Note de la traductrice : Dernier chapitre, basé sur l'univers du reboot. Quelques référence à Generation sont également au rendez-vous bien que ce chapitre ne nécessite pas de l'avoir vu en entier pour le comprendre. Du moins, ça été mon cas.

Merci infiniment à mes deux fidèles revieweuses qui ont consciencieusement laissé des petits commentaires à chaque chapitre.


Et une fois où Jim lui retourna la faveur

Les petits – car c'est ainsi qu'il les appelait depuis des années, et malgré le fait qu'ils aient maintenant la trentaine, il n'était pas parvenu à se débarrasser de cette habitude – ne prenaient pas bien la nouvelle.

Tandis que son jeune homologue excusait son élan de protestation d'un simple ''regret qu'un des rares survivants d'une espèce en voie d'extinction néglige les anciennes coutumes'', il n'était pas dupe, car il pouvait lire son propre visage et reconnaître l'émotion humaine d'inquiétude et de chagrin quand il la voyait.

Et pendant tout ce temps, le jeune Kirk ne lui adressait pas un mot.

Pi'Jim [1](car il devait au moins les distinguer dans sa tête par une quelconque manière afin que le souvenir de sha'Jim ne soit pas occulté, même involontairement) n'avait jamais au cours de sa jeune vie mouvementée bien accepté la perspective ou la réalité de la perte : une connaissance commune de ses proches qui excusait la réaction de l'humain face à la nouvelle.

Parce que Spock de Vulcain – la Vulcain de sa réalité originelle, et non celle de ce triste univers fragmenté que ses actes avaient par inadvertance crée – était mourant.

« C'est la voie de toutes choses, Jim. » Rappela-t-il avec gentillesse, lorsque cette jeune version de son cher capitaine pâlie et commença à fermement nier cette possibilité même.

Il persévéra à décrire et expliquer de la manière la plus sereine et la plus clinique qui lui soit donnée, le début du syndrome de Bendii et sa progression. Affliction autrefois assez rependue parmi son peuple en prenant de l'âge, il y avait désormais, dans cette réalité si peu de vieux Vulcains qui avaient survécu à la destruction de la planète que la maladie était devenue rare et ses traitements très coûteux.

« Vous savez que notre famille est tout à fait capable de se le permettre, même après avoir perdu il y a treize ans, les trois quarts de notre fortune dans la destruction de Vulcain. » Lui dit son jeune alter ego en serrant les mâchoires.

« J'en suis conscient, et je suis aussi conscient du fait que tu n'hésiterais pas à partager ces fonds, jeune homme. » Répondit-il doucement. « Mais tu dois me laisser faire mon propre choix. »

« Vous choisissez de vous laisser mourir des mois avant. » Cingla Jim, avec plus de colère qu'il n'en avait jamais entendu chez les deux versions de lui-même..

D'un certain point de vue, c'était en partie vrai. Le syndrome de Bendii ne se guérissait dans aucun univers : il s'agissait d'une dégénérescence neurologique, extrêmement invalidante et douloureuse qui durait pendant des années, voire des décennies, malgré les soins les plus avancés. Cependant, sans traitement, le patient mourait au bout de quelques mois au lieu de plusieurs décennies.

Mais Spock était las, si las. Son travail dans cet univers, ce qu'il pouvait faire à son âge sans attirer l'attention sur les paradoxes de son existence était achevé. Et s'il était honnête avec lui-même, il était las ne pas appartenir à ce monde, de vivre avec la certitude que ce qu'il voyait autour de lui tous les jours était ce qu'il avait crée, au prix de tous ses rêves et de ses espoirs issus de son propre univers. Désormais, Romulus et Vulcain ne s'uniraient jamais, ni dans son univers ni dans celui-ci. Il avait échoué dans sa dernière mission diplomatique qui lui avait demandé des années interminables de préparation et d'efforts, et bien qu'il n'aurait rien pu faire pour changer ce qui s'était passé, cela n'atténuait pas la douleur avec laquelle il vivait chaque fois qu'il voyait ces fringantes jeunes versions de ses anciens collègues essayer de se frayer le même chemin dans un univers déformé.

Il croyait pouvoir être libéré du fardeau de la culpabilité.

Cependant cette jeune version enflammée de James Tiberius Kirk ne voyait pas les choses sous cet angle : et comment le pourrait-il sans connaître le passé ?

En désespoir de cause, il fit appel à la logique de la jeune version de lui-même, soulignant qu'il n'était pas nécessaire de prolonger son existence pour finalement succomber à la maladie comme tous ceux qui l'avaient contractée avant lui, et expliquer la raison de son refus d'être soigné.

Et il réalisa avec regret que son jeune homologue avait perdu une part de sa froide logique durant ces treize dernières années. Jim Kirk avait une influence corruptrice, et, ajouté à cela la fierté de la jeune version de lui-même pour son héritage humain induite par le décès de sa mère, avaient fait de Spock un être beaucoup moins conflictuel que lui-même. D'ordinaire, il aurait été reconnaissant de cette différence qui ne nécessiterait pas Gol et V'Ger pour éclaircir un esprit tourmenté – mais maintenant, l'acception totale de tout ce qu'était ce jeune Spock : à la fois humain et Vulcain – était simplement agaçante.

Cependant il aurait dû savoir que ce Spock se rangerait du côté de son capitaine, à tort ou à raison.

« J'ai fait mon choix. » Finit-il par couper avec une légère sévérité, et les deux voix se turent, stupéfaites. « Et il sera respecté. Je suis... désolé. » Acheva-t-il dans un murmure car il savait que dans quelques semaines, il ne les reconnaîtrait plus, ni même de réaliserait les avoir connu. Les dernières lumières qui l'avaient guidé à travers cet horrible et sombre univers pendant des années ne lui seraient plus visibles.

Peut-être était-ce mieux ainsi.

« Nous serons dans le coin dans dix semaines, il en faudra au moins huit pour revenir de là où nous sommes. On pourra venir vous voir ? » Demanda finalement Jim, la voix tremblante, perdue.

Il inclina la tête. « Vous devez comprendre que je ne vous reconnaîtrai peut-être plus, mais... même si c'est le cas, je pense que votre présence de sera pas importune. » Répondit-il doucement.

« ... Ok. Ok. Mais... » Le jeune homme – plus si jeune maintenant, il devait en prendre conscience : sans ces yeux bleus, il pouvait presque voir son Jim Kirk durant ses plus jeunes années en tant que capitaine – déglutit, et passa une main dans ses cheveux blonds, il était désormais plus posé qu'il ne l'avait été dans ses jeunes années, mais était toujours impétueux. « Mais tenez bon, d'accord ? » Acheva Jim, impuissant.

Il acquiesça, reconnaissant la demande pour ce qu'elle était - s'il vous plaît, ne mourez pas avant que nous puissions vous dire au revoir ! - et sachant qu'il ne pourrait pas être en mesure d'y répondre.

« Je m'y efforcerai. » Répondit-il et il vit ces yeux d'un bleu intense se durcirent instantanément, reconnaissant une absence d'engagement pour ce qu'elle était.

« Un simple effort sera inacceptable, Ambassadeur. » S'exprima son jeune alter ego avec un sérieux touchant, derrière l'épaule de son capitaine, et il ressentit l'envie de rire – une autre preuve que son état de santé se détériorait et en quelques semaines il ne sera plus capable d'anticiper ces pulsions, encore moins de leur résister.

Il baissa la tête, en partie pour apaiser le duo désemparé devant lui, et en partie pour cacher le fait qu'en raison de son manque de contrôle, il était au bord des larmes : car il savait que c'était la dernière fois qu'il les voyait l'un et l'autre, le dernier souvenir qu'il aurait tant qu'il avait encore toutes ses facultés.

« Spock ? » Le jeune homme semblait inquiet, angoissé, et il pouvait entendre la tension vibrer dans son ton en dépit de la déformation induite par une communication subspatiale.

Il devait mettre fin à cette conversation, avant que l'un d'entre eux ne dise quelque chose qu'en d'autres circonstances, ils pourraient regretter. S'il avait appris une chose, et qu'eux aussi avaient appris dans cet univers plus sombre et dur : c'est que personne ne pouvait prévoir le futur et que les traditions devaient s'adapter en conséquence.

Son Jim était parti pour le voyage inaugural de l'Enterprise-B avec un sourire et un joyeux au-revoir. Spock s'était contenté de hocher la tête et avait même fait une concession à la tradition humaine de faire un signe de la main quand le visage de l'homme était apparu à la vitre de la navette juste avant son décollage. Son capitaine, désormais à la retraite, en avait rayonné et lui avait agité la main en retour tandis que la navette décollait du sol.

Jim n'était jamais revenu.

Et il était reconnaissant, depuis plus d'un siècle maintenant, d'avoir fait cette petite concession à la coutume humaine.

Il aurait seulement souhaité que son éducation Vulcaine lui ait permis de dire quelque chose, n'importe quoi que son capitaine aurait pu se rappeler dans ses derniers instants pour se réconforter avant de mourir – même un petit ''soyez prudent'' comme le disaient fréquemment les humains avant de se lancer dans des situations dangereuses, aurait été préférable au silence tranquille qu'ils avaient échangé avant l'embarquement à bord de la navette.

Mais il n'avait rien dit, ne sachant pas que ce serait sa dernière opportunité, et depuis plus de cent ans, il vivait en sachant que les dernières paroles que Jim lui avait adressées étaient ''Prenez soin de vous, mon ami.'' et que les siennes avaient été un simple ''Je vous verrai à votre retour, Jim.'' Les premières avaient été une réprimande affectueuse, les dernières : un mensonge.

Ses dernières paroles envers son capitaine avaient été un mensonge, aussi involontaires qu'elles fussent.

Il ne se l'était jamais pardonné.

Mais là était le temps pour le travail ; il y aurait assez de temps pour le repos.

« J'ai laissé des dernières instructions à Sarek, jeune homme. » Informa-t-il son alter ego, et il vit les yeux du jeune Vulcain s'adoucirent au terme affectueux : car il n'était plus si jeune maintenant. « J'ai demandé à ce que mon katra soit libéré au lieu d'être préservé dans l'arche katrique. »

« Quoi ? »

« Vous ne pouvez pas être sérieux. » Protesta son jeune alter ego avec la même horreur que Kirk, tous les deux réalisant la signification de ses décisions.

« Je le suis. » Répondit-il sereinement « C'est mon souhait, et mon droit. »

« Votre droit. » Lâcha platement le jeune Spock avec une intonation dangereuse. « Votre droit de refuser à notre espèce en danger les bénéfices de votre katra pour les futures générations. »

« Spock. » Dit-il réprobateur. « Ce n'est pas mon univers, et mon katra ne bénéficiera à personne. Tes traditions t'ont rendu aveugle à la vérité : que le katra est une essence vivante, une âme, tout ce que l'on est – et je ne souhaite pas être absorbé par le collectif mental Vulcain durant toute l'éternité de cet univers. Ce n'est pas ma Vulcain, et ce n'est pas ma destinée. »

« Attendez, attendez une minutes. » Intervint Jim avec irritation en agitant une main entre eux. « Laissez-moi comprendre, vous voulez que votre âme erre pour l'éternité comme le fantôme de Scrooge ? »

« Votre référence littéraire [2] n'est pas tout à fait pertinente, mais dans l'idée est correcte, Jim. »

« C'est pas un peu... illogique ? »

« Hautement illogique. » Le ton de son jeune alter ego était glacial. « L'objectif des rites katriques Vulcains est de laisser des souvenirs, une essence, des instructions pour ses disciples et sa famille. Le refuser à une culture menacée est à la fois peu orthodoxe et non Vulcain. »

Les mots ne piquèrent pas comme ils l'auraient fait venant d'un autre, car il était Spock, et il comprenait la féroce loyauté du jeune homme envers son espèce en danger. Mais c'était sa décision, car il savait ce qu'il devait faire pour saisir ce dernier espoir auquel il se raccrochait depuis plus d'un siècle.

« Appelles cela comme tu veux, jeune homme. » Dit-il doucement. « Mais ma décision est valable. Je ne m'attends pas à ce que vous compreniez mon raisonnement. Néanmoins, je m'attends à se que vous respectiez mes souhaits. »

Pi'Jim lui lança un regard calculateur et il sut que l'homme avait vaguement compris ce que le jeune Spock n'avait pas encore saisi. Un long regard passa entre eux et il s'autorisa un petit sourire. Le capitaine acquiesça et posa une main apaisante sur la manche bleue de son jeune homologue.

« Tout va bien, Spock. » Assura-t-il doucement. « Il sait ce qu'il fait. »

Pendant un instant il crut que le jeune Vulcain allait protester tant son expression était pleine de pâle fureur, mais après un moment, Spock s'apaisa et finit par se détendre avec un signe de tête réticent. De toute évidence, Jim avait appris à partager les perceptions mentales par contact et il usait de son influence comme n'importe quel Kirk : sans vergogne.

Un sifflement retentit à travers la fréquence et Spock quitta le champ de l'écran pour aller répondre à l'appel. Jim l'observa et son cœur se brisa un peu plus en voyant le chagrin emplir les magnifiques yeux bleus.

« Le temps qu'on arrive, vous ne nous reconnaîtrez plus, n'est-ce pas ? » Demanda Jim avec la franchise qui avait toujours défini leurs interactions.

Les faux-semblants étaient inutiles : cette version de son capitaine avait toujours était mentalement plus réceptive qu'il ne l'aurait cru possible – peut-être à cause de la fusion mentale sur Delta Vega – et Jim pouvait davantage percevoir que son jeune alter ego, même à cette distance.

« C'est fort probable, oui, Jim. » Répondit-il tristement.

« Dites-moi encore une fois pourquoi vous ne voulez pas du traitement, Spock. » Le visage du jeune capitaine était plein de chagrin, de douleur et de trahison accablante. Kirk rapprocha son siège de l'écran, tendit la main comme pour toucher son interlocuteur. « Pourquoi le refuser, Spock ? Vous pourriez encore vivre quelques années et votre vie est précieuse pour votre peuple – alors pourquoi vous ne voulez pas prendre le traitement ? »

« Jim. » Murmura-t-il, incapable de supporter la douleur qu'il voyait sur le visage du jeune homme. « Oh, Jim. Tu ne comprends donc pas ? »

Les larmes brillèrent, pleine de colère contenue dans les yeux du jeune homme.

« Comprendre quoi ? »

Il releva les yeux et soutint le regard avec le sien plein de nostalgie et de désir.

« Je dois retrouver mon capitaine, jeune homme. »

Jim cligna des yeux.

« Vous pouvez répéter ? »

« Je n'ai pas senti sa mort, il y a si longtemps, Jim. » Expliqua-t-il. « Le Capitaine Picard m'a dit qu'il était mort, mais... mais je n'ai rien senti. Le mystère est inexplicable. J'ai senti ta présence dès que tu es entré dans la grotte sur Delta Vega, Jim – de la même manière, si mon... mon Jim était vraiment mort sur Veridian III, je l'aurai senti, même en étant sur Romulus. » Il secoua tristement la tête. « Je ne peux pas expliquer pourquoi je n'ai rien senti, excepté peut-être que son âme n'est pas morte avec son corps. Je passerai l'éternité à tenter de le retrouver s'il le faut. »

« Vous n'êtes pas de cet univers, Spock. » Lui rappela Jim terriblement abrupt.

« Le katra, l'âme – qu'importe comme tu préfères appeler l'essence qui vit après la mort – n'est pas une entité liée à une dimension, Pi'Jim. » Sa voix était calme et une promesse solennelle s'attarda avec clarté entre eux. « Je le retrouverai, même si ça doit me prendre jusqu'à la fin des Temps pour fouiller le multivers. »

Pendant ce temps, son jeune homologue était revenu, juste le temps d'entendre la fin de cette conversation. Jim avait l'air d'être sur le point de pleurer et cette vue lui brisa le cœur.

Son jeune alter ego regarda à travers la communication, analysant, et il vit le moment où l'acception s'inscrivit sur les traits du jeune homme. Spock leva une main formant le ta'al et inclina respectueusement la tête.

« Alors nous vous souhaitons paix et succès dans votre quête. » Déclara son jeune alter ego avec calme et respect.

Il rendit le geste.

« Je vous en remercie. Et si, en raison de ces circonstances, nous ne nous revoyons plus, sachez que je... »

« Je peux pas faire ça. »

Il eut tout juste le temps d'entendre l'interruption étranglée avant que Kirk ne devienne livide et ne décolle de sa chaise, laissant l'écran vide. Le chuintement d'une porte automatique indiqua qu'il n'avait pas seulement quitté la communication mais aussi la pièce.

Son jeune homologue suivit du regard l'humain avec une inquiétude à peine voilée.

« Va auprès de lui, jeune homme. » Dit-il doucement.

« Et vous ? » S'enquit Spock, les yeux sombres.

« Ne t'inquiètes pas pour moi. » Sa voix s'adoucit, bien trop pour être acceptable selon les normes Vulcaines mais on pouvait encore une fois l'excuser de cette démonstration éhontée d'affection et de nostalgie car il commençait à être en proie au syndrome de Bendii.

Spock s'agita, incertain puis s'immobilisa et lui retourna un regard interrogateur à travers l'écran.

« Que dois-je lui dire ? » Demanda-t-il doucement.

« Dis-lui... » Il sourit. « Dis-lui que je suis heureux – car j'ai eu le meilleur des deux James Kirk. C'est plus que ce que je mérite. »

Les lèvres de son jeune alter ego frémirent, une réaction de doux acquiescement. « Je le ferai, de plus je vous souhaite de réussir... et comme le diraient les humains : bonne chance dans votre recherche. » Dit-il.

La sincérité était évidente et il apprécia l'attention.

« Je ne crois pas avoir besoin de te rappeler de chérir ce que tu as, Spock. »

Le jeune homme hocha solennellement la tête.

« Je prendrai, comme vous dites ''bien soin de lui''. Ne vous inquiétez pas pour nous. »

« Je ne m'inquiète pas. Maintenant, va auprès de lui, Spock. »

Il vit son jeune alter ego lui offrir le ta'al encore une fois en un dernier geste de respect. « Paix et puissiez-vous trouver ce que votre âme recherche. » Dit Spock, puis il partit, le laissant observer la cabine vide du capitaine pendant quelques secondes avant que l'ordinateur ne détecte l'absence de communication et ne s'éteigne.

Il se détourna lentement de l'écran, l'esprit étrangement apaisé malgré la conscience de son état.

Tandis qu'il se levait précautionneusement pour retourner à son travail, la solidité rassurante d'un petit pendentif s'appuya contre sa poitrine, protégé et en sécurité sous ses vêtements de méditation.

Et il n'avait pas peur.

oOo

Le service fut rapidement expédié, car la tradition Vulcaine était enveloppée de rites katriques et de mysticisme : pour un aîné, refuser l'anonymat du collectif était un anathème. Pour cette raison, et parce que l'ambassadeur Spock (il avait choisi le pseudonyme Selek pour les rares occasions où il devait s'entretenir avec quelqu'un qui ne connaissait pas son secret) était resté en dehors de toute sphère d'influence publique, et n'était donc connu que par quelques colons Vulcains du Conseil, et les funérailles furent une affaire privée et presque ignorée.

Deux silhouettes se tinrent dans les ombres, le soleil matinal scintilla sur les ornements et les galons des uniformes de Starfleet, et quelques Aînés regardèrent interrogateurs ce jeune humain avec son ombre Vulcaine, qui pleurait un vieil homme qu'ils n'avaient guère connu.

oOo oOo oOo

Quelque chose n'allait pas.

Ce n'était pas comme s'il savait que quelque chose s'était passé que le Capitaine... Picard, c'est ça ? était parti avec une copie de lui-même pour sauver l'univers, ou quoiqu'ils aient fait. Il y avait de la beauté dans le Nexus : il n'était pas prêt à suivre le premier venu après sa mort juste parce que l'homme avait prétendu que son vaisseau, son équipage et le monde était en danger. Un double ferait tout aussi bien l'affaire, et il pourrait rester dans la sérénité parfaite et la paix de son paradis – il l'avait bien mérité après la mort, non ?

Mais alors, pourquoi cette horrible et nauséeuse sensation que quelque chose n'allait pas ?

« Probablement parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas. » Vint une voix lente, basse et calme derrière lui, et il pivota sur son siège pour voir une femme qui se tenait là : grande, les yeux et les cheveux noirs, assez belle... mais elle dégageait l'aura de quelqu'un qui en avait bien trop vu et ne pourrait jamais oublier.

« Et vous êtes... ? » S'enquit-il avec une certaine inquiétude, car même si cet endroit avait l'habitude de conjurer des personnes intéressantes avec qui faire connaissance, il n'avait jamais oublié cet aspect troublant qui lui rappelait la planète Shore Leave... attendez, la planète Shore Leave ? Sa mémoire flamboya à nouveau, invoquant des fragments de choses qu'il ne comprenait pas.

« Les noms n'ont pas n'importance ici. » Dit-elle en marchant gracieusement dans la clairière, contournant habilement les souches et les branches éparpillées. « Ce qui est important, c'est la sensation que vous éprouvez. Voulez-vous m'en parler ? »

Il la regarda avec méfiance s'asseoir à côté de lui, mais finit par hausser les épaules.

« Je croyais que nous n'étions pas censé ressentir autre chose que la paix et le bonheur, ici. » Commença-t-il en se penchant en arrière pour contempler la lumière du soleil qui filtrait à travers les arbres, faisant danser les nuages de pollen et les grains de poussière en suspension.

« Non. »

Il dévisagea la femme avec un long regard en coin, tandis qu'elle clignait calmement des yeux vers lui.

« Alors, pourquoi j'ai l'impression que quelque chose ne va pas, que je ne suis pas censé être ici ? »

« Peut-être parce que vous ne devriez pas être là. »

Il renifla.

« Ne soyez pas ridicule. C'est la vie après la mort : je peux avoir ce que je veux, quand je veux, faire ce que je veux ou et quand je veux. »

« Et les gens que vous désirez ? »

La question le coupa momentanément. « Quoi ? »

« Je disais, et les gens que vous désirez ? » Répéta-t-elle, ses yeux perçants scrutant son visage. « Avez-vous toujours été capable d'invoquer tous les gens que vous connaissez, de les rencontrer ici, de les avoir ici avec vous ? »

« Les gens que... je connais ? » Pour la première fois le doute jaillit dans son esprit. Les gens qu'il connaissait... mais il ne pouvait pas se souvenir de quiconque. Pas de noms, de visages, rien...

Il avait bien eu des amis avant d'arriver ici, n'est-ce pas ?

« Quelque chose ne va pas. » Souffla-t-il encore en massant ses tempes avec ses deux mains. « Pourquoi ne suis-je plus heureux ici ? »

« Le Capitaine Picard a été assez fort pour le comprendre avec un peu d'aide. » Répondit gentiment la femme. « Vous êtes tout aussi célèbre dans l'histoire que lui : je ne suis pas surprise que vous puissiez percevoir la vérité.

« Alors il avait raison – ce n'est pas le paradis ou quelque soit la version de l'au-delà que vous appelez. » Murmura-t-il. « C'est une illusion. »

« Non, c'est réel. » Répliqua-t-elle calmement. « Aussi réel qu'un autre lieu dans l'univers : vous êtes vraiment au paradis. »

« Comme le voile qui sépare la douleur de l'enfer et le paradis est mince. » Murmura-t-il avant de réaliser qu'il ne savait absolument pas d'où venait la connaissance de cette citation.

« George William Russell. » Fournit sereinement la mystérieuse femme.

Les poings se serrèrent sur ses genoux, et il finit par tourner la tête vers elle, déterminé à avoir des réponses. « Qu'est-ce qui m'arrive ? » Demanda-t-il. « Pourquoi moi, pourquoi maintenant, qu'est-ce ce qui se passe ? »

« Je ne peux pas vous dire ce que vous voulez entendre, Capitaine. » Le titre le figea momentanément, mais elle ne lui laissa pas le temps d'exprimer sa surprise, et poursuivit. « Je n'ai pas toutes les réponses : je suis moi-même une copie. »

« Mais vous savez des choses. » Rétorqua-t-il, se penchant vers elle. « Dites-moi ! »

Elle soupira et passa un moment à réarranger sa jupe, puis : « Vous ne me croirez pas, vous savez. » Dit-elle, levant les yeux vers lui.

« Savoir quoi ? »

« Que vous devez quitter cet endroit – pour de vrai cette fois. Pas un copie : vous. »

Il recula, horrifié.

« Partir ? Vous êtes folle ? »

« Le plus loin d'ici. » Répondit-elle, impassible « J'ai dit que vous ne me croiriez pas. »

Un peu décontenancé, il passa une main dans ses cheveux et soupira. « Vous pouvez m'expliquer, s'il vous plaît ? »

« Vous n'appartenez pas à cet endroit, James Kirk, pas dans ce paradis multi-dimensionnel. Votre destin se trouve ailleurs. »

« Où ? » Et plus important, pourquoi croyait-il viscéralement qu'elle disait la vérité ?

« Parmi les étoiles... avec quelqu'un que vous avez oublié. »

Les yeux de la femme devinrent tristes, compatissants, mais son cœur à lui devint glacé à l'idée qu'il avait oublié quelqu'un d'important – bien plus qu'important s'il jugeait les réactions de la femme.

« Oublié. » dit-il hébété.

« Totalement oublié. Cet endroit fait ça, vous savez – parce que se rappeler de ceux qui sont hors du Nexus n'apporte que chagrin et autres émotions qui n'ont pas leurs places dans un monde parfait. » Les yeux noirs le regardèrent avec ce qu'il savait être de la sympathie. « Vous ne vous souvenez pas de lui, mais votre âme, elle se souvient – c'est la raison de votre malaise actuel. »

« Pourquoi maintenant ? »

Ses yeux s'adoucirent et une main fine vint reposer sur son bras. « Il est mort ce matin, dans son Univers et son Temps. Même ici, même sans savoir pourquoi, votre âme l'a senti, et reconnaît la perte. »

Une sensation de malaise se diffusa de son estomac jusqu'à sa gorge, confirmant ce que son esprit refusait de considérer comme vrai dans un paradis.

« En bien quand serai-je capable d'oublier tout ça et revenir comme c'était avant ? » Demanda-t-il en massant ses tempes.

« Bientôt. » Répondit-elle en haussant les épaules. « La sensation passera et vous aurez oublié si vous vous le permettez. Mais... »

« Mais ? »

« Rien. » Elle se redressa, manifestement prête à partir et une petite partie de son âme hurla un avertissement de ne pas la laisser partir avant qu'elle n'ait fini.

« Attendez ! »

Elle s'arrêta, majestueuse et sereine sous le ciel embrasé du couché de soleil. « Oui, Capitaine ? »

Il se releva, fit quelques pas en arrière avant de se retourner et de lui faire face. « Finissez s'il vous plaît. » demanda-t-il anxieux.

« Êtes vous certain de le vouloir ? »

« Oui. » Murmura-t-il « Il y a quelque chose d'autre, n'est-ce pas ? »

« En effet. » Acquiesça-t-elle. D'une douce main sur son bras, elle le ramena sur leurs sièges. « Vous ne devriez pas être là, James Kirk. Bien que vous ne vous soyez jamais souvenu de la manière dont vous êtes arrivé ici, je peux vous affirmer que c'est par accident : vous devriez être ailleurs. »

« Vous avez dit quelque chose à propos de mon destin tout à l'heure, il est différent de celui-là ? » Dit-il en observant le paradis qu'il avait crée ici avec tout ce qu'il avait jamais désiré et aimé.

« Oui. Vous ne vous en souvenez pas ? »

Les douces paroles s'insinuèrent dans son subconscient, et pendant un instant, il entendit une voix, une nouvelle voix et vit une silhouette floue avant que la vision ne disparaisse de sa mémoire.

« Mon premier et meilleur destin. » Souffla-t-il ne sachant comment il se souvenait de cette phrase avant qu'elle ne disparaisse comme une brume dans les rayons du soleil.

La femme hocha la tête, ses dents miroitant dans un magnifique sourire satisfait. « Exactement. Vous n'êtes pas supposé être là. Et... » Elle le regarda droit dans les yeux, et il frémit sous ce regard intense et sérieux « Vous devez partir. »

« Non. » Fut le prompt refus terrifié et l'idée le fit battre en retraite d'horreur. « Pourquoi voudrais-je quitter cet endroit ? »

« Parce qu'il est un mensonge. » Dit-elle calmement, gentiment, mais avec une sévérité tranchante comme un rasoir qui lui fit instinctivement accepter cette réponse comme véridique. « Ce n'est pas le paradis, Kirk – ce n'est qu'un endroit hors du temps et de l'espace, quelque chose que le Nexus a crée pour vous sans que vous le sachiez, quelque chose d'extrêmement profond, dont votre âme avait besoin. Ce n'est pas la vie après la mort. C'est l'absence d'existence. »

Il déglutit, incapable de nier la peur déraisonnable qui l'envahit à cette idée.

« Je sais que ça ne semble pas avoir de sens de quitter cet endroit. » Dit-elle. « Mais votre destin n'est pas ici.

« Je ne vais pas mettre en jeu le paradis sur l'affirmation de quelqu'un comme quoi j'aurai un destin ailleurs – et de toute façon... » Renifla-t-il « Si je quitte cet endroit, je serai mort dans le monde réel, n'est-ce pas ? »

« Oui. » Acquiesça tranquillement la femme. « En partant d'ici vous devez vous préparer à mourir physiquement, à être réduit à votre forme primaire : l'âme humaine. »

« Eh bien dans ce cas, je serai un idiot d'abandonner ça ! »

« Et idiot de se croire sage, mais... »

« … un homme sage se sait idiot, oui, j'ai fini par me souvenir de mon Shakespeare à défaut d'autres choses. » Rit-il.

La femme inclina légèrement la tête. « Et quand est-il de votre Dickens ? C'est de loin la meilleure chose que je fais ?

Il sentit le sang refluer de son visage et son cœur se serrer pour une raison qu'il ne pouvait comprendre.

« Alors vous vous souvenez, du moins, votre âme se souvient. » Dit-elle « Comment pouvez-vous en douter ? »

« Je... je ne sais pas. » Balbutia-t-il, plus que jamais doutant de lui-même qu'il ne l'avait été à bord d'un vaisseau. Attendez, à bord d'un vaisseau ? Picard l'avait convaincu de sa propre histoire, mais ce n'était pas la première fois qu'une connaissance lui revenait sans qu'il y réfléchisse sciemment. Mais il était fatigué de tourner autour du pot. « Pourquoi... dites-moi, donnez-moi une bonne raison pour que je vous écoute et pourquoi je devrais partir d'ici ? »

La femme se releva et lui offrit un dernier et triste sourire. « Parce que quelqu'un fouille tous les univers pour vous chercher et ne s'arrêtera pas tant qu'il ne vous aura pas retrouvé. Vous pouvez attendre toute l'éternité pour renoncer à cette illusion que vous croyez être le paradis, mais tant que vous ne quitterez pas cet endroit, il n'aura de cesse de vous rechercher. Dans chaque univers, dans chaque instant, dans tous les temps, il vous cherchera jusqu'à ce qu'il vous trouve. C'est votre choix, Capitaine, pendant combien d'années, de siècles, de millénaires vous allez lui faire fouiller les galaxies et les univers pour vous retrouver. »

Avant que son esprit abasourdi n'ait réellement pu encaisser, elle s'était évanouie dans le crépuscule.

Tremblant et nauséeux, il retomba sur le banc et plaça sa tête entre ses mains.

oOo

Ça lui prit de nombreux mois – du moins, le pensait-il, d'après Picard, le temps était relatif dans le Nexus et il était possible qu'il n'ait mis que quelques heures pour se décider, mais il ne semblait pouvoir échapper à la soudaine nostalgie et au désir qui s'étaient incrustés dans son âme, chassant la joie et le contentement de ce prétendu paradis, l'invitant comme une sirène mortelle vers la non-existence physique.

Mais il avait réalisé après une journée futile, qu'il était James Tiberius Kirk, capitaine du vaisseau amiral Enterprise de la Fédération, et qu'il n'avait jamais reculé devant un défi si ses tripes lui disaient vrai.

Ça et l'idée que quelque part, dans le multivers, quelqu'un était si imbriqué dans son âme qu'il passerait l'éternité à rechercher James T Kirk... cette l'idée l'inonda d'émerveillement. Quitter cette illusion de paradis était bien peu de chose en retour d'une telle dévotion.

Comme ce n'était qu'un paradis qu'il avait crée, aucun préparation n'était nécessaire : il se contenta d'envoyer une fervente prière aux divinités de l'univers pour le guider sur son chemin...

… et à la manière du véritable capitaine James Tiberius Kirk, il fit le grand saut sans un regard en arrière.

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Comme si le transport de fournitures vers New Vulcain pour le NVSA annuel présidant la cérémonie des Sciences Galactiques Awards n'était assez ennuyeux et fastidieux, il ne fut absolument pas ravi d'être tiré de son premier sommeil réparateur qu'il avait depuis longtemps par son Premier Officier – ami ou non, ça ne se faisait juste pas – qui fit irruption dans sa chambre via leur salle de bain commune sans demander la permission et le secouait pour le réveiller.

Le secouait littéralement pour le réveiller. Non mais sérieusement. Après treize ans, on aurait pu s'attendre à ce que Spock sache qu'il y avait mieux à faire que de le déranger après la journée infernale qu'il avait passé, à moins que le vaisseau ne soit sur le point d'exploser ou un truc dans le même genre.

« Ça a intérêt à être important parce que, t'hy'la ou non, je vais vous botter votre cul Vulcain jusque dans le couloir, et je me fiche des rumeurs que ça va provoquer. » Grogna-t-il dans son oreiller.

« Je crois que vous devriez voir ça, Jim. »

Il entrouvrit un œil, notant l'étrangeté d'un Spock se tenant au-dessus de lui dans son pyjama bleu scientifique (sérieusement, la diversité des couleurs, Spock ?) et l'appelant par son prénom sans qu'on le lui demande. Le nez du Vulcain était à quelques centimètres de son padd, la lueur donnait à ses cheveux un reflet bleu et une étrange teinte à sa peau... genre comme un vampire Andorian.

D'accord, alors il avait vraiment besoin de dormir. Se relevant sur un coude, il baissa les yeux tandis que Spock s'agenouillait à côté de son lit et plaçait le padd sous son nez.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Le phénomène scientifique de l'année, apparemment. »

Les yeux de Spock scintillaient de joie intellectuelle, il pouvait le voir et par respect pour l'Equipe Scientifique, il soupira et tenta de se concentrer sur les articles de presse et les images.

« ...D'accord, donc ils ont découvert une nouvelle étoile là où était autrefois Vulcain ? » Finit-il par résumer, et il fut heureux qu'ils puissent parler de la planète détruite sans la douleur aiguë des années passées.

« Pas une nouvelle étoile, Capitaine. Une étoile binaire. » Les yeux de Spock se levèrent. « Deux étoiles parfaitement équidistantes de l'emplacement du noyau de Vulcain et gravitant autour de la position de l'ancienne planète. »

Ok, alors là, ça attirait son attention.

« C'est bizarre, vous croyez pas ? » Demanda-t-il en se redressant et en se frottant les yeux.

« Assurément. » Fut la réponse succincte et Spock s'assit sur le bord de son lit et parcourut les pages en quête de quelques photos. « Plus inhabituel encore est le fait que les étoiles n'apparaissent bien sûr pas simplement dans le ciel, et qu'il n'y ait eu aucunes traces gazeuses de création d'étoile dans ce secteur, ni même de la force gravitationnelle du trou noir résiduel assez puissante pour attirer un quelconque corps céleste. Ces étoiles ont tout simplement vu le jour sans processus scientifique derrière elles. De plus, le fait est que les étoiles binaires sont constituées d'une étoile primaire plus grande et d'une étoile secondaire plus petite, or cette étoile binaire est inexplicablement constituée de deux étoiles de taille identique. Mais ce n'est pas pour ça que j'ai pensé que vous seriez intéressé par ce phénomène inhabituel, Capitaine. »

Parce que des étoiles magiquement formées, et tout ce jargon scientifique ne suffisaient pas ?

« Pourquoi un intérêt personnel ? » Il étouffa un bâillement dans la couverture et zieuta à nouveau vers le padd. « Qu'ont-elles de si spécial ? »

« L'une est une étoile jaune. L'autre est bleue. »

Il cilla.

« D'accord... »

Spock inclina légèrement la tête, une manie qu'il avait reconnu après toutes ces années comme étant de la timidité. Ça n'avait cessé de lui donner envie de couiner comme une fille tant c'était mignon.

« Allez, racontez, Officier Scientifique. » Cajola-t-il en se rallongeant avec les bras croisés derrière sa tête. « Éblouissez-moi avec vos explications sur ces étoiles magiques. »

Spock lui lança le regard qui disait clairement vous êtes un crétin. Monsieur. Mais répondit assez volontiers.

« Ce n'est pas magique, mais... potentiellement une légende. » Dit-il avec une hésitation évidente dans sa voix.

« Un mythe terrien ? »

« Négatif : une légende Vulcaine. »

« Alors ça, je veux l'entendre – mec, vous avez des légendes et des mythes ? Le folklore est pas un peu sentimental ? »

« Souhaitez-vous entendre l'explication, oui ou non ? »

Ah ouais, Spock était agacé.

« Allez-y. » Répondit-il avec sincérité.

« Il y a quelques légendes datant des Anciens Temps. » Le Vulcain parlait calmement, respectueusement avec cette intonation nostalgique qui caractérisait toujours ses paroles au sujet de sa planète détruite et de sa culture. « Elles parlent de ce qui arrive à ceux qui refusent de faire partie de l'arche katrique et choisissent à la place d'être relâchés pour suivre leur t'hy'la ou leur compagnon à travers les univers et dans l'espace-temps lui-même. »

D'accord, là il était intéressé.

« Et elles disent quoi ? »

Spock baissa le regard vers le padd et les images des deux étoiles nouveau-nées. « Il est dit qu'ils trouveront leur place dans les cieux pour l'éternité, un double miracle impossible à voir, et à admirer. »

Ses yeux s'écarquillèrent, toute somnolence oubliée.

« Et... vous pensez que... »

Spock acquiesça solennellement. « Ça ne semble pas être une simple coïncidence : deux étoiles en orbite parfaite autour de la position de l'ancienne Vulcain... »

« L'une dorée, l'une bleue. » Ajouta-t-il en tirant malicieusement sur la manche bleue de Spock. Il souriait d'une oreille à l'autre et n'en avait rien à faire : c'était juste absolument génial. « Vous croyez vraiment qu'il se sont retrouvés ? »

Les lèvres de Spock se relevèrent très légèrement « C'est ce que je crois, Jim. »

« C'est incroyable. Les gars, vous avez les meilleurs amis pour la vie mystiques les plus cool de la galaxie, vous le savez ? »

Et... oui, personne ne pouvait être aussi suffisant qu'un Vulcain, il pouvait définitivement en attester.

« L'Académie des Sciences de New Vulcain a reçu l'autorisation de nommer les deux étoiles. » Se risqua Spock après s'être rengorgé (oui, rengorgé, Jim le jurait).

« Sérieusement ? »

« Je suppose que vous voulez les informer de nos théories sur l'existence des étoiles ? »

« Eh bien, oui ! » Rayonna-t-il en rebondissant légèrement sur le lit jusqu'à retrouver une position confortable. « Même s'ils ne nous croiront pas. » Ajouta-t-il plus sérieusement. « On connaîtra toujours la vérité, même si eux non. »

« En effet. » Acquiesça Spock.

« Vous voulez les appeler comment ? On peut pas vraiment leur donner nos noms. » Sourit-il.

Encore cet adorable trémoussement timide, ça pouvait tuer un gars tant c'était mignon.

« J'ai... j'ai réfléchi à la question, brièvement. »

« Bien sûr que vous y avez réfléchi, Mr Spock. C'est plutôt logique puisque vous êtes un officier scientifique Vulcain. » Alors il n'était pas aussi doué qu'il le pensait pour masquer son sourire narquois car Spock lui jeta un regard noir. Eh bien, on gagnait pas à tous les coups. « Bref, dites-moi tout. »

« J'avais pensé à des variations de t'hy'la ou k'war'ma'khon. » Murmura Spock.

Jim cilla, tentant de se souvenir de ses connaissances rudimentaires des nuances de la langue Vulcaine. « Famille étendue ? » Hasarda-t-il.

« Presque : la vraie définition est quelqu'un d'aussi proche que la famille, mais pas par le sang. »

« Aw, alors je suis ton frère de sang à moitié dingue ? »

« Vous avez à moitié juste. »

« Vous, mon ami, êtes un Vulcain snob. »

« En effet, Monsieur. »

« Vous avez dit "j'avais pensé"". Alors vous songez à quoi maintenant ? » En dépit de sa légèreté, il était vraiment curieux.

« Halan-shahtan. »

« Je vous suis plus là. »

« Ça se traduit littéralement par la fin du voyage. » Répondit Spock.

«Halan-shahtan. » Tenta-t-il et sa prononciation massacrée le fit grimacer. Mais Spock semblait fier, alors il sourit et posa une main sur la manche bleue près de lui. « Ça me plaît. Dites-leur que s'ils ne vous laisse pas les nommer, ils n'auront pas leurs fournitures pour la conférence. »

Là, le sourcil lui avait manqué. « Je doute fortement que Starfleet approuve vos tactiques. »

« Depuis quand c'est nouveau ? »

Un regard atterré et Spock se releva. « Je vais vous laisser dormir, Capitaine... je m'excuse de vous avoir réveillé. »

Le pauvre gars avait l'air un peu embarrassé, alors il agita une main pour balayer cette gêne avant de s'enfouir sous les couvertures. Il jeta un autre coup d'œil aux images lumineuses sur le padd avant de sourire à son Premier Officier. « Je suis content que vous m'ayez réveillé, Spock. Je crois que je vais mieux dormir maintenant, sachant... sachant que tout va à nouveau bien dans l'univers. Dans les deux univers. »

« Je suis d'accord. » Admit le Vulcain, marquant une pause devant la porte pour baisser les lumières qui s'étaient allumées à son entrée. « Dormez bien, Jim. »

C'était dans son intention, mais avant, il resta éveillé quelques minutes, se remémorant les souvenirs intacts même après tant d'années qu'il avait vu durant les quelques minutes précipitées sur Delta Vega : la douleur, la perte, la nostalgie et une solitude absolue qui avaient hanté le vieil homme pendant tant d'année – plus d'un siècle – depuis que son Jim Kirk avait disparu dans le Nexus, et était apparemment mort bien des années plus tard sans même avoir pu le revoir.

Je suis heureux – car j'ai eu le meilleur des deux James Kirk.

Le vieil homme avait été pour eux un ami merveilleux, un mentor et un guide, quelqu'un qui avait toujours – même pendant ces jours où il était le dernier à la mériter – eu complètement, entièrement, inconditionnellement confiance en lui, et l'aurait suivi jusqu'aux confins de la galaxie et au-delà s'il l'avait voulu. Désormais, il savait que son Spock ferait la même chose, et peut-être même plus encore : ils n'étaient pas la même personne, et même s'ils l'étaient, il n'échangerait son Spock pour rien au monde. Mais il était si heureux pour le vieil homme qui avait enfin trouvé la paix qu'il pourrait en pleurer de joie.

Halan-shahtan, mon vieil ami, et merci pour tout.


[1] littéralement ''jeune Jim'' et sha'Jim : ''mon Jim''

[2] Le fantôme des Noëls passés


Cette fic m'avait beaucoup touchée quand je l'ai découverte, j'espère qu'il en aura été de même pour vous.