Chapitre 1

« Personne ne peut changer le passé, mais nous pouvons tous décider de nos lendemains »

San Francisco, 2255

La procession ne s'arrêtait pas malgré la pluie battante qui tombait sur le cimetière officiel de Starfleet en ce jour. L'orage menaçait au loin, et le froid qui régnait ici faisait écho à celui qui étreignait mon cœur tandis que la pluie cachait mes larmes.

Immobile entre Adrian et Jim, je tentais surtout de soutenir ce dernier. Wimona avait certes fait exemple de mère pour nous deux, mais pour Jim, il s'agissait véritablement de la sienne. La douleur ne devait pas être la même. Bien que la perte de celle que j'avais considérée comme ma seule famille me faisait tout autant souffrir.

En silence et dans le froid, on regarda les officiers descendre l'urne contenant les cendres de Wimona Kirk dans le caveau familial. Chaque membre de Starfleet disposait d'une place dans ce cimetière, les tombeaux familiaux étaient donc de plus en plus nombreux quand on considérait que cette profession était de celles que l'on se transmettait de génération en génération. Et c'était également une question de place. Au moins, les corps étaient incinérés avant d'être mis en terre.

Puis les gens se dispersèrent les uns après les autres à travers les tombes et les arbres et, bientôt, il ne resta plus que nous trois. Seuls, au milieu du cimetière lugubre. Et à vrai dire, ce n'était pas vraiment une nouveauté, nous avions l'habitude d'être seuls. C'était ça le fardeau à porter pour être les enfants de héros. D'exister sans parents.

Un bruit de pas se fit entendre et je tournais les yeux sur ma droite, mon regard tombant sur Christopher Pike. Ami de nos parents depuis l'enfance et membre officiel de Starfleet. Celui qui avait fait office de père sans en porter tous les fardeaux. Combien de fois avait-il caché nos bêtises à notre mère ?

Il nous rejoignit en silence et sa présence me rassura quelque peu. Désormais, nous étions tous adultes, suffisamment matures pour ne plus être les enfants que nous étions hier encore. À vingt-deux ans, il était peut-être temps. Même si, parfois, j'en doutais encore pour Jim.

- C'était sobre, murmura finalement Christopher. Tout ce qu'elle aurait voulu.

- C'était sa volonté, répondit Adrian d'une voix brisée. Elle l'avait marqué dans son testament...

Reposer en paix aux côtés de son mari pour l'éternité. C'était ce qu'elle avait voulu. Mais les restes de George Kirk n'étaient pas ici. Ils étaient quelque part dans l'espace. Tout comme ceux de mon propre père.

Mes yeux tombèrent sur le caveau se tenant à la droite de celui des Kirk. Les deux étaient d'un blanc immaculé malgré le nombre d'années qui s'étaient écoulées depuis leur mise en place. Et les noms qui y étaient inscrits me rappelèrent ceux qui m'avaient mise au monde et que je n'avais jamais connu.

Ryan Robau

17 Juillet 2193

21 Janvier 2233

Sansa Robau

14 Septembre 2195

21 Janvier 2233

Morts en service

Combien de fois mes doigts avaient-ils caressé la stèle dans l'espoir vain de ressentir la présence de l'un d'entre eux autour de moi ? Combien de fois avais-je pleuré devant cette pierre froide quand les choses étaient devenues compliquées dans ma vie ?

Et aujourd'hui, il me faudrait ajouter une autre personne à pleurer. Parce que Wimona avait été la meilleure des mères possibles, sans jamais faire de distinction entre son propre fils et nous deux. Si je n'avais jamais été en mesure de ressentir autre chose à l'égard de George Kirk que de l'admiration, son épouse avait été pour moi une seconde mère.

- Elle n'aurait pas aimé vous voir pleurer autant, reprit Christopher après plusieurs minutes de silence pendant lesquelles je resserrais mon manteau autour de moi. Il fait froid, vous allez vous enrhumer.

C'était des mots qui auraient pu paraître dérisoires au vu de la situation, mais quelque part, ils me rassuraient. Je n'étais pas seule. Wimona était parti, mais il me restait des personnes pour veiller sur moi. Des personnes sur lesquelles je devais aussi veiller.

Fermant les yeux quelques secondes, je finis par les rouvrir pour reculer et emprunter l'allée qui menait à la sortie de cet endroit. Je ne savais pas si les autres me suivaient, mais nous nous retrouverions à la voiture. En attendant, chacun avait besoin de son moment de solitude.

En remontant l'allée, mes yeux tombèrent parfois sur des noms qui m'évoquaient quelque chose. Des connaissances de ma mère adoptive, ou bien toutes les personnes qui avaient péri dans l'U.S.S Kelvin avant que ce dernier ne soit évacué. Ces noms-là, je les avais appris par cœur à force de venir rendre visite à mes parents dans ce cimetière. Et je pensais aussi à leurs enfants que j'avais pu croiser. Eux aussi orphelins.

Sortant du cimetière, je rejoignis ma voiture et entrai à l'intérieur, enclenchant immédiatement le chauffage. De là où j'étais, je voyais sans problème les silhouettes de Jim et Christopher qui discutaient à l'endroit où je les avais laissés, tandis que celle de Adrian se promenait entre les stèles, remontant lui aussi lentement l'allée.

Rallumant mon téléphone portable, je sortis en même temps l'enveloppe qui m'avait été adressée quelques jours auparavant. Juste après que tout ait basculé avec la mort brutale de Wimona. Et que je n'avais pas lu depuis.

A l'intention de Mademoiselle Anastasia Sansa ROBAU,

Informés du décès de Madame Wimona KIRK, nous vous adressons, l'ensemble de l'équipe de Starfleet et moi-même, nos plus sincères condoléances pour votre perte tragique. Nous n'oublions pas à quel point Madame Kirk fut un modèle pour toutes les épouses de soldats morts en service.

Mais si nous avons souhaité prendre contact avec vous, c'est aussi pour vous annoncer que vos résultats aux examens vous offrent une moyenne de 19,5 sur 21 et, qu'en conséquent, vous êtes présentement invitée à vous inscrire auprès du centre Starfleet le plus proche de chez vous pour intégrer notre école de formation.

Si vos motivations n'ont pas changé depuis notre dernière rencontre, vous vous orientiez vers la formation médicale d'infirmière. Nous vous annonçons que vos résultats vous permettent également de vous présenter à l'école de formation des capitaines et officiers en second. Vous trouverez ci-joint tous vos résultats.

En espérant que votre intégration à Starfleet soit toujours dans vos projets et que nous pourrons prochainement vous compter dans nos rangs, je vous prie d'agréer, Mademoiselle, l'assurance de mes salutations distinguées.

Amiral MARCUS

Mon cerveau mit plusieurs minutes avant de comprendre que cela devait être une bonne nouvelle. Mais j'étais trop chamboulée par la mort de ma mère adoptive, et je me contentais de me dire que je savais ce que serait ma vie à présent.

Un sourire faux dessina mes lèvres quand je me rappelai que cette lettre était arrivée juste après le décès de Wimona qui avait toujours eu de grandes réticences à nous voir exercer dans le milieu ayant eu raison des vies de nos parents. Autant dire qu'à présent, c'était sans nul doute la seule chose qui nous empêcherait de sombrer.

La portière droite s'ouvrit un bref instant avant qu'Adrian ne s'assoie à mes côtés, aussi frigorifié que moi en cette fin de journée de janvier. Quelle ironie que Wimona soit décédée le même mois que son mari, vingt-deux ans plus tard.

- Tu es reçu aussi ? me demanda mon frère jumeau en voyant la lettre entre mes doigts gantés.

- Oui, répondis-je tandis qu'il hochait la tête.

Dépliant l'autre feuille jointe, je découvris les notes qui étaient les miennes et constatai sans surprise que les meilleures étaient en biologie, médecine et mathématiques. Tandis que les pires se trouvaient en langues vivantes et mortes, ainsi qu'en informatique. J'avais hérité de ma mère une formidable capacité à faire planter tous les appareils que je touchais.

Repliant les feuilles, je les rangeai dans leur enveloppe et posai mes mains sur le volant. Jim remontait lentement l'allée, les yeux fixés devant lui dans la même expression qu'il avait conservée toute la journée. Un mélange de tristesse, de douleur et de révolte.

Fermant les yeux, j'appuyai mon front contre le volant, fatiguée. Mes frères avaient refusé de quitter notre maison malgré le décès de Wimona et, depuis qu'elle était partie, c'était moi qui m'occupais de tout. Je refusais de laisser Jim effectuer des tâches aussi importantes alors même qu'il était brisé intérieurement. Quant à Adrian, il tentait de m'aider, mais il n'avait jamais été très doué dans l'administratif.

- Tu vas accepter ? demanda mon jumeau en reprenant la parole. Starfleet ?

- Oui, répondis-je sans hésitation. Mais je veux avant toute chose savoir ce que Jim va faire. Je refuse de le laisser seul.

- Starfleet aimerait bien l'avoir aussi dans ses rangs, avoua Adrian, et je relevais les yeux sur lui. Mais Jim ne correspondra jamais à leurs critères. Lui qui aime tant commander.

- Il s'y conformera s'il le souhaite vraiment, rectifiais-je. Sauf que je doute que ce soit ce qu'il veuille actuellement...

Adrian hocha la tête au moment même où Jim parvenait devant notre voiture et se glissait à l'arrière. Personne ne pipa un mot et, après avoir salué Christopher au loin, je démarrai le véhicule. Direction, la maison.

*0*0*

Iowa

Je soupirai en refermant la porte d'entrée et mon regard se porta sur les quelques valises qui s'amassaient autour de moi. Pas très nombreuses, mais plutôt très grandes.

La grande villa qui était la nôtre avait été vendue à un excellent prix, nous permettant de faire l'acquisition d'un majestueux appartement en plein cœur de San Francisco et se situant non loin de la base de Starfleet. Adrian et moi avions une chambre étudiante obligatoire, mais ainsi Jim se sentirait moins seul. C'est ce que nous espérions en tout cas.

- C'est terminé ? demanda mon frère en descendant les marches.

- Oui, répondis-je en essuyant la sueur de mon front. Il ne reste plus que nos valises à embarquer et nous pourrons partir.

- Et peut-être attendre Jim aussi, fit Adrian.

Je répondis par un sourire avant de l'aider à mettre toutes nos valises dans ma voiture. Une fois cela fait, on rentra à nouveau dans la maison, un peu mélancolique.

Nous avions vendu la maison avec ses meubles puisque Jim n'en voulait pas et que ces derniers étaient en parfait état. Je m'étais occupée de tout, veillant surtout à ce que cette maison où j'avais grandi soit achetée par des propriétaires soigneux. Évidemment, une fois que j'aurais donné les clefs à ces derniers, je ne serais plus là pour vérifier.

Étant donné que les meubles étaient toujours présents, les tapisseries aux murs et les autres objets divers et variés laissés en place, la maison donnait l'impression que nous partions en vacances. Qu'il y aurait un retour. Mais ce ne serait pas le cas. Et c'était difficile de faire des adieux dans ces conditions-là.

Un bruit de moto me fit tourner la tête vers la fenêtre et je vis Jim apparaître. D'autres adieux en perspective puisque l'on ne se reverrait plus avant un bon moment. Et si ça me faisait du bien de pouvoir laisser ce passé derrière moi, j'appréhendais la séparation. Jim n'était biologiquement pas mon frère, mais nous étions nés le même jour, au même endroit et dans les mêmes conditions.

- Enfin de retour ! s'exclama Adrian en ouvrant la porte. Nous t'attendions !

- Désolé, répondit Jim en nous rejoignant. Alors, c'est enfin fini ? J'ai déposé les clefs de la maison aux propriétaires. Ils n'ont plus qu'à emménager.

Le silence retomba pendant quelques instants que l'on mit à profit pour détailler une dernière fois notre maison et en graver le plus de détails possible dans notre mémoire. Mais le temps passait, et Starfleet nous attendait le soir même pour peaufiner les derniers détails avant le grand départ de demain. Il était temps de partir.

- Tu feras attention à toi, n'est-ce pas ? implorai-je à Jim. Tu me le promets ?

- Je te le jure, Anna, répondit mon frère en me serrant dans ses bras. Cesse donc de t'en faire pour moi, je peux m'en sortir seul. C'est à vous de faire attention à vous !

Je répondis à son étreinte, bouleversée par des adieux que je n'aurais pas imaginé faire dans ces conditions-là. Starfleet était un rêve d'enfant pour Adrian et moi. Mais pour Jim, c'était juste une agence qui lui avait enlevé son père. Rien de plus.

- Il faut y aller, constata Adrian quand je me reculai. Vieux, fais attention à toi, évite de causer trop d'ennuis. Et à très vite !

- Faites attention à vous ! ordonna Jim. Bon courage !

Je l'embrassai sur la joue avant de monter côté passager. Ma vision était quelque peu obscurcie par les larmes, je n'y pouvais rien, j'étais très sensible.

J'adressai un signe de la main à mon frère, jusqu'au moment où il disparut à l'horizon, et je me plaçai alors dans le sens de la route. Ça faisait étrange de ne plus être qu'à deux au lieu de trois. Nous qui avions grandi ainsi. Ou presque, si l'on ajoutait le frère de Jim, qui avait été envoyé dans une école privée et qui était mort quelques années plus tôt.

Le voyage jusqu'à la base de Starfleet se fit en silence, ce qui contrasta avec force avec le boucan qui régnait à la base à notre arrivée. Les gens couraient partout, des cris et des échos de voix retentissaient à différentes tonalités.

La base en question me sembla immense. Je ne parvenais pas à tout voir, mais les bâtiments qui m'entouraient étaient de grande taille, de couleur métallique et plutôt imposants. Ici, on réparait les vaisseaux et l'un d'entre eux se trouvait au-dessus de nos têtes, retenu par des milliers de câbles et entouré par des centaines de techniciens.

- Nous cherchons l'amiral Marcus, demanda Adrian à l'un des officiers qui passaient par là.

- Vous allez jusqu'au bout du chemin, puis vous prenez à gauche, expliqua ce dernier avant de continuer son chemin.

- Et bien, allons-y, murmura mon frère et je le suivis en veillant à ne pas heurter des ouvriers au travail.

Nous marchâmes le long de l'allée que l'officier nous avait indiquée en évitant les ouvriers pressés qui embarquaient des vivres dans les navettes qui devaient servir le lendemain. Le sable qui recouvrait le sol rendait l'atmosphère un peu plus étouffante tandis que le bruit des engins, ainsi que les cris des personnes qui se pressaient à nos côtés, faisait bourdonner nos oreilles.

Lorsque l'on parvint enfin à atteindre le bureau de l'amiral Marcus, le silence qui y régnait nous agressa presque. Les murs devaient certainement être très bien isolés et les clameurs du dehors ne nous parvenaient plus. Le silence était religieux ici.

- Adrian et Anastasia Robau, je me trompe ? demanda une voix derrière nous, et on pivota sur nos talons pour y découvrir un homme de grande taille, dans la force de l'âge et avec des yeux d'un bleu remarquable. Je suis l'amiral Marcus. C'est moi qui vous ai contacté.

- Enchantée de vous rencontrer, répondis-je en serrant sa main, imitée par mon jumeau.

- Vos inscriptions ont été validées et tout est en ordre, expliqua l'amiral Marcus en nous tendant deux badges. Notre départ a lieu demain matin à 9h00. Soyez à l'heure !

- Bien, Monsieur, répondis-je avant de sortir en compagnie d'Adrian. C'était du rapide !

- Ils ne sont pas du genre à traîner, ajouta ce dernier tandis que l'on se baladait dans la base. C'est mieux ainsi. Il n'a fait aucun commentaire sur notre nom.

Je hochais la tête rapidement tout en examinant à nouveau les lieux qui m'entouraient. Traversant la foule en sens inverse, on parvint à gagner une partie du site légèrement moins encombrée. M'asseyant sur l'un des bancs présents autour de nous, je me sentis si petite vis-à-vis de ce que représentait Starfleet. Et du choix que j'avais fait...

*0*0*

Le lendemain matin, le réveil fut ardu étant donné que je n'avais que très peu dormi à cause de l'impatience du départ, et du bruit que faisaient les ouvriers dehors. Même en pleine nuit, ils continuaient à travailler.

On m'avait attribué une chambre dans l'un des bâtiments de la base et je me dépêchais de me préparer pour rejoindre mon frère jumeau en espérant ne pas rater le départ. Il n'y aurait pas de seconde chance.

- Pour toi non plus la nuit n'a pas été bénéfique, remarqua Adrian quand je le rejoignis, habillée de la tenue officielle de Starfleet et le visage tiré. La journée va être dure !

- Ne parle dont pas de malheur, m'exclamai-je en descendant les escaliers menant à la cour. Oh, il y a du monde !

C'était peu de le dire. Visiblement, nous n'étions pas les seuls à avoir réussi notre concours. Nous devions être des centaines !

Les instructeurs tentaient visiblement de faire rentrer les gens dans les navettes qui serviraient à nous orienter vers la base officielle de Starfleet qui se trouvait à San Francisco, et je soupirais légèrement en voyant les gens se bousculer pour pouvoir passer. Et dire qu'il allait falloir s'y mêler...

- Anastasia ! appela soudainement la voix de Christopher Pike. Adrian !

Je tournai les yeux vers ma gauche et y vis ce dernier, debout à l'entrée d'une des innombrables navettes. Il nous fit signe de le rejoindre.

- Les autres sont déjà pleines, expliqua-t-il. Et ça va bientôt être le cas de celle-ci !

- Dépêche-toi ! lançai-je à Adrian. Ou nous n'aurons plus de place. Et je ne compte pas rester ici !

Je me baissai pour éviter une barre en fer et me plaçai face à une jeune femme à la peau sombre et une autre à la peau étrangement verte. Mon frère me rejoignit et on boucla nos ceintures.

Soudain, alors que je discutais calmement avec mon frère, je vis ce dernier ouvrir des yeux grands comme des soucoupes et je me retrouvais dans l'obligation de me tourner vers ma droite. Quelle ne fut pas ma surprise en constatant que Jim s'y trouvait, deux sièges plus loin.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ? s'exclama Adrian, reflétant mon idée première.

- J'ai été convaincu ! répondit mon frère adoptif. Qui l'eut cru ?

- Pas moi en tout cas, lâcha Adrian, estomaqué. Ben là, pour une surprise, c'en est une !

Jim allait nous répondre quand son regard tomba sur la jeune femme en face de nous. Et ce fut à ce moment-là que je vis le sang sur sa chemise.

- Je ne sais toujours pas votre nom, fit Jim à cette dernière qui sourit mais ne répondit rien.

- Mais pourquoi es-tu incapable de rester seul sans faire de bêtises ?! m'exclamai-je soudainement. Et ne me fais pas croire que ce n'est pas du sang !

- Oh ça ? demanda Jim avec un geste de désinvolture. C'est rien, tout s'est arrangé !

J'allais riposter quand des exclamations nous parvinrent de l'entrée.

- Vous avez besoin de consulter un médecin ! disait la femme.

- Je n'ai pas besoin de consulter un médecin, je suis médecin ! lui répliqua son interlocuteur. Je suis aviophobe ! Autrement dit, j'ai peur de mourir en vol. J'étais très bien dans les toilettes !

L'interlocuteur en question n'était, physiquement parlant, pas mal du tout. Grand, bien bâti, des cheveux d'un brun tirant sur le noir et des yeux sombres, il me plaisait. Évidemment, comme pour tous les mecs qui me plaisaient, il ne resterait qu'une large connaissance de passage. Je n'avais pas le temps pour autre chose.

- Monsieur, vous vous asseyez ou je vous y oblige ! menaça la femme en face de lui.

L'autre la regarda, semblant chercher une faille qui n'existait pas. Même si sa peur me paraissait un peu étrange au vu du métier dans lequel il s'engageait.

- Très bien, siffla-t-il en s'effondrant dans le fauteuil entre Jim et moi-même.

- Merci, souffla la femme avant de passer devant nous pour rejoindre d'autres rangées tandis que la navette se remplissait de plus en plus.

Je gardai un œil sur le « médecin » en question, Léonard McCoy d'après ce que j'entendais, qui boucla sa ceinture avec une attention particulière. Visiblement, il avait véritablement peur. Et je compris mieux sa motivation quand il parla de divorce. Apparemment, son ex-épouse était la pire des garces. De son point de vue, en tout cas.

Soudain, quelqu'un s'arrêta devant moi et je levai les yeux vers la personne en question. Grande, mince mais possédant des formes à faire rougir de jalousie quelques filles, des cheveux d'un blond pâle attachés en chignon et des yeux gris couleur fer, son visage était fermé et elle nous fixait, Adrian et moi, avec amertume.

- Vous êtes Adrian et Anastasia Robau, n'est-ce pas ? demanda-t-elle d'une voix froide.

- En effet, répondit Adrian, visiblement refroidi par son ton. Et vous êtes ?

- Héléna Carter, siffla l'autre. J'imagine que vous ne me connaissez pas.

Mais mon sourire à moi s'était figé sur mon visage. Bien sûr que je la connaissais ! Ou du moins, je connaissais son identité.

- Vous êtes la fille de Gordon et Mia Carter, soufflais-je. Morts tous les deux à bord de l'U.S.S. Kelvin.

Elle me regarda, visiblement déstabilisée par mes propos. Elle ne s'attendait sans doute pas à ce que je sache qui elle était. Et son amertume, je comprenais mieux d'où elle venait.

- Comment connaissez-vous mon nom ? demanda-t-elle, éberluée.

- Depuis que je suis en âge de comprendre ce qui est arrivé ce 21 Janvier 2233 à bord de l'U.S.S. Kelvin, je ne cesse de revenir dans le cimetière où « reposent » mes parents, répondis-je. Avec le temps, j'ai appris par cœur chacun des noms inscrits sur les pierres tombales des personnes mortes à bord du même vaisseau. Si les gens n'ont retenu que le nom du capitaine et de son officier en second, je me suis fait un point d'honneur à ne pas oublier les autres.

Héléna Carter garda quelques instants le silence avant de me tendre sa main. Surprise, je la serrai lentement.

- Je me suis trompée sur vous, expliqua-t-elle, le visage à présent détendu. Excusez-moi tous les deux. Peu de gens ont pris la peine de retenir que cette nuit de Janvier 2233, Ryan Robau et George Kirk n'étaient pas les seuls à avoir donné leur vie pour la bonne cause.

- Enchantée de te connaître, répondis-je. Et sache que je comprends ta souffrance. Et pour répondre à tes propos, je ne jouerais pas sur mon nom. J'ai bien peur qu'il soit plus un fardeau qu'autre chose...

Elle hocha la tête, nous sourit une dernière fois avant de gagner sa place. Mes yeux tombèrent immédiatement sur la jeune femme en face de nous. Grande, mince, possédant une peau chocolat et des yeux de la même couleur ainsi que de longs cheveux ébène lissés en arrière, elle nous regardait avec intérêt.

- Je connais les noms de vos parents, lâcha-t-elle brusquement. Et je suis honorée de rencontrer leurs enfants. Mais tes paroles sont emplies de vérité. Ce sont eux les héros et, vous, vous vous devez de porter un fardeau trop lourd sur vos épaules. Je m'appelle Nyota. Nyota Uhura. Et voici Gaïa.

Elle indiqua alors sa voisine à la peau verte qui secoua gaiement la main pour nous saluer avec un large sourire.

- Enchanté, répondit mon frère, et je hochais la tête tandis que Jim poussait un cri de victoire. La ferme Jim !

Ce dernier ne répondit rien, car, à cet instant précis, la navette se mit en mouvement et je vis McCoy s'agripper fermement à ses accoudoirs, le visage livide. Je tapotai son poignet pour le détendre et lui offris le plus beau des sourires quand il me regarda de ses deux grands yeux effrayés. Starfleet : nous voilà !


Merci à tous d'avoir pris le temps de lire ce nouveau chapitre, j'espère qu'il vous a plu. N'hésitez pas à me faire part de vos remarques, je serais honorée de les lire et d'y répondre.

A la semaine prochaine !

Lana.