Note de la traductrice : 4eme chapitre qui fait un gros bond dans le temps et s'attaque aux événements des films. Chapitre donc basé cette fois-ci sur le film Star Trek : The motion Picture.

Et encore et toujours, je remercie Alienigena ma fidèle lectrice qui trépignait derrière son ordi d'impatience. :) Ma chère ce chapitre traduit est pour toi !


Spock de Vulcain avait participé à maintes entreprises dangereuses durant son service à Starfleet, mais bien peu au cours de ces trois dernières années. Et bien que tenter d'établir le contact avec un esprit artificiel de la taille d'une petite planète avait été une initiative périlleuse, il se demandait à présent si accepter de rencontrer sur le Pont d'Observation réaménagé un homme qu'il avait quitté il y a trois ans, dans des conditions très difficiles, ne serait peut-être pas plus dangereux.

Ils ne s'étaient pas vraiment disputés, car au fond de lui, il ne pourrait jamais faire intentionnellement du mal à cet homme, mais ils ne s'étaient pas non plus quittés en bons termes pour utiliser la phraséologie humaine. Quand ils avaient été informés du refus de Starfleet à la demande de Kirk (à laquelle ils croyaient tous) pour une deuxième mission de cinq ans, le capitaine avait été si sidéré par le refus, que Spock n'avait pas su comment l'aider. En l'espace d'un seul communiqué, leur vaisseau leur avait confisqué pour être réaménagé et confié à un autre capitaine, leur équipage dispersé sur plusieurs vaisseaux et postes d'enseignant à l'Académie, et Kirk lui-même avait été promu Amiral.

La promotion et la perte de tout ce qu'ils possédaient, de tout ce qu'ils étaient, avaient été une surprise totale, et avaient tant estomaqué l'humain que Spock pouvait désormais aisément comprendre l'expression humaine qui disait que la nouvelle avait tout simplement brisé le cœur de Kirk. Le capitaine s'était retiré, se protégeant de tous ceux qui voulaient le féliciter pour une promotion qu'il n'avait jamais recherchée, qu'il n'avait jamais songé à rechercher et dont il ne voulait absolument pas.

Kirk était devenu tellement lointain, luttant contre la dépression alors que la mission arrivait à son terme, ajouté à cela la nouvelle que le Dr McCoy comptait profiter de sa retraite - en quoi, il n'en avait aucune idée, et Kirk avait refusé d'un parler – en retournant en Géorgie pour pratiquer à résidence, et Spock s'était trouvé complètement à la dérive. L'Enterprise avait été son foyer pendant seize ans, et ces humains étaient ce qui se rapprochait le plus de la famille qu'il avait jamais eu. Son travail avec ces gens était sa vie, et tout cela s'était soudainement effondré, l'enterrant sous les décombres – lui et sa capacité à penser clairement.

Puis il avait entendu la rumeur, corroborée plus tard par Starfleet Command comme quoi il était sur le point de se voir attribuer le grade de capitaine du tout nouveau vaisseau d'exploration et de recherche : l'Expédient.

Et, il avait tout simplement paniqué.

Il n'avait aucun désir de commander, et certainement pas quand son capitaine – car il le serait toujours, malgré le rang de Starfleet – était relégué à un poste de bureau. L'idée même était détestable et ne s'accordait tout simplement pas avec l'univers. Il n'acceptait pas non plus aisément le changement, surtout aussi drastique après seize ans d'habitudes tranquilles. Il était une créature d'habitudes, le fait que celles-ci soient chamboulées par les caprices de l'Amirauté l'avait laissé impuissant, à la dérive dans un océan humain, et s'il avait pu admettre cette émotion : passablement effrayé de l'impact sur ce futur désormais incertain.

Et le seul homme qui aurait pu l'aider à faire face à ces difficultés était lui-même vidé par la perte dévastatrice du seul amour de sa vie. Kirk n'avait été d'aucune aide pour le rassurer, le repoussant fréquemment pendant ces dernières semaines de mission. L'humain souffrait, souffrait tellement, et Spock avait eu bien assez de problèmes à résoudre sans en plus essayer de réconforter son capitaine misérable.

Sans ancrage dans une mer d'incertitude, Spock avait tout simplement commencé à dériver, alarmé, sans but ni compréhension, jusqu'au jour où il s'était rendu compte qu'il ne lui restait plus que quelques jours pour laisser cet homme derrière lui, passer à autre chose et prendre le commandement de son propre vaisseau.

Mais ce n'était pas cette prise de conscience qui l'avait conduit à Gol.

C'était plutôt le fait que la pensée même de quitter cet homme balayait de son esprit chaque semblant de pensée rationnelle et logique.

Il était devenu si dépendant de cet homme, à un point inexcusable pour un Vulcain. L'idée de quitter l'Enterprise et son foyer était terrifiante, mais l'idée de quitter cet être solitaire l'effrayait au point de le rendre malade, au point de se retrouver à user de la phraséologie humaine : cet homme lui manquait déjà - et c'était en ça qu'il avait réalisé un soir avec un choc glacé qu'il ne pouvait plus le permettre.

James T Kirk était dangereux.

Et, dans un pur instinct Vulcain de préservation, Spock de Vulcain l'avait fui.

Il n'avait pas été assez cruel pour partir sans rien dire à personne, bien qu'il ne puisse nier que cette pensée lui avait brièvement effleurer l'esprit. Mais il devait des explications à cet homme et demander, à défaut de son approbation, au moins sa compréhension.

Ça avait été plus facile à dire qu'à faire, et bien que Kirk lui ait affirmé qu'il comprenait que Spock devait trouver sa voie de la manière qu'il lui convenait le mieux en tant que Vulcain, il avait parfaitement su que l'humain avait été profondément peiné et s'était senti abandonné. Cela, il l'avait ressenti avant même d'avoir dit au revoir, et ça le hanterait durant les semaines du processus de purge des adeptes de Gol.

Mais le destin avait provoqué quelque chose d'incroyable, ce jour-là, trois ans plus tard, quand une conscience – un appel à l'aide plein de nostalgie, de besoin et de chagrin - l'avait atteint par delà le temps et l'espace, un appel que même son remarquablement entraînement n'avait pu ignorer.

Il semblait que le destin ait été déterminé à ce que James T Kirk soit si imbriqué dans son âme qu'il ne pouvait qu'accepter le fait que, sans lui, il n'était que la moitié d'un être. 2,75 ans avait été un temps assez long pour arriver à cette conclusion, et la destruction avortée de la Terre n'avait pas été vraiment nécessaire pour cimenter cette idée – cependant la corroboration avait été bienvenue.

Il avait été si près de détruire la seule chose qui comptait dans sa vie pendant le processus du kolinarh qu'il ne fut jamais aussi reconnaissant d'avoir échoué.

Désormais, deux jours après la catastrophe avortée de V'Ger, une fois que l'Enterprise se fut calmée et mise en route vers la Terre, il se tenait sur le Pont d'Observation familier – mais pas tant que ça – attendant de parler à l'homme qu'il avait fui trois ans auparavant.

Et il avait peur. Tellement peur.

Il n'avait pas craint de joindre son esprit à l'entité V'Ger, la peur était une émotion humaine – pure et extrêmement dangereuse – et elle avait au moins été purgée (du moins, le pensait-il) durant son parcours à Gol.

Et pourtant, maintenant, dans l'obscurité du Pont d'Observation de l'Enterprise, il attendait dans un silence nerveux la première conversation privée qu'il aurait avec cet homme devenu si cher pendant la mission de cinq ans et que Spock avait, il y a trois ans, littéralement fui dans la peur et la honte.

Il ne blâmerait pas Jim si l'homme ne voulait plus jamais parler avec lui, bien que ce scénario ait été démenti à l'Infirmerie mais maintenant, une fois l'adrénaline retombée et la réalité de la précarité de leur futur ayant repris ses droits, Kirk lui souhaiterait-il même la bienvenue ? Étaient-ils revenus à cette relation maladroite, amicale mais distante et strictement professionnelle qu'ils avaient entretenue lors des toutes premières semaines à bord de l'Enterprise ? Kirk inclinerait-il la tête, lui parlerait-t-il froidement et passerait-t-il à autre chose, embrassant sa carrière à Starfleet, laissant Spock livré à lui-même ? Désormais, il n'avait plus nulle part où aller : il ne souhaitait pas retourner vivre sur Vulcain, ni poursuivre sa carrière à son propre compte. Mais si Kirk désirait passer à autre chose, qu'ils ne soient plus que des collègues et rien de plus, alors il serait obligé de choisir quel chemin sa vie allait emprunter – et il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire, ni de l'endroit où il pourrait aller.

Son contrôle était toujours en lambeaux suite à la fusion mentale avec V'Ger, et il n'avait pas autant de force qu'il l'aurait souhaité pour contrôler ses propres réactions. L'idée qu'un de ces scénarios se concrétise était presque impensable. Il se laissa lourdement tomber sur le banc le plus proche et enfouit son visage dans ses mains frémissantes dans l'optique de maîtriser un esprit qui s'emballait.

Le sifflement d'une porte s'ouvrant, tellement plus discret que ceux des vieilles portes de l'Enterprise l'alerta juste avant qu'une voix familière résonne gaiement entre les murs immaculés.

« Désolé, j'étais à l'ingénierie avec Scotty pour voir si nous pouvions gagner quelques heures sur les réparations afin qu'on puisse accélérer... Spock ? » Des pas rapides se rapprochèrent, et le mouvement d'air indiqua une proximité. « Hey. » Dit doucement la voix, tout proche de lui. « Vous allez bien ? »

« Négatif. » Murmura-t-il sincèrement, sans ouvrir les yeux ou lever son front qui reposait entre ses doigts tremblants.

Il perçut du mouvement, et quand il reprit enfin assez le contrôle sur ses émotions en lambeaux, il releva la tête. Jim s'était accroupi devant lui, l'observant avec une inquiétude qui brillait dans ses yeux.

« Puis-je aider ? » Demanda sérieusement l'humain, et Spock eut l'illogique envie de pleurer à cette question simple et dévouée.

« Je... sais pas. »

Ce n'est qu'à l'air surpris puis inquiet qui envahit le visage de l'humain qu'il réalisa que, dans sa détresse, il avait utilisé une contraction.

Kirk pinça les lèvres et fronça les sourcils pendant quelques instants, pensif et hésitant. Puis, une décision prise, il se releva et entraîna Spock avec lui vers les fenêtres en aluminium transparent. Pendant un moment ils restèrent debout à observer les étoiles, puis il sentit la main de l'amiral frotter doucement dans un va et vient la manche de sa robe de méditation, un geste apaisant qui calma ses nerfs à vif.

« D'accord. » Finit par murmurer Kirk, le ton calme était une douce mélodie dans la tourmente qui menaçait d'engloutir Spock de Vulcain dans la vague de découvrir pour la première fois qui il était vraiment – simplement Spock. Pas de Vulcain, pas de la Terre, pas la moitié de l'une et de l'autre : simplement lui-même. Il devrait remercier pour ça V'Ger, il lui en était reconnaissant mais en attendant, ses contrôles devaient être rétablis.

Jim parla encore :

« Est-ce que ça a un rapport avec V'Ger ? »

L'homme avait toujours été parfaitement conscient que son Premier Officier répondait mieux à des questions directes et précises qu'à des banalités.

« Négatif. »

« Quelque chose à voir avec le vaisseau ? »

« Négatif. »

Kirk lui jeta un regard en coin, voyant bien plus que ce qu'aucun humain ne devrait voir chez un Vulcain.

« Quelque chose à voir avec moi, alors. »

Son silence hurla la réponse plus fort qu'un murmure grossier ne raisonnerait au milieu d'un service religieux sacré.

Jim soupira et tourna un regard mélancolique vers la simulation informatique des étoiles qui scintillaient dans l'immensité de l'espace, celles qu'ils pouvaient voir quand ils n'étaient pas en vitesse de distorsion, l'une fila au loin devant leurs yeux, une brillante flèche de feu coloré brillant dans les ténèbres. Le silence s'enroula autour d'eux, mais pas l'un de ces anciens silences réconfortants ; c'était étrange, inconfortable, plein de doutes et de peurs inexprimés.

« J'étais tellement en colère contre vous, vous savez. » Finit par dire Kirk sans détacher son regard des étoiles. Sa voix était maîtrisée, calme, mais pleine de douleur latente. « Tellement en colère. Je pensais que je ne vous reverrai plus jamais – et si jamais ce n'était pas le cas, que vous ne me reconnaîtriez comme étant rien d'autre qu'un ancien collègue. Oui, j'ai fait des recherches sur le rituel du kolinarh. » Ajouta-t-il sévèrement et Spock se raidit. « Vous aviez négligé de me dire que c'était la purge de toute émotion, et qu'il n'y a pas de retour en arrière possible une fois le processus accompli. Si vous reveniez, vous nous seriez revenu en étant rien d'autre qu'un iceberg – et vous en avez été la preuve quand vous êtes monté à bord, au fait. »

La honte était une émotion qu'il n'avait pu vaincre tant elle était enracinée dans son esprit depuis ses expériences passées, et aux paroles mordantes de l'humain, sa tête ploya sous le poids du regret.

Les mains de Kirk se crispèrent sur la rampe bordant les fenêtres.

« Ces trois années ont été les pires de ma vie... sauf peut-être cet été sur Tarsus IV. » Murmura-t-il. « J'ai découvert que j'étais devenu bien trop dépendant du brillant Officier Scientifique hérité de Chris Pike, et sans vous et Bones, je suis complètement perdu, Spock. Pendant des semaines après notre retour sur Terre, je n'ai pas pu être en état de faire quoique ce soit. » L'humain lui jeta un coup d'œil. « Et ce genre de... de dépendance n'est pas saine. »

« Non, elle ne l'est pas. » Acquiesça-t-il, les yeux toujours baissés.

« Je crois que ça m'a fait du bien d'avoir été rejeté et de rester debout sur mes deux pieds, où mourir en essayant. » Poursuivit pensivement Kirk. « J'ai appris de dures leçons ces dernières années, Spock... et je crois que vous aussi. »

« En effet. »

Un demi-sourire joua sur leurs deux visages à la boutade de l'humain, et pendant un instant le malaise se dissipa au profit d'une camaraderie naturelle.

Puis, après un long moment de silence, Kirk se tourna vers lui avec l'air brusque et nerveux d'un homme essayant de prendre une décision.

« Prêt pour un deuxième tour, s'ils m'autorisent à être capitaine d'un autre vaisseau ? »

« Que ce soit l'Enterprise réaménagée ou sur la plus vieille épave de Starfleet, je vous suivrai si vous voulez de moi. » Répondit-il sincèrement, timidement et sans aucune hésitation.

« Vous n'avez pas idée d'à quel point vous m'avez manqué. » Murmura Kirk, secouant la tête de regrets douloureux. « Comme je suis heureux de vous voir. A... à quel point vous m'avez fait peur après être sorti vers V'Ger. » Un tremblement parcourut les fortes mains pendant un moment Spock sentit le frisson les parcourir tous les deux. « Ne doutez jamais que je serai heureux de vous ravoir avec nous – avec moi. » L'amiral se rapprocha sensiblement. « Jamais. »

La simple douceur du soulagement repoussa gentiment ses contrôles chancelants, et pour la première fois depuis qu'il était monté à bord, il se sentait totalement en paix, rassuré de savoir que cet homme ne lui avait jamais menti et ne le ferait jamais. Cette simple sincérité et cette confiance, et quelque chose de plus profond et d'inqualifiable qu'il sentait tournoyer sous la surface de leur contact actuel – tout était clair, et il n'avait jamais été aussi proche d'exprimer humainement le puissant sentiment de soulagement et de gratitude, qu'il l'était à cet instant.

Dans son manque de contrôle, sa tête s'abaissa sur les quelques centimètres qui les séparaient, et pendant un instant leur fronts se touchèrent. Une étincelle de réconfort s'alluma en chacun d'eux à ce contact imprévu, le cri joyeux de deux esprits reconnaissant en chacun un ami perdu de longue date, et il sentit le bourdonnement d'excitation grandir dans les voies mentales complexes de l'humain quand il leva prudemment ses mains pour les reposer sur l'uniforme de Kirk. Tout allait bien et tout était en paix dans l'univers, à cet instant, il aurait pu en pleurer intérieurement de profonde gratitude.

Puis, à son horreur, la porte se rouvrit.

« Donnez-moi une minute pour parler à Spock, bon sang... Jim, je l'ai cherché part-aaaarg ! » La phrase s'acheva sur une incohérence étranglée, et il sentit l'amiral commencer à trembler d'un rire silencieux. « Oh, Seigneur, ayez pitié ! »

Spock se raidit et entreprit de se reculer, uniquement pour être promptement retenu par des mains humaines frémissantes. Il sentit les rides d'inquiétude sur le front de Kirk disparaître tandis que l'humain riait doucement.

« Bones, on ne vous a jamais appris à frapper ? »

« Sur une porte automatique ? » La question était une octave plus haute que le timbre habituel du médecin.

Kirk finit par le relâcher avec un sourire et s'empressa de croiser les mains derrière lui, adoptant un masque serein devant l'air extrêmement perturbé de Leonard McCoy.

« Oh, aller Bones vous réagissez comme si vous nous aviez surpris en train de faire des bêtises. » Renifla Kirk en roulant des yeux.

« Beurk. » McCoy plongea son visage dans une main fine et recula hâtivement vers la porte. « Ce que vous faites de vos temps libres ne me regarde pas... »

C'était une méprise et il ne pouvait définitivement pas le laisser quitter cette pièce.

« Docteur, je vous assure que... »

« Je plaisantais, Bones ! » L'exclamation horrifiée de Kirk suivit le praticien tandis qu'il fuyait en ricanant. « BONES ! »


A suivre...