Comme pour le chapitre précédant, merci beaucoup à mes deux fidèles lectrices qui prennent le temps de laisser un petit commentaire.

Ce chapitre comporte quelques références à l'épisode Amok Time.


Par un accord tacite, les événements ayant trait à sa malheureuse Période prématurée devinrent un tabou immédiat pour tous ceux qui en avaient été victimes. Une fois que McCoy ait effectué un dernier examen physique pour s'assurer de la santé de ses supérieurs, il n'en avait, avec tact plus fait mention, et la seule autre personne à bord qui connaissait sa honte était le capitaine, en qui il savait pouvoir faire implicitement confiance.

Et c'était en cela une vrai chance, car peu d'officiers, et encore moins de capitaines ne pardonneraient complètement un meurtre – et malgré ça, malgré l'insistance patiente de Kirk qu'il ne s'était rien produit de ce genre. Pendant quelques instants, sur les sables de Vulcain, quand la fièvre de sang avait reflué dans la brillante euphorie de la victoire, sa vision s'était éclaircie pour découvrir le corps inerte qui pendait au bout de l'ahn-woon... il aurait préféré mourir une centaine de fois plutôt que de vivre à nouveau une telle découverte.

Le fait que cette quasi-tragédie aurait pu être en partie évitée s'il avait avoué ce qui se passait avant le début de la folie du plak-tow était une connaissance coupable qu'il conserverait à jamais. S'il n'avait pas été aussi fermement attaché à son orgueilleuse fierté Vulcaine, son refus de se confier à un étranger – qui avait prouvé qu'il ne prenait jamais à la légère la tradition étrangère – s'il n'avait pas refusé d'alerter le capitaine dès l'apparition évidente des premiers symptômes, il aurait été en meilleure condition physique pour vaincre Stonn quand il avait été défié, il n'aurait peut-être pas commencé à sombrer dans la folie avant d'atteindre Vulcain. Et, au moins il serait mort honorablement au lieu d'attaquer son capitaine et ami dans un combat à mort, l'humain, témoin innocent emporté par la tradition de Vulcain.

Son capitaine et ami.

Le capitaine et ami d'un Vulcain.

La phrase elle-même était un oxymore : un Vulcain pouvait avoir un officier supérieur, mais certainement pas avoir un supérieur pour ami. Un Vulcain pouvait avoir un t'hy'la ou d'autres relations, et ces dernières ne seraient pas illogiques pour un humain. Mais l'admettre, c'était admettre son infériorité, provoquer la sévère condescendance de Vulcain. Ça ne s'était jamais vu, et certainement pas devant quelqu'un d'aussi vénéré que T'Pau.

Et pourtant son esprit avait été assez lucide pour présenter Kirk et McCoy comme ses amis, et même de justifier leurs présences comme étant son droit.

Le dédain de T'Pring avait peut-être été fondé, car aucun vrai Vulcain n'aurait jamais fait ça. Pire encore, aucun vrai Vulcain n'aurait prit un tel plaisir à défier de la sorte la tradition : en s'infiltrant dans une minuscule brèche concernant les étrangers dans les rites mystiques entourant le koon-ut-kal-if-fee.

Il avait fait les deux.

Il était par conséquent un échec.

En tant que Vulcain il avait échoué au test d'approbation de T'Pau : sa dernière chance de faire ses preuves devant une planète qui le considérait comme inférieur en raison de sa mixité. En tant que fils, il avait déçu son père lointain en étant devenu indigne du mariage qui lui avait été présenté : Sarek n'y verrait sans aucun doute qu'un nouvel exemple de la rébellion de Spock contre les souhaits de ses parents (le fait qu'Amanda ait qualifié T'Pring avec un terme terrien assez intéressant pour désigner une femme à la morale douteuse n'était pas une consolation). En tant qu'officier, il avait échoué envers son capitaine et son vaisseau et le mettant en danger à cause de ses réticences et en les forçant à faire un détour imprévu de la destination qui leur avait été ordonnée. En tant que mi-humain, il avait lamentablement échoué envers ses amis : en attaquant et manquant d'en tuer un sans la prompte intervention de l'autre.

Alors qu'il était peu préoccupé par deux premiers cas, les deux derniers, en revanche lui causaient beaucoup d'inquiétude, exacerbée par le fait que son taux d'adrénaline était anormalement élevé et son contrôle émotionnel pratiquement inexistant. Il était sans aucun doute au plus faible, au plus bas, déplorablement au pire niveau : un échec dans tous les sens du terme. Abandonné par sa logique et son contrôle, il avait été réduit à néant – et le résultat résonnait encore dans ses oreilles : les derniers mots de défi qu'il avait lâché avant de remonter dans le vaisseau, la dernière chance qu'il avait eu de déclarer à T'Pau et au monde la fière violation de la tradition Vulcaine – un hommage endeuillé et douloureux pour un homme qu'il pensait mort.

« Il n'en sera pas ainsi. J'ai tué mon capitaine, et mon ami. »

Les violences commises sous l'influence du plak-tow n'étaient pas condamnables par les lois de la Fédération ni par celles de Vulcain. Vulcain était exempte de toute loi lorsqu'elle l'estimait nécessaire et à côté de ça, Starfleet avait des clauses pour de tels états de conscience altérée, suite à de malheureux événements entourant la Période inattendue d'un Vulcain.

Il aurait été peut-être rétrogradé, éventuellement muté sur un autre vaisseau, mais Starfleet ne l'aurait pas davantage traduit en court martiale pour avoir tué James Kirk que s'il avait sous l'influence d'une drogue ou d'une quelconque substance altérant l'esprit. Vulcain se fichait bien de savoir si son capitaine vivait ou mourait : ils n'y auraient jamais réfléchi à deux fois.

Mais il avait ouvertement informé T'Pau qu'il ne vivrait pas longtemps ni ne prospérerait. Il ne pouvait pas vivre en sachant ce qu'il avait fait : si les autorités avaient jugé bon de le libérer en raison de circonstances atténuantes, il aurait exécuté l'ancien rituel du sha'eschak (1)et appliqué la justice lui-même pour son crime impardonnable.

Mais maintenant, dépouillé et vulnérable avec sa gestion émotionnelle non fonctionnelle et son contrôle presque inexistant, il pouvait clairement voir sa propre trahison et les représailles plutôt justifiées de T'Pring. Elle avait précisément su qui comptait davantage que sa lointaine fiancée pour lui, où allait sa loyauté, et elle avait su où frapper pour lui infliger le plus de souffrances et gagner le maximum de bénéfices pour elle.

Il était forcé d'admirer la nature impitoyable du raisonnement qui l'avait gouvernée : elle était une pure Vulcaine dotée d'une intelligence pure et implacable. Et malgré ça, elle avait agi par émotion, car elle était avec Stonn depuis il ne savait combien de temps ; attendre le Défi n'avait pas été logique, quand il y avait d'autres solutions pour le cas où un autre compagnon, plus compatible était trouvé.

Comment pouvait-on lui permettre ça ? A côté de ça, devait-il pour autant avoir honte des prémices de la douce émotion d'amitié ?

Il dérivait, impuissant dans une mer de désespoir et de confusion qui constituaient à présent les émotions dominantes qui ravageaient son contrôle fracassé et, dans son désespoir, il se tourna vers le seul homme qui avait désormais toutes les raisons logiques de le craindre et qui pourtant d'en faisait rien.

Les quartiers de Kirk étaient programmés pour s'ouvrir à son approche, une marque de confiance dont il n'avait jamais abusé. Il marqua une pause à l'intérieur – juste le temps de saisir la fin d'un communiqué officiel, une réprimande menaçante d'après l'intonation, avant que la transmission ne prenne fin sur un mot bref et que l'écran devant l'humain ne devienne vide.

Kirk resta assis, les mains serrées devant lui sur le bureau pendant dix secondes avant de pivoter sa chaise vers la porte. Le visage de l'humain était rougi de colère et d'embarras, mais il parvint à se maîtriser avec effort, contrôlant son humiliation et s'exprimant calmement. Spock apprécia l'attention car son propre contrôle était au mieux chancelant.

« Komack n'est pas ravi. » Expliqua succinctement l'humain avec un roulement résigné d'épaules tendues quand il s'étira. Kirk fusilla du regard l'écran. « Je vais passer un sale quart d'heure sur Altair VI collé à ses basques, c'est moi qui vous le dit. »

« Je... je suis vraiment désolé. » Dit-il doucement, parfaitement conscient des raisons de la fureur de l'amiral envers son capitaine.

Les yeux de Kirk se relevèrent de surprise qui se mua en un sourire affectueux, chassant les traces de colère de son visage.

« Ce n'est pas votre faute, Mr Spock. » Répondit-il naturellement, offrant une porte de sortie si Spock voulait la prendre. « Vous n'en avez pas donné les ordres. Enfin, pas les derniers. » Ajouta-t-il en esquissant un sourire en coin car Spock avait en effet contre-ordonné un changement de cap à plusieurs reprises.

« Néanmoins, le blâme est mien. » Réfuta-t-il, refusant l'échappatoire qui lui était offerte. Les mains serrées dans son dos dans un effort pour se tenir immobile, il prit une inspiration mesurée et poursuivit. « Êtes-vous disponible pour en parler ? »

Kirk lui lança un regard curieux par-dessus son épaule tandis qu'il se dirigeait vers le petit réplicateur de boissons fixé au mur.

« Je vous ai jamais entendu être aussi direct avant, Spock. Du thé ? »

« Affirmatif. » Répondit-il machinalement, il s'assit sur la chaise que Kirk avait avancée et fixa son attention sur ses mains tandis qu'il commençait à calculer des séquences mathématiques d'une longueur improbable dans un effort pour se calmer.

Une main tendant une tasse fumante surgit soudainement devant lui, et avant que que ses réflexes en lambeaux ne le reprennent, il avait légèrement sursauté.

Le capitaine ne dit rien, mais une faible inquiétude papillonna dans ses yeux expressifs. « Du thé vert. » Fut le seul éclaircissement qu'il donna. « Bones dit que c'est ce qu'il y a de mieux pour réguler votre biochimie ; vous allez mettre un moment avant de retrouver votre logique Vulcaine. »

Il appréciait à la fois la légèreté clinique de la discussion et la déduction évidente selon laquelle le commandant de bord avait demandé à son médecin quelles mesures il pouvait prendre pour l'aider. L'attention bienveillance de James T Kirk était inscrite partout, et son contrôle en lambeaux ne put réprimer la sensation de chaleur qui en découla.

« Merci. » Il exprima le terme humain de gratitude avant de siroter la douce boisson et reçut un hochement de tête en retour.

« Maintenant. » Commença Kirk après un moment de silence. « Je dois admettre être surpris de vous voir, Spock... j'ai pensé que je devrais vous traquer dans tout le vaisseau avant d'arriver à vous faire parler.

« Je n'ai pas le temps de prétendre être capable d'atteindre un niveau de méditation qui me permettrait de faire face aux événements. » Répondit-il franchement. « Nous arriverons à Altair VI demain soir. »

« En d'autres termes, parce que j'ai besoin de vous, vous devez être fonctionnel. » Formula Kirk aux sentiments non-dits, lui souriant affectueusement.

Il baissa la tête dans un acquiescement honteux.

Kirk prit une gorgée de son café et posa la tasse dans un coin. Il se pencha, les mains posées sur le bureau et soupira.

« Spock, je suis très inquiet pour vous. »

« Capitaine... »

« Laissez-moi finir. » Fut la douce requête. « Je ne peux pas prétendre en savoir beaucoup plus sur vous ou votre peuple, ni sur ce qui s'est passé là-bas. » Continua-t-il, levant une main pour la poser sur la manche bleue. « Mais... je peux au moins dire que vous avez été... » Kirk hésita avant de poursuivre sur sa lancée. « Que vous avez été rejeté par votre promise. C'est une chose qui n'est pas facile à accepter, du moins pour un humain. »

Il aurait pu rire du regard naïf de Kirk sur son mariage arrangé.

« Capitaine, le rejet de T'Pring mérite à peine d'être noté. »

« Mr Spock, j'ai remarqué que vous êtes un individu extrêmement précis. » Rétorqua immédiatement Kirk, les yeux verrouillés sur lui comme s'il voyait à travers son âme. « Et quand vous dites ''mérite à peine'', alors je ne peux m'empêcher de remarquer que vous n'avez pas dit ''ne mérite pas''. »

Il resta silencieux : comment cet humain ridiculement perceptif avait-il appris à saisir si aisément les subtilités de sa communication ? Il était pire qu'un Vulcain.

« Je ne suis pas en train de dire que vous avec le cœur brisé, Spock. » Ajouta doucement le capitaine. « Mais, Vulcain ou humain...cela doit, faut d'un meilleur terme, un tantinet vous blesser . »

« Cela a peu d'importance, compte tenu... »

« Arrêtez. » Coupa fermement Kirk. « Si vous revenez encore sur la façon dont vous m'avez ''assassiné'', comment j'aurai dû vous placer en détention pour ça et comment je devrai ne jamais vous le pardonner – oui, je sais que vous n'avez pas mentionné le dernier point, mais vous n'en avez pas besoin, ça se voit dans vos yeux – alors je ne vais pas rester assis là à écouter. Il n'y a rien entre nous, vous comprenez ça, Spock ? »

Il ne pouvait comprendre la faculté de l'humain à pardonner, mais c'était une chose en laquelle il faisait confiance. Si Kirk pouvait lui pardonner, alors ce serait parfaitement irrespectueux pour lui de continuer à revenir sur le sujet comme s'il ne le croyait pas.

« Oui, monsieur. » Murmura-t-il les yeux baissés.

Kirk émit dans sa tasse de café un étrange et incohérent gargouillement.

« Ne me faites pas ces yeux de chien battu, Spock. » Bafouilla-t-il. « Arrêtez. C'est mauvais pour mon image de commandement si mon Premier Officier Vulcain peut me faire fondre comme une flaque. »

« Capitaine ? »

« Et il fait aussi très bien le regard qui, moi le doux innocent ? » Poursuivit sèchement Kirk à un public invisible, faisant un geste par-dessus la table avec sa tasse à moitié pleine de mixture sucrée qui ballottait. Spock reçut un salut négligé avec la tasse avant qu'elle ne soit reposée sur la table. « Maintenant, que c'est réglé, Spock, sérieusement. » Dit l'homme toute légèreté envolée « Je... voudrais vous avouer quelque chose, si vous me le permettez. »

Il hocha la tête et resta droit, les deux mains serrées autour de la tasse chaude, tentant de tisser avec les fils de son contrôle un tissu assez grand pour couvrir les trous béants de sa paix mentale.

L'homme en face de lui sembla brusquement mal à l'aise à en juger par la manière avec laquelle il tournait sa tasse entre ses doigts nerveux. Finalement Kirk leva les yeux et lui offrit un demi sourire ironique.

« Cela vous surprendrait de savoir, Mr Spock que j'ai failli être marié une fois ? »

« Négatif. »

Kirk cilla, puis éclata de rire face à sa réponse catégorique.

« Vous devez être en train de redevenir vous-même pour retrouver votre capacité Vulcaine d'éviscérer verbalement aussi vite. » Rit l'homme avec un brin de tristesse. « Vous me blessez, mon ami. »

Il se surpris à se détendre sous la tendresse humaine contagieuse, bien qu'il ne vit pas ce que sa réponse véridique avait d'amusant.

« Bref, il y avait cette technicienne de laboratoire blonde à l'Académie... Gary Mitchell nous avait présentés. » Continua Kirk après un instant de pause, les yeux lointains, adoucis par le souvenir. (2) « Elle était brillante... absolument brillante. Et c'est toujours une scientifique de renom à Starfleet, d'ailleurs. »

Spock acquiesça pour montrer qu'il écoutait, bien qu'il ne vit pas le rapport avec leurs soucis présents.

Kirk soupira et revient dans le présent.

« J'ai cru que je l'aimais, Spock, j'ai été sur le point de l'épouser à un moment donné. Mais... eh bien, ça n'a tout simplement pas marché. » L'homme haussa les épaule, un peu tristement. « Et maintenant, avec du recul – je ne peux même pas vraiment dire si je l'aimais ou non : qui sait ? Nous étions jeunes et stupides... » Il devint lointain puis leva des yeux hantés, « Assez stupides pour avoir un enfant ensemble, Spock. »

Maintenant ça ça le surprenait, et cela dû se voir car il reçut un hochement de tête grave.

« Oui, un enfant. » Répéta doucement l'homme. « Il est né après notre séparation. Je ne l'ai jamais vu. »

Il fronça les sourcils, du moins intérieurement car il ne pouvait concevoir que le plus éthique des hommes refusait de prendre part dans la vie de l'enfant – carrière dans Starfleet ou non.

Kirk acquiesça, encourageant.

« Vous vous demandez pourquoi je n'ai jamais parlé de lui, pourquoi je ne fais pas partie de sa vie, n'est-ce pas ? »

« En effet. » Admit-il. « Ça... ne vous ressemble pas du tout ; je présume qu'il y a une raison valable à votre absence de contact ? »

« La meilleures des raisons. » Renifla amèrement Kirk. « Elle ne veut pas que je l'approche. »

Un silence douloureux tomba pendant que son esprit tentait et échouait à comprendre pourquoi quelqu'un ne voudrait pas de cet homme dans sa vie. Ça n'avait pas de sens. Ce n'était pas logique.

« C'est comme ça, comme on dit. » Le capitaine rit amèrement, secoua la tête et leva les yeux, un peu hésitant. « Vous êtes conscient que si les journaux, ou même de mauvaises personnes à Starfleet découvraient ma petite maladresse... ça serait pas joli-joli. »

Il garda le silence un instant, et sut soudain quoi répondre exactement, aussi sincèrement qu'il le put.

« Jim... ce que vous dites restera entre nous. »

Les yeux de l'humain s'écarquillèrent, avant de s'emplir d'une douce chaleur dorée qu'il avait apprit à reconnaître comme étant adressée à un faible nombre à bord, et à lui tout particulièrement. Un privilège qu'il ne méritait pas mais qu'il était néanmoins... heureux de recevoir.

Ils restèrent un moment silencieux, tous les deux songeurs, mais leurs silences n'avaient jamais été gênants, puis le capitaine reprit la parole :

« Je ne suis pas sûr de l'avoir vraiment, sincèrement, profondément aimée, Spock – mais elle m'a complètement rejeté quand il est né... et même si nous nous sommes séparés d'un commun accord avant, ça fait quand même mal. » Murmura Kirk avec des yeux doux. « Que vous teniez à T'Pring ou non, c'est normal d'avoir mal. »

« Ça ne l'est pas pour un Vulcain. » Rétorqua-t-il vivement, les yeux baissés. Non, admettre une telle chose était dangereuse, dans son état avec son manque de contrôle : il ne pouvait pas.

Une main chaude se posa gentiment sur son bras.

« Même pour un Vulcain, c'est normal. » Insista Kirk, secouant doucement son bras pour appuyer ses propos. « Spock, répondez-moi. » Ajouta-t-il quand le Vulcain voulut l'interrompre par une autre protestation. « Si votre peuple est si dépourvu d'émotions, si complètement détaché de ce genre de choses, alors pourquoi y a-t-il un tel théâtre mystique autour du Défi ? Pourquoi tout ce drama si ce n'est pour une expérience émotionnelle ? Si ce n'est pas pour vous humilier, alors pourquoi ne pas s'être assis et annulé le contrat comme le font les humains ? En quoi continuer les combats à mort est-il logique ? Toute tradition, Vulcaine, humaine, ou d'ailleurs, prend racine dans l'attachement émotionnel au passé, et vous ne pouvez le nier. »

Il releva lentement la tête pour regarder l'humain, complètement stupéfait par cette idée sacrilège.

« Tel que je le vois, elle a fait ça pour vous humilier, Spock. » Déclara Kirk d'une voix tranchante de colère. « Tradition ou non, ça été calculé et planifié pour vous blesser, d'une manière ou d'une autre. Elle vous a fait du mal parce qu'elle savait comment s'y prendre. »

« Elle était dans son droit. » Rétorqua-t-il platement.

« Peut-être. » Concéda Kirk. « Je ne connais pas tout sur vous ou votre peuple, Spock, et ce n'est pas à moi de juger votre culture. Mais pour une race qui en ait dépourvue, vous attachez beaucoup d'émotions à vos traditions. Je ne vois pas en quoi ce ne serait pas logique pour vous d'être blessé par un tel rejet : ne rien ressentir voudrait dire que l'exercice n'avait en premier lieu aucun sens. »

« Jim votre logique est... »

« Bancale ? »

« Erronée. » Rectifia-t-il sèchement.

Kirk rit. « Sans aucun doute. » A travers la prise sur son bras, Spock sentit un élan de chaleureuse affection. « Mais quoi qu'il en soit, je ne veux pas que vous vous sentiez désolé, je veux que vous croyez que c'est illogique d'être blessé par tout ça. »

Il acquiesça, tentant maladroitement de transmettre par le regard ce qu'il ne pourrait jamais dire à haute voix.

« Et, je vous remercie. » Ajouta l'humain après un instant de silence chaleureux.

« Capitaine ? »

« Commandant, je n'en sais pas autant sur votre peuple que je le voudrais. » Répondit Kirk en tapotant son bras. « Mais j'en sais assez pour savoir que vous ne présenteriez pas n'importe quels humains comme étant vos amis devant tout Vulcain dont vous vous souciez de l'opinion. Avoir sacrifié ainsi votre dignité ne suffit pas ? »

Ce perspicace et incorrigible humain sera la mort de sa précieuse dignité un jour.

« Ça ne l'était pas. » Admit-t-il, timidement.

Le sourire chaleureux de Kirk illumina la pièce, chassant les ombres de ce qui s'était passé sur Vulcain.

« Alors je crois que c'est moi qui devrais vous remercier et non l'inverse, Spock. »

Avec une inclinaison de la tête, il se permit de lui rendre son sourire avec les yeux.

« Comme vous voulez. »


(1) littéralement : la mort par son propre esprit

(2) Where no man has gone before mentionne cette femme bonde, et le fandom s'accorde à penser qu'il s'agit de Carol Marcus, la mère du fils de Kirk : David que l'on voit dans Star Trek II : The wrath of Khan


A suivre...