Voici donc, en attendant la suite de "La grande illusion", un petit défi lancé par Kty Koneko, que je remercie pour cette proposition (je me suis bien amusée à l'écrire...), ainsi que pour la traduction des insultes et jurons vulcains.

Le titre est une citation tirée du dernier film (Star Trek 6 : The Undiscovered Country) - il s'agit en fait des dernières paroles de Spock dans la saga (si on exclut le reboot, bien évidemment). Petite explication : l'Enterprise vient de sauver le monde (comme d'hab) et le haut commandement donne l'ordre à Kirk de revenir sur Terre pour que le vaisseau soit mis en retraite, ainsi que les officiers que nous connaissons bien. Consternation sur la passerelle. Spock fait tranquillement remarquer "If I were human, I believe my response would be "Go to hell". If I were human." - "Si j'étais humain, je crois que je leur répondrais "Allez au diable". Si j'étais humain." Et ce sont les derniers mots de Spock à l'écran.

Juste pour la petite histoire, les derniers mots de Kirk, qui les suivent et permettent de clore la saga de façon magistrale, sont absolument géniaux : à Chekov qui lui demande ce qu'il doit faire, il répond "Deuxième étoile à droite, et tout droit jusqu'au matin" (le chemin dans Peter Pan pour aller au Pays Imaginaire). Je trouve cette fin méga classe...


Si j'étais humain...

Cinq fois où Spock se retint de proférer des insultes à bord de l'Enterprise…

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1.

I'll take you home again Kathleen…

En douze ans, neuf mois et sept jours de service actif sur l'Enterprise, le commandant Spock n'avait jamais été davantage au bord de l'explosion intérieure qu'à cet instant.

The roses have all left your cheeks…

Il leur restait 12,4 minutes avant que le vaisseau n'entre dans l'atmosphère de Psi 2000 et ne se désintègre. La moitié de l'équipage était sous l'emprise de ce virus inconnu qui désinhibait les humains, et le lieutenant Riley…

I've watched them fade away and die…

… le lieutenant Riley s'était barricadé à l'ingénierie, empêchant par là même toute tentative, même désespérée, d'action sur les moteurs, et toute possibilité d'éteindre les haut-parleurs qui diffusaient depuis près de dix minutes la voix peu mélodieuse du jeune Irlandais.

And tears bedim your loving eyes…

La main de Spock se crispa sur l'outil qu'il tenait à la main. Il se croyait pourtant, étant Vulcain, imperméable à l'irritation, blindé contre les contrariétés, et capable de rester concentré dans n'importe quelle situation, même en danger de mort.

Et maintenant, mesdames et messieurs, encore une fois ! I'll take you home again Kathleen…

Le tournevis qu'il tenait à la main se brisa net et il serra les lèvres pour ne pas laisser s'échapper de la cage de ses lèvres le juron qui ne demandait qu'à en sortir.

Duhsu ! pensa-t-il très fort, si fort qu'un autre Vulcain présent sur la passerelle aurait probablement perçu l'onde télépathique d'agacement qui l'accompagna.

L'unique bonne nouvelle, à l'instant présent, alors que le vaisseau, irrésistiblement attiré par la planète Psi 2000, risquait de s'y écraser dans moins d'une dizaine de minutes, et que Riley reprenait à tue-tête son infernale rengaine, l'unique bonne nouvelle était donc que Spock fût le seul Vulcain présent sur l'Enterprise. Nul ne pourrait donc savoir qu'en son for intérieur, il avait traité le lieutenant d'idiot.

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2.

Que Surak me donne la force et la patience, se répéta Spock pour la quinzième fois en moins de dix minutes.

Jim lui paierait le tour qu'il lui avait joué en lui « collant dans les pattes » – humaine et illogique métaphore qu'il commençait cependant à comprendre, car collants était bien le mot qui convenait – les deux fils de l'amiral Cartwright, qui avaient supplié leur père de les laisser visiter l'Enterprise durant les quelques jours que devaient durer les réparations de la coque, endommagée après avoir essuyé un tir ennemi non loin de la Base X-93, où se trouvaient, par hasard, l'amiral et sa famille.

Les jumeaux, infatigables, avaient réussi, sous la surveillance du capitaine, à mettre du poil à gratter sur les fauteuils des officiers supérieurs, à détraquer deux réplicateurs, à inonder les toilettes situées au bout du pont n°4 et à réveiller la colère du docteur McCoy (non que celle-ci eût le sommeil profond, mais pour cette occurrence, Spock se trouvait en accord avec le médecin en chef) en jouant avec des produits hautement toxiques stockés à l'infirmerie.

C'était à ce moment que son supérieur avait laissé au premier officier les deux enfants, qui, de prime abord, semblaient parfaitement calmes et sages, et qui s'étaient rapidement révélés plus difficile à tenir en place qu'une horde de le-matya en furie. Spock n'avait réussi à garder son calme et à empêcher trois ou quatre catastrophe que grâce à son contrôle et à ses réflexes vulcains.

– On peut aller là ? demanda l'un des jumeaux en désignant la porte d'entrée de la salle des données.

Bath'pa, fut tenté de répondre le premier officier, mais il se contenta de répondre d'un ton sans réplique :

– Certainement pas.

Comme si une interdiction allait les empêcher de faire quoi que ce soit… Quant à la malédiction qu'il s'était retenu in extremis de leur adresser, elle les aurait certainement fait rire.

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3.

Spock prit une profonde inspiration, referma la bouche, et souffla doucement par le nez pour regagner sur sa langue un contrôle vacillant.

Cela faisait dix-sept heures, trente-trois minutes et vingt-six secondes qu'il s'efforçait, avec le concours de M. Scott et du lieutenant Uhura, de réparer ce… ce khra'tum-vel qui refusait de faire ce qu'on lui demandait !

Il ferma les yeux un instant. Deux jours s'étaient écoulés depuis leur départ de sa planète natale, deux jours qui s'étaient traînés avec une lenteur déconcertante pour quelqu'un qui avait l'habitude d'avoir du temps une perception précise, exacte et rigoureuse. Pour la première fois de sa vie, Spock avait entraperçu ce à quoi pouvait ressembler une existence erratique, illogique et troublée – était-ce ainsi que les humains vivaient ? Dans ce cas, il comprenait mieux leurs réactions émotionnelles brutales et imprévues, et serait plus prompt à les accepter dorénavant.

Conséquence imprévue du plak tow, ses hormones jouaient au yo-yo (le nombre de métaphores illogiques qui se pressaient aux portes de son esprit était très proche du nombre d'insultes et de jurons qu'il avait irrationnellement envie de proférer contre tout ce qui l'irritait – à savoir à peu près tout ce qui l'entourait), ses émotions avec, et ses défenses intérieures, sérieusement ébranlées, n'étaient plus assez solides pour contenir totalement ses brusques sautes d'humeur.

– Spock, vous devriez arrêter et vous reposer un peu.

Le premier officier faillit – faillit seulement, mais cela en disait long sur son état de fatigue – sursauter en entendant la voix du docteur McCoy.

– Docteur, répondit-il mécaniquement, les Vulcains requièrent moins de sommeil que les humains. L'ordinateur (khra'tum-vel, répéta son esprit au bord de l'explosion) doit être réparé le plus rapidement possible.

Un soupir lui répondit.

– Je sais que vous êtes à deux doigts d'insulter cette machine et de la bousiller à coups de poings, reprit le médecin en chef. Venez plutôt prendre un verre avec moi.

Spock, surpris, releva la tête et se tourna lentement vers son interlocuteur, dont la perspicacité forçait son admiration.

– Prendre un verre ? répéta-t-il.

L'idée ne semblait pas si stupide – en tout cas moins stupide que de rester là à essayer de réparer ce… cette... les mots lui manquaient pour désigner la machine récalcitrante qui, impassible, semblait le narguer.

– Allez, sourit McCoy, venez avec moi avant de vous livrer à un accès de colère typiquement humain que vous regretteriez après.

Et pour la première fois depuis son arrivée sur l'Enterprise, Spock accepta la proposition.

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4.

– Monsieur Sulu, manœuvres dilatoires jusqu'au Constellation.

– Bien, Monsieur.

– N'obéissez pas à cet ordre, pilote. Pivotez de cent quatre-vingts degrés. Nous allons attaquer.

Attaquer ? Olozhikasu-fam !

Le mot vint à l'esprit de Spock avant même qu'il ait eu le temps d'exercer son contrôle sur sa pensée. Un mot particulièrement fort dans son langage, puisqu'il désignait un être totalement dépourvu de logique. Et dépourvu de logique, le commodore l'était sans équivoque puisqu'il envisageait de lancer l'Enterprise contre cette machine de mort qui avait déjà causé tant de pertes.

– Vous obéirez à mes ordres, Monsieur Sulu, déclara-t-il sans hausser le ton.

Decker, tout commodore qu'il fût, n'était pas Kirk. Et c'était au capitaine Kirk que Spock avait juré fidélité, pas à cet homme fou de chagrin, qui tentait de venger les membres malheureusement décédés de son équipage par une nouvelle mission suicide.

– Monsieur Spock, je vous avertis officiellement que je suis en droit de donner mes ordres ici, selon le règlement de Starfleet, et que je commande l'Enterprise.

– C'est en effet votre droit, mais je vous conseille de reconsidérer vos options.

– Il faut détruire cet engin de mort !

– Vous avez déjà essayé de le détruire, commodore. Vous n'avez réussi qu'à perdre votre vaisseau et votre équipage.

Le regard que lui jeta Decker à cet instant était si meurtrier que le docteur McCoy fit un pas en avant, comme pour protéger Spock d'une attaque physique.

– J'ai fait une erreur, reconnut le commodore, une lueur folle au fond des yeux. Nous étions trop loin. Mais cette fois, nous allons tirer tout ce que nous avons à bout portant.

A bout portant ? Olozhikasu-fam !

Spock vit Sulu se retourner brusquement, l'air affolé. Il essaya une nouvelle fois de faire parler la logique, tout en sachant pertinemment que son interlocuteur était passé au-delà de la raison et de l'entendement.

– Les scanners ont montré que la coque de cet engin était faite de neutronium. Un vaisseau comme le nôtre, seul, ne pourrait en venir à bout.

– Monsieur Spock, ce sera tout. Je vous ai déjà relevé dans vos fonctions de commandement. Ne m'obligez pas à vous forcer à quitter la passerelle.

Le Vulcain fit un bref signe de tête et laissa le docteur McCoy essayer à son tour de tenir tête à leur supérieur, qui avait visiblement perdu la raison et s'apprêtait à sacrifier l'Enterprise après avoir abandonné le capitaine Kirk.

Aucun juron d'aucune langue connue n'aurait été en mesure d'exprimer sa rage en cet instant précis.

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5.

– Je vous assure, amiral, que les délais seront respectés.

De l'autre côté de l'écran, le visage de Cartwright se crispa.

– Je préférerais l'entendre de la bouche de votre supérieur, commandant.

Spock, en bon Vulcain, ne broncha pas, mais son ouïe particulièrement aiguisée entendait, provenant de l'ascenseur, le rire dudit supérieur, associé à celui du docteur McCoy. Kirk, que Scotty devait normalement empêcher d'accéder à la passerelle pour éviter une humiliation sans précédent, avait, après la mort aussi imprévisible que brutale de trois jeunes recrues qu'il avait emmenées avec lui en mission d'exploration, décidé que « boire avec Bones pour oublier » était une bonne idée. Précisément au moment où l'amiral Cartwright avait contacté l'Enterprise pour demander un rapport complet concernant une livraison de dilithium sur la base 341-Z.

Le pire avait été évité, grâce à la diligence et à l'ingéniosité de Miss Chapel et de l'ingénieur en chef, mais Jim, que l'alcool désinhibait complètement, voulait à tout prix monter sur la passerelle pour assurer son premier officier et les officiers supérieurs de « son amour inébranlable ».

Voilà qui serait du meilleur effet devant un amiral très à cheval sur le protocole.

– Le capitaine Kirk vous contactera très bientôt, monsieur, dès que seront réglés quelques soucis mineurs liés à une dissension entre deux équipes. Vous savez qu'il a très à cœur de s'occuper lui-même de la discipline au sein du vaisseau.

Cartwright opina.

– Dans ce cas, Monsieur Spock, il ne me reste plus qu'à…

Un grésillement interrompit la communication et la voix hilare du capitaine jaillit du haut-parleur central de la passerelle.

– Spock ? Spock, vous m'entendez ? Vous êtes très méchant de ne pas me laisser monter sur la passerelle et je trouve ça intélo… intal… int… Bones, comment on dit ?

– Inlétorable, répondit le médecin en chef avec aplomb.

– Spock, vous êtes là ?

Le premier officier, au premier mot prononcé par Jim, avait pianoté sans succès sur la console du fauteuil de commandement. La voix du capitaine était reconnue par l'ordinateur et ne pouvait être bloquée.

– Affirmatif, répondit Spock en réprimant un soupir.

– Eh, Spock, Bones et moi on voulait vous dire qu'on vous aime beaucoup. Et vous, pourquoi vous nous aimez pas ? Si vous nous aimiez, vous nous laisseriez monter !

Un bruit, à mi-chemin entre le rire et la manifestation d'une stupéfaction atterrée, se fit entendre depuis la console où Uhura essayait frénétiquement d'éteindre l'interphone.

– Bon, on va vous laisser mais quand même on voulait vous dire qu'on vous aimait. Voilà. Vous voulez pas nous dire que vous nous aimez aussi ?

Zerkasu-bosh, pensa le premier officier non sans une pointe d'amusement résigné.

– Monsieur Spock, ironisa Cartwright qui, étant humain lui-même, semblait pardonner aux humaines faiblesses, je croyais que les Vulcains ne savaient pas mentir ?

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… et une fois où il n'eut pas le choix.

+1.

– Allez, Spock, vous pouvez bien répéter ce qu'il a dit !

Le Vulcain demeura les lèvres résolument closes.

Le regard du capitaine balaya rapidement la table de droite à gauche. Spock, raide comme la justice, semblait encore sous le choc. De l'autre côté, Bones, tout aussi muet que son vis-à-vis, passait nerveusement son index sur le bord du verre que son supérieur avait généreusement rempli lorsqu'ils avaient enfin réussi, une fois la crise résolue (grâce aux exceptionnels talents diplomatiques de James T. Kirk), à se réfugier dans ses quartiers.

Jim poussa un soupir d'agacement et tenta une autre approche.

– Etant donné ce que je viens de faire pour vous, Bones, vous m'en devez une ! Qu'est-ce que vous leur avez dit ?

Le médecin en chef jeta vers Spock un bref coup d'œil, lui indiquant qu'il ne dirait rien si le premier officier continuait à se taire. Kirk, excédé, leva les yeux au ciel.

– C'est ridicule ! Je ne vous en veux pas, j'ai toute confiance en vous et je suis sûr qu'ils méritaient tout ce que vous avez pu leur dire, mais je veux savoir pour pouvoir vous défendre le cas échéant. Allez, Spock, répétez-moi les insultes qu'a prononcées McCoy, c'est un ordre.

Spock, qui avait passé la dernière heure dans un état proche de la sidération (mais qui était fort heureusement passé, aux yeux des Vulcains qui avaient provoqué la crise, pour une maîtrise spirituelle proche de l'ataraxie si chère à leur peuple), tourna les yeux vers son supérieur.

– Un ordre, capitaine ? demanda-t-il faiblement.

Jim ne se laissa pas fléchir. Il voulait absolument savoir comment Bones avait réussi à remettre à leur place non pas un, mais trois Vulcains si imbus d'eux-mêmes et sûrs de leur supériorité qu'ils avaient réussi à s'aliéner tout le monde à bord depuis leur arrivée sur l'Enterprise.

– Affirmatif.

Spock avala une gorgée de theris-masu (auquel Kirk avait fort innocemment ajouté une bonne dose de miel) et fixa un point sur le mur.

– Le docteur McCoy a commencé par traiter Siamak de duhsu, commença-t-il à voix basse, et en baissant encore davantage le ton en arrivant au mot fatidique.

– Ce qui signifie ? demanda Jim.

– Ajouté au bath'pa qui le précédait, on pourrait traduire l'expression par « allez au diable, espèce de crétin ».

Le capitaine se doutait que son premier officier atténuait volontairement la teneur des insultes, et que les mots qu'avait prononcés McCoy possédaient probablement une connotation moins amène.

– Mais cet abruti vous avait traité de… de bâtard !

Jim ne put s'empêcher d'ouvrir de grands yeux.

– Vous êtes sérieux ?

– Vous croyez vraiment que j'irais insulter des diplomates de haut rang pour le plaisir ? ronchonna McCoy.

Kirk s'abstint sagement de répondre oui, tout en essayant d'assimiler ce qu'il venait de comprendre, et la raison pour laquelle le chef de la délégation vulcaine avait présenté ses excuses au nom de son équipe avec autant de chaleur (pour un Vulcain, s'entend).

– Donc, ça, c'était pour le jeune coq qui se croit plus fort que tout le monde mais qui ne sait pas jouer aux échecs, ironisa Jim. Et la prêtresse ?

– Lorsque T'Klaa s'est interposée…

– … pour prendre la défense de son petit protégé… précisa le médecin entre ses dents.

– … le docteur McCoy lui a dit qu'elle était olozhikasu-fam, ce qui veut dire « sans logique ». Peut-être une des pires insultes vulcaines possibles.

– Elle le méritait. Où est la logique à s'acharner sur quelqu'un simplement parce qu'il est différent ?

Tout en prononçant ces mots, Bones lança vers Spock un regard anxieux, comme si cette confrontation avec le racisme ordinaire lui avait renvoyé au visage tout ce que lui-même avait pu dire au premier officier durant ces quatre années de cohabitation chaotique. Ce qu'il lut sur les traits du Vulcains sembla le rassurer.

– Je ne vous jette pas la pierre, l'apaisa Jim. Et ensuite ?

Spock prit une inspiration plus marquée que les précédentes.

– Ensuite, le docteur McCoy a appelé Sipth…

– … Le scientifique ? demanda Kirk.

Le premier officier acquiesça.

– … il l'a appelé « khra'ek'talsu », et ne comptez pas sur moi pour vous traduire ces propos, conclut Spock, les lèvres pincées en signe de désapprobation.

– Scientifique de merde, clarifia McCoy, bras croisés sur la poitrine.

– C'est ça que vous lui avez dit ? s'étrangla Jim, qui était malheureusement en train d'avaler une gorgée de whisky.

– Oui, je l'ai dit, et je le redirai si nécessaire ! Ce type prétendait être plus intelligent que Spock parce qu'il était de « sang pur » ! Quel scientifique peut raconter de pareilles conneries ? Il n'a jamais entendu parler de l'exogamie ? Des bienfaits du métissage ?

– Vous avez ajouté zerkasu-bosh, l'interrompit Spock.

– Est-ce que c'est de ma faute si ils ont réagi de manière si émotive ?

– Euh… zeraksutruc, ça veut dire… ? interrogea Kirk, un peu perdu.

– Zerkasu-bosh, répéta Bones avec plus d'assurance. Pour simplifier, je leur ai dit qu'ils étaient… susceptibles.

– Emotifs, corrigea Spock.

– Ils semblaient tellement peu maîtres d'eux-mêmes, pour des Vulcains, que c'est sorti tout seul.

Le médecin secoua la tête de droite à gauche et conclut, non sans un certain accent de triomphe, voyant que son capitaine le soutenait pleinement :

– Pour finir, je leur ai dit qu'ils pouvaient tous aller se faire ponfo mirann.

Jim leva un sourcil.

– Spock ? demanda-t-il.

– Vous avec une idée assez claire, j'en suis convaincu, de la signification globale du message, répondit le Vulcain de son habituel ton neutre où perçait une pointe d'amusement.

Il semblait lentement revenir à son état normal, après la stupéfaction dans laquelle la réaction de Bones l'avait visiblement jeté. Kirk ne poussa pas plus avant la discussion, estimant que ses deux meilleurs amis avaient eu leur content d'émotions pour la journée.

– Il y a cependant quelque chose que je ne m'explique pas… déclara-t-il pensivement.

– Jim ?

– Capitaine ?

– Eh bien, à moins que le dictionnaire Standard-Vulcain ne soit votre livre de chevet, continua-t-il le plus innocemment du monde en se tournant vers Bones, je me demandais qui pouvait bien vous avoir appris toutes ces insultes.


1. Scène située dans "The naked time", lorsque le lieutenant Riley, sous l'influence du virus de Psi-2000, se prend pour le capitaine, s'enferme dans l'ingénierie et se met à chanter la même chanson irlandaise en boucle alors que l'Enterprise est sur le point de s'écraser sur la planète... Kirk n'en peut plus et s'énerve et même Uhura pète un câble à un moment.

2. Cartwright est un amiral que l'on voit dans "The search for Spock" et "The voyage home". Honnêtement, c'est le seul amiral canon que je connaisse et j'avais la flemme d'en chercher un autre, c'est pour ça que je l'ai mis deux fois dans cette histoire... :-D L'histoire des jumeaux diaboliques est une idée de mon copain qui voulait voir Spock aux prises avec des enfants humains.

3. Cette scène se passe juste après "Amok time", quand Spock est encore un peu secoué par le pon farr et qu'il a du mal à gérer ses émotions...

4. Vous aurez peut-être reconnu le commodore Decker, personnage de l'épisode "The Doomsday Machine" qui, fou de chagrin d'avoir mené son équipage à la mort face à une machine destructrice géante, abandonne Kirk et prend le commandement de l'Enterprise. Spock et McCoy essayent d'agir mais sont liés par la hiérarchie. C'est peu après la scène que j'ai utilisée ici (les dialogues que vous pouvez lire ici sont une libre traduction personnelle des dialogues en anglais) que McCoy, en désespoir de cause, se tourne vers Spock et lui jette un "Spock, do something!" désespéré.

5. Pure invention de ma part, bien évidemment. Mon copain voulait que Kirk, complètement bourré, tutoie Spock, mais je n'ai pas réussi à insérer le "Spockinou, on t'aime" que mon copain me suggérait...

+1. La délégation vulcaine est une pure invention de ma part. Je voulais que McCoy prenne la défense de Spock dans une situation de discrimination et cette scène est venue quasiment toute seule. Quant à savoir où notre bon docteur a pu apprendre toutes ces insultes, je vous laisse libre d'imaginer qu'il parle très bien Vulcain, ou bien que quelqu'un a jugé bon de lui apprendre à jurer logiquement, comme Kirk semble le penser... :-D


Pour finir, petite traduction des mots vulcains utilisés ici :

- duhsu : crétin

- bath'pa : allez au diable

- khra'tum-vel : saleté d'ordinateur, ordinateur de merde

- khra'ek'talsu : scientifique de merde (peut-être même "scientifique de mes deux"... ?)

- Olozhikasu-fam : sans logique, dénué de raison

- zerkasu-bosh : émotif

- ponfo mirann : mon insulte préféré en Vulcain, car l'unique grossièreté jamais prononcée par Sheldon Cooper dans The Big Bang Theory, sans qu'elle soit traduite ; je vous laisse donc libre d'imaginer ce que vous voulez pour ce dernier juron...