logiquement.

« Monsieur, notre devoir ne change pas... »

Kirk se releva brutalement avec le bébé dans ses bras, un mur vibrant de rage impuissante qui fit reculer Spock d'un pas, même s'il était plus grand que l'humain.

« Vous croyez que je ne le sais pas ? » Demanda furieusement le capitaine, les yeux ardents en montrant l'enfant dans ses bras « Qu'il n'y rien qu'on puisse faire : rien ! »

Impuissant, il ne put que rester silencieux car il ne savait pas comment contrer une colère aussi illogique : il n'y avait rien qu'ils puissent tous les deux faire, et tout ce qu'il pouvait dire serait évidement mal perçu dans l'état où était Kirk. Il était totalement désemparé : non seulement il ne comprenait pas la colère de Kirk, mais surtout, il ne savait pas comment l'aider.

Le bébé renifla, émit un faible gémissement en s'accrochant au doigt du capitaine, ses poumons minuscules respiraient bruyamment, cherchant l'oxygène dans l'air étouffant. Le regard furieux de Kirk se baissa et ses lèvres se pincèrent en une fine ligne déterminée.

Il tira brutalement son communicateur de son étui et l'ouvrit d'une main.

« Mais peut-être que je peux faire quelque chose pour celui-là. » Marmonna-t-il davantage pour lui-même, avant de tourner le bouton de fréquence « Kirk à l'Enterprise. »

Spock déglutit, incertain, fixant le sol, mais il était un officier de Starfleet, et en tant que tel, le devoir primait.

« Capitaine, vous avez vous-même répété nos ordres à l'équipe médicale : aucun habitant de Bola II ne peut être emmené à bord de l'Enterprise... »

« Vos recommandations sont dûment notées, Commandant. » Rétorqua Kirk sur un ton cassant et mauvais.

« Ce ne sont pas mes recommandations mais celles de Starfleet Command. » Tenta-t-il encore une fois. Il était sur le point d'annoncer précautionneusement à l'humain que l'enfant n'avait plus que dix minutes à vivre mais Kirk ne lui en laissa jamais le temps, se contentant de lui envoyer un regard venimeux et demanda une équipe de secours avant d'être téléporté.

Spock resta seul au bord d'une mare de végétation pourrissante et d'eau sale, sans savoir ce qu'il aurait pu – dû – faire différemment. Et que faire maintenant ? Kirk venait de violer un règlement de Starfleet qui ne tolérait aucune initiative privée ; il était manifestement émotionnellement compromis et il n'en fallait pas beaucoup à un psychiatre qualifié pour savoir pourquoi. D'après ses devoirs, il devait se téléporter sur le vaisseau, relever le capitaine de son commandement et faire un rapport à Starfleet sur la violation du protocole.

Logiquement, c'était l'enchaînement d'actions à faire s'il était un véritable officier Vulcain de Starfleet.

Il retourna au point de rendez-vous, expliqua le plus diplomatiquement possible que le capitaine avait été retardé par une urgence médicale et entama immédiatement la réunion avec l'équipe de Premier Contact. L'équipe était peu exigeante sur les personnes qui venaient les aider depuis le temps qu'elle demandait cette aide, et ne posa aucune question en réponse de laquelle il aurait été forcé d'incriminer son capitaine ou de mentir pour le protéger : un fait pour lequel il était profondément reconnaissant.

La réunion s'acheva au bout de 22,75 minutes, après quoi, l'équipe responsable du Premier Contact partie à bord d'une hovercar pour reprendre les négociations avec le Haut Conseil. Il ne lui restait qu'un padd contenant toutes les informations dont ils auraient besoin, des hommes, des femmes et des enfants hurlant dans ses oreilles, et le fait qu'il avait commis l'impensable – leurrer ses supérieurs à propos de l'insubordination éhontée du capitaine de l'Enterprise.

Il n'eut pas le temps de s'attarder sur les implications de ce développement car le bourdonnement d'un rayon de téléporteur occulta pendant un instant les hurlements de mort et le grondement chaotique des immeubles encore précairement debout qui tremblaient.

Il se retourna et vit James Kirk se matérialiser à une quinzaine de mètres, un petit paquet inerte soigneusement tenu dans ses bras. L'humain commença à avancer, à une lenteur presque intolérable en direction du coin où l'enfant avait été trouvée, les épaules basses en une parfaite image de la misère, sans même regarder autour de lui.

Spock venait à peine d'avancer un pied pour le suivre quand son communicateur pépia.

« Ici Spock. »

« Ici McCoy, Spock. »

L'absence de titre montrait plus clairement que tout autre chose à quel point leur Médecin en Chef trouvait cet incident alarmant.

« Je pense connaître l'origine de votre appel, docteur. »

« Au nom de tout ce qui est saint, qu'est-ce qu'il se passe en bas ? Depuis quand Jim ne respecte plus ses propres ordres et trimbale cette pauvre gamine dans mon Infirmerie quand il n'y à rien sur terre que je puisse faire pour elle ? »

« Le Capitaine... n'est pas lui-même, docteur. »

« Le Capitaine, Mr Spock, est émotionnellement compromis, voilà ce qu'il est ! » La voix du docteur se calma, soudainement plus sérieuse « Je ne sais pas ce qu'il pense voir ici, Spock – mais c'est certain qu'il ne voit pas Bola II, et qu'il ne voit pas une mort mais des milliers. »

« Compris. »

« Mr Spcok. »

« Oui, docteur ? »

« Vous comprenez que je vais devoir le relever de son commandement, du moins temporairement. »

« En effet. S'il vous plaît, essayez... » Il se tut un instant pour formuler sa requête avec soin « D'être aussi vague que possible dans votre rapport médical. »

Il y eut une longue pause puis un rire triste

« Vous êtes plus humain que vous ne le pensez, Mr Spock. »

« Les insultes sont inutiles, Docteur. »

« Taisez-vous et prenez soin de lui, vous m'entendez ? »

« Parfaitement, Docteur, et je le ferai. Spock, terminé. »

Il rangea son communicateur avec un cliquetis, puis pris son courage Vulcain défaillant à deux mains et suivit l'humain. Tous les instincts en lui lui hurlaient de fuir la tourmente de détresse émotionnelle qui ne manquerait pas de se fracasser à l'horizon d'un certain James T Kirk – et bien sûr, il ne pouvait pas laisser l'homme faire face à ses démons seul.

Il rattrapa le capitaine juste à temps pour le voir se baisser et poser tendrement le paquet immobile dans la petite caisse en plastique, puis placer celle-ci près de la mère. Pour un Vulcain, la mort était simplement l'arrêt de l'existence, la libération du katra dans un vaisseau choisi pour qu'il perdure. Ce n'était pas quelque chose à craindre, et il ne fallait la pleurer qu'un court instant – mais les humains avaient un point de vue différent sur la perte de vies, une vision que Spock pouvait à peine comprendre. S'il devait faire face à la perte, à la mort, au deuil sans l'entraînement et les méthodes Vulcaine, il pourrait devenir fou. Ici, le véritable danger résidait dans le rejet des principes avec lesquels vivaient les Vulcains.

Comment les humains pouvaient-ils gérer de telles choses et rester sains d'esprit ?

Résistant à l'envie de tourner les talons et fuir comme sa lâche moitié Vulcaine lui intimait, il continua à avancer pour se tenir derrière l'humain immobile. Kirk se releva, fixant les deux corps avec des yeux vides, les épaules raides à l'exception des frissons qui les parcouraient de temps en temps.

Il se tint quelques pas derrière l'humain par respect pour sa vie privée. Et aussi parce qu'il ne savait pas quoi ni comment faire pour aider.

Quand le capitaine ne fit aucun geste pour reconnaître sa présence, il renforça résolument ses boucliers mentaux et se rapprocha... un peu plus près... encore un peu plus près jusqu'à se tenir juste derrière l'homme. Désormais, il pouvait voir les infimes tremblements qui secouaient la silhouette de l'humain, et tout le poids du monde qui semblait faire ployer les fières épaules.

Après plusieurs moments silencieux uniquement ponctués par les sirènes des secours et les cris des gens qui les entouraient, il se risqua à demander, impuissant :

« Capitaine, puis-je aider d'une quelconque manière ? »

Kirk se raidit, comme s'il sortait brutalement d'une transe et déglutit, mais il resta toujours à fixer la rue, tournant le dos à son Premier Officier. Pendant une longue minute Spock pensa qu'il allait être totalement ignoré – mais ensuite, il y eut une respiration rapide, une inspiration tremblante qui sonna comme une alerte rouge annonçant que les murs de l'humain s'effondraient dangereusement vite.

Il était sur le point de réitérer sa question quand l'humain parla, guère plus qu'un murmure douloureux dans le chaos qui les entourait

« Spock. Si je... si je vous demandez de faire quelque chose... quelque chose d'humain, qui vous mettrait extrêmement mal à l'aise... » Kirk déglutit douloureusement, les mains se serrant et se desserrant contre ses flancs « … le feriez-vous ? »

« Pour vous, Capitaine ? » Il connaissait la réponse mais l'entendre à haute voix révélerait plus d'informations.

« Oui. » Murmura l'homme « Pour moi. »

Il y eut un bref moment de doute si fugace où il se demanda ce que ça pouvait être et à quel point ça nuirait à sa nature Vulcaine, mais voir combien l'humain était pâle, à quel point les yeux aveuglés par l'horreur étaient bouleversés, cela n'eut plus d'importance.

Ce n'était pas une question d'autorisation – il autoriserait n'importe quoi à cet homme, et à ce moment-là, il se rendit compte que ça l'effrayait.

« Alors la réponse est oui, Jim. » Dit-il sans plus d'hésitation et il le pensa de tout son cœur humain.

Les mots s'étaient à peine échappés de ses lèvres que l'humain s'était retourné et agrippé à lui, tremblant aussi fort qu'une feuille dans une tempête, le tenant fermement comme s'il était le dernier élément stable de tout l'univers. Et en ce moment... peut-être l'était-il dans l'univers de cet homme.

Pendant un moment, il resta maladroitement raide tandis que son cerveau rattrapait ses sens stupéfiés pour lui rappeler la réponse appropriée dans ces situations, puis il entendit le hoquet étouffé et douloureux d'un homme qui tentait désespérément de retenir ses pleurs incontrôlables, et ceci expédia son impassibilité Vulcaine aux vents stellaires. Il n'avait jamais bien compris ni vu en quoi les humains trouvaient du réconfort dans le partage de l'espace personnel, mais ce n'était pas à lui de juger : il avait accepté cet homme tel qu'il était – si humain, si complètement humain – et le moins qu'il pouvait faire était de répondre aux besoins de l'humain au même titre que Jim répondait à ses besoins Vulcains.

Après avoir lentement levé ses mains pour tapoter timidement le dos de la tunique dorée froissée de l'humain, il fut conscient d'avoir bien fait quand Kirk se détendit, s'affaissant contre lui. Un instant il restèrent là, oscillant légèrement d'un côté puis de l'autre dans le vent âcre empli de fumée, puis il resserra son emprise quand le chagrin, l'horreur et l'épuisement total de l'humain filtra à travers leur contact physique.

« Capitaine, quand avez-vous dormi pour la dernière fois ? » Murmura-t-il à l'oreille de l'humain.

« Pendant... » Kirk frémit contre lui, les mots étouffés «... Pendant combien de temps ? »

C'était une réponse suffisante, mais le journal de bord du Dr McCoy exigerait plus de précisions.

« De préférence, plus de trois heures d'affilée. »

« Aucune idée. » Fut l'aveu épuisé, si honnête et Spock fronça les sourcils. Il aurait dû s'en rendre compte maintenant. Quel genre de Vulcain était-il s'il n'était pas capable de voir et d'identifier des signes avant-coureurs d'un épuisement physique et potentiellement mental.

Pire encore : quel genre d'ami était-il pour avoir négligé de remarquer ça ? Il avait lamentablement échoué, malgré ses efforts.

Ce fut peut-être l'intense sensation de culpabilité qui rendit tolérable l'inconvenance des gestes humains de réconfort, mais quelle qu'en soit la cause, ça dura de longs instants avant que Kirk ne tente maladroitement de s'écarter de l'étreinte, et quelques autres encore avant qu'il ne consente à le lâcher, le tenant à bout de bras. L'humain était sous le choc et il semblait risquer de s'effondrer sur place sans la prise ferme du Vulcain.

Si fragiles, ces humains ! Leurs structures physiques si frêles, leurs esprits si vulnérables aux prédateurs, leurs cœurs si sensibles – comment pouvaient-ils le supporter ? Comment avaient-ils survécu aussi longtemps, atteints de tels sommets de civilisation dans la galaxie, et qu'est ce que ça leur avait coûté ? Ils étaient la plus remarquable des espèces.

Le hurlement métallique d'effondrement d'un hangar et l'explosion de vapeurs chimiques corrosives à proximité ramèrent son attention vagabonde, et c'est uniquement à cet instant-là qu'il s'aperçut que l'humain tremblait bien plus violemment qu'avant. La température n'avait pas changé et il n'y avait pas eu d'augmentation de la vitesse du vent : Kirk était en état de choc, et tout bien considéré, ce n'était pas surprenant.

« Capitaine. » Commença-t-il, veillant à parler doucement, mais l'humain ne sembla pas l'entendre, restant simplement là à regarder aveuglement les corps gisants sur le trottoir. « Jim... »

« Tant. » Souffla l'homme.

« Monsieur ? »

« Tant de morts, Spock. » Chuchota Kirk, un son brisé de chagrin suivit ces mots tandis qu'il regardait à nouveau l'enfant qui ne verrait jamais son deuxième anniversaire. « Il en a tué tellement. »

« Capitaine. » Murmura-t-il, et c'est grâce à ce dernier point qu'il se rendit compte que les deux événements s'étaient en quelque sorte confondus dans l'esprit épuisé de l'humain : McCoy avait raison, l'homme ne voyait pas Bola II. « Jim, c'est fini. »

« Je sais. » Répondit Kirk d'une voix tendue « Tous. Ils sont tous morts maintenant, Spock – et la plupart ne sont connus qu'à travers les statistiques d'un livre d'histoire. Personne ne sait qui ils étaient. Personne. »

Il saisit doucement les bras crispés de l'humain, entraînant Kirk avec lui, l'éloignant des corps qui retenaient toujours l'attention de l'homme.

« Vous, vous les connaissez. » Dit-il doucement et les yeux noisette cillèrent vers lui, revenant à la raison.

« Parfois, j'aimerais bien ne pas le savoir. » Parvint à articuler Kirk en claquant légèrement des dents, frémissant tandis que sa température interne chutait. « Ils avaient tous des noms, Spock, des familles, des enfants, ces quatre mille personnes... je n'y avais plus pensé depuis longtemps, jusqu'à ce que... » Un autre frisson et Spock chercha son communicateur de sa main libre.

« Spock à l'Enterprise. »

« Enterprise, ici Scott. »

« … Jusqu'à récemment. » Poursuivit Kirk, jetant un coup d'œil derrière eux quand une sirène se mit à hurler.

« Deux à téléporter immédiatement, Mr Scott. Capitaine... »

« Et maintenant, je ne peux pas arrêter. » Chuchota l'homme, portant une main à sa tête « Toute la nuit, je ne peux pas stopper les rêves, je ne peux pas arrêter de penser à eux, je ne peux pas faire sortir de ma tête la voix de Karidian, Spock ! »

« Moi, je le peux. » Promit-il imprudemment et intensément, car l'humain était au bord de l'hystérie issue du choc : dans son état normal James Kirk aurait préféré mourir que de révéler à quiconque une faiblesse. Voir ça lui causait une sensation de contraction douloureuse qui gênait sa respiration ; il pouvait faire bien plus que ça, si ça pouvait effacer le désespoir inscrit sur le visage épuisé de Kirk.

Le capitaine cligna des yeux vers lui, l'espoir brillant illuminant ses yeux « Vous... vous le pouvez ? »

« Oui. Energie, Mr Scott. » Promit-il, tout en gardant une main sur le bras du capitaine. Et c'était heureux qu'il l'ait gardé car dès qu'ils se matérialisèrent, le visage de Kirk pâlit et ses genoux ployèrent sous lui.

Retenant l'homme en train de s'effondrer, Spock entendit la plainte du scanner médical avant de remarquer la présence inquiète qui planait tout près d'eux. Le docteur parvint à l'aider à rattraper le capitaine avant que l'entêtement de Kirk ne prenne le dessus.

« Il est sous le choc. » Fut le diagnostic grogné, précédé et suivi par une série de jurons imaginatifs « La respiration devient superficielle, les fonctions cérébrales ralentissent... et sa pression artérielle dégringole... » McCoy s'interrompit dans un juron furieux « au nom de tout ce qui est bons et censées s'est-il procuré ces stimulants ? Je serais mort plutôt que de les lui avoir prescrits ! »

Le fait que le capitaine s'auto-médicamente pour rester debout n'était pas surprenant pour Spock, bien qu'il se laissa aller à l'émotion humaine de souhaiter l'avoir vu avant.

« Je vais... je vais bien, Bones. » Protesta faiblement Kirk, chassant les mains du docteur loin de son visage.

« A l'Infirmerie. Tout de suite. »

« Non. »

« Vous n'avez pas à protester, Jim. » Aboya McCoy en effectuant une rapide série d'analyses.

Kirk eut l'air insulté, mais manquait d'assez d'énergie pour réellement protester, et un instant plus tard, l'irritation retomba dans cette tristesse vide que Spock avait vue sur Bola II.

« Vous m'avez relevé de mon commandement, Bones ? » Demanda doucement l'homme.

Les mâchoires de McCoy se serrèrent tandis qu'il lisait les résultats des analyses.

« Depuis quinze minutes, Capitaine. »

« Bien. » Murmura l'homme machinalement puis il reposa sa tête sur ses genoux étroitement pressés contre son corps.

Spock croisa le regard choqué du docteur par-dessus la tête penchée de Kirk, et il espéra qu'il pourrait réaliser ce qu'il avait si imprudemment – sa moitié Vulcain hurla : émotionnellement – promis.


A suivre...

Et comme d'habitude, n'hésitez pas à me dire s'il y a des maladresses ou des erreurs de traduction !