Note de la traductrice : nouveau chapitre basé sur le film : Star Trek IV the voyage home

Je continue toujours et encore à remercier comme il se doit mes deux fidèles revieweuses : merci les filles !


Spock de Vulcain, après le fal-tor-pan, auquel on lui avait dit avoir été soumis, savait et ne savait plus, beaucoup de choses. Il savait tout ce qu'il y avait à connaître sur la science et l'histoire ainsi que tout autre sujet enregistré dans la base de données de la Fédération et celle de Vulcain, il savait qu'il avait été un membre respecté de Starfleet et que ces gens avaient été ses collègues, il savait aussi qu'il était à moitié humain, et par conséquent, au moins la moitié de ses pensées et de ses émotions devaient être humaines (et pourtant, il ne comprenait pas où étaient les différences), il savait l'importance de la mission qu'ils venaient de mener à bien. Mais, il ne savait pas encore qui il était, qui étaient exactement ces gens, pourquoi avait-il choisi une carrière à Starfleet par opposition à une carrière purement Vulcaine, pourquoi il se sentait si attiré par le petit humain aux yeux dorés et au rare sourire, pourquoi le guérisseur McCoy semblait être à la fois un ami et un ennemi, et pourquoi ces deux-là le perturbaient ne serait-ce qu'un peu.

Il y avait beaucoup de choses qu'il ne savait pas. Mais il y avait un fait incontestable qu'il savait, instinctivement, même avant qu'il ne soit (littéralement) précipité dans cette maudite situation.

Il savait que que les Vulcains n'aimaient pas l'eau.

Il l'avait su dès l'instant où il avait décidé d'entrer dans le bassin des baleines pour s'entretenir avec le cétacé Gracie, mais le bassin avait été relativement chaud et l'entreprise absolument nécessaire au succès de leur mission. Et il était retourné sous le soleil chaud et une robe sèche avait bientôt dissipé le malaise qu'il avait ressenti à être aussi horriblement humide.

Cette fois-ci était assez différente : les embruns de l'océan étaient glacés selon les normes humaines, ils l'étaient davantage encore selon celles de Vulcain et, lorsqu'il ouvrit la trappe de l'Oiseau de Proie, le déluge de pluie battante qui s'abattit sur son visage en gouttelettes glacées et acérées le fit reculer avec un pur instinct félin. Cependant, il s'acquitta de sa tâche d'extraire les membres de cet équipage hétéroclite et les rejoignit bientôt sur le vaisseau Klingon à moitié submergé. Trempé et glacé en quelques secondes, il s'agrippa à l'échelle avec toute la fermeté qu'il put rassembler dans ses mains tremblantes et fit de son mieux pour ignorer les pans détrempés et gelés de sa robe qui claquaient contre ses jambes.

Puis ils attendirent.

Et attendirent.

Et attendirent.

La pluie battait, le vent soufflait, et sous eux, le frémissement du vaisseau se remplissant d'eau les secouait tous – et pourtant, il n'y avait aucun signe de l'amiral Kirk, ni des baleines qui sauveraient leurs vie et cette planète.

était-il ? Peut-être avait-il coulé dans le chaos à l'intérieur du vaisseau, à court d'air, totalement seul et impuissant, incapable de libérer les baleines et usant ses toutes dernières forces à essayer ?

Il aurait dû aller avec l'humain, sa force aurait été un atout. Et pourtant, il avait sans poser de questions obéi aux ordres brefs que Kirk lui avait donnés : de veiller à la sécurité et l'évacuation de ses hommes. Il avait obéi sans même réfléchir, et ça... avait semblé normal.

Et maintenant, il affrontait un autre de ces sentiments troublants qu'il n'avait pas encore appris à catégoriser et assimiler.

La peur.

Il ne savait même pas qui était vraiment cet homme, qui était James Tiberius Kirk pour Spock de Vulcain, ni comment un humain avait entremêlé son âme à la sienne au point que son esprit vide le reconnaissait toujours. Il s'était souvenu du nom de cet humain avant de se rappeler du sien, avait su que cet homme faisait partie intégrante de sa vie avant même de connaître les différences entre leurs espèces, et il avait su qu'il ne pourrait pas davantage abandonner cet homme qu'il ne pouvait s'arrêter de respirer – et il ne savait pas pourquoi.

A présent, la perspective de perdre cet humain, cet humain incroyable, merveilleux, déroutant et mystérieux lui retournait l'estomac dans une pure panique humaine.

Le guérisseur McCoy, son gardien de katra, le regarda, les yeux bleus écarquillés par l'inquiétude, et non pour la première fois, Spock se demanda quelle place cet être unique occupait dans leur lien improbable – mais ce n'était pas le moment pour ces questions.

Jim n'avait toujours pas fait surface, ni les baleines.

Une gerbe d'eau de mer glacée les trempa à nouveau, et il frissonna, claquant des dents. L'humain à côté de lui jura copieusement en levant un poing agacé vers la crête de la vague qui s'éloignait d'eux, et Spock résista à l'envie de sourire car cette envie n'avait aucune raison logique. La gestuelle humaine était illogique il ne s'autoriserait pas à s'y livrer même en sachant qu'il était à priori à moitié humain. Durant ces derniers mois, il avait appris l'importance et la beauté du contrôle Vulcain total. Il était parfaitement sous contrôle.

Alors pourquoi sentait-il remuer en lui la nausée bouillonnante de peur tandis que les eaux agitées restaient sans mouvement de l'homme ou des deux baleines à bosse piégées en-dessous ?

McCoy se pencha vers l'eau, la scrutant avec angoisse, et il résista à l'envie de faire de même, car ce n'était pas un comportement Vulcain. Et pourtant, tandis que les embruns soufflaient autour d'eux, que le tonnerre et la pluie s'abattaient, il ferma les yeux pour tenter de se calmer, une tâche ardue tant il était frigorifié.

Et puis soudain, une tête apparut au-dessus de l'eau tourmentée – les cheveux assombris, le visage déformé tandis qu'il haletait, mais Jim était vivant.

Du coin de l'œil, il vit les yeux de McCoy s'écarquiller tandis que Spock se penchait en avant, se retenant prudemment à l'échelle. La faible prise de Jim manqua sa main une première fois, puis une deuxième, mais à la troisième, elle s'y agrippa dans un claquement tandis que Spock le tirait vers l'aile du vaisseau en train de couler.

« Merci. » Entendit-il hoqueter entre les quintes de toux de l'humain, l'amiral barbota dans l'eau puis s'accrocha à lui un moment pour se reposer.

Et puis, elles furent là – George et Gracie, nageant et s'ébattant, et son ouïe fine parvint tout juste à percevoir des sons... un chant.

Puis, un moment plus tard, quand les nuages de dissipèrent, que la sonde cessa sa destruction involontaire de la Terre, les humains qui l'entouraient éclatèrent en hurlements et acclamations qui, à en juger par les étranges expressions, étaient des marques de joie et de triomphe. Une émotion qu'il n'avait pas encore vraiment vécue ni même vue – cette sensation euphorique de franc succès, malgré les obstacles qui s'y étaient opposés... C'était plutôt fascinant et exaltant.

Un par un, les humains sautèrent des ailes de l'Oiseau de Proie en train de sombrer pour s'ébattre sous le soleil qui baignait les eaux de la baie de San Francisco – son esprit nota tardivement avec horreur à quel point ils avaient endommagé le Golden Gate quand ils s'étaient écrasés. Le plaisir était une autre sensation qu'il n'avait pas tout à fait comprise jusqu'à maintenant lorsque, pour la première fois, la chaleur des rayons dorés perça son vêtement glacé et détrempé et commença à sécher les gouttelettes d'eau froide accrochées à son visage.

Une bataille d'éclaboussures éclata en-dessous de lui entre le Dr Taylor et Montgomery Scott qui sourit soudainement. Quant à lui,il se hissa sur un barreau de l'échelle, se mettant hors de portée. Les sons effervescents et joyeux des rires humains flottèrent autour de lui, baignant ses boucliers télépathiques dans la chaleur de la camaraderie.

Tout à coup, il réalisa qu'il n'était plus seul sur l'étroite échelle – et que la très dangereuse étincelle dans les yeux de l'amiral annonçait un gros soucis pour lui.

Bizarrement, il n'eut aucune envie de repousser l'humain ni de manifester une quelconque réticence au contact physique – mais il sut d'un coup, avant même que les mains de Jim ne soient sur lui que c'était une très, très mauvaise idée, très très très mauvaise...

Et il n'eut pas le temps de faire plus que gémir une protestation qu'il était déjà décroché de l'échelle et attiré dans l'eau par un humain malicieux.

Il n'aimait pas l'eau. Du tout. Sous aucune forme, surtout glacée. S'il restait dans cette température encore plus de 20,4 minutes, il allait commencer à succomber à l'hypothermie.

Sauf s'il parvenait à augmenter sa température corporelle, du moins temporairement, en tuant cet incorrigible humain qui avait osé faire une chose pareille.

Il émergea enfin au-dessus de l'eau, secouant la tête et hoquetant à cause de la température, pour découvrir que tout l'équipage composé de ces êtres uniques qui l'aimaient visiblement bien qu'il ne sache même pas qui ils étaient – étaient tous en train de rire, non pas en se moquant de lui, mais par plaisir de le voir, il pouvait en dire autant de leurs cris de joie mentaux et de bonheur unanime.

Jim nagea juste devant lui, ses yeux noisette dansaient, et l'humain lui lança un sourire malicieux qui brillait de joie pure, d'affection et de bonheur.

Et tout à coup, il ne sentit plus la froideur de l'eau : c'était comme si un rayon de soleil venait de percer son âme et d'y draper une chaude et heureuse couverture de confort, de réconfort et d'appartenance.

« Désolé. » Murmura Jim par-dessus la clameur des hurlements joyeux et les éclats de rire heureux de son équipage qui s'étreignaient et s'éclaboussaient, mais l'amiral impénitent regardait autre chose.

Quelque chose en lui se remit brutalement en place, ce même sentiment d'appartenance, de vouloir appartenir, de souhaiter à nouveau voir apparaître ce sourire éclatant sur le visage inquiet de cet être incroyable qui avant tant sacrifié pour lui.

Sa réponse fut naturellement donnée et il fut lui-même choqué de constater qu'elle ne lui demandait pas de réflexion. Ce n'était pas logique, de même pour le plan d'action extrêmement dangereux qu'il envisageait, et pourtant c'était... juste.

« Négatif, mais vous allez bientôt l'être. » Répondit-il sérieusement.

Puis il aspergea l'humain avec une gerbe si haute que Jim fut complètement submergé, jurant et hurlant sous le choc.

Six paires d'yeux écarquillés saluèrent ses actes et le reste de l'équipage devint silencieux, le dévisageant.

Avant qu'il ne commence à être embarrassé, l'amiral émergea, toussant, hoquetant et riant si fort qu'il pensa d'abord que l'homme allait s'asphyxier juste avant qu'ils n'aient même pu célébrer leur retour sur Terre.

« Vous... » Haleta Kirk, recrachant une gorgée d'eau, et recommençant à rire. « Vous êtes un homme mort, monsieur ! »

« Je crois que l'expression terrienne est ''merci mais j'ai déjà donné'' Amiral. » Ajouta-t-il impassible en expédiant de l'eau au nez de l'humain.

Il observa avec fascination le choc et l'amusement apparaître dans les yeux de l'homme, puis entreprit de se retirer avec précaution de l'eau tandis que la lueur se métamorphosait pour devenir quelque chose d'infiniment plus dangereux.

Jim plongea vers lui, d'une manière totalement kirkienne, sans s'embarrasser d'un avertissement, et s'il l'esquiva facilement, dans la foulée, ils arrosèrent un Dr McCoy qui tentait frénétiquement de s'éloigner. Le cri outragé et les jurons l'assourdirent temporairement (et le coup irrité qu'il reçu derrière la tête n'aida pas), donnant l'avantage à l'humain, ajouté à ses membres qui bougeaient plus lentement que d'habitude à cause du froid, il était incapable d'esquiver le prochain assaut.

Il s'attendait à être plongé sans cérémonie dans la baie glaciale, et fut choqué de se retrouver enveloppé dans l'étreinte très mouillée, très collante de cet humain unique qui avait trouvé le moyen de déverrouiller dans son âme nouvellement éveillée, une partie de ce qui avait été pendant tant de mois cachée derrière les barrières de l'inconnu.

Et pour la première fois, il ressentait...

… il ressentait.

Il n'avait plus ressenti depuis si longtemps, il avait oublié ce que c'était que de ressentir, et cet homme avait attendu pendant si longtemps, tentant si durement, si patiemment de l'aider à redécouvrir ce que ça signifiait. Pendant des mois, il le savait, au cours desquels cet être incroyable n'avait jamais perdu son sang-froid, ne lui avait jamais demandé plus qu'il ne pouvait donner dans son état déficient, n'offrant jamais rien d'autre que des souvenirs partagés, de la compassion et de la patience et... et à présent une émotion réconfortante les enveloppait tous les deux, sans l'entrave de son inaptitude. Quoi que c'était, c'était... merveilleux.

Demain, il se présenterait devant le tribunal aux côtés du plus remarquable de tous les êtres, et ferait face aux sanctions pour ses actes et partagerait sa condamnation parce que c'était en ça qu'était sa place. Et même si Starfleet les bannissait dans le poste de surveillance le plus éloigné dans la Zone Neutre, ou les renvoyait déshonorés du service, ça n'aurait aucune importance. Ça faisait trois mois qu'il cherchait il ne savait quoi – et maintenant qu'il l'avait enfin trouvé, il ne serait pas assez stupide pour le laisser s'échapper afin d'être épargné des conséquences d'une cour martiale.

Il finit par rendre l'étreinte, et inclina sa tête contre l'épaule tremblante de l'humain, reconnaissant du camouflage offert par les embruns sur son visage.


A suivre pour le tout dernier chapitre...