Bonjour tout le monde !

Voici longtemps que je n'avais pas participé à l'un des challenges du Collectif Noname, mais celui-ci m'a particulièrement inspiré. Et bon sang, quel plaisir d'écrire sans pression, à l'instinct, sans réfléchir outre mesure au plan et à l'histoire. Ça faisait très longtemps que je n'avais pas écrit de manière aussi spontanée, et ça fait un bien fou !

Cette histoire sera en trois partie. Pas tant parce que c'est trop long pour une seul chapitre (Kae, pas un mot, je te vois venir !), mais tout simplement parce que je n'ai pas terminé cet OS, et ma participation (et donc le premier chapitre) devait être publiée aujourd'hui pour être comptabilisée !

Pour ce thème de "Réincarnation", la question était très simple : est-ce que je crois à la réincarnation ? La question va être tout aussi rapide, puisqu'il s'agit d'un non sans véritable argument ou raison !

Disclaimer : Les personnages ne sont pas à moi, seule l'histoire l'est, et je ne me fais pas d'argent avec !

Enjoy !


Loki Odinson n'était qu'un jeune prince lorsqu'il se rendit pour la première fois sur Midgard. Le sort de ces mortels à l'espérance de vie désespérément limitée l'indifférait, et il moquait les Ases qui descendaient sur cette misérable planète afin de s'y faire glorifier, Thor le premier. Mais s'il n'en montrait rien, le jeune prince souffrait des quolibets de son ainé, qui prenait son mépris pour de la lâcheté. Aussi s'en fût il à son tour sur Midgard afin de voir par lui-même ce qu'étaient ces piètres créatures.

Il apparut ainsi dans les terres du nord, où habitaient des peuplades primitives vêtues de fourrure et vivant de pillages. Ici-bas régnaient la loi du plus fort, et il fallait vaincre ou périr sans nulle autre option. Face à eux, Loki comprenait sans aucun mal l'attachement que les siens éprouvaient pour ces êtres, aux aspirations et à la vanité si semblables aux leurs. Néanmoins, cette observation surfaite éveilla chez lui une curiosité certaine vis-à-vis des mœurs obscures de cette espèce.

C'est ainsi que durant de long mois, il arpenta les terres enneigées et les toundras gelées de ce pays à l'hiver éternel. Il ignorait sans mal la neige et le vent glacial, les tempêtes étant à peine plus qu'un léger désagrément pour lui, dieu immortel qu'il était.

C'est finalement au mois d'Einmánuður, en l'an 943 de cette ère, qu'il parvint dans une province reculée de Scandinavia, à l'extrémité nord de ces contrées désolées. Pourtant, le village fortifié et les régions l'entourant étaient étonnamment prospères, se développant et s'épanouissant sous la poigne de fer de son chef. Se faisant passer pour un simple voyageur – ce qu'il était, d'une certaine manière – il fut introduit à celui-ci. Ce fut à cette occasion qu'il fit la connaissance d'Ærinmund Svartkollrsson, en ce qu'il ignorait être la première d'une très longue série de rencontres.

Ærinmund Svartkollrsson était différent des autres mortels. Par son apparence déjà. Quand, en ce pays-ci, nombre de ses congénères étaient d'immense colosses arborant des cheveux blonds et des yeux clairs, Ærinmund lui était brun aux yeux marrons, et moins grand que la plupart. Loki s'en trouvait fort satisfait, lui-même ayant refusé de teindre ses cheveux – pourquoi, pour ressembler un tant soit peu à son nigaud de frère ? – fut-ce pour s'intégrer.

Mais la différence n'était pas que physique, et loin de là. Ærinmund était certes un guerrier et un chef révéré par ses pairs et respecté bien au-delà de son territoire de ce qu'il avait ouï-dire. Mais il était avant tout un esprit libre et indomptable. Il parlait de voyages en des terres lointaines, et il en parlait en des termes si vivaces que Loki aurait pu croire qu'il avait contemplé ces paysages de ses propres yeux s'il ne savait pas que c'était impossible. Il parlait des légendes de son clan, ces histoires brillantes et fabuleuses à propos de dieux mythiques qu'il aurait cru inventées s'il n'avait pas su qu'il s'agissait là de son propre peuple. Il avait la voix et le regard de ceux qui captivaient les foules, et Loki se retrouva comme tant d'autres et bien malgré lui impressionné par le charisme que dégageait l'homme.

Ærinmund était dur, exigeant, et impitoyable avec ses ennemis. Loki l'avait ainsi vu décapiter sans le moindre état d'âmes des prisonniers de guerre ayant refusé de se soumettre à la loi du clan. Pour l'avoir accompagné en campagne, Loki savait qu'il n'y avait nulle place pour la pitié en lui sur le champ de bataille. Il était l'exemple même de ce que devait être un chef viking, fort et impassible.

Mais outre son rôle de chef, Ærinmund était forgeron – comme nombre des chefs-guerriers peuplant ce continent – et fabriquait des armes. Loin de haches grossières et d'épées quelconques, il cherchait sans cesse à repousser les limites de ce qui était humainement possible afin d'obtenir une arme plus performante, au fil plus aiguisé. Plus mortelle. Et ce point, qui plus que nul autre aurait dû aviver son dédain pour cet engouement oh combien méprisable, fut celui qui le fit faillir.

Car à ses côtés, sans qu'il n'en comprenne la raison, Ærinmund se dévoilait, lui accordant une confiance que le dieu se savait bien loin de mériter. Ils étaient pourtant devenus amis, par la force ses choses et sans que l'Ase ne l'ait réellement souhaité, mais incapable pour autant de refuser cette forme d'affection si librement offerte.

A Loki donc, Ærinmund confia ainsi sa soif de pouvoir, mais aussi et surtout le besoin de protéger les siens, et le désir ardent de laisser une trace dans ce monde. C'était là l'orgueil des hommes, terrible hubris qui n'avait que trop souvent raison des plus arrogants. Mais pour la première fois, Loki se surpris à croire qu'il ne s'agissait pas forcément d'une mauvaise chose. Que cet orgueil pouvait être autre chose que mépris et suffisance, mais une lumière éclairant le chemin de ceux qui étaient destinés à de grandes choses, Ases comme humains.

Et lorsque cette idée le frappa, ce fut comme si une lame l'avait transpercé – et les Nornes savaient pourtant combien de blessures ils avaient récolté au fil des campagnes de son frères, toutes aussi inutiles les unes que les autres – Un destin grandiose attendait Ærinmund, il ne pouvait en être autrement. Un destin dont il ne ferait jamais parti.

Il avait passé plusieurs mois, un an presque aux côtés du norois, se complaisant sans mal dans un moule, une identité qui n'était pas sienne. Il n'était qu'un mensonge, le mensonge. Et quelle piètre réussite n'est-ce pas, se faire l'égal d'un homme ! C'était là une déchéance telle qu'il en mourrait de honte si quiconque sur Asgard venait à l'apprendre. Mais, et c'était là le plus terrible dans tout cela, son déshonneur n'était rien face ce sentiment indicible d'avoir un temps cru trouver sa place à ses côtés, pour brutalement réaliser qu'elle ne serait jamais sienne.

Il plia bagage en toute hâte, profitant fort opportunément de l'absence d'Ærinmund, parti deux jours plus tôt visiter un village voisin. C'était plus simple. C'était pour le mieux. Mais lorsqu'il se retrouva de nouveau seul dans les plaines enneigées, lui qui avait vécu entouré pendant si longtemps, répugna à reprendre ses errances premières l'ayant menée ici. Aussi, sur un coup de tête aussi brutale que celui l'ayant fait quitter le village, il prit la décision de retourner sur Asgard.

Il ne revint pas sur Midgard avant longtemps. S'il l'avait fait, il aurait su qu'Ærinmund n'était jamais revenu au village, assassiné en chemin par un clan rival et sa tête plantée sur une pique.

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Lorsqu'il le revit, les siècles s'étaient écoulé. Le Dieu s'était en effet rapidement désintéressé de ces mortels. Après tout, nombreux étaient les mondes, dans cette galaxie et dans les autres, et tout aussi nombreux étaient les peuples qui y vivaient. Certains étaient si évolués que leur développement frisait la perfection de celui des Asgardiens. D'autres en revanche étaient à peine discernables de bêtes sauvages tout juste douées de raison, et auraient fait passer les midgardiens pour des créatures à la réflexion supérieure.

Pourquoi Loki prit-il la décision de revenir sur Midgard, alors qu'il n'avait qu'un bien maigre respect de surface pour ceux peuplant cette planète ? Lui-même était bien incapable de le dire. Surement la lassitude que lui inspirait la stupidité de son frère et de ses amis, et son mépris pour la paresse intellectuelle qui se faisait reine sur Asgard. Mais peut-être également une sorte de curiosité bien mal avisée. Après tout, il y avait bien quelques hommes qui sortaient du lot, se démarquant des autres par un semblant de réflexion. Et il se refusait là à simplement penser le nom de celui qui fut un temps l'ami le plus proche qu'il n'ait jamais eu, et qu'importe combien il lui soit difficile d'admettre pareil état de fait. Non, il parlait de manière générale, sans penser à quiconque de particulier. Bien entendu.

Toujours est-il qu'il pris la décision de retourner sur Midgard sans réellement en avoir conscience, un jour où la prison dorée qu'était Asgard se fit plus étouffante que jamais. S'il avait su…. S'il avait su, il aurait accusé les Nornes et le destin.

Il arriva dans une contrée chaude et ensoleillée, situé plus au sud que la région ayant accueilli ses premières errances. Ce pays, que l'on nommait l'Italie, était à cette époque l'un des fleurons de l'art et de la culture midgardienne.

Ce monde avait bien changé en quelques cinq-cents ans. Là était le propre des êtres à la courte vie comme les humains, cherchant en permanence à s'élever et à surpasser ses prédécesseurs. Les asgardiens, dans toute leur perfection, étaient immortels et inaltérables. Il en allait de même pour leur mode de vie, qui perdurait depuis des millénaires sans heurts ni changements.

Mais quand bien même il se soit attendu à des différences par rapport à l'époque qu'il avait connu, il ne s'attendait pas à une telle évolution. Ces humains avaient presque l'air… civilisés ! Certes, la pauvreté persistait chacune des cités qu'il visitait, et leur ignorance abyssale dans certains domaines frôlait le néant. Mais les percées étaient là, les techniques et les innovations également, et ils semblaient par ailleurs s'être découvert un gout pour le beau. Si l'art primitif nordique auquel il avait déjà été confronté avait un certain charme – même lui le reconnaissait bien volontiers – ce n'était en rien comparable aux œuvres de cette époque. Peinture, sculpture, architecture, l'art sous toutes ses formes semblait porté aux nues, et c'était là un état de fait qui était loin de lui déplaire, appréciant le fait que l'humanité ait su s'élever au-dessus de sa condition.

Il visita ainsi Palerme, Naples, Rome, ainsi que de nombreuses aux villes, remontant peu à peu vers le nord. Rencontrant les artistes, visitant les monuments, admirant les œuvres, mais jamais ne s'attardant. Et c'est ainsi qu'il parvint en 1503 à Florence. Au cours de son périple, il avait longuement entendu les louanges – venant d'Italiens comme de visiteurs de passage dans ce pays – adressés à un dénommé Leonardo di ser Piero da Vinci. Pour avoir admiré un certain nombre de ses œuvres, Loki ne pouvait qu'être en accord avec les compliments qui lui était fait. Ce peintre avait un don incroyable pour capturer l'essence même dans gens dans ses peintures. Mais ce qui intéressait le plus le dieu était les inventions qu'on lui attribuait. Celles qui, il le présentait, marqueraient ce temps et révolutionneraient ce monde. L'homme était un génie, un visionnaire en avance sur son temps, et il lui tardait de faire sa connaissance. C'est donc tout naturellement que son chemin l'avait mené dans la capitale toscane.

Lorsqu'il fut introduit dans l'atelier du maitre florentin, il ne put manquer les maquettes à divers stades de construction, représentant des machines fantastiques qu'on aurait cru venue d'une autre planète. De longues minutes il déambula dans la pièce, observant avec attention le niveau de précision oh si rare de ces objets. Mais ce qui figea le dieu fut les esquisses d'arquebuses et d'engins de siège, d'une technicité encore jamais égalée sur Midgard. Loki ne put retenir un sourire narquois tout ce qu'il y avait de plus faux, vaguement dépité. Le titre d'ingénieur de guerre de l'artiste n'était pas usurpé. Et il était terrible pour lui de constater que, malgré tous les progrès constatés, rien n'avait véritablement changé. Les hommes n'avaient pas changé, et même les plus brillants d'entre eux s'abaissaient à inventer des armes et des machines de guerre toujours plus meurtrières. Maudits soient-ils ! Eux et leur soif de sang ! Mais par la même occasion se maudissait-il lui-même, pour avoir osé croire que les choses fussent différentes cette fois-ci.

Mais il n'eut pas le temps de s'en aller que Leonardo da Vinci, comme il était communément appelé, pénétra dans la pièce. Loki fut saisi en croisant le chaleureux regard brun. Un regard d'une atroce familiarité qui le retourna et le laissa au bord de la nausée. Il ne dut qu'à sa bonne éducation son apparente impassibilité tandis que dans son esprit surgissait un visage bien différent, qu'il avait pourtant refoulé et soigneusement enterré au plus profond de ses souvenirs.

Il crut à une coïncidence. Cela devait être une coïncidence, il ne pouvait en être autrement.

Le dieu ne garda qu'un souvenir flou de la discussion pourtant passionnante qu'il tint avec l'ingénieur, alors même qu'il ne quitta l'atelier du maitre que de longues heures plus tard, bien après que le soleil ne se soit couché. Il fut invité à revenir quand bon lui semblerait, l'artiste ayant vraisemblablement apprécié leur conversation. Mais tandis qu'il franchissait le pas de la demeure, Loki savait déjà que jamais il n'y reviendrait.

Et si de retour sur Asgard il se cloitra dans ses appartements durant de longs mois, nul n'avait besoin d'en connaitre la raison.

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Pendant plus de quinze ans, il garda un œil attentif sur Midgard, suivant de près l'évolution de Leonardo. Ses inventions, ses découvertes, ses œuvres… Même en passant outre la singularité de cette âme qui l'avait troublé, Loki ne pouvait qu'admettre que Leonardo da Vinci était et demeurerait une figure marquante de l'histoire des hommes, malgré leur courte mémoire. Un génie, un précurseur, et surtout un homme au destin grandiose. Mais cette constatation n'était que plus douloureuse lorsqu'il se rappelait du seul homme ayant un jour mérité selon lui cette épithète.

Ainsi, ce fut avec un mélange déconcertant d'amertume, de soulagement et de désarroi qu'il vit l'humain s'éteindre en 1519, à l'âge de 67 ans.

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La troisième fois… La troisième fois fut celle de l'acceptation. Car comment nier plus longtemps l'évidence ?

On appelait astra ces âmes pour qui la mort n'était pas une fin définitive. Nul repos pour elle, nul Helheim ou Walhalla. Tel un cycle sans fin, ces âmes se réincarnaient à travers les siècles dans de nouvelles enveloppes corporelles. La forme d'un visage, la courbure des lèvres, une tache de naissance… Un unique signe physique permettait de reconnaitre les jumeaux astraux au travers de leurs réincarnations successives. Nul ne savait pour quelle raison ces âmes se réincarnaient-elles, pas plus qu'on aurait su dire s'il s'agissait d'une chance ou d'une malédiction.

Cependant, il avait toujours cru qu'il ne s'agissait que d'une légende, une histoire que les parents racontaient aux enfants avant qu'ils ne s'endorment. Lui-même avait été bercé par ce récit, et s'était penché sur celui-ci une fois suffisamment âgés pour ne plus croire aveuglément ce que lui disaient ses parents et cherchant la vérité cachée derrière les mythes. Mais il n'y avait eu guère à en tirer. Il connaissait cette histoire sur le bout les doigts, et l'avait depuis longtemps reléguée au niveau des contes pour enfants.

Et aujourd'hui pourtant, aujourd'hui il faisait face pour la troisième fois à ce regard qu'il n'avait pas su oublier. Il avait attendu plus de vingt ans avant de remettre les pieds sur Midgard, et était parti loin à l'est. Il pensait ainsi éviter toute réminiscence de son passé midgardien, et se garder du même coup des souvenirs douloureux.

Il avait cru garder son cœur sauf. L'Asie était un vaste continent, et mœurs comme coutumes étaient bien différentes de celles qu'on attribuait aux civilisations occidentales. Et si comme lors des deux précédentes occurrences il voyagea des mois durant sans se poser nulle part, il ne parvenait pas à se détacher tout à fait de cet étrange pressentiment qui l'habitait. Il n'en sut pas la cause jusqu'à ce qu'il ne parvienne au Siam. Sa réputation le précédait, et il fut accueilli par un médecin se distinguant de ses pairs par son excellente connaissance du corps humain, acquise en prenant soin de son fils atteint de maladies chroniques lui laissant une santé fragile.

Mais aussi connu soit-il parmi les siens, l'homme demeurait néanmoins relativement quelconque, même eu égard aux standards relativement peu élevés que Loki avait vis-à-vis des midgardiens. Mais son fils… Agé de moins de dix ans, l'enfant lui était un génie comme il y en avait peu. Il lui suffit d'un simple coup d'œil par-dessus son épaule et d'entrapercevoir les feuilles qu'il noircissait de calculs en tous genre pour en acquérir la certitude. Projection, diffusion, calculs de trajectoires… Il s'agissait là de calculs bien au-delà de la portée des jeunes de son âge, et même de bon nombre d'adultes. Seuls une poignée d'humains sur Midgard serait capable d'effectuer ces calculs-ci à la main, sans l'assistance d'une technologie inexistante sur cette planète. C'était à peine croyable.

Mais lorsqu'il croisa finalement ce regard, le pressentiment qu'il ressentait depuis des mois se mua en tempête tandis qu'il était touché en plein cœur. La forme des yeux était fort différente évidemment, propre aux ethnies habitant cette partie du monde. Mais cette couleur, cette chaleur, ce regard... Il avait connu deux personnes arborant pareils yeux, deux personnes ayant bouleversé son existence et renversé ses croyances. Et en voyant cet enfant si différent des autres lui sourire avec innocence malgré les stigmates que la maladie avait laissés sur son corps, Loki ne pouvait douter qu'il en serait différent avec lui.

Totalement saisi, Loki fit un pas en arrière et, murmurant de vagues excuses, quitta en toute hâte la demeure. Des heures durant, il erra dans le village, cherchant vainement une explication à ce qui ne pouvait être qu'une simple coïncidence. Seulement, la seule solution un tant soit peu vraisemblable résidait dans des légendes incongrues. Mais lorsque l'on a éliminé l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. Aussi inconcevable soit-elle.

Déterminé à en avoir le cœur net, il revint au petit matin chez son hôte, un mensonge tout prêt aux lèvres pour son comportement de la veille – non qu'il se sente le besoin de se justifier, mais cela serait nécessaire s'il désirait pouvoir approcher l'enfant – Mais il n'eut pas le temps de prononcer le moindre mot, alors que la porte s'ouvrait sur un couple éploré.

L'enfant n'avait pas passé la nuit.

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Loki avait maudit avec force les Nornes face à ce terrible coup du sort, mais n'en demeura pas moins impuissant.

Il rentra donc sur Asgard, comme après chacun de ses expéditions midgardiennes. Mais loin de se retirer dans ses appartements comme il le faisait d'ordinaire, il se rua vers la bibliothèque du palais, bien peu soucieux que quiconque remarque son empressement. Fort heureusement pour lui et sa dignité déjà fort malmenée, personne n'en su rien.

Des jours durant, il éplucha avec soin le moindre livre traitant de la réincarnation. Car c'était de cela dont il s'agissait, et malgré les approximations des légendes, il en acquit la certitude. Mais une fois ce point-ci accordé, une question demeurait. Qu'allait-il faire de cette information ? Confronter ce destin qui semblait le poursuivre ou le fuir ? Rechercher ces jumeaux astraux, ou au contraire les fuir comme le dernier des Ragnarök ?

Il tergiversa longuement, pesant soigneusement le pour et le contre de cette décision qui, il le savait, ne pourraient qu'avoir un impact important sur son devenir.

Et contre attente, à l'inverse de ce quiconque aurait pu prévoir, il retourna sur Midgard.