Note de la traductrice : merci beaucoup à Alienigena pour sa review enthousiaste et Kty Koneko pour sa fidélité à toutes épreuves !

PS : ce chapitre comporte des références à l'épisode Dagger of mind


McCoy avait gardé le capitaine à l'Infirmerie pendant trois jours, autant pour un repos ininterrompu, que pour purger les stimulants de son système et enfin pour rééquilibrer sa biochimie, après quoi, il avait été libéré pour des tâches mineures. Durant cette période, Spock, en tant que capitaine suppléant avait eu de quoi faire avec la tragédie de Bola II. Les fois il avait fait un saut à l'Infirmerie, Kirk avait été, soit sous sédatifs, soit endormi, ou tellement morose et/ou en colère qu'ils n'avaient pas eu le temps ni l'envie de réellement discuter. Le reste de son temps avait été consacré aux affaires du vaisseau, à la rencontre avec le Constellation et le navire de transport de passagers chargé d'évacuer les villes, ainsi que la supervision des efforts de sauvetage des nombreuses équipes médicales qui opéraient dans les zones les plus touchées. Ça avait été un travail à plein temps bouclé avant la libération de capitaine de l'Infirmerie.

Durant les 24 heures qui suivirent, il prit enfin un temps pour se reposer pendant que Kirk achevait les affaires sur la planète et recevait leurs prochains ordres de Starfleet Command. Après cela, leurs heures de service ne correspondirent que deux jours plus tard, et ainsi, ils ne trouvèrent le temps de discuter de ce qui s'était passé sur Bola II qu'une semaine après. Spock avait pensé que l'humain avait laissé tomber, mais il en avait douté.

Aussi, ne fut-il pas vraiment surpris d'entendre la sonnerie de sa porte au beau milieu de la nuit, à 23h50 pour être exacte et de découvrir que Kirk avait su, grâce à l'ordinateur qu'il était toujours éveillé et agit en conséquence.

Le capitaine semblait aller un peu mieux après un peu de repos et de nourriture (obligatoire) adéquate, même si des cernes assombrissaient ses yeux tristes. Spock lui offrit une tasse de thé médicinal que Kirk accepta avec gratitude, puis après quelques minutes passées ensemble, il finit par s'installer sur le bureau et se tourner pour faire face à son Premier Officier.

« Spock, je... » Le capitaine déglutit, les yeux baissés, entrelaça ses doigts pendant un moment avant de relever le regard vers les yeux patients du Vulcain. « Vous avez dit que vos m'aideriez. » Finit-il par lâcher.

Il acquiesça calmement. « Si je le peux, alors certainement, Capitaine. »

« Jim. » Corrigea l'homme, distraitement, presque automatiquement. « Spock, je... j'ai eu... » Sa voix se fana, une légère teinte d'inquiétude ou d'embarras (ou les deux, Spock n'était pas accoutumé à reconnaître les émotions) colora son visage.

« Vous pouvez me parler en toute franchise, Jim. »

« J'ai eu... » Kirk déglutit. « … Des problèmes mentaux, des flash-back inattendus de choses que je pensais avoir enfouies si profondément que personne ne saurait... Des souvenirs que j'avais enterrés il y a des années et qui ont refait surface... » Spock remarqua que les mains de l'humains commençaient à frémir. « … Des émotions qui... dépassent mon esprit, qui sont presque incontrôlables. » Acheva-t-il, tremblant.

Apparemment, d'après le savoir médical humain, ''parler'' de son fardeau était censé atténuer la douleur de ledit fardeau.

« Telle que ? » Incita-t-il avec une infinie douceur sans condamner, ni expliquer ni même comprendre.

« La colère. » Parvint à articuler Kirk à travers ses mâchoires serrées ; il était évident que le capitaine faisait preuve d'une volonté incroyable pour malgré tout, rester calme. « Le chagrin... la solitude... et... et la peur, Spock. »

La solitude était quelque chose qu'il pouvait aisément identifier, et il s'agissait probablement d'une émotion naturelle pour une personne seule telle que le capitaine d'un vaisseau spatial. Mais la peur ? Le Capitaine James Tiberius Kirk ? Quelque chose n'allait vraiment pas, alors.

« Pouvez-vous vous rappeler quand ça a débuté, Capitaine ? » Demanda-t-il car ça n'avait pas pu être uniquement déclenché par la réapparition de Kodos l'Exécuteur.

Les lèvres pincées et les mains serrées autour de sa tasse de thé, Kirk hocha la tête.

« Quand ? »

« Eh bien... » Kirk avala sa salive, ferma les yeux un instant avant de poursuivre, les mots s'échappant hâtivement, comme s'il voulait faire sortir cette phrase maudite plus vite « … Juste après qu'Adams ait utilisé la machine de VanGelder sur moi. »

Et, à cet instant, tout son paysage mental s'illumina dans un éclair brillant de compréhension La torture que Kirk avait subie sous ce neutralisant neuronal et dont il n'avait jamais parlé ; mais dont il avait après coup entendu des mots sur la Passerelle, entendu l'homme qui ne montrait aucune peur admettre qu'il savait comment un homme pouvait mourir de solitude. Et personne ne savait exactement ce que le neutralisant faisait aux patients, surtout entre les mains d'un individu malveillant.

« Je n'avais plus pensé à Kodos pendant des années. » Continua Kirk, parlant maintenant davantage à lui-même qu'à Spock. « Vous avez vu mes évaluations psychologiques ; je l'ai affronté il y a longtemps, ai appris à vivre avec, et pour être honnête ça n'a jamais contrôlé ma vie ou causé aucune sorte de traumatisme. Mais... » L'homme déglutit à nouveau. « … Après qu'Adams ait utilisé ce – cette chose sur mon esprit... j'ai vu des choses, me suis souvenu de choses avec une telle clarté... je ne peux pas le supporter. » Acheva-t-il en baissant les yeux, sa voix se brisant sur le dernier mot. « Je ne peux plus le supporter, Spock, je ne peux pas ! »

« Jim, s'il vous plaît, calmez-vous. » Apaisa-t-il en retirant la tasse de thé des mains tremblantes de l'humain avant qu'il ne la casse.

« Spock, je ne suis pas en état de commander, et je le resterai tant que je ne pourrai pas le contrôler ! Je ne peux pas avoir des flash-back de... de Tarsus IV ou d'autres choses quand je suis en service, je ne peux pas perdre le contrôle de moi-même comme je l'ai fait sur cette planète et rompre le protocole à cause de mes lubies et de mes émotions ! »

« Je peux vous aider, Capitaine. » Il interrompit la tirade à moitié hystérique avec toute la délicatesse dont il était capable compte tenu de ce qu'il s'apprêtait à faire. « Mais... j'ai bien peur de ne pas pouvoir vous épargner davantage de détresse mentale. »

« Pouvez-vous le faire ? » Murmura désespérément Kirk.

« Le Dr McCoy vous a-t-il fait part de la technique Vulcaine de fusion mentale ? »

« Oui : c'est ce que vous avez fait avec VanGelder. »

« Affirmatif. Si vous autorisez cette intrusion, je pourrai... » Il hésita, frémissant encore sous le coup du sacrilège et de sa moitié vulcaine horrifiée qui lui hurlait un avertissement, le traitant de traître envers tout ce qui était Vulcain. Mais cet homme avait plus d'importance pour lui que l'abandon temporaire de sa vie privée : c'était un fait et le nier n'était pas logique. « … Je pourrai pratiquer la même chose avec votre esprit, Capitaine. » Acheva-t-il lentement.

Les yeux de Kirk s'illuminèrent d'espoir et il réalisa soudainement que le capitaine avait probablement su de quoi il était question depuis le début.

« Vous saviez ce que je comptais faire. » Déclara-t-il, soulignant l'évidence.

L'humain soupira et lui tapota le bras, lui offrant un sourire triste.

« Je sais aussi que c'est une technique médicale Vulcaine et que le meilleur Médecin en Chef de Starfleet ne connaissait rien de cette technique, qu'il s'agit aussi d'une chose extrêmement privée et personnelle, presque sacrée. Et McCoy a dit que vous ne l'aviez jamais pratiqué sur un humain auparavant. »

« C'est exact. »

« Et pourtant vous l'avez fait sans hésiter, pour me sauver d'Adams. » Dit Kirk affectueusement. « Comment pourrais-je vous demander une seconde fois une chose pareille, Mr Spock ? »

Il s'étonna une fois de plus de cet humain extraordinaire qui, connaissant la solution et s'abstenant de tenter de la mettre en œuvre par égard pour son malaise vis-à-vis de cette technique, était complètement illogique – et presque si ridiculement téméraire.

Et aussi, très compréhensif et prévenant : jamais aucun humain ne l'avait été auparavant avec lui, et la nouveauté était en elle-même suffisante pour rejeter la violation de la vie privée qu'il serait obligé de subir pendant la fusion.

« Vous n'avez pas besoin de demander, Capitaine : je vous le propose. » Il choisit la réponse la plus simple et en retour, reçut un regard si reconnaissant : comme si on avait offert un cadeau inestimable à l'humain.

Les fusions mentales, où unions des esprits comme on appelait les plus superficielles n'étaient pas à prendre à la légère, ce n'étaient pas des conversations télépathiques comme certaines espèces mal informées le pensaient. Une fusion mentale était l'acte le plus intime, et extrêmement privé de partage de l'âme avec un autre, quelque chose qui ne devait être employé que dans deux cas. Le premier en cas d'urgence quand il n'y avait aucun autre recours pour sauver une vie – et le second, pour faciliter la communication ou le plaisir, pour une compréhension totale entre partenaires, membres de la famille ou avec les rares personnes qu'encore moins de Vulcains acceptaient comme amis.

En ce qui concernait celui-ci, il ne savait pas à quoi s'attendre. Si leurs esprits n'étaient pas compatibles, les conséquences pourraient être désastreuses, chaotiques et extrêmement douloureuses. Bien qu'il soit doté de toutes les capacités télépathiques d'un Vulcain, il ne pouvait prédire les effets qui pourraient résulter de sa génétique mi-humaine, quelles possibilités pourraient avoir une telle fusion car il n'y avait aucun antécédent d'une fusion mentale entre un mi-humain et un humain.

« Vous faites le point pour vous assurer que je comprends dans quoi je m'engage ? » Dit finalement Kirk quand le Vulcain eut fini. « C'est si... intime que ça pour que vous demandiez un consentement ? »

« Aucun Vulcain ne souhaite le faire sur un individu sans demander sa permission, Capitaine. Ma fusion avec le Dr VanGelder... » S'empressa-t-il d'ajouter quand il vit la question s'allumer dans les yeux du capitaine. « Était uniquement une urgence médicale, pas aussi profonde qu'elle sera nécessaire ici. Je n'ai rien vu de personnel chez cet homme, son esprit était trop chaotique et tourmenté pour que je puisse faire davantage que le soulager. »

« Et là ce sera différent... en quoi ? Vous n'allez pas juste réparer les dégâts du neutralisant neuronal ? »

« Il y a une... variable imprévisible. » Admit-il à contrecœur.

Kirk eut l'air plus intrigué qu'alarmé.

« Qui est ? »

« Nous sommes... très réceptifs l'un à l'autre. » Répondit-il en frottant ses doigts dans un début d'exercice de relaxation. « Il y a une faible possibilité que votre esprit accepte le mien aussi aisément que vous m'avez accepté en tant qu'individu. »

« Et si ça se produit, ça voudra dire quoi ? »

« Que je pourrai voir bien plus de choses privées que vous ne souhaiteriez, surtout si votre esprit a subi des dommages qui ont provoqué les épisodes que vous avez mentionné. »

Kirk eut l'air pensif un moment.

« Donc, vous êtes en train de dire que c'est un pari : que si mon esprit vous apprécie suffisamment il pourrait tout simplement s'ouvrir totalement à vous, et ni vous ni moi ne pourrions l'arrêter ? »

Il acquiesça, heureux de la compréhension rapide de l'humain qui reformulait les risques de manière moins complexe.

« Eh bien, je n'ai rien à vous cacher, Mr Spock. » Kirk haussa les épaules en souriant. Puis les yeux de l'humain se plissèrent « Mais quel est le risque pour vous ? »

« Le même. Il y a une faible chance que mon esprit Vulcain puisse reconnaître une compatibilité et... » Il hésita, ne sachant comment l'exprimer.

« Si vous voyez quelque chose que vous appréciez, vous allez inconsciemment commencer à regarder ? » Offrit Kirk, visiblement plus amusé qu'autre chose.

« En partie exacte. » Admit-il. « En outre, il existe la très faible probabilité, fortement improbable mais néanmoins possible que vous puissiez en faire de même sans vous en rendre compte. »

L'humain cilla.

« Je ne suis pas un télépathe, Spock. Je ne pourrai même pas vous parler par télépathie, et encore moins commencer à farfouiller dans votre tête. »

« Ce n'est pas une question de communication verbale, ni même consciente, Capitaine. » Expliqua-t-il, voulant vraiment s'assurer que l'humain savait exactement à quoi il consentait et savait les risques impliqués et ne souhaitait pas trouver une autre méthode pour résoudre la situation. « Vous n'aurez pas le choix et moi non plus : nos esprits, vos connaissances et les miennes, se mêleront et ne feront qu'un sans consciences séparées ni identités. La communication verbale n'est pas nécessaire dans de telles fusions – c'est davantage un état de conscience et de perceptions, qu'un état de communication réfléchie avec des mots. »

« Je vois... je crois. » Répondit honnêtement l'humain, ses sourcils couleurs sable pensivement froncés. « Mais... votre intimité est très importance pour vous, Spock. Êtes-vous sûr, vraiment sûr de vouloir prendre un tel risque ? »

Il apprécia la prévenance, mais honnêtement, l'idée de voir enfin l'esprit de cet humain extraordinaire était tout simplement fascinante... et presque, si l'émotion n'était pas honnie, excitante.

« Le risque est beaucoup plus important pour vous, Monsieur. »

« Ecoutez, si vous apprêtez à fouiller dans ma tête, vous pouvez laisser tomber le ''Monsieur''. » Le réprimanda Kirk en souriant un peu nerveusement. « Je suis... je suis prêt quand vous l'êtes. »

« Je vais avoir besoin de quelques instants pour me préparer, Capitaine. Vous devriez également essayer d'atteindre un état aussi calme que possible : videz votre esprit autant que vous le pouvez, et s'il y a quelque chose que vous ne voulez pas que je vois... »

« Je n'ai aucun secret pour vous, Spock. » Répondit doucement Kirk « Vous ne m'avez pas vu dans mon pire état, mais je suis sûr que ça viendra ; aujourd'hui vaut tout aussi bien. »

La confiance que cet homme avait en lui était à la fois flatteuse et dérangeante car, selon le principe qui disait qu'accorder de la confiance menait à la possibilité d'être blessé : plus la confiance était grande, plus grande était la trahison. S'il trahissait un jour cette confiance... Mais une telle pensée n'aidait pas à avoir le contrôle nécessaire pour maîtriser une fusion, aussi la chassa-t-il de son esprit, au même titre que toutes les autres hormis celle d'aider cet homme assis en face de lui.

Enfin, il fut prêt.

Quand il s'installa devant son capitaine, leurs genoux se frôlèrent et il prit conscience que la respiration de l'homme était superficielle, pleine de tension refoulée, et dès qu'il se rapprocha, avançant précautionneusement ses doigts en position, il réalisa que ce n'était pas uniquement le stress qui causait cette réaction, mais aussi beaucoup de peur. Les lèvres de Kirk étaient pincées, ses yeux étroitement clos, il tremblait silencieusement : caractéristique humaine de craindre l'inconnu – et pourtant cet humain lui faisait volontiers confiance avec son esprit, la partie la plus précieuse de l'essence de tout être doué de sensibilité.

« Jim. » Dit-il dans l'immobilité inhabituelle de la chambre, et l'humain sursauta sous ses mains, ses yeux s'ouvrant brusquement. « Vous n'avez pas à avoir peur de moi. »

« Je n'ai pas peur ! » Fut la prompte réponse légèrement outrée et il eut l'illogique envie de sourire face à l'indignation de l'humain. « C'est juste... c'est juste que je ne sais pas à quoi m'attendre. » Murmura Kirk, le visage brûlant tandis qu'il rougissait de honte. « Je suis désolé, Spock. Je n'ai pas peur de vous – jamais. Juste... »

« Ne vous excusez pas d'une réaction naturelle à la perspective d'un danger inconnu, Jim. » Réprimanda-t-il gentiment en soutenant le regard de l'humain pendant qu'il se rapprochait, glissant sa main en position sur le côté opposé du visage d'homme. « Inspirez avec moi. » Poursuivit-il, tentant de projeter une suggestion d'apaisement par leurs peaux en contact « Et expirez... encore. Encore. » Il n'avait pas besoin de télépathie tactile pour sentir la gratitude qui transparaissait à travers les craquelures de la panique tandis que l'homme s'apaisait progressivement. « Excellent. Nous commençons. »

Il ne savait pas davantage que Kirk à quoi s'attendre quand ils fusionneraient réellement, et donc se méfiait de la fusion autant que l'humain. La personnalité de Kirk était l'une des plus vibrantes, impétueuses et brillantes qu'il ait jamais rencontrée et il s'attendait à ce que l'esprit de l'homme soit tout aussi aveuglant dans l'intensité de sa passion chaotique.

A la place, il fut parfaitement surpris de flotter dans un esprit qui était, par bien des égards identique au sien : ordonné, maîtrisé, vivant. Comme une vieille bibliothèque, réalisa-t-il en saisissant cette métaphore dans les souvenirs favoris de Kirk : emplie de livres rangés en rangs symétriques, chacun recelant les connaissances nécessaires au commandement d'un vaisseau spatial et pour le quotidien – tout était ordonné et soigné, très peu de volumes traînaient sur les tables ou par terre.

Surpris ?

La question pensée qui dansa contre sa conscience le statufia de stupeur.

Spock ?

Vous ne devriez pas être capable de faire ça, répondit-il, toujours sidéré. Aucun humain, en particulier un dépourvu d'aptitudes télépathiques ne devrait être capable de communiquer véritablement, verbalement dans une fusion mentale. Quand la fusion se produisait, les deux esprits ne faisaient plus qu'un et échangeaient des impressions, ils ne communiquaient pas avec des phrases tangibles : c'était impossible.

Un humain ne devrait pas être capable de communiquer avec des mots dans une fusion mentale, et certainement pas avec une telle aisance.

Peut-être que je suis un étudiant doué ?

Il était parfaitement incapable d'expliquer ce phénomène, de même qu'il ne pouvait expliquer à quel point c'était incroyable pour une première fois où il mêlait son esprit avec un autre de ne sentir aucun rejet instinctif, même infime. Il se sentait, à défaut d'un meilleur terme, comme s'il n'avait jamais quitté son propre esprit – d'être ici chez lui autant que dans sa propre tête.

Fascinant.

Je vous l'avez dit, je vous fait confiance, Spock. Un coup, comme s'il venait mentalement d'être tapé derrière la tête par quelque chose, et il sentit l'écho d'un rire mental réjoui.

Il secoua la tête, admiratif et sentit un doux effleurement de pensée s'enrouler autour de lui. Vous souriez, fut le constat stupéfait.

Je vous assure que non.

Si vous souriez, je le vois – le ressent – peu importe ! C'est incroyable.

Je ne discuterai pas ce fait, rétorqua-t-il dérouté en observant attentivement dans toutes les directions. Les étagères contenant les pensées de Kirk étaient méticuleusement étiquetées et rangées, aussi commença-t-il à avancer lentement, en quête des traces de la détresse que l'humain avait mentionnée.

Il ne s'écoula pas longtemps avant que l'instinct ne le guide vers les sombres recoins. A peine eut-il contourné une rangée d'étagères qu'il ne les vit : le chaos et la destruction, des livres gisaient sur le sol, leurs couvertures arrachées, leurs pages déchirées voltant mollement. Des trous béants étaient visibles sur les étagères, leurs contenus dispersés et abîmés. L'une des étagères contenant d'anciens et rares volumes avait été autrefois protégée par une vitre épaisse dotée d'une serrure, désormais, sa vitre était brisée en éclats tranchants, son contenu dans le même état que les autres.

Il sentit le premier élancement de terreur frémir dans la conscience de l'humain et recula immédiatement.

Non, ne partez pas... Je... Spock, y a-t-il un moyen, quelque chose, je sais pas, pour avoir une forme physique ici ? C'est tellement étrange...

Il reconnut la frustration dans cette pensée et lui renvoya une sensation de calme. Imaginez simplement que vous entrez dans la bibliothèque et que vous me retrouviez ici. Les résultats seront plus faciles à obtenir pour votre esprit inexpérimenté si vous vous imaginez dans la tenue la plus confortable que vous ayez : tel que vous êtes quand il n'y a personne.

Il n'aurait pas dû être surpris de le voir se matérialiser avec un effet de téléporteur un instant plus tard, vêtu négligemment de son uniforme vert de Starfleet.

« Donc vous riez et roulez des yeux, du moins intérieurement ? » Questionna Kirk avec un sourire.

Il ne sut pas si son regard noir avait le même poids que celui qu'il avait en-dehors de la fusion, quoi qu'il en soit, cet homme restait remarquablement peu perturbé dans les deux cas.

Mais il sut instantanément quand la légèreté quitta le visage de l'homme, Kirk tourna les yeux vers les étagères endommagées, les mains se crispant en poings contre ses flancs.

« Bien, mettons-nous au travail. » Dit doucement le capitaine, puis il se pencha pour attraper le volume le plus porche.

« S'il y a quelque chose que vous ne souhaitez pas que je lise, imaginez que le livre se ferme tout seul et je ne pourrai pas l'ouvrir. » Expliqua-t-il et Kirk hocha la tête. Il visualisa un balai et une corbeille et commença à soigneusement, très soigneusement balayer les éclats de verre de la bibliothèque verrouillée.

Au début il sentit les contractions instinctives de douleur brute, mais lorsqu'il marqua une pause, l'image de Kirk secoua la tête, les lèvres pincées et lui fit signe de continuer.

Il se sut pas combien de temps ils travaillèrent car le temps ne se déroulait pas de la même manière dans une fusion mentale, mais finirent par arriver au bout du nettoyage. Deux fois seulement les livres se fermèrent d'eux-même entre ses mains : lorsque Spock prit un volume et eut juste le temps de lire le mot Kodos sur la page du sommaire, et une fois avec un mince volume intitulé Carol Marcus, et il s'interrogea à nouveau sur l'incroyable confiance que cet humain plaçait en lui pour lui laisser accéder à ses pensées les plus intimes.

L'un des derniers volumes à remettre dans la bibliothèque verrouillée gisait, ouvert deux mètres plus loin. Quand il s'en empara, il vit son dos craquelé et ses pages déchirées dans les angles. Les mots Tristan Adams attirèrent son attention sur la page devant lui et avant même qu'il ne prenne conscience de ce qu'il faisait, il fut précipité dans l'histoire...

Il - ils - se tenaient avec défi tandis que l'homme haï entrait : « C'est l'heure d'un nouveau traitement ? »

Ce sourire condescendant, apaisant était tellement faux : « S'il vous plaît, ne me résistez pas, Capitaine. La douleur ne fait qu'empirer quand vous doutez de moi. Vous avez une totale confiance en moi. »

Non, non, non, se battre, il voulait se battre, il voulait tant se battre, mais il ne pouvait pas –

« J'ai confiance en vous. » Dit-il et il se haït pour ça, se haït de ne pas être capable de supporter la douleur pour refuser.

« Vous me faites entièrement confiance. » Cajola Adams, promettant le soulagement. Il lutta de toutes ses forces, mais sa bouche ne coopéra pas :

« J'ai confiance. » Il réussit à ne pas dire la phrase en entier, mais c'était une si petite victoire, et ça faisait mal, tellement mal...

« Excellent, Capitaine : je vous félicite. Vous savez qu'à ce stade le Dr VanGelder était à quatre pattes et sanglotait ? »

Il pouvait voir pourquoi, car il n'y avait que le refus obstiné de céder, même si ça le tuait, qui l'empêchait de faire de même...

« C'est si gratifiant. » Poursuivit Adams, et il tuerait sur le champs cet homme s'il pouvait bouger sans souffrir le martyr. « J'ai tellement de chance d'avoir deux excellents spécimens sur lesquels travailler. J'en apprends beaucoup. »

Puis un autre homme entra et dit à Adams que le Dr Noël avait disparu, il sut que quelque chose n'allait pas et se battit de toutes ses forces mais même le son du nom de la jeune femme lui donna envie de hurler, de céder et de mourir pour que la douleur cesse enfin quand Adams lui demanda où elle était, mais il ne lui dit pas, il ne lui dirait pas, peu importe ce qu'il lui ferait subir...

Spock referma le livre avec assez de force pour en faire vibrer ses bras, et il prit conscience qu'il tremblait seulement quand il vit les mains de Kirk sur les siennes, et que c'était Jim qui avait refermé le livre tandis que lui en avait été incapable, et c'était maintenant Jim qui le soutenait tandis qu'il tremblait sous le poids de la réalisation du pouvoir qu'avait détenu cet homme dément sur un esprit noble et vulnérable.

Comment un humain pouvait-il survivre à une chose pareille, sans défense contre les prédateurs mentaux, sans possibilité de combattre l'intrusion, sans possibilité de guérir le traumatisme ? Et comment un être pouvait-il volontairement infliger une telle souffrance à un autre, violer un esprit aussi brillant d'une manière si horrible, souiller et profaner intentionnellement quelque chose d'aussi beau ?

« Spock. Spock. » Disait l'image de Kirk, et il parvint tout juste à noter la profonde inquiétude cachée dans ces mots murmurés de manière si douce. « Tout va bien. »

« Ce n'est pas le cas. » Souffla-t-il avec un frémissement tandis qu'il tentait de reprendre le contrôle de cette fusion mentale, car il avait évidement perdu le contrôle un instant en ne voulant pas lire les pages mais se retrouvant piégé dans leur contenu.

« Si. » Murmura Kirk, une sensation d'émerveillement diffusée par les mots les enveloppèrent. « Parce que regardez, Spock. »

Il baissa les yeux et vit leurs mains tenir le volume fermé.

« Je ne comprends pas. » Avoua-t-il en secouant la tête.

« Spock. » Et l'image de l'humain sourit, la lumière bannissant une partie des ombres dans les coins. « Spock, j'ai tant de fois essayé de fermer ce livre depuis cette mission, et je n'y arrivais pas ! »

Il cilla, fixant le volume entre leurs mains.

« Il a fallu être deux pour y arriver. » Murmura l'homme et l'intensité de la gratitude qui l'inonda fut suffisante pour submerger son esprit. « Merci, Spock. »

Ils placèrent ensemble le livre sur l'étagère puis reculèrent pour examiner leur œuvre.

« Il faudra encore du temps pour que la vitre soit restaurée. » Dit-il enfin.

Kirk secoua résolument la tête.

« Je ne la remettrai pas. » déclara-t-il. « Comme ça, elle ne pourra pas plus être aussi douloureusement détruite. » Il eut un regard en coin et Spock eut la désagréable sensation que cet homme regardait droit dans son âme. « Vous savez aussi bien que moi qu'enfermer le plus profondément possible les choses n'est pas la meilleure façon de les maîtriser : elles ressortent aux pires moments possibles. »

Jim, quand j'éprouve de l'amitié pour vous... j'ai honte. (1)

Non, non, non... comment l'humain avait-il extirpé ce souvenir de sa propre conscience, de même que la mortification qu'il ressentait encore à chaque fois qu'il se le remémorait ? Kirk ne devrait pas en être capable !

« Vous savez, Spock, l'amitié est une chose amusante. » Dit Jim, souriant mystérieusement à la bibliothèque désormais immaculée. « Ça marche dans les deux sens, c'est donnant-donnant, un partage total... un peu comme votre définition d'une fusion mentale. »

Il ne trouvait pas ça amusant, mais visiblement, l'humain découvrit son ennui et l'image de Kirk rit et lui donna une tape sur l'épaule. « Vous êtes hilarant quand vous boudez, vous le savez ? »

« Je ne boude pas, comme vous dites. »

Les lèvres de l'humain tressaillirent.

« D'accord. Pardonnez-moi, Mr Spock. »

Il jeta un regard noir à l'humain, ce qui ne lui valut qu'un sourire chaleureux.

« Vous êtes incorrigible, Jim. »

Les yeux de Kirk dansaient.

« Et vous aimez ça. »

Pour la première fois, il regretta de ne pas être capable de tergiverser efficacement dans la fusion mentale, car il n'avait aucun moyen d'exprimer un argument qui convaincrait l'indomptable humain.

Un avertissement venu de quelque part au fond de sa conscience sonna : il était temps de mettre fin à la fusion, ou elle risquait de causer des dommages permanent à leurs deux esprits.

Jim sembla le comprendre immédiatement car son image sourit et disparue.

Je dois nous séparer maintenant, Jim.

Je sais. Spock... je ne sais pas comment je peux vous remercier, la pensée l'atteignit, teintée de quelque chose similaire à de la révérence. Un tel sacrifice... je ne le mérite pas.

Ça n'en était pas un, et vous le méritez, répondit-il, et les deux étaient vrais : ça avait été un rare cadeau pour lui de découvrir un tel esprit qui, non seulement ne résistait pas à son intrusion, mais l'accueillait même en dépit des craintes initiales et de la peur que de telles capacités étrangères engendraient.

Je déteste ce mot ''étranger'', Dit doucement Jim, c'est une caractéristique inutile. Vous êtes-vous vraiment senti comme un étranger dans mon esprit ?

Négatif, admit-il, et il ne put cacher son émerveillement à l'humain. C'est... un cadeau incroyable.

C'est le moins que je puisse faire, fut la réponse légère mais elle manquait de la désinvolture qui caractérisait parfois leurs plaisanteries. Vous avez sauvé ma santé mentale, Spock.

J'en suis amplement récompensé.

Le sourire de Jim le suivit tandis qu'il se retirait, traversant les couches ordonnées de la conscience de l'homme pour retourner dans la sienne...

...

… Ils étaient tous les deux épuisés par la fusion : Jim s'endormit contre lui avant-même qu'il n'ait pu aider l'humain à rejoindre le lit, et Spock lui-même eut tout juste la force d'envoyer un message de réussite au bureau de McCoy avant de succomber à la paillasse de méditation de sa propre cabine – mais il avait fait une incroyable découverte, de celle qui mériterait beaucoup de réflexions quand il aurait la force d'assimiler cette expérience.

Il avait surtout besoin de se rappeler et de déterminer si les mots que Jim avait lâché avant son départ étaient réels : Revenez quand vous voulez, ou s'il les avait imaginé.


(1) réplique culte de Spock dans l'épisode The naked time

TCB...