Bonjour

Voici le premier chapitre de cette nouvelle histoire. Le sujet m'a été donné par Elissa qui va également se charger de la correction. J'espère qu'elle vous plaira. Merci à elle et merci à vous de me suivre toujours sur chacune de mes histoires.

Laissez moi des messages. Ils font ma force et me donne la motivation et l'inspiration !

Bonne lecture et à lundi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Boulevard of Broken Dreams de Green Day

Chapitre 1 : Nouveau travail

« Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »

Confucius

Castiel avait un rêve depuis qu'il était enfant. Quand les autres jouaient aux policiers et aux voleurs ou à un quelconque autre jeu que Castiel trouvait profondément stupide, lui dessinait. Il avait commencé très jeune et avait aussitôt choisi d'en faire sa vocation. Il voulait dessiner. Peu importait que ce soient des tableaux majestueux ou des illustrations dans le journal. Il serait dessinateur.

Enfant, cela lui avait semblé possible. Aucun rêve n'était inaccessible quand on faisait en sorte de le réaliser. Il suffisait d'y consacrer suffisamment d'énergie et de temps pour réussir. Castiel était un optimiste et un rêveur. Même si ses parents auraient sans doute préféré le voir remettre les pieds sur Terre et trouver un travail plus ordinaire.

Castiel avait suivi des cours et s'était entendu dire à de multiples reprises qu'il avait du talent. Il avait alors bêtement cru que cela suffirait. Qu'il n'aurait qu'à obtenir son diplôme aux Beaux-Arts et qu'il trouverait aussitôt un travail. Ou on le remarquerait parmi ses camarades. Qu'on le supplierait d'exposer ses œuvres. C'était sans doute un peu présomptueux de sa part et il le comprit rapidement.

Parce qu'une fois son diplôme en poche, personne ne vint le chercher. Personne ne l'appela pour faire de lui le prochain artiste en vogue. Il continua à dessiner, mais il gagnait trop peu d'argent pour en faire son métier.

Il refusa de retourner vivre chez ses parents. Il les aimait de tout son cœur et s'était toujours bien entendu avec eux, mais ils lui imposaient une condition qu'il refusait d'envisager : faire une formation quelconque qui déboucherait sur un vrai métier. Castiel avait un vrai métier. Il avait juste besoin de temps pour se faire remarquer.

Il choisit donc d'aller vivre chez son frère Gabriel. Ils avaient été proches quand ils étaient enfants. Gabriel était un rêveur lui aussi. Un artiste dans l'âme qui ne s'était jamais laissé dicter sa conduite par les gens trop terre à terre. Il avait fini par réussir. Il avait ouvert sa maison d'édition à New York et, si les débuts n'avaient pas été simples, il était aujourd'hui incontournable dans le domaine.

Gabriel avait un immense appartement en plein Manhattan où Castiel pourrait vivre le temps de percer à son tour, mais, parce qu'il refusait de vivre aux crochets de son frère, il commença à chercher un emploi pour gagner un peu d'argent et payer un loyer. Il avait besoin d'un travail qui lui laisserait suffisamment de temps pour dessiner et un employeur qui ne serait pas trop regardant sur ses expériences passées inexistantes.

Ce fut finalement Meg que Castiel avait rencontré pendant ses études qui lui trouva la solution idéale. Castiel avait déposé des CV dans tous les restaurants autour de chez Gabriel et dans plusieurs sociétés qui faisaient du démarchage téléphonique sans succès. L'idée de Meg, bien que peu conventionnelle, lui redonna aussitôt espoir.

Le poste était plutôt simple. Il était question de jouer les chauffeurs. Castiel en était parfaitement capable, mais la personne pour laquelle il allait travailler était peu ordinaire. Il allait devoir conduire un escort. Castiel n'avait jamais fréquenté ce milieu. Il n'avait pas d'opinion arrêtée sur ceux qu'on appelait les « travailleurs du sexe » et il ne se serait jamais permis de les juger, mais il avait un peu peur de ne pas être à l'aise avec cette personne. Comment pourrait-il le conduire à un rendez-vous puis l'attendre en sachant parfaitement que cette personne était en train de coucher avec quelqu'un contre de l'argent? Comment pourrait-il ensuite le regarder dans les yeux sans poser des questions stupides ou se sentir gêné?

Il avait toutefois besoin d'argent et le salaire était plutôt très intéressant. Il accepta donc que Meg lui organise un rendez-vous.

Il n'était pas vraiment sûr de savoir ce qu'on attendait d'une personne postulant pour un tel emploi, mais Meg lui avait assuré qu'il était préférable pour lui d'être le plus naturel possible. Castiel se rendit donc à son entretien sans opter pour une tenue trop sérieuse et en tentant d'ignorer le stress qui montait en lui.

Ce fut Ellen Harvelle qui le reçut. Castiel s'était attendu à tout sauf à cette femme. Elle était bien plus petite que lui, mais il était évident qu'il ne fallait pas plaisanter avec elle. Meg lui avait expliqué qu'elle gérait son entreprise d'une main de fer. Il était préférable pour lui de faire profil bas.

Les bureaux d'Ellen se trouvaient au cœur de Manhattan dans un quartier chic loin du stéréotype d'un tel métier. Castiel admira la décoration soignée et le mobilier élégant, mais n'eut guère le temps de faire plus avant que sa potentielle future employeuse ne lui dise d'entrer dans son bureau.

Elle referma la porte derrière lui puis lui fit signe de s'asseoir. Ils étaient seuls dans la pièce. De toute évidence, l'escort que Castiel serait peut-être amené à conduire ne souhaitait pas être présent au premier entretien.

- Meg m'a dit beaucoup de bien à propos de vous et je fais confiance à Meg. Elle sait cerner les gens.

Castiel hocha la tête. Meg ne s'entourait effectivement que de très peu de personnes et pourtant elle avait presque forcé le jeune homme à devenir son ami. Lui se fichait totalement de tisser des liens avec ses camarades. Il était toutefois content de l'avoir laissé faire. Elle était peut-être sur le point de régler ses problèmes.

- Elle vous a expliqué ce que nous faisons ici? demanda ensuite Ellen.

Castiel acquiesça à nouveau. Il n'en savait pas beaucoup, mais suffisamment pour savoir dans quoi il s'embarquait.

- Elle me l'a dit, oui, et je tiens à vous assurer que je ne juge pas votre… activité ou celle de vos employés. Je… à vrai dire, je n'ai pas d'avis sur le sujet si c'est ce qui vous inquiète.

Ellen rassembla plusieurs papiers sur son bureau avant de joindre ses mains dessus. Elle observait Castiel avec les sourcils froncés. Il avait la sensation d'être évalué en silence.

- Je ne suis pas inquiète, Castiel ou plutôt… disons que ce n'est pas ce que vous pensez de mon travail qui m'inquiète, mais un autre point que je voudrais éclaircir avec vous. J'ai juste une question. Vous n'avez aucun problème avec l'homosexualité? Parce que la personne avec laquelle vous allez travailler est un homme… et ses clients sont des hommes aussi. Est-ce que cela risque de poser un problème? Je préfère que vous me le disiez maintenant.

Castiel se retint de rire. Il n'avait absolument aucun problème avec l'homosexualité. Il était gay lui-même. Il n'avait toutefois pas envie de donner cette information à Ellen. Il ne la connaissait pas suffisamment pour partager des détails personnels avec elle.

- Non, ça ne me pose aucun problème. Je suis quelqu'un d'ouvert d'esprit. Je me fiche de ce que les gens font et avec qui ils le font.

Ellen acquiesça alors. Il avait la sensation d'avoir donné la bonne réponse, mais il ne pouvait pas en être sûr. Ellen ne laissait pas transparaître la moindre émotion. Il était difficile de deviner ce qu'elle pensait de lui à cet instant précis.

- Le job est relativement simple. Vous conduirez Dean à chacun de ses rendez-vous. Vous attendrez dans la voiture qu'il ait terminé avec son client avant de l'emmener voir le prochain. Vous lui tiendrez compagnie pendant ses temps libres et vous veillerez à ce que tout se passe bien.

Castiel pouvait facilement s'imaginer au volant d'une voiture de luxe à conduire un homme d'un point A à un point B. Ce n'était pas particulièrement compliqué et il aurait tout le temps de dessiner pendant que ce Dean en question était occupé avec ses clients. C'était parfait pour lui. Il lui fallait absolument ce job.

- C'est dans mes cordes. Je… je suis un bon conducteur et je… je suis également de bonne compagnie… ou du moins c'est ce que mes proches disent de moi.

Ellen sourit pour la première fois depuis le début de l'entretien et Castiel sut alors qu'il avait marqué des points. Il devait continuer sur cette voie.

- Il est évident que vous êtes motivé, mais… ce ne sera pas de tout repos, croyez-moi. Dean peut être… difficile parfois. C'est quelqu'un de bien, mais il est têtu. Je ne lui ai pas encore parlé de vous. Il ne sait même pas que j'envisage d'engager quelqu'un pour veiller sur lui. Il ne va pas être content et, parce que je vais l'obliger à accepter, il risque de se défouler sur vous ensuite.

Castiel ne se laisserait certainement pas décourager pour si peu. Il pouvait parfaitement accepter que son futur… collègue soit désagréable avec lui. Il n'avait pas l'intention d'en faire son ami et il avait bien trop besoin de ce travail pour se vexer de quelques insultes.

- Je me fiche qu'il ne m'apprécie pas. Ça ne m'empêchera pas de faire correctement mon travail, assura-t-il alors.

Ellen acquiesça avant de croiser ses bras sur sa poitrine et s'adossant à son siège. Elle fixait toujours Castiel avec les sourcils froncés, mais elle semblait un peu plus détendue.

- Je connais Dean depuis qu'il est né. Son père et mon mari étaient ensemble à l'armée. Je l'ai vu grandir. Je l'ai gardé quand John n'était pas là. Je tiens énormément à lui. Il est un peu comme un fils pour moi. Je pense qu'il est important que vous le sachiez. Je ne tolèrerais pas qu'il lui arrive quelque chose.

Castiel trouvait cela étrange qu'Ellen engage un homme qu'elle avait connu enfant comme prostitué. Elle aurait dû tout faire pour le dissuader de choisir une telle carrière. Si elle le voyait comme son fils, elle aurait dû l'encourager à faire autre chose. Il supposait que ce choix s'expliquait. Mais il savait également qu'il n'avait pas le droit de poser la question. Il ne voulait surtout pas prendre le risque de vexer ou d'énerver Ellen et de perdre cette chance unique.

- Quand il a commencé à travailler pour moi, je lui ai demandé d'être extrêmement prudent. J'étais responsable de lui trouver des clients. Ça n'a pas été difficile. Dean est particulièrement séduisant. Il est… disons qu'il est très apprécié. J'ai toutefois toujours mis un point d'honneur à choisir les clients les plus respectueux et ceux qui me semblaient ne pas représenter le moindre danger pour lui. Tous sont extrêmement riches. Certains sont des personnalités publiques. Je me fie à mon instinct quand je les rencontre la première fois et je ne les laisse obtenir un rendez-vous que si j'ai une bonne intuition les concernant.

Castiel pouvait sentir combien Ellen était protectrice envers Dean. Une nouvelle fois, il songea combien il aurait été plus simple pour elle de le protéger en le convainquant de choisir un nouveau métier. Une nouvelle fois, il choisit de ne surtout pas le lui dire.

- Cependant, il m'est arrivé de me tromper et Dean est trop têtu pour renoncer. Il met un point d'honneur à satisfaire ses clients… même ceux qui ne sont pas suffisamment respectueux envers lui. Cela lui a attiré des ennuis quelques fois. Je refuse que cela se reproduise.

Castiel pouvait sentir qu'il y avait bien plus à dire sur le sujet. Quand Ellen parlait d'ennuis, cela laissa à penser qu'il était arrivé quelque chose de sérieux à Dean. Suffisamment pour que son employeuse choisisse d'engager quelqu'un pour veiller sur lui. Pour le conduire à chacun de ses rendez-vous et s'assurer qu'il allait bien.

- J'ai besoin que quelqu'un soit là après chacun de ses rendez-vous pour s'assurer qu'il va bien. Ce sera votre mission principale. Être son chauffeur ne sera qu'accessoire. Votre but premier sera de veiller à ce qu'aucun client ne lui fasse de mal. Que chacun respecte ses conditions.

Castiel n'avait pas vraiment envisagé cet emploi sous cet angle. Il s'était imaginé faire le taxi uniquement, mais il pouvait sentir qu'Ellen attendait plus de lui. Il ne pouvait toutefois pas renoncer. Même si le poste était sensiblement différent de ce à quoi il s'était attendu, cela restait idéal pour lui. Et outrageusement bien payé.

- Est-ce que cela implique que je… que je rencontre ses clients avant qu'ils ne… enfin que je valide chacun d'entre eux au préalable?

S'il ne portait pas le moindre jugement sur ces hommes qui choisissaient de payer pour coucher avec quelqu'un, il n'était pas forcément très à l'aise à l'idée de les rencontrer personnellement. Il serait déjà délicat de faire face à Dean en sachant ce qu'il faisait, mais voir ses clients avant de les laisser seuls était encore pire pour Castiel.

- Vous serez mes yeux et mes oreilles, Castiel. Si je pouvais faire ce travail moi-même, je le ferais sans hésiter, mais Dean ne serait jamais à l'aise si je le lui imposais. Il a besoin d'avoir l'esprit libre et d'être le plus détendu possible avant chacun de ses rendez-vous pour être vraiment performant. Me savoir dans la voiture à l'attendre compliquerait bien trop les choses pour lui. C'est pour ça que j'ai besoin de vous.

Castiel ne serait donc pas qu'un chauffeur. Il tiendrait également le rôle de garde du corps. Il ne s'était jamais battu. Il n'était pas sûr de pouvoir avoir le dessus sur qui que ce soit s'il devait défendre Dean, mais, une nouvelle fois, il n'avait pas le luxe de refuser ce travail. Il espérait juste ne pas avoir à en venir aux mains.

- Je sais ce que vous vous dites, mais je préfère vous rassurer tout de suite. Je ne vous engage pas comme garde du corps. Voyez plutôt cela comme du baby-sitting. La plupart des clients dont Dean s'occupe sont des habitués et tous ont été validés par moi. Ils ne sont pas méchants et ils ne représentent aucun danger pour lui. Vous n'aurez qu'à veiller à ce qu'ils soient… dans leur état normal avant le rendez-vous.

- Dans leur état normal? demanda Castiel, surpris.

Ellen hocha la tête.

- Qu'ils ne sont pas sous l'emprise de l'alcool ou d'une quelconque drogue. Cela n'arrive jamais bien sûr, mais je ne veux pas courir le moindre risque. Quand il sera question d'un nouveau client, je vous demande simplement de le rencontrer pour vous faire une idée rapide sur le genre de personne dont il s'agit. Dean en est incapable. Il accepterait n'importe qui du moment qu'on le paye et c'est justement pour ça qu'il a besoin de que quelqu'un soit là. Si vous sentez que quelque chose cloche alors vous annulerez le rendez-vous.

Castiel n'était pas nécessairement très doué pour cerner quelqu'un au premier coup d'œil. Il n'avait jamais réellement tenté de le faire. Il était plutôt du genre solitaire. Il n'aimait pas se mêler aux autres. Il ne ressentait pas le besoin d'avoir une vie sociale chargée, mais il ferait de son mieux.

- Tous ces hommes auront au préalable signé un contrat avec l'agence stipulant qu'ils n'ont pas le droit d'être alcoolisés et drogués lors de leur rendez-vous. Ce qu'ils veulent faire avec Dean est à chaque fois discuté et accepté par lui. Ils ne peuvent pas sortir du cadre de ce contrat. Dean le sait, mais il lui arrive de leur accorder des passe-droits et, un jour ou l'autre, cela risque de mal se terminer pour lui. Castiel… nous sommes une agence réputée et sérieuse et nos employés sont protégés autant que possible. Dean a juste le don d'attirer les clients les plus… disons les moins ordinaires. Cela implique qu'on veille sur lui plus encore que sur les autres.

Castiel était curieux de savoir ce qu'Ellen sous-entendait par clients peu ordinaires. Il avait terriblement envie de poser la question, mais il n'était pas sûr qu'elle soit la bienvenue. Il ne voulait surtout pas donner l'impression à Ellen qu'il était juste un pervers venu ici pour satisfaire ses besoins. Il devait rester professionnel.

- Je suppose que je serais mis au courant si toutefois les attentes du client sortent de l'ordinaire… histoire que je ne me fasse pas une fausse idée sur lui ou que j'annule un rendez-vous à tort.

- Vous serez averti s'ils ont demandé et obtenu quoi que ce soit qui sorte de l'ordinaire oui. C'est extrêmement rare, mais cela peut arriver.

Castiel n'était toujours pas sûr d'être totalement à l'aise avec l'idée d'être ainsi partie prenante. Il aurait nettement préféré ne pas avoir à s'impliquer autant, mais il voulait voir cela comme une nouvelle expérience. Comme un nouveau monde à découvrir. Il finirait peut-être par trouver cela amusant. Il avait envie de croire qu'il saurait s'épanouir dans ce métier.

- Une fois la vérification faite, vous irez attendre Dean dans la voiture. Vous aurez au préalable et à chaque fois la durée précise du rendez-vous. S'il n'est pas revenu à temps, vous serez en droit d'intervenir pour aller le chercher. Bien sûr, les clients seront tous mis au courant.

Castiel était de toute façon prêt à accepter n'importe quoi pour obtenir ce poste.

- Je pense que je suis à… commença-t-il alors.

Ellen lui fit signe de se taire en levant la main dans sa direction, le coupant effectivement dans son élan. Castiel referma la bouche en fronçant les sourcils.

- Il y a une dernière chose que vous devez savoir. Aux yeux de Dean, vous ne serez que le chauffeur. Je ne lui dirais pas que vous avez également été engagé pour veiller sur lui. Cela le mettrait hors de lui et rendrait les choses trop compliquées pour vous. Vous lui direz que vous avez pour mission de le déposer dans la chambre du client et de l'attendre ensuite. Rien de plus. Rien de moins. Dean est quelqu'un de fier et il pense à tort pouvoir veiller sur lui seul.

Castiel n'aimait pas l'idée de mentir à la personne qu'il serait amené à voir tous les jours. Il allait passer des heures entières avec lui. Il aurait voulu pouvoir se montrer parfaitement honnête avec lui, mais une nouvelle fois, il avait bien trop besoin de ce travail pour opposer la moindre objection. Il se contenta donc de hocher la tête.

- Est-ce que vous avez besoin de quelques jours pour réfléchir? demanda ensuite Ellen.

Castiel avait pris sa décision avant même d'arriver au rendez-vous. Il était toutefois surpris de voir qu'Ellen semblait déjà décidée à l'engager s'il le souhaitait. Il avait pensé avoir de la concurrence pour le poste, mais, de toute évidence, ce n'était pas le cas.

- Est-ce que j'ai le poste si je vous dis « oui » tout de suite?

- Vous aviez le poste avant même de venir me voir. Vous l'avez eu quand Meg m'a parlé de vous. J'ai totalement confiance en elle et si elle vous pense à la hauteur alors je ne doute pas une seconde que vous le soyez.

Castiel allait devoir remercier Meg. Peut-être lui offrir un cadeau hors de prix avec sa première paye. Il rangea l'idée dans un coin de sa tête.

- J'accepte le poste, déclara-t-il finalement.

Ellen sourit alors et Castiel sentit tout son stress disparaître brusquement.

- Je dois encore en parler à Dean en fin de journée après ses rendez-vous. Si vous êtes libre demain, vous pourrez le rencontrer. J'ai besoin que le courant passe entre vous pour que cela fonctionne. Vous pourrez encore renoncer après l'avoir rencontré.

Castiel ne le ferait pas, mais il hocha la tête pour donner satisfaction à Ellen. Elle lui tendit ensuite un contrat qu'il prit aussitôt dans les mains.

- Lisez-le à tête reposée. Il contient bien évidemment une clause de confidentialité. Vous n'aurez pas le droit de divulguer l'identité des clients de Dean à qui que ce soit. Vos horaires et le montant de votre salaire sont également indiqués. Si tout cela vous semble acceptable, alors ramenez le moi signé demain.

Castiel pouvait sentir que le rendez-vous touchait à sa fin. Il remercia donc Ellen, lui promit de lire soigneusement le contrat dans la soirée puis quitta son bureau. Il salua le jeune réceptionniste à l'entrée avant de sortir. Il n'en revenait pas de la facilité avec laquelle il avait obtenu ce travail. Il était également un peu déstabilisé par tout ce qu'il avait appris. Il avait enfin hâte de rencontrer Dean. Il était curieux de voir à quoi il pouvait ressembler. Il était presque sûr qu'il lui faudrait quelques jours pour s'adapter. Il sortait totalement de sa zone de confort en prenant ce travail, mais il s'offrait également une chance unique de gagner beaucoup d'argent tout en gardant une certaine liberté pour le dessin. C'était idéal. Cette fois, la chance semblait enfin avoir tourné en sa faveur. Il n'allait certainement pas s'en plaindre.


Dean n'était pas un rêveur ou un idéaliste. Il n'avait jamais cru en l'adage qui voulait qu'en persévérant encore et encore, on finît forcément par atteindre son objectif. Que ce soit par miracle ou par chance. Il était bien plus terre à terre que tous les enfants de son âge. Il ne s'inventait pas un monde rêvé où tout était parfait. Il n'imaginait pas sa vie une fois tous ses rêves accomplis. Il n'avait pas choisi d'être ainsi. Il avait été contraint de l'être.

À quatre ans, sa mère était morte d'une maladie foudroyante qui ne lui avait laissé aucune chance. Dean s'était alors retrouvé seul avec son père et son frère de quatre mois. Il n'avait pas eu d'autre choix que de prendre ses responsabilités. Il devait veiller sur Sam et sur leur père. La perte de sa femme l'avait complètement détruit et il avait eu besoin de longues années pour s'en remettre pour de bon. Dean avait dû prendre sa place. Il n'avait plus eu le temps de rêver ou d'être un enfant comme les autres. Il avait compris, sans doute trop tôt, que la vie était parfois cruelle et qu'on ne pouvait que la vivre sans rien en espérer de mieux que ce qu'on avait déjà.

Il aurait pu regretter de ne pas avoir eu d'enfance. De ne pas avoir eu de rêves. Cependant, il était plutôt content de la personne qu'il était devenu à cause de cela. Il avait des valeurs. Il était raisonnable et sensé. Il évitait les déceptions en se montrant réaliste. Il avait tiré le meilleur parti des cartes que la vie lui avait distribuées.

Bien sûr, cela ne signifiait pas pour autant qu'il n'avait pas eu d'autre chose parfois. Il n'avait pas prévu de devenir escort. Vendre son corps n'avait jamais été son objectif dans la vie, mais il l'avait l'accepté. Après la mort de son père, il avait dû assumer financièrement son frère et lui. Il n'avait pas de diplôme en poche et pas de plan de carrière. Il avait fait la seule chose qu'il savait possible. Il voyait bien les regards que certains hommes lui lançaient. Il pouvait gagner beaucoup d'argent en jouant de ses atouts physiques. Il avait commencé dans la rue. Les clients n'étaient pas riches et la plupart se montraient bien peu respectueux. Il s'était toutefois rapidement fait une réputation et l'argent ne manquait plus.

Tout s'était compliqué quand tour à tour Sam et Ellen, que Dean avait toujours vue comme une mère de substitution, s'étaient rendu compte de ce qu'il faisait. Il s'était fait crier dessus. Sam lui avait fait le reproche de ne pas avoir appelé à l'aide. De ne pas avoir tenté de faire autre chose. Dean et lui s'étaient alors violemment disputés. C'était une chose rare entre eux tant ils avaient toujours été proches et, parce qu'il refusait de perdre son frère, Dean avait songé à tout arrêter.

Il aurait accepté de faire n'importe quoi d'autre pour apaiser Sam. Il avait déposé des CV dans tous les restaurants du quartier. Il avait tenté sa chance dans chaque entreprise qui recrutait. Il avait tapé à toutes les portes, mais il avait dû faire face parfois à des clients ou à des patrons peu enclins à lui donner sa chance. Il avait rapidement compris que rien ne serait simple.

C'était à cette époque-là qu'il avait commencé à écrire. Il avait lu quelque part que mettre des mots sur ce qu'on ressentait était un moyen de se vider l'esprit. C'était vrai. Il avait rempli plusieurs carnets. Il s'était confié entre ses pages comme jamais avant il ne l'avait fait. Il avait rapidement pris le goût de l'écriture. Il avait même songé une seconde à tenter sa chance et à envoyer ses manuscrits à une maison d'édition avant de revenir à la raison. Ce n'était pas comme ça que le monde réel fonctionnait. Il ne deviendrait jamais riche et célèbre. Il devait rester raisonnable.

C'était finalement Ellen qui lui avait offert la solution à ses problèmes. Dean était désespéré, fauché et prêt à recommencer à travailler dans la rue. Il le lui confia un soir où il avait trop bu et elle lui révéla alors son secret. Dean ne s'était jamais demandé comment Ellen pouvait avoir tout cet argent sans jamais donner l'impression de travailler. Il comprit pourquoi ce soir-là.

Ellen dirigeait une entreprise qui fournissait des escorts à des clients extrêmement fortunés. Les hommes et femmes qui travaillaient pour elle étaient protégés et les clients triés sur le volet. Elle lui proposa de la rejoindre. Elle ne semblait pas ravie à l'idée de le pousser dans cette voie, mais elle avait également compris que Dean finirait par revenir à ce métier sans autre solution. Elle lui en offrait une et le jeune homme la saisit sans hésiter.

Il avait rapidement réalisé que, si le métier restait finalement le même, l'exercer dans un tel cadre le rendait bien plus facile. Dean continuait de se prostituer, mais personne ne levait la main sur lui, personne ne dépassait les limites qu'il avait fixées et il gagnait bien mieux sa vie.

Il s'était rapidement fait une longue liste d'habitués. Il commençait à les connaître. Il appréciait certains d'entre eux. Presque tous se préoccupaient autant de son plaisir que du leur. Le sexe était souvent génial. Dean se sentait désiré. Il se sentait tout puissant. Bien sûr, ce n'était pas un choix de carrière dont il pourrait se vanter une fois devenu trop vieux pour travailler, mais il gagnait très bien sa vie. Il avait pu acheter un appartement pour Sam et lui. Il ne s'inquiétait plus du financement des longues études que Sam voulait faire. Il était serein et c'était finalement parfait.

La journée, il couchait avec des hommes. Le soir, il continuait à écrire. Il ne le faisait pas pour être publié un jour. Juste pour son propre plaisir et il avait beaucoup de choses à raconter. Son histoire et son passé auraient pu faire un livre génial.

Le plus dur fut finalement d'en parler à Sam. Il ne pouvait pas lui cacher ce qu'il faisait éternellement. Il avait promis de ne plus jamais lui mentir et il savait combien son petit frère se raccrochait à cette promesse.

Comme il s'y était attendu, Sam n'apprécia pas d'apprendre qu'il avait recommencé à vendre son corps. Il y eut une nouvelle dispute. Des cris et des pleurs. Sam quitta même l'appartement en claquant la porte et ne lui donna plus de nouvelles pendant pratiquement une semaine. Heureusement pour Dean, son petit frère était parti se réfugier chez leur oncle Bobby. Il n'était donc pas inquiet quant à sa sécurité.

Sam finit par revenir. Ils prirent le temps de discuter calmement. Dean lui expliqua pourquoi il avait accepté la proposition d'Ellen. Il lui assura qu'il était en sécurité parce qu'elle veillait sur chacun de ses employés. Il tenta de le rassurer sur le genre d'hommes qu'il rencontrait. Sam ne semblait toujours enchanté par son choix de carrière après leur longue conversation, mais il semblait toutefois prêt à l'accepter. Il avait confiance en Dean et il serait là pour le soutenir.

Dean avait donc pu continuer et, parce qu'il était visiblement l'un des meilleurs, les demandes de nouveaux clients affluaient au bureau d'Ellen. Elle les triait tous pour ne garder que ceux qui semblaient non dangereux. Dean les rencontrait ensuite à son bureau une première fois pour donner ou non son aval. Il avait établi une liste des choses qu'il acceptait de faire et de celles qu'il refusait même d'envisager. Il n'avait que très peu de limites, mais il mettait un point d'honneur à ce qu'elles soient respectées.

Il avait presque fini par aimer son travail. Il savait bien ce que les gens ordinaires pensaient de lui. Certains avaient de la pitié. D'autres du dégoût, mais Dean ne faisait qu'offrir un service. Il ne voyait pas ce qu'il faisait de mal. Il donnait du plaisir à des hommes souvent trop timides et mal dans leur peau pour tenter de rencontrer quelqu'un. Ou des hommes que leurs carrières interdisaient de faire leur coming out. Il rencontrait des hommes mariés pour l'image, mais malheureux. Des hommes qui le voyaient comme leur seule échappatoire. Il aimait l'idée qu'il les aidait d'une certaine manière. Cela lui donnait la sensation d'être utile dans ce monde.

D'ailleurs, il avait vingt-deux ans. Il aimait le sexe. Il était également gay. Certains de ses clients étaient particulièrement séduisants. Coucher avec eux était agréable. Ceux qui étaient moins son style compensaient cela par une certaine tendresse et une affection évidente. Dean se sentait apprécié et chéri. Il se sentait bien.

Bien sûr, il y avait eu quelques incidents. Il lui était arrivé qu'un client tente de le forcer à faire quelque chose qu'il refusait de faire. Il y avait eu Alastair. Cependant, Dean refusait de penser à cette heure passée avec lui où pour la première fois de sa vie, il avait eu peur de mourir. Tout s'était heureusement bien fini. Il avait été un peu malmené et il avait atterri à l'hôpital, mais il n'avait eu qu'une légère commotion et une cheville foulée. Il avait été très vite sur pieds à nouveau. S'il avait mis cet incident de côté très vite, Ellen, elle, semblait toujours chamboulée. Elle avait accepté de laisser Dean avec Alastair. Elle avait donné son aval pour que le jeune homme le rencontre. Elle lui avait donné son feu vert, mais elle n'avait pas senti le danger ou perçu la menace qu'il représentait. Elle s'en voulait. Dean pouvait le sentir. Deux mois après, elle continuait de ressasser l'évènement. Le jeune homme aurait aimé qu'elle passe elle aussi à autre chose.

Il avait repris le cours de sa vie sans problème. Il avait recommencé à travailler. Il n'avait pas peur. Il était peut-être un peu plus prudent avec les nouveaux clients, mais il n'était pas terrorisé à chaque fois. Chaque métier comportait ses risques après tout.

Dean chassa toutes ces idées et ses souvenirs de sa tête en secouant la tête. Il venait tout juste de terminer avec un client. Il était dans la salle de bains, face au miroir. Son apparence était quelque chose qui comptait énormément. Il devait toujours sembler impeccable. Ses clients devaient pouvoir oublier quand il arrivait qu'il venait tout juste de terminer avec un autre. Il devait leur donner l'impression de n'être là que pour eux. De ne pas avoir d'autres clients avant ou après. Il termina de se recoiffer puis ajuster sa chemise.

Il adaptait sa tenue à chaque client. Certains voulaient le voir habillé en costume. D'autres d'une façon plus décontractée. Il leur donnait ce qu'ils attendaient et il ne ratait jamais son coup. C'était aussi pour ça qu'il était le meilleur.

Une fois satisfait du reflet que le miroir lui renvoyait, il sortit de la salle de bain. Son client, Marc, était rhabillé lui aussi. Dean le laissa l'embrasser rapidement sur la bouche avant de quitter la chambre d'hôtel. Marc était quelqu'un de gentil et de séduisant, mais c'était également quelqu'un d'incroyablement seul et triste. Il travaillait presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il n'avait pas le temps de faire des rencontres et il refusait catégoriquement d'assumer publiquement son homosexualité. Dean avait de la peine pour lui.

Après avoir quitté l'hôtel, le jeune homme vérifia l'heure qu'il était. Satisfait, il monta dans sa voiture et prit la direction du bureau d'Ellen. Elle avait demandé à le voir après son dernier client. Elle ne lui avait pas dit pourquoi. Il pouvait toutefois sentir qu'elle avait quelque chose d'important à lui dire. Peut-être un nouveau client à lui présenter. Dean n'en avait pas la moindre idée.

Il salua Kevin à l'entrée puis entra dans le bureau d'Ellen sans frapper. Elle lui fit aussitôt signe de s'asseoir. Elle avait le visage grave et, pendant une très courte seconde, Dean eut peur qu'elle ait une mauvaise nouvelle à lui annoncer. Il songea à Sam avant de se raisonner. Il était la personne à contacter en cas d'urgence quand cela concernait son frère. Il ne pouvait donc pas être question de lui.

Cependant, ce qu'elle lui apprit quand elle se décida enfin à parler le mit tout de même hors de lui. Il se leva en un bond de sa chaise et la dévisagea, furieux.

- Tu as quoi? demanda-t-il.

Ellen soupira, visiblement agacée par son comportement. Dean s'en contrefichait.

- J'ai engagé quelqu'un pour être ton chauffeur et, avant que tu ne te mettes à hurler sur moi comme il est évident que tu as envie de faire, je préfère te prévenir tout de suite. Ce n'est pas négociable.

Dean ne put s'empêcher de rire en entendant cela. Il n'avait pas envie de faire le difficile. Il était même plutôt du genre arrangeant avec Ellen. Il travaillait plus que les autres et il était toujours là pour dépanner si besoin, mais il ne comptait pas se laisser faire cette fois et Ellen avait tout intérêt à l'écouter.

- Je n'ai pas besoin d'un chauffeur. J'ai ma voiture et tu sais que je ne laisserais jamais personne la conduire. Aussi, je n'ai pas envie d'avoir quelqu'un avec moi en permanence.

- Il ne sera pas là en permanence. Il n'assistera pas aux rendez-vous. Il sera juste là pour déposer dans la chambre du client et te récupérer ensuite pour te conduire à ton prochain rendez-vous. Tu n'auras pas à lui parler si tu n'en as pas envie, mais je serais rassurée de savoir qu'il y a quelqu'un pour… veiller sur toi si tu es trop fatigué pour prendre le volant.

Dean trouvait cela ridicule. Il avait su prendre soin de lui-même depuis qu'il avait quatre ans. Il avait toujours su comment faire pour se ménager au maximum et pour se protéger quand c'était nécessaire. Il était parfaitement indépendant et il était adulte.

- La réponse est non. Point final. Fin de la conversation, déclara-t-il alors.

Il était tout à fait prêt à quitter le bureau et à rentrer chez lui. Il pourrait aider Sam à faire ses devoirs ou passer quelques heures à continuer d'écrire. Il n'avait plus rien à faire dans ce bureau. Il ne changerait pas d'avis. Ellen ne pourrait jamais le forcer à accepter ce chauffeur ridicule.

- Désolée, Dean, mais non, la conversation n'est pas finie. Loin de là. Parce que j'ai déjà engagé quelqu'un et tu vas le rencontrer demain que cela te fasse plaisir ou non.

- Qu'est-ce que tu vas faire si je refuse? Tu vas m'amener ici de force? Ellen, tu sais que tu ne pourras jamais me contraindre à quoi que ce soit. On a été clair tous les deux sur ce point depuis le début.

Ellen hocha la tête et, pendant une courte seconde, Dean crut qu'il avait gagné, mais c'était mal connaître Ellen. Elle ne lâchait jamais prise.

- Si tu refuses alors j'appellerais chacun de tes clients et je leur dirais que tu n'es plus disponible. J'annulerais tous tes rendez-vous et je ne t'adresserais plus un seul nouveau client.

- Si tu le fais, je retournerais travailler dans la rue là où tu n'auras plus aucune emprise sur moi et tu finiras par te sentir tellement coupable que tu me supplieras de revenir.

Ellen ne semblait pas déstabilisée par ses menaces. Elle avait quelque chose sous le coude et Dean pouvait sentir qu'il n'allait pas apprécier.

- Oh! et bien sûr, j'appellerais également Sam. Je lui dirais que tu refuses d'avoir un chauffeur ce qui… permets-moi de te le dire… est autant son idée que la mienne. Je lui dirais que tu es prêt à revenir sur ta promesse de ne plus jamais travailler dans la rue juste parce que tu es trop têtu. Je le laisserais te dire le reste, mais on n'en arrivera pas là, hein? Parce que tu sais qu'en faisant ce choix, tu risques de perdre ton frère.

C'était un coup bas, mais également une idée brillante. Dean aurait dû savoir qu'Ellen aurait recours à un tel argument. Elle savait combien sa relation avec Sam était importante pour lui. Que chacun de ses choix jusque là avait été motivés par le bien-être de son petit frère. Si Sam était partie prenante dans cette histoire alors Dean se retrouvait dos au mur. Il n'avait que deux choix très simples. Il pouvait dire « oui » et accepter d'avoir un bébé Sitter à compter d'aujourd'hui. Ou il pouvait dire « non » et s'exposer à une dispute avec Sam.

- Dean, écoute. Je sais que l'idée te déplait et je le comprends. Tu as toujours su veiller sur toi et sur ton frère et personne ne pense que tu es incapable de continuer à le faire. Par contre, tu ne peux pas… tu ne peux pas tout prévoir. Ce qui est arrivé avec Alastair…

- Ce qui est arrivé avec Alastair n'arrivera plus. On en a tiré les leçons nécessaires. On ne refera pas deux fois la même erreur, Ellen, et tout s'est bien fini finalement. Je n'ai rien eu de grave.

- Peut-être pas cette fois, mais rien ne nous garantit que ce ne sera pas le cas la prochaine. Dean, je ne peux pas continuer à te laisser seul sans personne pour s'assurer que tu ressors indemne de tes rendez-vous. Tu sais aussi bien que moi que tu as tendance à attirer les clients les plus… singuliers.

Dean devait reconnaître qu'Ellen avait raison sur ce point. Il était grand et musclé. Il ne collait pas avec le stéréotype de gens qui exerçaient le même métier que lui et il attirait les clients qui souhaitaient se confronter à quelqu'un de plus fort qu'eux. Ceux qui aimaient l'idée de le maitriser même si ce n'était que pour quelques minutes. Dean acceptait d'être attaché. Il acceptait même qu'on lui donne la fessée. Il attirait forcément une clientèle qui représentait un danger, mais, s'il avait commis l'erreur d'accepter Alastair, il en avait tiré les leçons nécessaires. Il savait qu'il devait être plus vigilant. Il n'avait pas besoin que quelqu'un le soit pour lui.

- Cette discussion et ce débat sont de toute façon totalement inutiles. Je ne changerais pas d'avis et tu vas me dire « oui » parce que tu ne veux pas te disputer avec Sam. Alors, sois raisonnable. Viens rencontrer cet homme demain et laisse-le t'accompagner. Si vraiment cela ne fonctionne pas entre vous ou si d'ici plusieurs mois, rien de comparable à ce qu'Alastair a tenté ne t'arrive, on pourra en reparler. Par contre, pour le moment, tu n'as pas le choix.

Dean ne pouvait que s'incliner. Il ne pouvait pas laisser Ellen prévenir Sam. Il refusait de rentrer chez lui pour se disputer avec Sam. Cependant, cela ne signifiait pas pour autant qu'il était impuissant. Il avait déjà une idée de la manière dont il allait gérer les choses.

- Parfait, je viendrais demain pour le rencontrer et je le laisserais jouer les chauffeurs, mais ne me demande pas d'être aimable avec lui.

- Je te demande juste de le laisser faire ce pour quoi je l'ai engagé. C'est tout.

Dean acquiesça puis quitta le bureau sans rien ajouter. Il était toujours furieux, mais il était également prêt à contre-attaquer. Son plan était simple. Il allait pousser cet homme à bout. Il allait faire en sorte de le pousser à démissionner. Il serait aussi ignoble avec lui que nécessaire. C'était peut-être injuste et cruel. Il n'était pas responsable après tout. Il n'avait fait qu'accepter un travail pour gagner sa vie, mais Dean ne voyait pas d'autre issue. Il refusait de se plier aux exigences d'Ellen et, parce qu'il ne pouvait pas le faire ouvertement, alors il agirait dans son dos.

Il salua Kevin à nouveau puis quitta le bâtiment pour rejoindre sa voiture. Une fois à l'intérieur, il prit quelques secondes pour retrouver un semblant de calme. Il refusait de rentrer en colère. Il ne voulait surtout pas que Sam puisse deviner ce qu'il avait en tête. Il ferait mine d'avoir accepté son idée si toutefois il lui posait la question. Il se montrerait poli avec son nouveau chauffeur lors de leur rencontrer en présence d'Ellen. Puis, une fois seul avec lui, il lui dirait clairement ce qu'il pensait. Il lui annoncerait la couleur aussitôt. Il ne se laisserait certainement pas dicter sa conduite.

Il avait accepté de faire des concessions par le passé pour satisfaire Sam le plus souvent. Il l'avait fait parce qu'il ne sacrifierait jamais sa relation avec son frère. Il était peut-être têtu et fier, mais il n'était pas stupide. Il n'avait pas d'autre famille que Sam dans ce monde et leur père leur avait toujours dit qu'il n'y avait rien de plus important que la famille. Dean allait donc devoir céder cette fois encore. Ou du moins temporairement. Puis il passerait à l'attaque. Quand ce type finirait par démissionner, Dean aurait gagné. Il serait tranquille à nouveau et personne ne pourrait lui faire le moindre reproche. C'était un plan infaillible et Dean comptait bien le mener au bout.