Petit mot de l'auteure : J'ai adoré cette première saison de Why Women Kill ! C'était vraiment bien fait, et j'ai eu un énorme coup de cœur pour Beth-Anne. Donc voici une petite histoire. Je l'ai écrite après avoir vu l'épisode 5 mais je ne la poste que maintenant, j'avais trop peur de me faire spoiler avant d'avoir terminé la série (oui, j'ai l'espoir que des gens review)

Cet OS est une réponse à la Foire aux prompts de Bibliothèque de fiction. Dans les commentaires, les gens peuvent proposer des prompts et répondre à ceux des autres. J'ai choisi de relever celui de Louisana, à savoir de faire un crossover « accidentel » : deux univers qui n'ont aucune raison de se croiser, exceptés qu'ils partagent un même acteur. Ici il s'agit de Ginnifer Goodwin, qui joue Blanche Neige dans OUAT et Beth-Anne dans Why Women Kill.


Une fois le dernière grain de poussière enlevé de la table basse, Beth-Anne prit du recul pour admirer le résultat de ses efforts : un salon impeccable.

Elle avait passé la journée à astiquer chaque recoin de la maison afin que celle-ci brille de mille feux pour le cocktail du lendemain. Tous les voisins étaient invités, elle ne tenait pas à se ridiculiser devant tout le monde à cause d'une tâche ou d'un paquet de poussière oublié ! Elle s'autorisa une petite pause autour d'un bon café, avant de se diriger vers la cuisine – que serait-ce qu'un cocktail sans quelques mets pour régaler les invités ?

S'affairant toute l'après-midi aux fourneaux pour confectionner tartes, cake et gâteaux, Beth-Anne fut si concentrée dans sa tâche qu'elle ne remarqua que le soir était tombé que lorsqu'elle entendit la porte claquer.

- Robb, enlève tes chaussures avant de rentrer je te prie, demande-t-elle à son mari depuis la cuisine. J'ai tout nettoyé pour demain.

Elle fut heureuse de constater que celui s'était obtempéré – mais pas aussi heureuse de voir qu'il lui avait apporté des fleurs.

- C'est pour moi ? s'enquit-elle joyeusement.

- Bien sûr. Tu as dû tellement de donner de mal pour rendre la maison magnifique pour demain, je trouvais que c'était un bon moyen de te remercier.

Beth-Anne ne put retenir un sourire aux mots de Robb. Depuis quelques jours, leur relation s'était améliorée, et celui-ci essayait vraiment de faire des efforts – la seule ombre du tableau était que son propre bonheur rendait April malheureuse. Mais Beth-Anne décida de chasser son amie de ses pensées pour se concentrer sur le présent de son époux.

- Je suis vraiment ravie. Merci beaucoup. Elles sont magnifiques ! dit-elle joyeusement en les plaçant dans un vase. Avec cela, la pièce sera vraiment parfaite.

Les deux continuèrent de parler un peu avant d'aller se coucher tôt : la journée du lendemain s'annonçait chargée. Après tout, quelques dizaines de personnes allaient venir manger dans leur nouveau chez eux.

Et parmi ces dernières, se trouvait quelqu'un dont Beth-Anne ne soupçonnait pas encore l'impact qu'elle aurait sur elle.

oOoOo

- Je vous ai dit de ne pas courir dans la maison !

- Mais on est pas dans notre maison !

Des petits-fours plein les mains, Beth-Anne adressa un sourire compatissant à son amie qui tentait tant bien que mal de gérer ses enfants, ces derniers se faisant un malin plaisir de faire les fous dans sa demeure. Elle qui aimait d'ordinaire que tout soit impeccable, ne se formalisa pourtant pas outre mesure que les enfants de Shella fassent du remue ménage : un peu d'agitation ne faisait pas de mal, et entendre des rires d'enfants lui faisait du bien. Cela lui rappelait sa chère petite Emilie... Elle même courait joyeusement avant... Beth-Anne prit une profonde inspiration. Elle ne devait pas penser à ces souvenirs douloureux maintenant. Aujourd'hui était un jour de fête qui marquait leur nouveau départ.

Elle reprit contrôle d'elle même pour forcer un sourire sur son visage un instant attristé. Les plats toujours en main, elle avança résolument vers le bureau pour voir si quelque invité avait faim.

Ce fut à ce moment qu'elle le vit.

Un homme aux courts cheveux châtains clairs parsemés de reflets dorés. Assez grand, Beth-Anne devait s'avouer objectivement qu'il était plutôt bel homme – mais ce n'était pas cela qui l'avait figé. C'était quelque chose de plus... viscéral. Peut-être était-ce l'aura que dégageait l'inconnu ? Certaines personnes avaient ce don spécial d'avoir un charisme particulier qui attirait tout le monde autour d'elles.

Mais à bien y regarder, ce n'était pas le cas. Personne excepté elle ne semblait s'intéresser à cet homme. C'était bien étrange – pourquoi au nom de dieu avait-elle été si frappée par cet invité en particulier ? Ce n'était pas comme si la maison en était vide.

L'homme finit par s'apercevoir qu'il était l'objet d'une fixette. Il lui fit un petit sourire, faisant rougir Beth-Anne de gêne. Mais quelle impolitesse venait-elle de faire preuve ! Elle se dirigea toutefois vers l'inconnu – repartir comme si de rien n'était aurait été encore plus gênant.

- Bonjour, souri-t-elle en déposant ses plats sur une table basse pour lui serrer la main. Je suis désolée de vous avoir dévisagé ainsi. J'essayais de retrouver votre nom... en vain. Ce qui est un manquement au devoir d'hôtesse.

- Oh, vous devez être Beth-Anne, alors ?

- Oui, tout à fait. Il ne me semble pas vous avoir vu lorsque je suis venue donner les invitations...

- Vous avez raison. Je travaillais lorsque vous êtes venue. C'est ma femme, Kathryn, qui vous a ouvert. Je suis...

- David, murmura-t-elle en lui coupant la parole.

- David, oui, confirma-t-il sans sembler être troublé de son interruption. David Nolan. Vous voyez, vous avez su faire le lien entre ma femme et moi-même alors que vous ne m'avez jamais vu, juste par son nom. Je pense que c'est digne d'une très bonne hôtesse.

- Tout n'est peut-être pas perdu alors, plaisanta-t-elle.

Extérieurement, elle souriait et donnait le change – mais intérieurement, Beth-Anne était en proie à la plus grande confusion. Elle n'avait pas fait le lien avec Kathryn. Le nom « David » lui était venu naturellement, comme une évidence, juste avant que l'inconnu de lui dévoile son nom. Mais comment cela était-il possible ? Il existait des milliers de prénoms ! Qu'importe, se dit Beth-Anne. Il ne s'agit qu'une heureuse coïncidence.

Elle continua de parler quelques instants avec le dit David jusqu'à ce que ce dernier ne soit rejoint par sa femme et qu'elle même retourne s'occuper de ses autres invités.

Mais durant tout le restant de la journée, elle ne put s'enlever cette histoire de prénom de la tête.

David...

oOoOo

La deuxième fois qu'elle parla avec David, ce fut par hasard. Elle faisait quelques courses au super marché avant de l'apercevoir dans les rayons.

- David ! le salua-t-elle. Comment allez vous ?

- Je vais très bien, merci. J'ose espérer qu'il en est de même pour vous.

- Tout à fait. Vous faites aussi vos courses ?

- Et bien... en fait non. Je faisais de l'équitation, j'ai perdu mon cheval, alors je suis venu voler un bocal d'olives.

Il fallu quelques secondes à Beth-Anne pour comprendre l'ironie.

- C'était une question stupide, admit-elle en riant. J'étais simplement surprise de vous voir ici. Pour tout vous avouer, je n'ai pas l'habitude de voir un homme faire les courses.

- Oh... c'est vrai que je suis une espèce rare ici. Mais Kathryn ne se sentait pas bien aujourd'hui, et je ne voulais pas qu'elle attrape froid. La voir mal et incapable de faire quoi que ce soit à la maison ma fait prendre conscience de tout ce qu'elle fait pour notre foyer. Je pense que même lorsqu'elle ira mieux, je continuerais à faire les courses de temps en temps. Pour la soulager un peu.

- C'est vraiment très charmant de votre part.

Beth-Anne ne put s'expliquer la sensation qui naquit en elle lorsqu'elle prononça ses mots. Lui vint un écho d'une voix qui semblait lui appartenir, mais qu'elle ne reconnaissait toutefois pas. Plus fort qu'elle, elle répéta les propos qu'elle entendait dans sa conscience :

- Oui, Charmant, cela vous va vraiment bien.

David ne semblait lui aussi être troublé. Pour chasser sa gêne, il répondit en balbutiant :

- Ce n'est rien... Je suis sûr que Robb ferait pareil...

Beth-Anne voulait répondre que non, Robb ne ferait pas pareil. Il ne se rendrait même pas compte si elle se sentait mal – depuis leur violente dispute le soir du cocktail, les choses s'étaient empirées entre eux.

Elle voulait aussi demander à David qu'elle était cette impression de déjà-vu qu'elle ressentait dans chaque fibre de son corps.

Mais c'étaient deux choses qu'elle ne pouvait décemment par prononcer à voix haute, alors elle fit un petit sourire :

- Oui, bien sûr. Robb est très prévenant avec moi.

oOoOo

- Je n'en peux plus de Robb.

La confession lui arracha des sanglots. Elle s'était tant donnée pour sauver son mariage ! Elle avait redoublé d'effort pour être une épouse modèle, avait repoussé ses limites pour apprendre de nouvelles choses pour lui plaire, cela l'avait même conduit à se retrouver par un gênant hasard à être nue devant le patron de Robb ! Et malgré tout cela, Robb continuait de la traiter mal. Elle ne pouvait vraiment lui reprocher de la détester pour leur fille – elle-même se détestait. Mais elle était fatiguée de cette situation infinie où le matin elle pensait avoir reconquérit son époux et où le soir lui prouvait qu'elle avait tord. Elle voulait être fixée une bonne fois pour toute, savoir s'il valait la peine qu'elle se batte autant.

Mais malgré ces résolutions, elle avait peur de parler sérieusement avec Robb. Elle savait déjà comment la conversation se terminerait : par une séparation. Et malgré tout, elle aimait Robb, et ne voulait pas le perdre.

- Beth-Anne... Tu dois lui parler. Cela te ronge.

Beth-Anne jeta un coup d'œil vers David. Au fil des mois, ils étaient devenus très proches. Elle avait trouvé en lui une oreille attentive et lui de même – découvrir que leurs mariages respectifs n'étaient pas aussi parfaits qu'ils le laissaient croire avait aidé à les rapprocher. David lui avait ainsi expliqué que quelques années auparavant, il avait eu un accident grave, qui l'avait laissé inconscient de nombreux mois. Lorsqu'il avait enfin repris connaissance, il avait tout oublié, jusqu'à son nom. Il avait dû reconstruire une histoire avec une femme qui l'aimait sincèrement mais dont il n'avait aucun souvenir. Et aujourd'hui, même s'il appréciait Kathryn sincèrement, il ne l'aimait toujours pas comme un mari devrait aimer sa femme. Beth-Anne lui avait alors avoué qu'elle non plus, Robb ne l'aimait plus comme un mari le devrait – elle-même n'était plus sûre de l'aimer réellement. Elle se raccrochait à l'image du couple qu'il formait et aux souvenirs qu'ils avaient vécus.

Ces confidences les avaient conduit à presque s'embrasser – presque, parce que Beth-Anne s'était vivement reculée. Il était hors de question de commettre une adultère, alors qu'elle avait tant souffert de celle de Robb ! David avait compris sa réaction et c'était excusé, lui-même n'étant que peu fier de ce qu'il avait été sur le point de faire.

Ils n'avaient jamais reparlés de cet incident, mais s'étaient considérablement rapprochés – amicalement, bien sûr.

Amicalement, même si Beth-Anne brûlait parfois de déposer ses lèvres contre celles de David.

Comme ce soir, où des larmes s'échappaient de ses yeux.

- Je vais le quitter. Pour de bon. Je sais que c'est le mieux à faire, qu'on ne s'aime plus. Qu'on parvient à peine à nous supporter l'un l'autre serait plus juste. Mais malgré tout... rien que d'imaginer de continuer ma vie sans lui... cela me brise le cœur.

David se contenta de prendre la rousse dans ses bras – que pouvait-il faire de plus pour apaiser sa peine que de la consoler et lui assurer qu'il serait là pour la soutenir ?

- Merci David, dit-elle au bout de quelques minutes de larmes silencieuses. Tout paraît si facile avec toi... Sans rien dire, tu comprends ce que je ressens.

- Je... commença David, sans finir sa phrase.

Beth-Anne venait en effet de l'embrasser.

oOoOo

En faisant cela, Beth-Anne s'attendait à plusieurs choses : que David la repousse violemment, qu'il réponde à son baiser, ou qu'elle se détourne elle-même d'honte devant ce qu'elle venait d'oser faire.

Elle ne s'attendait en revanche pas à ce qu'une onde de choc violette jaillisse d'eux.

- Que... commença à articuler Beth-Anne.

Elle stoppa net sa phrase lorsqu'un flot de souvenirs refit surfasse en elle des images nombreuses, qu'elle n'avait pas souvenir d'avoir vécu, mais qui lui appartenaient incontestablement.

Une fois que les images se calmèrent et qu'elle put reprendre son souffle, la réalité la frappa, et elle regarda David.

Il était dans le même état qu'elle – l'air hébété et choqué, le corps tremblant, des larmes plein les yeux.

- Blanche ? murmura-t-il.

Ce fut tout ce dont elle eu besoin pour avoir la confirmation que ce qu'elle venait de ressentir n'était pas le fruit de son imagination. Elle fondit alors elle aussi en larmes en se jetant dans les bras de l'amour de sa vie.

- Charmant, c'est vraiment toi... tu es vraiment là...

Ils restèrent ainsi de longues minutes, enlacés, pleurant de se retrouver.

- Que s'est-il passé ? finit par demander Charmant.

- La malédiction de la méchante reine... Elle a donc bien accomplit sa menace à exécution. Elle nous a envoyé dans cet étrange monde, où j'étais... Oh mon dieu, j'étais une femme au foyer qui passait ses journées à faire le ménage ! Je veux dire, quand on le choisit c'est super, Cendrillon en est très heureuse, mais moi je... quelle horreur !

- C'est vrai que cela ne te correspond pas vraiment, sourit Charmant. Mais ce que je me demande, c'est pourquoi la malédiction a brutalement cessé.

- Je pense avoir une idée... commença Blanche. Nous venions de nous embrasser. Et il n'y a rien de plus puissant qu'un baiser d'amour véritable...

- Alors dans ce cas, madame Charmant, je vais vous embrasser de nouveau.

Blanche ria des propos de son mari et lui prit le visage pour l'embrasser passionnément.

Ils étaient bloqués dans un monde inconnu, loin des leurs, mais ce n'était pas important dans l'immédiat. Pour le moment, ils allaient profiter de s'être enfin retrouvés l'un l'autre.