Bonjour tout le monde!

Cela fait bien longtemps que je n'ai rien posté… Il faut dire qu'avec une fille en bas âge et un deuxième enfant en cours d'élaboration, je n'ai plus trop de temps à consacrer à l'écriture… Mais j'ai commencé cette histoire il y a presque trois ans, Alienigena l'attend avec une patience archangélique, et je déteste ne pas finir les choses commencées.

Contrairement à mes habitudes, je n'ai pas encore mis le mot « Fin » à cette histoire. Auquel cas, il faudrait sans doute encore attendre quelques années :)

Je tiens à préciser qu'il n'y a absolument pas besoin de connaître TOS pour comprendre cette histoire. Au contraire, cela donnera peut-être un peu plus de suspens :)

Bonne lecture!

Chapitre 1

Journal de bord du capitaine, coefficient espace-temps 2264.12.

Nous sommes actuellement en orbite autour de Vulcain, où nous attendons le dernier des 114 ambassadeurs accueillis sur l'Entreprise. Nous nous nous dirigerons ensuite vers Gamma-Centaurus, rebaptisée Babel pour l'occasion, où se dérouleront les pourparlers.

Ceux-ci concernent l'accueil de la planète Coridan au sein de la Fédération. Ses sous-sols regorgent de dilithium, et plusieurs groupes représentés ici ont tout intérêt à garder Coridan hors de la Fédération, pour pouvoir en profiter tout seuls.

Mon rôle ici se borne à les conduire à bon port, et à veiller sur une paix relative jusqu'à notre arrivée.

Quand la navette en provenance de Vulcain se posa sur la piste d'atterrissage de l'Entreprise, Kirk ne put réprimer un soupir de soulagement. C'était la dernière ambassade à accueillir. Plus qu'une seule fois avec cet uniforme de parade trop guindé (à côté de lui, McCoy, qui passait sans arrêt un doigt à l'intérieur de son col, semblait partager son opinion), plus qu'une seule visite du vaisseau (Kirk n'aurait jamais imaginé que montrer fièrement les moindres recoins de l'Entreprise se transformerait en corvée au bout de la cinquantième fois en une semaine), et il serait enfin tranquille.

Enfin, pas si sûrement que cela.

Pendant neuf jours, il devrait réussir à faire cohabiter une soixantaine d'ambassades de races, cultures et caractères différents, avant de les laisser enfin s'écharper tout leur soûl à Babel sans aucune responsabilité de sa part.

Jouer les taxis n'était guère ce qu'il préférait dans ses missions. Il préférait nettement les phases plus… dynamiques.

Quelque chose lui susurrait que les prochains jours pourraient bien être aussi dynamiques que les plus beaux moments de sa vie de capitaine. Mais il se surprit à espérer que tout se passerait de la manière la plus monotone possible, et que Starfleet, satisfait de ce travail ingrat, enverrait bientôt l'Entreprise en investigation - ce qui, dans leur jargon, signifiait se balader dans un coin reculé de l'espace et tomber nez à nez avec toutes sortes de créatures ou de planètes fascinantes.

Fasc…que venait-il de penser? Décidément, il passait trop de temps avec Spock.

Il jeta un oeil sur le côté. Contrastant avec l'agitation de McCoy, Spock regardait les membres de la sécurité se placer en haie d'honneur, de la navette au comité d'accueil. Le Vulcain était aussi impassible que pour n'importe laquelle des ambassades précédentes.

« On est censé faire quoi, pour souhaiter la bienvenue à un Vulcain? » demanda McCoy.

Il n'avait fait aucun effort lors de l'accueil des autres délégations, mais celle-ci était particulière à ses yeux: non pas parce que le premier officier était vulcain, mais parce que le médecin se sentait proche de ce peuple éprouvé, quasiment réduit à néant après avoir dépassé en savoir et en technologie la plupart des autres races.

Sans rien dire, Spock leva la main en formant le salut vulcain. McCoy plissa les yeux, et fourragea dans ses doigts en grommelant.

« - C'est quoi, ce truc tordu? Vous n'auriez pas pu choisir quelque chose de plus simple?

- Ce signe symbolise les deux piliers du Vulcain: logique et maîtrise de soi, répondit Spock sans perdre son calme. Au cas où cela vous aurait échappé, ce n'est pas à moi que vous devriez vous en prendre, mais à nos anciens, morts il y a plus de dix-huit siècles. Et permettez-moi de vous dire que vous m'étonnez, docteur: vous qui vous flattez si souvent d'être le meilleur chirurgien de la flotte, vous déclarez être dans l'incapacité d'utiliser vos muscles lombricaux de manière individualisée? »

McCoy allait sortir une réplique bien sentie, mais il dut se taire: la délégation vulcaine approchait.

Sarek était seul. Il avançait, la tête haute, apparemment indifférent aux regards fixés sur lui. Il portait un long manteau d'un gris velouté, et une petite sacoche noire.

McCoy fronça les sourcils: Sarek lui semblait plus mince que lors de leur dernière rencontre, presque trois ans auparavant, lors de la destruction de Vulcain. Mais ils s'étaient alors croisés trop rapidement pour que le médecin puisse être sûr de son observation.

Tandis que Sarek approchait, il remua malhabilement ses doigts derrière son dos, puis renonça. Fichus Vulcains.

« Ambassadeur Sarek, soyez le bienvenu sur l'Entreprise », dit Kirk avec un signe de tête.

Avec l'aide de McCoy, il s'était longuement entraîné à reproduire les salutations de chacune des délégations; mais très vite, lassé par cette perte de temps, il avait décidé de se contenter plutôt du geste universellement connu comme un signe de respect.

« Je vous remercie, capitaine », répondit Sarek en agissant de même, visiblement à l'aise avec la gestuelle humaine (Forcément, pour quelqu'un qui a épousé une femme de chez nous, pensa McCoy).

Sarek gratifia le médecin du même signe, puis se tourna vers Spock. Les deux Vulcains s'adressèrent le salut de leur race sans dire un mot. En regardant leurs visages dénués de toute expression, McCoy eut le sentiment d'assister à la rencontre de deux parfaits inconnus, se saluant poliment et se jaugeant du regard. Il s'y était un peu attendu… Mais tout de même!

« Je vous en prie, ambassadeur, suivez-moi, dit précipitamment Kirk pour briser un silence qui commençait à devenir gênant. Je vais vous montrer vos quartiers, puis vous faire visiter le vaisseau. Le repas est prévu à 8.00, et vous pourrez y retrouver les autres délégations. »

Tout en parlant, il emmena Sarek vers l'intérieur du vaisseau. Spock et McCoy le suivirent un instant, puis le médecin bifurqua vers l'infirmerie. Il avait hâte de quitter cet uniforme étriqué et de se remettre au travail -sa mini-tablette, qui ne le quittait jamais, indiquait l'arrivée d'un mécanicien à l'infirmerie. Une infirmière l'avait pris en charge et débuté quelques examens, mais seul McCoy pouvait poser un diagnostic définitif.

Il s'arrêta net: le commandeur lui avait emboîté le pas.

« Eh bien, Spock? Qu'est-ce qui vous arrive? Vous avez la varicelle? »

Spock s'arrêta à sa hauteur, un sourcil levé.

« Pourquoi pensez-vous que je suis atteint d'une maladie infantile humaine? »

McCoy leva les yeux au ciel.

« - Voyons, c'est une façon de parler! Si vous me suivez, c'est que vous êtes malade. Je ne pense pas que vous souhaitiez aller à l'infirmerie rien que pour le plaisir de papoter avec moi.

- Les Vulcains ne papotent pas, docteur, rétorqua Spock d'un ton glacial. Et je me porte bien. Mon rôle d'accueil des délégations étant achevé, je me rends dans mes quartiers pour revêtir mon uniforme ordinaire, avant de retourner sur le pont.

- Ah oui? J'aurais pensé que vous auriez sauté sur l'occasion de voir votre père. Six ans de séparation, vous devez avoir des choses à vous dire! »

Spock sembla hésiter, puis reprit sa marche à grandes enjambées. McCoy courut à moitié pour rester à son niveau. Quelque chose lui soufflait que Spock ne s'était pas fermé. Le Vulcain avait cette espèce de tension particulière que McCoy avait découvert sur Altamid, juste avant que Spock ne commence à lui faire des confidences: pas une tension de combat contre un interlocuteur indiscret, mais plutôt un élan avant d'exprimer des choses difficiles.

Son instinct eut le dessus: après une dizaine de secondes, Spock se mit à parler.

« - Il n'est pas opportun que je génère une communication fréquente avec lui, dit-il à voix basse, comme s'il craignait d'être entendu. Nos relations sont… compliquées.

- Je veux bien le croire, dit McCoy, qui commençait à être un peu essoufflé. Tous ceux de votre race ont été rappelés pour fonder la nouvelle Vulcain, et vous, vous êtes toujours là. Je comprends que vous vous sentiez à part.

- Il ne s'agit pas de cela », dit brièvement Spock en entrant dans le turbolift.

McCoy l'y suivit. Ce n'était pas sa route, mais il percevait que Spock était en veine de confidences. Il devait en profiter, non pas pour satisfaire sa curiosité (quoique, un peu quand même…), mais pour aider le Vulcain à exprimer ce qu'il avait dans le coeur, quitte à l'y forcer un peu. Il avait aussi le désir de mieux connaître Spock, pour pouvoir l'aider si besoin (Bon sang, qu'il avait évolué depuis leur première rencontre!). Et puis, mieux comprendre les relations entre Spock et Sarek permettrait sans doute d'éviter de créer des situations gênantes, de sa part ou de celle de Kirk…

Il envoya mentalement valser le mécanicien et l'infirmière qui l'attendaient et relança la conversation.

« - Vous ne vous entendiez pas avec lui depuis longtemps, j'ai l'impression, lança-t-il avec une nonchalance étudiée, les yeux fixés sur le panneau de commande.

- Depuis exactement huit ans et vingt-trois jours, répondit Spock sans le regarder.

- Que s'est-il passé ce jour-là? »

Il y eut un long silence. McCoy risqua un coup d'oeil au Vulcain, et fut frappé par l'expression de son visage. Quelque chose du masque impassible s'était fissuré, à peine visible. Les yeux étaient moins brillants, les traits, un peu plus relâchés que d'habitude… Le médecin eut un coup au coeur quand il comprit: Spock était triste.

« - Désolé, Spock, je ne voulais pas vous blesser, balbutia-t-il. Je ne suis qu'un…

- Ce n'est rien, docteur, répondit Spock d'une voix anormalement grave. Nous nous côtoyons souvent, et il est logique de prévoir que vous auriez su cela, un jour ou l'autre. »

Il se tourna vers McCoy et le regarda bien en face. Le médecin soutint tant bien que mal son regard.

« Depuis mon enfance, j'avais choisi de vivre comme un Vulcain, en apprenant la philosophie et les coutumes du peuple de mon père. Il m'avait laissé le choix, mais je savais qu'il était satisfait de mes projets. J'ai été admis à l'Académie des Sciences. Mais j'ai préféré… prendre un peu de distance par rapport à Vulcain. J'ai choisi d'intégrer Starfleet. »

Son regard dériva, comme s'il revoyait des images enfouies dans sa mémoire.

« Mon père a vécu cela comme une trahison de ma parole donnée. Personne n'a compris ma décision, hormis ma mère. C'est elle qui a conservé, au long des années, le lien entre ma famille et moi. »

McCoy hocha gravement la tête. Il imaginait aisément le reste: le mépris des Vulcains envers ce demi-Humain, le silence lourd de reproches de son père… et à présent, plus personne pour préserver un semblant de communication entre eux.

Le médecin ne savait plus trop où il en était. Depuis Altamid, il avait compris que Spock avait une riche vie intérieure, et qu'il lui faisait suffisamment confiance pour lui en dévoiler quelques bribes lors de ses (rares) moments de faiblesse. Mais cela ne voulait pas dire que Spock lui faisait des confidences tous les quatre matins. En fait, depuis cette terrible nuit, Spock ne lui avait rien dit de personnel. Le seul changement de leur relation se manifestait par un respect réciproque plus grand, et une sorte de complicité qu'eux seuls percevaient et partageaient. McCoy avait craint la jalousie de Jim, mais avait réalisé que lui aussi avait un lien particulier avec le Vulcain, quoique différent du leur.

A présent, le médecin se demandait ce que Spock attendait de lui: un conseil? Une parole de compassion? Il ne put que rester lui-même: il tapota légèrement l'épaule de Spock (qui n'eut aucune réaction de recul) et soupira.

« Ah, les relations avec les parents, c'est toujours compliqué! Mon vieux à moi, il… »

Il s'interrompit quand l'aérolift s'arrêta. Quand les portes s'ouvrirent, le cadet qui s'apprêtait à y entrer ne vit qu'un Vulcain impassible, les mains derrière le dos, et un médecin penché sur sa mini-tablette et grommelant dans sa barbe contre l'appendice d'un mécanicien qui avait soudainement eu l'envie de s'inflammer.