Bonjour à tous, après quelques semaines d'attentes je vous laisse avec le troisième chapitre de Une lettre oubliée. J'espère qu'il vous plaira.

Bonne lecture à tous !


Une lettre Oubliée


Partie 3 :

Plongé au cœur de l'agitation de l'aéroport, Axel était un peu perdu. Il était descendu de la voiture, avait gentiment salué Daniel puis était entré. Il se demandait maintenant quoi faire. Il n'avait pas de billets d'avions, n'avait pas trouvé son contact.

Où pouvait bien se trouver « Mamie Agata » ? Il avait déjà l'impression de l'avoir cherchée partout, attendant près du comptoir des arrivées, observant toutes les personnes munies de pancartes, cherchant celle qui lui aurait indiqué l'identité de sa porteuse. Et ce temps qui tournait… Plus qu'une heure avant le départ. Certes son sac était suffisamment petit pour monter avec lui dans l'avion mais tout de même, il fallait compter le temps de l'embarquement. Que faire ? Comment trouver « Mamie Agata ». Il n'allait quand même pas faire d'appels à l'accueil ?

Le jeune homme se décida finalement à rejoindre de nouveau le comptoir des arrivées. Sara qu'il avait appelée, avait émis l'hypothèse que peut-être cette dame n'arriverait que plus tard afin de l'observer tranquillement.

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« Le petit Luca est attendu à l'accueil enfant du premier étage par Mamie Agata. Je répète, le petit Luca … »

Axel releva la tête en entendant ce message. Cela pourrait correspondre et, de toute manière, il n'avait rien à perdre. Il se dirigea donc vers l'accueil et un peu gêné s'adressa à l'hôtesse.

-Bonjour Madame,

-Bonjour jeune homme. Que puis-je faire pour vous ?

-Excusez-moi de vous déranger, je m'appelle Luca et j'ai cru comprendre que ma grand-mère m'attendait ici.

-Oui bien sûr, mais, quel âge-as-tu ?

-18.

Derrière eux, une deuxième dame, âgée d'une cinquantaine d'années, apparaissait, accompagnée d'une vieille femme aux cheveux blancs. En l'apercevant, celle-ci ouvrit la bouche et s'exclama :

-Luca ! Mon petit ! Je t'ai cherché partout. Où étais-tu encore fourré ?

La dame qui l'accompagnait se plaignit bruyamment en découvrant le jeune homme.

-Madame ! Ce service d'appel est destiné aux enfants. Vous nous faites perdre notre temps.

-Yolanda ! la reprit sa collègue.

Et sous les yeux d'Axel et de « Mamie Agata », elle l'attira a quelques mètres de là avant de commencer à lui parler. Le jeune homme parvint seulement à distinguer quelques mots parmi lesquels : « vieille », « sénile » et « sois compréhensive » avant que la conversation ne se termine et qu'elles ne les rejoignent, pour leur dire qu'ils pouvaient prendre congé.

-Savez-vous où se trouve la cafétéria ? demanda la plus âgée.

-Juste au-dessus, vous pouvez y accéder par l'escalier là-bas.

-Et il y a des glaces ? Luca adore les glaces.

-Oui Madame.

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Deux minutes plus tard, Axel et Mamie Agata étaient attablés dans la cafétéria, chacun devant une boisson. Le garçon attendait que son vis-à-vis prenne la parole. Il était maintenant évident qu'ils n'allaient pas prendre l'avion pour le Malawi et était impatient de savoir ce qui allait se passer maintenant.

-Qu'as-tu dit à tes parents ? commença-t-elle finalement.

-Que je partais en vacances avec des amis. Eux, ils sont partis en amoureux donc ils ne viendront pas vérifier.

La dame ne semblait pas décidée à lui donner plus d'informations. Au cours de la demi-heure qui suivit, elle se contenta de lui poser des questions sur sa famille, sur ses amis, sur sa vie. Plein de questions mais aucune réponse. Axel prenait sur lui pour refréner sa curiosité mais là, il n'en pouvait plus.

-On va où ?

-Oh je ne vais pas avec toi mon garçon. Tu partiras seul. Tu as pris des affaires pour quelques jours ?

-Oui. Tout tient dans ce sac, mais…

-Sois un peu patient, tu le sauras bien assez tôt. Veux-tu une gaufre ?

Frustré, le jeune homme acquiesça.

Il lui fallut encore attendre un bon quart d'heure avant que Mamie Agata ne se lève. Elle l'invita à la suivre vers le quai d'embarquement, lui tendit un billet, un foulard rouge et lui fit ses dernières recommandations.

-Surtout Luca, ne sors pas de l'aéroport, attends que quelqu'un vienne te chercher. Cela peut durer quelques heures. Si au bout de 24h personne n'est venu te chercher, reprends l'avion dans l'autre sens avec ce billet. Garde bien ton foulard.

-Très bien, mais, je vais où ?

-Au Mexique. Il parait que c'est très beau là-bas.

Sssssssssssss [Nairobi] ssssssssssssS

Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de prendre cet avion comme ça, sans rien savoir. Qu'est-ce qu'il avait gagné ? Se retrouver seul dans un aéroport, puis dans une gare routière, puis une autre, et maintenant, il attendait devant un collège. Malheureusement, attendre semblait vouloir devenir une habitude. Deux jours qu'il était parti. Il espérait vraiment que c'était la dernière fois qu'il attendait comme cela.

-Tu es perdu gamin ?

Un policier venait de l'interpeller, intrigué par ce jeune homme qui trainait devant le collège privé de la ville, tournant et retournant depuis le début de l'après-midi.

-Non, non, j'attends quelqu'un.

L'agent le laissa mais le garda tout de même à l'œil.

Finalement vers 4 heures, une marée de gamins sortit du bâtiment. Vêtus de chemises blanche et de pantalons ou jupe beige, ils se ruèrent vers la sortie. Certains partirent directement vers les voitures garées non loin de là, d'autres restèrent quelques minutes à discuter timidement avant de prendre congé.

Rapidement, il ne resta que trois enfants devant le collège. Une fillette près du parking qui semblait attendre qu'on vienne la chercher et deux garçons qui discutaient devant la grille. Finalement, l'un des deux partit en marchant et le second s'approcha d'Axel qui observait la scène.

-Ça fait longtemps que tu attends ? demanda-t-il en arrivant.

-Bonjour, commença prudemment le jeune homme, je ne comprends pas trop ta question.

-Je te demande, si ça fait longtemps que tu attends ici que quelqu'un vienne te chercher.

-Je suis là depuis trois heures. Es-tu mon contact ?

Cela était possible mais surprenant. Jusqu'à présent, tous ces contacts avaient été adultes. Le gamin devant lui ne devait pas avoir plus de douze ans.

-Oui, je n'ai pas le droit de te donner mon nom pour l'instant donc appelle-moi Nico.

-Quel âge as-tu ?

-Dix ans et demi. Mais t'inquiète pas, je suis parfaitement capable de te guider. Suis-moi !

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Et un peu ébahi, Axel suivit l'enfant à travers les rues de la ville jusqu'à une station de car situé à une dizaine de minutes du collège. Arrivés, le gamin salua le chauffeur et entra s'installer juste derrière le chauffeur. Attendant que le car démarre, Axel questionna son guide, tâchant d'estimer ce qu'il savait.

-On va où ?

-On va chez moi, c'est pas trop loin, une demi-heure de bus et dix minutes de marche. Tu vas voir, la propriété est super grande !

-Et tu y vis avec toute ta famille ?

-Ouais, y a mon père, ma sœur, mes oncles et tantes ainsi que mes cousins. Enfin, en ce moment, pour les vacances. D'habitude, y a moins de monde. Là, ça fait deux mois qu'on est ici et la plupart du temps, y avait que moi mon père, ma petite sœur, mon oncle et ma tante. C'était super triste et je m'ennuyais à mourir !

Finalement, il n'y avait pas vraiment besoin de le pousser, le gamin était un grand bavard et Axel en apprit très rapidement beaucoup sur la vie de Nico et de sa famille.

-Heureusement, continuai-t-il, l'année prochaine je rentre au collège. C'est pour ça que j'étais en ville aujourd'hui : c'était la pré-rentrée donc j'ai pu visiter et rencontrer des gens. Par contre, l'année prochaine je ne pourrais pas faire une heure de trajet tous les matins et tous les soirs. Donc papa a dit que j'irais en internat. Mais c'est cool, je pourrais me faire des copains parce que sinon, c'est pas terrible. Avant, j'étudiais à la maison avec mes cousins quand ils étaient là et sinon, tout seul à la maison. Là, je rentre en sixième.

-Et tu disais que ça ne faisait pas longtemps que vous viviez ici ?

-Non, la maison est nouvelle, on vient de déménager. Papa trouvait le coin sympa et je dois avouer que c'est vraiment magnifique. Par contre, faut que tu sois au courant, Papa n'était pas du tout content qu'on te fasse venir.

-Pas du tout ? grimaça Axel.

Nico se contenta de secouer la tête en grimaçant à son tour.

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Plus tard, Nico et Axel étaient descendus du bus et marchaient en direction de la propriété, discutant de choses et d'autres. Soudain, pris d'une inspiration subite, Nico eut un grand sourire et se tourna de nouveau vers son voisin.

-J'y pense, il faut que tu trouves un nom de ville.

-Pourquoi ?

L'enfant soupira bruyamment et le regarda comme s'il était débile. Puis, d'un ton professoral, il commença à expliquer :

-Dans la famille, tout le monde doit avoir un nom de ville, c'est important ! Il y a Tokyo, Denver, Lisbonne, … La seule exception c'est le Professeur.

-Mais moi je fais pas partie de cette famille !

-Ben si, tu es le fils de Nairobi. C'est bien pour ça que tu es venu, non ?

-Mais comment tu sais ça toi ?

-C'est le Professeur qui me l'a dit. De toute façon il était bien obligé. Papa n'aurait jamais accepté un inconnu dans la maison sans une bonne explication. Il est un peu surprotecteur tu vois.

C'était donc bien la fin de son périple. Dans quelques heures, Axel reverrait sa mère. L'appréhension serrait son cœur.

-Alors, le relança Nico, tu as choisi ?

-Choisi quoi ?

-Un nom de ville, fit-il en perdant patience.

-Euh, hésita Axel, Madrid ?

Pour être franc, il ne comprenait pas bien l'importance que cela avait.

-Mais non ! Il faut un nom qui ait du sens pour toi.

-Tenerife alors, c'est là que j'ai grandi.

-Tu trouves vraiment que c'est le bon message à faire passer ?

-Je sais pas moi, renonça Axel. Tu n'as pas d'exemples ?

Nico réfléchit un instant avant de poser un regard triste sur le jeune homme.

-Ma maman, fit-il finalement, elle s'appelait Stockholm. Elle avait choisi ce nom en référence au syndrome de Stockholm. C'est parce qu'elle avait rencontré mon papa dans un braquage et qu'elle était tombé amoureuse de lui après qu'il l'ait sauvé. Donc, ça avait un vrai sens pour elle, c'était le symbole de son changement de côté. Alors tu vois, tes idées à côté c'est pourri !

-Je comprends, acquiesça-t-il.

Et c'était vrai, il lui fallait quelque chose de fort, une ville importante pour lui, et de préférence un lien avec sa mère. Nairobi c'était la capitale d'où déjà ? Du Kenya. Y'avait quoi comme autres villes là-bas ?

-Oh attends j'ai une idée. Tu as Internet sur ton portable ?

-Oui, tu veux que je te le prête ?

-S'il te plait.

Deux minutes plus tard, Axel avait fait son choix. Ça pouvait paraître bizarre de choisir une ville dont il ne connaissait rien cinq minutes auparavant mais au moins celle-ci avait du sens pour lui.

-Alors tu as choisi ?

Ce gamin avait vraiment un problème à le fixer comme ça, attendant sa réponse. Il semblait incapable de tenir en place et Axel était prêt à parier que s'il avait été assis, il serait tombé de sa chaise. On avait l'impression qu'il se préparait à faire une bonne farce. Aussi, l'espagnol se décida à le satisfaire et lui répondit enfin.

-Oui c'est bon.

-Cool. Attends deux secondes.

Nico s'éloigna de quelques mètres avant de revenir sur ses pas. Alors, tout en essayant de cacher son rire, il salua Axel de la tête, tendit sa main et s'exclama :

-Bonjour monsieur, à qui ais-je l'honneur ?

Son vis-à-vis leva les yeux au ciel avant de participer de bon cœur au jeu de l'enfant.

-Bonjour monsieur, je suis Lilongwe, ravi de faire votre connaissance, fit-il en serrant la main de l'autre.

-Enchanté également. Je me nomme Cincinnati.

(A suivre …)


J'espère que ce chapitre vous aura plu.

A la prochaine pour le suivant