Chapitre I : Le Rituel

"La Bible, Maman ! On est dans la Bible ! m'exclamais-je, mes yeux pétillants à la vue de l'écran télévisé pixellisé montrant une Tristram dévastée - probablement par le Rôdeur Noir nouvellement apparu."

Ma mère à mes côtés avait des yeux écarquillés, un sourire émerveillé flottant sur ses lèvres, tandis qu'elle marmonnait à voix basse, "Mon Dieu, regarde, le cadavre de Griswold… Et celui de Pépin… Et ces graphismes ! Mais… où est Wirt ?"

Haussant un sourcil interrogateur, me rappelant vaguement l'existence d'un cadavre dans Diablo II nommé Wirt portant sur lui des dizaines de pièces d'or ainsi que la fameuse cloche de Wirt dans Diablo III pour l'accession au monde des poneys, j'écoutais religieusement ma mère me parler de Wirt, ce gamin pilleur de cadavres essayant à tout prix d'escroquer le héros de son argent.

Les pièces d'or trouvées sur son futur cadavre faisaient soudainement sens et une sensation de "rira bien qui rira le dernier" m'envahit, malgré le fait que je n'ai jamais eu l'occasion de me faire escroquer en premier lieu. Me tournant vers l'écran à nouveau, observant avec délice cette version de Diablo I remasterisée pour un event dans le trois, j'écoutais calmement ma mère faire divers commentaires alors que nous nous dirigions vers la Cathédrale emblématique, "La cabane de la sorcière ! Elle est là !

-Et tu remarqueras que le chaudron est positionné sur la trappe découverte par Léah dans le III, remarquais-je pensivement.

-Ouiiiiiii ! Oh mon Dieu, j'ai l'impression de revenir 20 ans en arrière !"

La présence de trois cadavres de vaches nous fit sourire, nous poussant à voguer sur une vague de nostalgie du niveau des vaches. Ma mère se fit pensive, se demandant, "Dis, vu qu'ils sont tous morts dans Tristram… Tu penses que si on fait la quête, on pourra les faire revivre et… discuter avec les villageois ?

-Je crains que non, s'ils sont morts c'est que chronologiquement Diablo est déjà passé par là… marmonnais-je.

-Peu importe, en route pour la Cathédrale de Tristram !"

Une fois entrées dans la Cathédrale - après une observation minutieuse des jardins et une admiration pure et simple de la musique culte envoyant des frissons dans nos corps fébriles - ma mère et moi entrâmes finalement dans la Cathédrale. Ça faisait plaisir de voir le niveau 1 non dévasté par l'étoile - sérieusement, de tout Sanctuaire, Tyraël devait atterrir en plein milieu d'un monument historique, hein ?- et c'était amusant de voir les squelettes bougeant… lentement… très lentement par rapport à ma Sorcière niv. 70 parangon 140 et des poussières…

Comme ceux de Diablo II, ne pus-je m'empêcher de remarquer d'un large sourire.

Tandis que ma mère et moi nous extasions sur le bruit caractéristique des puits de guérison, ou bien le battement régulier de nos pas - heureusement qu'ils ne nous avaient pas remis la barre d'endurance - ou encore le cadre sanglant de la Cathédrale - sérieusement, je trouvais ça honteux qu'on n'ait plus la même chose dans les titres suivants étant donné que c'était vachement mieux !- ma mère m'abreuvait d'anecdotes sur le jeu, ricanant de façon machiavélique lorsque nous entrions dans la salle du Boucher, ou la Chambre des Os, et ainsi de suite.

Nous fîmes lentement mais sûrement notre progression dans la Cathédrale, observant chaque personnages emblématiques avec un sourire amusé.

Enfin, après avoir tué Lazare et prit le dernier portail menant à la salle de Diablo, nous fûmes interrompu dans notre partie nocturne par l'arrivée de ma sœur dans le salon, Adriana.

Si vous vous posez la question, sachez que bien évidemment avec une fille nommée Adriana dans une maison remplie de fans de Diablo, sa vie n'était pas simple tous les jours… J'eus un sourire, m'exclamant à son encontre, montrant l'écran pixellisé, "On est dans la Bible ! On va buter Diablo, il faut que tu vois ça !"

Notre mère acquiesça vivement, expliquant calmement qu'il était impératif que ses deux filles assistent à l'aboutissement d'une de ses odyssées de jeunesse.

Adriana eut un soupir léger, lançant un coup d'œil au levier qui allait actionner l'arrivée de Diablo, puis s'assit, croisant ses jambes, prenant sur la table basse le pot d'olives à moitié entamé.

Elle prit une olive, puis marmonna, "Allez-y, puisque ça semble si important à vos yeux, je peux retarder de quelques minutes la suite de mon devoir de latin.

-Tu travailles trop, Adriana, marmonnais-je alors que je rapprochais mon personnage du levier, Trois heures du matin et des poussières n'est pas une heure destinée au travail d'ordinaire.

-Parce que c'est une heure destinée à jouer, peut-être ? Et qu'est-ce que je peux y faire si Madame obtient des notes extraordinaires sans rien faire alors que je dois travailler ?

-J'y peux rien si j'ai des facilités, répliquais-je d'un large sourire."

Me tournant vers ma mère, échangeant un sourire avec elle, j'actionnais le levier, ne remarquant pas la crispation légère des mains d'Adriana. Enfin, enfin, apparaissait Diablo, le Seigneur de la Terreur, le Boss final, celui responsable de milles et un maux planétaires et…

"Bordel, mais qu'est-ce qu'il est moche ! m'exclamais-je alors que je voyais cet espèce de monstre de Frankenstein rouge tentant désespérément et échouant de me frapper.

-Oui, concéda ma mère alors qu'elle souriait comme une malade, mais il est génial."

Je soupirais. A ce stade, c'était presque de la clémence que de le tuer, il fallait mettre un terme aux souffrances esthétiques de ce démon ! Et ne me dites pas qu'il ne s'en souciait pas parce que ok il vient tout juste de s'échapper de la prison dans laquelle des Horadrims l'avaient enfermé depuis des siècles, mais vu son sens inouï du "je vais mettre des monstres faibles et cons sur les premiers niveaux qui vont de plus en plus devenir intelligents et forts, de façon assez progressive pour permettre à Aidan d'arriver jusqu'à moi", il aimait suffisamment le dramatique pour mettre sa vie en danger.

Donc suffisamment pour faire un minimum gaffe à son apparence, quand même. Bordel, même le Boucher est plus glamour !

Tandis que Diablo faisait le pitre en envoyant des flammes de ci et là, j'entendis un murmure psalmodier en… latin ? Fronçant mes sourcils, trop concentrée sur le combat en lui-même, mon cerveau latiniste épuisé parvint tout de même à traduire quelques termes de ci et là.

Ignis. Le feu.

Superest. Il survit.

Occido. Je tue.

Diablo venait de mourir. La cinématique de fin commençait.

Anima. L'âme.

Lapis. La pierre.

Un cri de douleur me parvint à ma droite. Je regardais, horrifiée, Adriana tenir un couteau dans sa main alors qu'elle perforait à répétition la cage thoracique de ma mère, tout en psalmodiant les paroles latines que j'entendais- que j'avais désespérément cru venir du jeu.

Venit. Il vient.

Je sursautais alors que, à l'écran, Aidan perforait son crâne avec la pierre d'âme de Diablo.

Adriana se tourna vers moi, un sourire diabolique sur ses lèvres alors qu'elle s'exclamait, ses mains tournées vers le ciel dégoulinant du sang carmin de ma mère, "Et oui ! Tu ne t'y attendais pas cette fois, hein ? Des années que j'ai attendu ce moment, cet instant très précis dans l'espace-temps !

-A-Adriana, qu'est-ce qui…"

Ma sœur démente se tourna vers moi, son sourire s'élargissant. Elle murmura, d'une voix presque tendre, "Par pitié, ne me nomme pas ainsi. Tu connais mon nom, n'est-ce pas ? Mon véritable nom."

Je déglutis, tentant de parvenir à comprendre, juste comprendre ce qu'il se passait.

Adriana n'avait pas de longs cheveux bruns, mais des cheveux courts blonds, elle n'avait ni la tenue d'une sorcière ni l'apparence d'une avec son jean bleu et sa chemise blanche, et pourtant…

Je déglutis à nouveau, fermant mes yeux, sentant mes bras trembler de frayeur. Au bout d'un moment cependant, incapable de nier la vérité, je les ouvris pour faire face au visage dément de… "Adria…"

La sorcière eut un sourire en guise de réponse, se tournant vers l'écran télévisé face auquel un portail de couleur bleu était apparu.

"Mais… Comment…?"

Elle se tourna vers moi, ricanant, "Penses-tu sincèrement qu'une sorcière de mon ampleur n'aurait ni prévu l'attaque du Nephalem ou encore pris des précautions en vue de celle-ci ? Ou, encore, ne t'es-tu jamais dit que je n'aurais peut-être pas planifié avec Diablo un plan de secours ? Les démons après tout, contrairement aux anges ne sont pas victimes d'un ego démesuré." Elle eut un sourire à ces mots, amusée par l'idée. "Ainsi, j'ai pu prévoir ma réincarnation avec la conservation de ma mémoire. Et devine où donc ai-je atterri ?"

Malgré le fait qu'il s'agisse d'une question rhétorique, je répondis, "Chez nous."

Adria eut un sourire moqueur, "Oui, chez toi, dans un monde où la magie a été oubliée depuis des siècles et où mon monde, mon Maître et l'entièreté de mes ennemis sont réduits à l'état de personnages d'un jeu fictif ! Un monde où plusieurs se vantent et prennent du plaisir à me vaincre, à observer et participer à la destruction de mon corps, à s'amuser de la défaite des enfers ! Cela fut dur de le supporter, mais je parvins malgré tout à acquérir une certaine maîtrise de ces lieux, sans pour autant éveiller les suspicions. Et j'ai alors commencé à chercher un moyen de revenir dans mon monde, quitte à me servir de cette farce de jeu vidéo ! rugit-elle, haletante de fureur. Et devine la chance que j'ai eu lorsque j'ai découvert que ma famille était non seulement composée de deux personnes jouant régulièrement à Diablo, me permettant ainsi d'utiliser le jeu pour mes fins, mais qu'elle abritait aussi un pouvoir magique latent phénoménal en ta personne, Florence."

Je frissonnais à ces mots, voulant répliquer quelque chose, mais n'y parvenant pas, trop inquiète de voir à tout moment quelqu'un déballer du portail vers nous.

"J'avais déjà commencé un rituel afin de pouvoir ouvrir un portail vers Sanctuaire, reprit la Sorcière. Initialement, je comptais utiliser ta puissance mais ça t'aurait probablement tué et malgré que tu n'aies ni conscience ni maîtrise de tes pouvoirs, détruire un tel potentiel me… chagrinait profondément. Mais c'était sans compter l'évènement l'âge sombre de Tristram ! Et oui ! Un événement où mon Maître, Diablo, serait vivant durant la période d'un mois ! Je ne pouvais pas laisser cette chance passer. C'est ainsi que j'ai mis au point ce rituel, où j'ai pu offrir en sacrifice ta mère et ainsi permettre à mon Maître de revenir à la vie tout en assurant mon propre retour dans mon monde !"

J'avais les larmes aux yeux, ne pouvant m'empêcher de craquer émotionnellement en cet instant, face au corps encore chaud de ma mère duquel s'échappait du sang. Lançant un regard vers Adria, je me figeais alors que je la vis s'approcher du portail et me dire, "Mais je crains que nous ne devions nous quitter déjà, grande sœur, après tout le portail ne restera pas éternellement ouvert et je…"

Je ne pouvais pas laisser cette chance passer. Si je laissais Adria s'échapper et retourner dans Sanctuaire - aussi folle que cette idée puisse paraître -, jamais je ne pourrais venger ma mère.

Et puis, si j'ai bien compris, Sanctuaire était bien réel, et Diablo était plus vivant que jamais.

Frissonnant intérieurement, je me ruais vers le portail, prenant de court Adria qui m'observa, ses yeux écarquillés alors que je m'enfonçais dans l'ovale bleuté, sentant mon corps être transporté vers des contrées lointaines. Sanctuaire…

Je ne savais toujours pas si je devrais en rire ou bien en pleurer.

Note de l'auteur :

Voilà, j'espère que ça vous a plu, je posterais la suite prochainement ^^