ALORS. Tout d'abord, bonjour ? Il y a-t-il quelqu'un ? Non ? Tant pis.

Bon sans déconner, ça va faire genre, bien 4/5ans que j'ai déserté, alors que j'ai genre trois fictions pas du tout terminées.. Les raisons sont nombreuses et compliquées, mais je m'en excuse quand même. Malheureusement, je ne pourrais pas les poursuivre, déjà parce que en 5ans on perd beaucoup des idées qu'on a de base, ensuite parce que mon style d'écriture a beaucoup évolué (pas tant que ça mais je fais la différence et ça devient compliqué pour moi de m'adapter à moi années collège/lycée) et la raison finale étant qu'aujourd'hui je travaille, j'ai passé l'âge de flâner à 6h du matin sur (même si en ce moment j'y retourne un peu – plaisir coupable quand tu nous tiens) et donc j'ai beaucoup moins de temps pour écrire (fichue vie active)

Donc, aujourd'hui je sors de l'ombre, je ponds une fiction Destiel qui sort de mon cerveau rabougri & vous la sert sur un plateau en bois de cocotier abîmé et puant les mites. Sorry !

Ceci étant, je m'adressais évidemment à ceux qui me suivaient, et j'espère sauront me suivre encore quelques instants.

Revenons à nos moutons (je parle toujours autant c'est insupportable)

Aujourd'hui, j'ai eu l'idée d'écrire un Destiel (je me suis remise à SPN, je m'étais arrêtée saison 10, je suis actuellement saison 14 et suis très choquée/emballée)

J'avais envie d'un peu de douceur, d'un Dean toujours aussi verbalement intrusif et d'un Sam doux et silencieux, d'un Castiel présent, accompagnateur invisible et trop visible à la fois ! C'est la première fois de ma vie que j'écris un OS aussi LONG (la vieillesse me fait faire des choses folles) donc je vous demanderai une certaine indulgence, car j'ai vraiment du mal d'ordinaire, à faire tenir une « intrigue » aussi longtemps Mais pour être franche, j'ai l'impression de ne m'être pas mal démerdée ! Assez parlé, je vous laisse déguster le magnifique cocktail avec un tout petit peu d'alcool que je vous sers, et au plaisir !

Petite précision : Je n'ai aucune idée de quand se situe ma fic, je dirais au Bunker, avec un Castiel Ange, un Kevin mort et rien d'autre. Donc mettons que c'est une saison 10 sans le plot de la saison 10.

Pas de lemon, pas de rating sauf pour le langage fleuri de Dean, je sais même pas à quel rating ça correspond donc je vais me taire !

(Les reviews sont fortement acceptées voire recommandées, love love)

Les fautes sont miennes, sûrement d'inattention & je m'en excuse d'avance !

Bonne lecture !


Le Tribunal

La pièce où se réveilla Dean était sombre. Ses yeux s'étaient ouverts difficilement, paupières lourdes et cils tremblants. Le chasseur laissa son regard parcourir la pièce quelques longues secondes, laissant son esprit s'ajuster à – ce qui lui sembla être un repos agité, un sommeil lourd ou encore une bonne gueule de bois. Il cligna des yeux lentement Une porte, une petite fenêtre, la nuit qui se noyait à travers elle. La seule source de lumière était probablement le rayon glacé de la lune, filtré par le verre sale de la fenêtre aux rideaux déchirés qui donnait à la pièce une atmosphère presque irréelle. Presque.

Un sol abîmé, poussiéreux, les lattes du parquet sales et grinçantes. Des liens autour de ses poignets, ramenés derrière son dos, prostré sur une chaise dont le bois s'était effrité avec le temps. Il cligna des yeux une secondes fois, à quelques mètres, Sam. Cas.

« - Sammy !

Sa voix avait été plus forte que ce qu'il avait anticipé, ce qui fit sursauter son frère et l'Ange par la même occasion, d'un un mouvement identique, surprise puis soulagement. Tous les deux liés des mains comme l'était l'aîné, eux aussi enchaînés à des chaises, elles aussi en piteux état. Sam se pencha en avant, comme pour saisir Dean de sa voix.

- Dean ! Tu te réveilles enfin ! Ça fait presque une heure.. Cas s'est réveillé avant moi, il dit que-

Castiel lui coupa la parole.

- Nous avons été capturés après avoir détruit cette sorcière? Dean. Je n'ai aucune idée de ce qui nous détient, ni même pourquoi. Je ne trouve aucun lien avec elle, il est rare de voir une sorcière prévoir un plan B, ou même s'allier avec qui que ce soit. Pourtant elle est bien morte.

Il baissa les yeux, presque honteusement.

- J'ai essayé de me libérer, Dean, mais la puissance des liens qui nous restreignent n'est ni humaine, ni démoniaque. Et si elle est angélique, elle ne répond a aucun sceau que je connaisse...

La voix de l'Ange était rauque, comme à son habitude, avec une légère crainte se trahissant dans ses syllabes enchaînées avec douceur mais fermeté. Il n'avait pas l'air blessé, les yeux grands ouverts dans une inquiétude dont Dean s'était depuis longtemps habitué. Ces yeux et leur bleu unique, intemporel. Une pointe de déception dans le regard. Ça y'est, il la voit. Le blond sait qu'elle ne lui ait pas destiné, Cas trouve toujours un moyen de blâmer quiconque autre que Dean. Surtout lui-même. Il sourit, douloureusement.

- Quoi que ce soit, il va bien falloir qu'il se montre non ? Cas, tu arrives à trouver... sonder, ou je sais pas quoi la pièce ? Quelqu'un est là ? D'ailleurs on est où ?

Le brun aux yeux bleus secoue la tête d'un air navré.

- Burlington, Wisconsin. Personne Dean, déso-

- Bonjour à tous ! Enfin réveillés ? Il vous en faut du temps pour émerger. Dormir est vraiment quelque-chose de fascinant. Presque divin ?

Un rire explosa dans la pièce, et Dean tourna son regard vers la voix joueuse qui rebondissaient sur les murs sales qui les entouraient. C'était un homme, en tout cas en apparence. Grand, d'un blond presque blanc et aux yeux d'un noir irréel, un noir qui semblait avaler ses pupilles, qui en devenait presque brillant. Dean fronça les sourcils.

- Qui êtes-vous ?

- Tutut- Dean, ce n'est pas à toi de poser les questions ici.

Le chasseur soupira d'énervement, presque las. Mais quiconque connaissait Dean Winchester, savait que cette lassitude n'était qu'un apparat, à la panique et la colère, couple puissant, qu'il tentait de refouler au fond de lui. Le blond en avait marre, toujours les mêmes schémas, les mêmes cordes autour de ses mains, toujours, toujours, toujours.

- Oui, on connait la chanson, posez-nous vos questions que je vous foute la réponse dans le cu-

Le blond senti soudain une pression sur ses lèvres, comme si quelqu'un cherchait à les sceller. Il tenta avec tout son être d'ouvrir la bouche – impossible. Privé de sa voix, il fusilla la créature des yeux, comprenant que celui-ci était à l'origine de ce silence soudain. Connard de merde.

Il échangea un regard avec son petit frère, tenté entre la colère et le désespoir. Ces monstres étaient vraiment insupportables.

Sam lui sourit difficilement, lui aussi partagé, entre amusement et crainte.

- C'est à Castiel que je m'adresse. Cas ? Quelques questions ? Je t'écoute, n'ai pas peur.

Dean se retourna vers l'Ange. Cas ? Pourquoi la créature semblait connaître Castiel ? Un Ange ? Non, Cas l'aurait senti, averti Dean. Les démons que connaissent Castiel, connaissent Dean, alors... Qui-

- Qui es-tu ? Je ne décèle aucune sorte de grâce en toi, ni dans l'instanté, ni dans le passé. Tu n'es pas non plus un démon.

Dean cru voir une certaine crainte, ou plutôt, une curiosité, dans les yeux de l'Ange. Il devine à sa posture que Cas ne peux deviner de qui s'agit cette créature, et que cela le trouble.

- Un démon ? Voyons Cas, tu me vexerai presque... Allons, tu ne te souviens vraiment pas de moi ? Jésus et Israël, les œuvres mortes, le trône blanc ? Les nations, Caïn, Abel, Adam et Ève !

Castiel semblait perdu. Dean savait que l'Ange avait vécu depuis la nuit des temps, ces références lointaines ne dataient pas autant pour Dean que pour lui. Quand bien même Dean comprenait de quoi il parlait. Même s'il ne comprenait pas vraiment. Mais la connexion entre la créature et ces événements ne semblait pas se faire dans l'esprit du brun.

- Je ne comprends pas.

- Roh, Castiel, Castiel... voyons plus récent ! Hmm... Hitler ? Sam Winchester ? Dean, toi ?

Castiel ne répondit rien, Dean pouvait voir que le brun était désarçonné. Face au silence de l'ange, la créature sembla dépitée, peut-être même déçue.

Sam prit la parole.

- Hitler ? Quel est le rapport entre moi, Hitler et la mère des monstres ?

La créature regarde Sam, semblant amusée. Il se tourna vers Dean, puis Castiel, un air suffisant s'étant imprimé sur son visage de blondinet de merde. Il se redressa fièrement, non sans une pointe d'orgueil, laissant sa voix grave résonner. Dean se dit à cet instant que même les démons n'ont pas l'air si suffisant, orgueilleux.

- « Parce qu'Il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice, par l'homme qu'Il a désigné »

Il sourit, l'air cynique, alors que Castiel le regarde attentivement.

- Ça, c'est moi. »

Dean écarquilla les yeux, devinant que l'Ange et son frère en avait fait de même.

oOo

« - Jugement ?

La voix de Castiel était anormalement crispée, comme si celui-ci peinait à croire, ou plutôt, refusait d'y croire.

- C'est impossible. Tu n'existes pas. Tu n'es qu'une légende, une rumeur qui courrait, semait le désordre à travers ma garnison et le Paradis. Dieu est le Jugement. Seul Père peut juger, et certainement pas une autre créature, qui n'a rien à voir avec le ciel, sans grâce.

Dean connaissait assez Cas, après l'avoir vu Dieu, l'avoir vu Ange puis humain. Le blond était donc probablement le seul à avoir décelé la pointe de mépris qui avait tressauté sur la langue de l'Ange. Il sourit légèrement. Incorrigible. La foi de Cas n'avait jamais totalement disparue. Elle s'était distortionnée, avait mutée, changée, évoluée. Mais Dean savait que Castiel, malgré tout, ne saurait nier au plus profond de lui-même l'existence de son père. Même si celle-ci semblait n'être qu'un lointain fantasme.

- Cas, Cas, Cas.. Soupira la créature, d'une mélodie à glacer le sang.

Celui-ci se raidit contre sa chaise, ses liens semblaient s'être resserrés autour de ses poignets.

- Crois-tu réellement que Dieu, ton père, avait le temps de vous juger tous ? Humains, ange, démons. Papa angelot n'avait pas que ça à faire, et je sais qu'au fond de ta petite cervelle angélique, tu t'en es déjà douté.

Dean vit les épaules du brun s'affaisser légèrement, geste que personne d'autre n'aurait pu remarquer, car personne d'autre n'avait osé parler à Cas comme lui le faisait. Personne n'avait jamais pu insuffler le doute en lui, personne. Sauf Dean. Dean l'avait fait douter. Ses yeux bleus semblaient s'être assombrit. Jugement poursuivit

- L'humanité, depuis ses débuts, ne semble pas pouvoir suivre un cours tranquille, sans avoir peur d'être jugé. Une peur primaire, existante depuis la nuit des temps. Depuis que, sous tes yeux, Ève décide de briser La Promesse. Que je suis né, et ait jugé cette sombre idiote.

Dean haussa les sourcils. Castiel avait assisté à… à Ève ? Adam ? Le jardin… ? Le blond savait que l'Ange était né il y a des milliers d'années, mais jamais il n'avait pensé que Cas.. Que Cas avait assisté à tout ça, d'autant plus que ce même pécher, il en avait plus tard senti le goût du bout des lèvres. A cause de lui. Pour lui.

Castiel pencha sa tête sur le côté, dans cette expression d'incompréhension que Dean aimait tout autant qu'il haïssait.

- Ève a été influencée, manipulé par le démon de Lucifer, si Lilith n'était pas intervenue, elle n'aurait jam-

Jugement éclata de rire, sa voix tranchante effraya presque Dean, cette voix… une voix qui semble tout savoir, tout comprendre. Il détestait cette voix. Il voulait lui foutre au fond de la gorge avant qu'il ne prononce encore un mot.

- Peu importe Castiel ! Comme tu le sais, je ne suis pas Dieu. Je n'ai à être arbitraire, je n'ai pas l'Omnipotence qu'Il possède, et plus encore cela m'est égal.

Dean fronça les sourcils et Sam parla

- Comment peux-tu prétendre être le jugement alors que tu ne restes pas impartial ? Comment prétendre bien juger, si tu n'as pas toutes les clés en main ? C'est absurde.

Le blond s'avança vers Sam, doucement, avec l'agilité d'un félin et la férocité d'une tornade. Dean se surprit à se dire que la démarche de Jugement ressemblait à celle de la Mort, et senti un frisson parcourir son échine.

- Sam… Sam Winchester. Et moi qui pensait que nous allions bien nous entendre... toi et moi sommes… hm. Semblables ? En quelque-sorte.

Un rictus vient effleurer ses lèvres tandis que Sam rit lentement à son tour, comme si l'absurdité du propos déclenchait en lui une euphorie, un amusement irrationnel.

- Nous ne sommes en rien semblables...

Jugement écarta ses paroles d'un geste vif de la main, ses longs doigts blancs élancés en l'air comme un courant d'air glacé.

- Sammy…

Il se tourna vers Dean.

- C'est bien comme ça que tu l'appelle non ?

Dean avait envie de le cogner. Le cogner jusqu'à ce qu'il morde la poussière.

- N'est-ce pas toi, qui, sans la moindre trace d'âme, est allé jusqu'à sacrifier ton propre frère, pour atteindre un nid de vampires ? Tué sans aucune trace de compassion, une année entière ? Renoncé à retrouver ton cher Dean, menti délibérément à celui-ci ?

Sam se tendit, évitant le regard de son frère. Dean avait envie de lui dire, Sammy, ne t'en fais pas, je te pardonne. Depuis la nuit des temps, tu es pardonné.

- Et pourquoi donc Sam ? Pourquoi ce manque de pitié… D'humanité ?

- Je n'étais pas en éta-

La créature le coupa net, d'un regard noir.

- C'était rhétorique, Sam. Je vais te dire pourquoi. Parce que, dépourvu d'âme, le bien et le mal t'apparaissaient limpides. Simple. Le noir,

Il se pencha vers Dean, laissant ses doigts frôler le visage du blond, le regard emplit d'une émotion que le chasseur aurait qualifié de désir, si les circonstances n'étaient pas les mêmes. Il senti Castiel se raidir à ses côtés.

- Et le blanc.

La créature croisa le regard de l'ange avant de rire doucement, ramenant ses bras vers lui-même, qu'il croisa contre son torse, ses pieds se balançant l'un devant l'autre, d'une nonchalance insolente.

- Ou l'inverse, c'est à toi de juger. Mais l'idée reste la même. Faire le mal pour le bien, utiliser son frère pour dénicher des monstres et les annihiler. Faire le bien pour le mal, offrir la connaissance à une nouvelle humaine, sachant pertinemment que cela conduira un jour à la destruction massive de toute forme de vie terrestre. Tout ça n'importe que très peu. Il existe mensonge, et vérité. Le mensonge est mal, la vérité est bien. Ève a goûté au fruit défendu... mal.

Il tourna sur lui-même, les yeux bizarrement scintillants.

- Dean Winchester a tué nombres de démons, tuant leur hôte par la même occasion. Bien.

Castiel restait silencieux, bien que son regard ne quittât pas une seconde la silhouette de Jugement. Il parla calmement, et Dean se dit que ce calme ne présageait rien de bon. Tout de Castiel.

- C'est puéril. Cette vision est malhonnête, elle manque de nuance. Tout n'est pas si simple.

Jugement soupira, soudainement las.

- Au contraire Castiel, rien n'a jamais été aussi simple que de juger. Et aujourd'hui, c'est votre tour ! Tickets gagnants, l'heure de gloire ! L'heure de juger Sam et Dean Winchester, leur ange et, par la même occasion, la sainte dite volonté de Dieu hm ? Qu'en dites-vous messieurs ?

Il claqua des doigts dans un sourire malsain et Dean fut aveuglé par un flash blanc.

oOo

Lorsque le chasseur rouvrit les yeux, il laissa ceux-ci s'écarquiller. Il se trouvait dans... Dans ce qui semblait être un tribunal.

Une pièce immense, des bancs en pierre, un pupitre, plusieurs pupitres sur une estrade. Il leva les yeux sur le plafond, aux moulures dorées, une immense fresque au couleurs vives, racontant des anges et des hommes, des robes de velours et un ciel au bleu océanique. L'architecture qui ressemblait aux grands monuments italiens – du moins ceux que Dean avait pu voir en photo sur des cartes postales – l'atmosphère donnait l'impression d'être dans un lieu sacré.

La lumière du jour qui perçait les immenses fenêtres noyaient la pièce de sa chaleur rayonnante, presque familière, et Dean se fit la réflexion que malgré le fait que cette pièce ne pouvait être autre-chose qu'un tribunal, celui-ci avait des airs d'église. Même l'odeur du verre chaud et de poussière faisait penser à celle qui régnait dans les lieux de prières, miroir aux vitraux colorés de ceux-ci, à leurs sols d'une pierre glaciale et pourtant réconfortante qui racontaient trop d'histoire que le blond ne pouvait imaginer. Si le blond ne croyait plus en dieu, il se dit quand même que ce lieu avait tout de divin.

- Dean.

Le blond se tourna en un demi-seconde, découvrant que son frère et Castiel étaient à ses côtés, et semblaient tout aussi fascinés par l'endroit qu'il l'était. Il laissa son regard épouser la silhouette de l'ange de longues secondes, la luminosité des lieux semblait rendre le brun irréel. Castiel semblait lever la main dans l'air, comme pour caresser les rayons de soleil qui s'étaient logés au creux de son visage. Des mèches de cheveux d'habitudes noirs comme le néant, s'étaient tinté d'une couleur or, laissant des filaments dorés se perdre entre ses mèches brunes, comme des fils d'araignée presque invisibles. Sa peau semblait briller, ses joues rosies, ses cils laissaient tomber leurs ombres avec élégance sur celles-ci. Et ses yeux, ses yeux d'un bleu que Dean n'avait jamais vu, un bleu qui dansait de nuances en nuances tandis que ceux-ci semblaient émerveillés par la vision qui s'offrait à eux. Il pensa un instant, un instant bref, que c'est de Castiel que toute cette lumière émanait.

- Dean ?

Il cligna des yeux.

- Sammy.

Il se reprit rapidement, étouffant au fond de lui les battements torrentiels d'un cœur, le sien, qui semblait vouloir imploser. Sans s'en rendre compte, il porta sa main à sa poitrine, tandis que son frère s'avançait vers lui, quelque peu alarmé par le manque de réactivité de son frère.

Castiel parla finalement, arrachant le chasseur à sa stupeur.

- Cette pièce est magnifique.

Et si Dean pensait que la vue serait le sens qui le troublerai le plus à ce moment, il comprit rapidement que l'ouïe l'achèverai.

La voix du brun résonnait dans l'immense espace, une octave trop basse, un scintillement dans la voix et cette espèce de- de douceur presque irréelles dans la mélodie de son intonation, comme une caresse invisible.

Dean acquiesça d'un mouvement de tête, les yeux rivés sur le sourire discret de l'ange.

Ce fut un éclaircissement de voix qui le fit se retourner, d'une rapidité à s'en tordre le cou. Il était planté, là. Sur l'estrade, vêtu d'une robe noire, au col blanc.

Jugement.

Une pensée traversa soudain le chasseur. Si la lumière du tribunal semblait émaner de Cas, alors sans doute était-elle aspirée par la créature qui se tenait à quelques mètres d'eux, car une aura sombre se dégageait d'elle.

- Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? Pourquoi nous emmener ici ?

Sam avait parlé, sa voix traversait les mètres qui les séparaient de Jugement, vive et tranchante.

- Allons... C'est l'heure de votre jugement, je n'allais tout de même pas m'ennuyer à vous torturer dans cette vielle maison délabrée, enchaînés comme des monstres. Les Winchester méritent mieux que cela. Et j'ai… - il sonda la pièce du regard, avec un air entendu – Cet endroit me plaît.

- Où sommes-nous ?

La voix de Dean résonna à son tour, et celui-ci constata qu'il pouvait à nouveau l'utiliser. Il senti Cas se tourner vers lui.

Jugement s'assit derrière ce qui semblait être le pupitre du juge, et sourit.

- Nous sommes dans un tribunal mon cher Dean. Je te pensais plus perspicace.

Dean ne le laissa à peine finir sa phrase qu'il se tourna vers les immenses portes qui scellaient la pièce et les ouvrit d'un geste sec avant d'ouvrir les yeux en grands.

Leur nouveau juge rit lentement.

- Dean, évidemment que tu ne peux sortir d'ici. Tu croyais vraiment que j'allais laisser de simples portes entraver le plus grand procès que l'univers n'ai jamais connu ? C'est mal me connaître…

Il claqua des doigts pour la deuxième fois, et Sam se retrouva assit au banc des accusé. Il sursauta légèrement sur son siège, légèrement paniqué.

Jugement invita d'un geste Dean et Castiel à s'asseoir. Le chasseur échangea un regard avec l'Ange, ne sachant pas quoi faire. Castiel haussa un sourcil, lui faisant rapidement comprendre qu'il n'avait aucune solution à leur situation actuelle, un brin de culpabilité dans son regard. Dean soupira avant de se diriger vers le banc le plus proche, suivi de son ami. Il regarda Jugement, l'air féroce.

- Alors quoi ? Je dois subir mon propre procès, sans avocat, ni témoin ? Sans défense, sans rien ?

Sam avait l'air agacé, par la stupidité de la situation. Dean senti son petit frère désarmé, la situation n'ayant aucun putain de sens.

Jugement rigola.

- Oh, si ce n'est qu'une question de témoin Sam… - Il s'éclairci la gorge.

- Le juge appelle à la bar le premier témoin.

Sam senti un frisson longer son dos, alors qu'une silhouette était apparue à quelques mètres de lui, de longs cheveux blonds aux boucles parfaites tombant sur des épaules larges et droites, comme une cascade dorée. Un nez fin et parsemé de taches de rousseur, une voie lactée brune qui s'éparpillait sur ses joues et une bouche rose, aux lèvres pleines, closes et silencieuses.

Il croisa ses yeux et son cœur loupa un battement, sembla s'arrêter complètement, alors qu'un vert beaucoup trop familier s'encra dans son regard.

- Mary Winchester, vous êtes cité à comparaître devant ce tribunal en tant que témoin du jugement de l'accusé ici présent, Sam Winchester. En vertu de vos droits et vos devoirs, jurez-vous devant Dieu de ne dire que la vérité et seulement la vérité ?

Sam senti son cœur tomber plus bas que terre, alors que sa mère détourna son regard du sien, l'encra dans un point invisible qui semblait exister au fond de la pièce, et que sa voix retenti avec force dans l'immense pièce où le silence se voyait momentanément brisé.

- Je le jure.

Jugement hocha de la tête avec ce qui sembla être une mine heureuse.

- Parfait ! Je déclare la séance ouverte !

oOo

Dean était resté bouche-bée. Mary était là. Sa mère était à quelques mètres de lui, tout aussi semblable que le dernier souvenir qu'il avait d'elle. Tout aussi belle. Tout aussi douce, tout aussi irréelle. Il voulait fermer les yeux, il voulait les fermer, comprendre que rien n'était réelle, que tout ça n'était qu'une illusion, une image. Il laissa échapper un soupir.

- Maman..

- Dean…

La voix de Castiel semblait éteinte. Il se rapprocha de Dean, imperceptiblement.

Sam, lui, avait les yeux baissés. En quelques secondes, le peu de chaleur qui émanait de son corps semblait s'être enfuie, échappée, son ombre déjà bien loin.

Lorsque la voix de sa mère avait résonné entre ces murs, Dean avait vu son petit frère s'affaisser, montagne qui s'écroule. Sorti de sa torpeur, le blond avait réalisé, comprenait ce qui allait se passer, avait anticipé les paroles de sa mère. Les paroles de cette illusion.

Il avait hurlé.

- ARRÊTE ÇA !

Le blond s'était levé en une seconde, laissant le banc en pierre trembler, ou alors était-ce son propre corps, qui convulsait de fureur ? Sa voix avait rugi, son cœur s'était tu. La voir ici, la voir maintenant… cette saloperie de Jugement.

Celui-ci rigola franchement. Il fit se rasseoir Dean en un mouvement de doigts, puis regarda la mère des Winchester avant de laisser son ricanement s'éteindre doucement.

- Mary ? Mary, je vous ai convoqué aujourd'hui pour témoigner contre votre fils, accusé de…

Il fit mine de lire un rapport qui n'existait pas, semblant se complaire dans son petit jeu d'acteur, tandis que Dean se débattait de l'étreinte invisible qui l'empêchait de se mouver, son sang bouillonnant dans ses veines, ou s'était figé. Il était incapable de crier, sa voix semblant s'être fait la malle.

Jugement soupira, semblant ennuyé.

- Entre-autres, de meurtres, de vols, d'usurpation d'identité, de se nourrir de sang de démon.. de trahison, meurtres d'anges, de démons, de simples gens, etcetera, etcetera, etcetera… Qu'avez-vous, vous et votre témoignage, à nous apporter ?

Mary Winchester ne bougea pas d'un poil, ouvrit la bouche et laissa sa voix porter comme un automate, sans vie, sans émotion. Son regard vide ne semblant fixer rien que le néant.

- Mon fils est une abomination. Depuis le jour où je suis morte, par sa faute, Sam est devenu un des monstres que j'ai chassé pendant la plus grande partie de ma vie.

Elle haussa les épaules d'un air évasif.

- Il n'a jamais rien valu à mes yeux, ni en tant que fils, ni en tant que meurtrier. Si je pouvais retourner en arrière, je l'aurais probablement tué dans les premiers jours de sa vie. J'aurais aimé éviter ces souffrances aux gens qui ont périt sous ses coups.

Dean cessa de bouger. Il planta son regard sur son frère, alors que ses os semblaient se briser un par un. Son frère avait tremblé, un demi seconde, puis fermé les yeux. Et bordel de merde, bordel bordel BORDEL !

- Arrête, arrête…

Le blond suppliait, les yeux fermés à son tour. Sa tête semblait sur le point d'imploser. Des larmes s'étaient frayées un chemin jusque ses yeux, son corps entier tremblait, comme une feuille secouée par une tempête estivale. Brusquée, dérangée, secouée.

- Je regrette d'avoir mis au monde un monstre pareil. J'aurais dû-

- ARRÊTE ! LAISSE-LE, JE VEUX PRENDRE SA PLACE, ARRÊTE ÇA, LAISSE-LE PARTIR !

Dean hurla à plein poumon, à s'en arracher les cordes vocales.

Sammy… Sammy.

Jugement, toujours dans son jeu d'acteur puéril, laissa son coude s'affaisser sur la table où il se maintenait, comme las.

- Dean, enfin.. on en arrive au moment le plus croustilla-

- LA FERME ! Ferma ta putain de gueule, sale enfoiré de merde ! Va te faire FOUTRE ! Je veux prendre sa place, laisse-moi prendre sa place espèce d'enculé ! Sadique de merde, laisse-moi, laisse-moi être jugé. Pas lui.

Jugement sembla considérer les paroles du blond, avant de se relever légèrement de sa posture désinvolte.

- J'avais prévu d'autres témoins.. Jess, Bobby.. Même Kevin ! Amélia, Ruby..

Dean siffla entre ses dents.

- Je prends sa place.

Jugement soupira un bref instant. Puis dévoila au blond son sourire ravageur, tétanisant.

- C'est d'accord !

Castiel se tourna vers son protégé.

- Dean… Dean, je ne sais pas si c'est une bonne idé-

Le chasseur se tourna à son tour, à la recherche du regard bleu. Il laissa le sien envahir la peau de l'ange, ses yeux, ses lèvres. Il savait, il savait que Cas dirait ça. Il savait. Il resta quelques instants, perdu dans son regard.

Je sais Cas, je sais. Moi aussi, moi aussi j'ai peur. Toi aussi, je sais, mais je ne peux pas.

Il laissa ses épaules s'affaisser, sa bouche s'entre-ouvrir, des paroles être murmurées, dans un silence étouffant.

- Je ne le laisserai pas là, pas Sammy. Pas Sammy, tu comprends Cas ?

Cas comprenait, Cas comprenait toujours, même lorsqu'il n'y avait rien à comprendre. C'était Cas, et c'était Dean. Ils comprenaient, mais son corps, le corps de Castiel tremblait. Peut-être. Dean n'en était pas sûr. Il en avait l'impression, mais les anges ne tremblent pas.

Il se leva rapidement, et s'avança sur l'estrade où se trouvait Sam. Il n'osa pas croiser le regard de sa mèr- de cette chose. Il laissa sa main se lever doucement, pour atteindre l'épaule de son frère, de Sammy. Il la posa, et senti ou soubresaut sous ses doigts. Sam releva les yeux et Dean senti son corps se figer.

Sam pleurait. Sammy pleurait.

Et Dean, qui avait toujours su quoi dire, qui avait toujours eu les mots justes – Justes pour Sammy. Pas des mots doux, pas de mots trop sentimentaux, pas de larmes ni de je t'aime, mais des mots qui toquaient aux portes tard la nuit, s'incrustaient dans les chambres pourries des motels pourris, et s'installaient doucement sous la couette de son petit frère, se lovaient contre sa peau chaude. Des mots, des étreintes, qui même si elles ne sonnaient pas juste, résonnaient avec cette même justesse, comme.. à leur place– Mais cette fois, Dean n'avait rien à dire. Rien de beau. Rien de réconfortant. Rien qui puisse effacer la peine qui s'était inscrite au fer rouge dans le regard vide de son Sammy. De son petit Sammy.

Alors il le prit dans ses bras, doucement. Il sourit contre son épaule.

- Cas t'attend. C'est fini.

Sam leva ses yeux bouffis vers lui, vers Dean. Celui-ci se sentait misérable. Il vit son cadet se mouver, avancer vers l'ange qui l'attendait, assit sur les bancs à la pierre froide.

Castiel lui sourit, sourit à Dean. Sourire faible. Comme pour lui dire Je l'ai Dean, il est avec moi, et cette fois-ci, je le protégerai, promis.

Le chasseur prit place devant son pupitre. Il croisa le regard de Jugement, qui était resté étonnement silencieux. Une tempête sembla prendre possession de sa voix, tonnerre, flash, éclair, noirceur.

- Appelle ton foutu témoin, qu'on en finisse.

Mary disparue, et Dean s'autorisa un dernier regard vers Castiel, qui le lui rendit. Il lui sourit doucement avant de se détourner, échappant de justesse à la détresse qui se peignait dans les yeux de son ami.

oOo

L'atmosphère du tribunal semblait s'être asséchée.

Dean nota la différence notoire entre le lieu dans lequel il était apparu quelques heures plus tôt, et la monstruosité qui en dégageait maintenant.

La lumière s'était transformée en obscurité, la chaleur qui émanait de la pièce avait quitté les lieux et laissé place à une brise tranchante, comme la lame bien trop émoussée d'un couteau, laissant des entailles glacées sur la peau frissonnante du chasseur.

Jugement avait laissé un silence planer dans l'immense tribunal. Puis il s'était repositionné.

- Bon, Dean Winchester Vous êtes cité à comparaître devant ce tribunal pour avoir com-

Dean eut un rictus frôlant l'insolence.

- Epargne moi tes fantasmes tu veux ? Fait ça vite, et bien. J'ai pas tout mon temps.

La créature laissa sa langue claquer contre son palais. Il leva les yeux au ciel.

- C'est nettement moins amusant qu'avec Sam...

Dean senti ses poings se serrer.

- Dépêche-toi, dépêche-toi avant que je trouve le moyen de t'arracher les boyaux.

Son juge hocha de la tête, dodelinant, et claqua des doigts pour la quatrième fois.

Dean regarda la personne qui venait d'apparaître devant ses yeux, et arqua ses sourcils. Il senti soudain une vague de terreur se faufiler à travers son estomac, ses poumons et son cœur. Il laissa une nausée s'emparer de sa gorge, et senti ses muscles se crisper en une fraction de secondes.

- Veuillez-vous avancer à la barre.

- Yup, de suite.

Dean regarda l'homme s'avancer, d'une démarche assurée, laissant son regard se balayer sur la pièce, d'un air étonnement désinvolte.

Dean connaissait cet homme. Ne l'avait que trop connu. Un homme venu d'un autre monde, d'un monde cruel, d'un monde qui résultait de son échec, de ses peurs, de ses erreurs.

Un monde que Dean s'était juré de ne jamais visiter à nouveau. Un monde qui l'avait poussé à se battre, à survivre encore un peu, à sauver Sammy, à protéger Castiel. Un monde qu'il s'était forcé d'oublier, et qui l'avait suivi jusque dans ses cauchemars.

- Joli, l'endroit.

Il se tourna vers Castiel et lui fit un clin d'œil prononcé.

- Très joli..

Dean laissa sa mâchoire se serrer.

Jugement se tourna vers son nouveau témoin, une lueur indéchiffrable aux fonds de ses yeux. Il laissa sa voix résonner à nouveau.

- Dean Winchester, je vous ai convoqué aujourd'hui pour témoigner contre vous-même. Contre Dean Winchester.

Le faux Dean sourit en coin, croisant le regard de son jumeau.

- Hey Dean ! Comme on se retrouve !

oOo

- Dean Winchester, vous êtes accusé de- de pleins de choses, meurtres, profanation, blasphème, trahison, bref, tu le sais déjà ça Dean.

L'aîné Winchester senti la colère l'envahir.

- Tu vas sérieusement me faire témoigner contre moi-même ? Espèce de connard, ça n'a aucun sens ! ton stupide jugement n'a AUCUN SENS ! Tu attends quoi de moi ? Que j'avoue, que je confesse mes crimes ? Des crimes qui ne sont jamais arrivés ? C'est ABSURDE !

Jugement sourit, à pleine dents et Dean avait envie de lui éclater son sourire de fils de pute.

- Dean.. Dans ton cas, j'ai beaucoup réfléchi.

Il laissa son dos se reposer contre le dossier de son siège.

- J'ai très longuement réfléchi. Pensé. Comment juger Dean ? L'homme qui avait souillé son âme, souillé son sol, souillé sa famille.

Il planta son regard dans celui du chasseur.

- Souillé un Ange jusqu'à ce que sa grâce lui soit ôté, qu'il ne devienne qu'un vulgaire humain.

Dean serra ses dents. N'osant pas rencontrer le regard de Castiel, qu'il savait, pesait sur lui.

- Comment juger un homme, qui ne mérite aucun jugement, tant ses péchés, ses erreurs, sont la personnification même du mal ? Boire du sang de démon est une chose Dean, souiller un Ange, souiller ce qu'il y a de plus pur, de plus divin… s'en est une autre.

La créature fit mine de jouer avec ses doigts, comme en prise à un conflit intérieur.

- Je me suis donc penché sur toi, je t'ai observé. Pendant des années. Quand tu défiais la mort, quand tu la menaçais. Quand tu vivais une vie normale, loin de ton frère, loin des problèmes que tu avais causés en disant non, non à Zacariah, non à Michael, à Sam. Non à tous ceux qui s'étaient résolus.

Il posa son regard sur Castiel. Puis se redressa.

- Là où les autres y voyaient une force, j'y ai vu une faiblesse, un mensonge. Car, vois-tu Dean, j'ai vite compris que lorsque tu disais non, ça n'était pas le non d'un enfant, qui refuse. Un caprice. Tes non, tes refus, n'étaient en fait qu'une parade. Une manière déjouée, un jeu d'illusion.

Jugement ricana, moqueur.

- Ton air autoritaire Dean, ne m'a pas trompé moi. J'ai vu, j'ai vu que ton refus, ton obstination, tout ça, n'était que supplications. Tes menaces, tes colères. Dean, tes colères n'en n'ont jamais été, n'ont jamais été autre chose qu'un appel à l'aide, un cri de désespoir. Ces cris, ils n'ont jamais été censés, jamais réfléchis, mais primaires, brut.

Dean restait muet, les mots se bousculaient dans son esprit, des insultes, des cris, des bégaiements qui ne sortirent jamais de sa bouche. Cette merde disait n'importe quoi, n'importe quoi, et pourtant Dean n'arrivait pas à ne pas l'écouter, ces absurdités, Dean avait l'impression pour la première fois de sa vie, d'entendre.

- J'ai alors compris la raison de ces cris, de cette détresse. Du moins j'ai cru comprendre.

Un silence assourdissant répondit à Jugement. Un silence que Dean aurait voulu briser, en hurlant. Hurlant.

- L'amour. La compassion, la peur de perdre un être cher. Je me souviens m'être dit.. M'être dit que peut-être, peut-être Dean, tu portais en ton sein des sentiments nobles – Malheureusement, cette désillusion n'a pas tardé à être balayée. Plus je t'observais, et plus cette idée, cette innocence que je voyais en toi semblait s'effacer, semblait laisser place à un autre sentiment. Un sentiment plus égoïste, plus sombre.

Dean grogna, gémit, le regard encré dans celui de Jugement. La peur le paralysait. La peur-

- La peur d'être jugé. Pas par les autres, pas par Sam, ni Castiel. Ceux que tu aimes, leur jugement ne te fait pas peur. Il te réconforte, il te prouve que Sam tient à toi, que Bobby tient à toi, Jo, Benny. Cas tiens à toi. Tu n'as pas peur du jugement de Castiel. Mais le tien Dean. Le tien te mènerai à ta perte…

- ….Ton propre jugement. Que penserai Dean, de lui-même, s'il n'avait pas refusé tous ces sacrifices ? Que dirais le Dean de plus tard, s'il te voyait, accepter de sacrifier Sam ? Que se passerait-il, si ton propre reflet voyait Castiel, mourant, d'une lame que tu avais tenu dans tes propres mains ?

La créature s'était levée, était descendue lentement de son estrade, le regard encré dans celui de sa proie, une lueur destructrice, voile sur ses yeux sombres.

- Je me suis posée cette question, longtemps, mais je n'étais pas certain. Incertain. Et puis..

Il rigola, soudain, franc et joyeux.

- Puis il a fallu que le Paradis s'en mêle ! Et tu étais là, un Dean de 2009 coincé en 2013 !

- J'ai cru que mes prières étaient exaucées ! Voilà que, soudain, sous mes yeux, Dean rencontre sa plus grande peur ! Dean, tu faisais face au démon.. celui qui te hantais depuis que ton père t'avais laissé la garde de Sammy-adoré ! Tu étais face à toi-même !

Il jubilait.

- Et non seulement tu lui faisais face, mais en plus il te jugeait. Il se jugeait. Tu le jugeais. Je n'y croyais pas mes yeux, je te jure Dean, j'ai cru que Dieu lui-même était descendu sur Terre pour réaliser tous mes souhaits !

Dean avait les yeux fermés, essayant de ne pas repenser à ce moment, qu'il avait enfoui au plus profond de lui, là ou un Sam devenu Lucifer ne pourrait l'atteindre, là où un Castiel déchu, profané, sali par Dean, ne pourrait pas le regarder, ne pourrait pas se noyer dans ses iris, avec une dévotion aussi proche de la foi, une détresse aussi grande que cet.. que cet amour-

- Tu as porté ton propre regard sur toi-même, et tu en as ressenti du dégoût. Pour ce Dean là, tu avais déjà fait ton choix. Tu avais abandonné Sam, abandonné Castiel, tu l'as laissé mourir alors même que- alors même que tu l'aimais ?

Dean rouvrit les yeux. Il croisa le regard de Sam, regard vide. Évitait celui de Castiel, qu'il savait plein, trop plein, beaucoup trop plein.

- Tu t'es jugé Dean, bien avant l'heure, et ainsi, tu as compris que jamais, ton cauchemar ne se dissiperai, car quelque-part, dans une infinité d'univers, de possibilités, tu es ton pire cauchemar, en chair et en os, cela vaut pour toi, et cela vaut pour lui.

Il désigna le faux Dean de la main, d'un geste évasif.

- Alors aujourd'hui, Dean, j'ai décidé que le meilleur témoin, celui qui aurait le plus de choses à nous dire, celui qui connaitrai tes erreurs, tes haines, tes péchés, plus que quiconque, serait... toi.

Ses paroles s'effacèrent, remplacé rapidement par le bruit sourd des battements du cœur de Dean. Il resta les yeux clos, quelques longues secondes. Battements sourds, bruyants, perçants.

Il réfléchit. Bordel de merde, il fallait qu'il réfléchisse. Il pensa à Sam. Sam, qu'il avait abandonné, et accusé de l'avoir abandonné lui. De tous ces silences, de tous ces mots, de tous ce qu'ils avaient vécus, de la peur, la peur qui le rongeait depuis toujours, la peur de le perdre. La peur de se perdre avec lui. Peur de Ruby, peur des femmes qui allaient lui enlever son Sam, son frère, son sang.

Il pensa à Bobby, son oncle, son père, son repère. L'anomalie normale de sa vie anormale. La bouée de secours, le père divin, la paix. Il pensa à Bobby et son whisky, Bobby et ses badges du FBI. Ses dizaines de téléphones prépayés, ses discours sur la famille, sur la mort et tout ce que ça impliquait. Ses silences qui en disaient d'avantages.

Il pensa à Castiel. Il pensa à Cas, Cas et ses yeux trop grands, ses cheveux trop noirs, sa bouche trop sèches, trop rose, trop pleines. Il pensa à Cas humain, qui éternue, qui frissonne. Il pense à Cas avec des ailes, avec son trench-coat immonde, sa cravate mal mise, à chaque-fois. Il a envie de rire. Il pense à ses airs graves, à ses rires, à ses larmes, même invisibles, même s'il ne sait pas pleurer, s'il n'en voit pas l'utilité. Il le voit, exploser, mourir, s'envoler, loin, loin de lui. Il le voit lui mentir, orbes bleues plongeant dans son vert condamné. Cas avec Crowley, Cas entrain de foutre une raclée à Jo et Ellen à coup de shots de vodka, à Alastair, Cas qui a besoin de lui, Cas drogué, perdu, mourant, désinvolte, déterminé. Castiel qui embrasse Meg, Castiel qui touche son épaule, là où sa main s'est encrée avant même que Dean.. que Dean réalise. Il pense à Castiel, le matin, le midi, le soir, la nuit, trop tard la nuit, Castiel, Castiel.

Il rouvrit les yeux.

- Et alors ?

Jugement se tourna vers lui, un sourcil arqué. Il senti le regard de son frère, de Cas et de lui-même, fondre sur lui, comme une flamme ardente.

- Et alors quoi Dean ?

La créature semble soudain irritée, alors que le ton de Dean se fait franc, clair, limpide. Simple. Juste.

- Et alors ? Je suis un salaud, j'ai compris, j'ai fait des erreurs, certes. Je suis une merde ambulante, j'abandonne mes proches, je laisse tomber mon propre frère-

- Dean..

Sam murmure presque.

- Non, Sammy. C'est vrai. Je t'ai abandonné. Je t'ai laissé seul, mourant, du moins de l'intérieur, et même si je suis revenu vers toi, que se serait-il passé si… Si je ne t'avais pas vu toi ?

Il tourna son regard vers son propre reflet.

- Tu m'as montré. Tu t'es sacrifié. Dès le moment où tu m'as vu, tu aurais pu me tuer. Mais tu ne l'as pas fait. Alors même que ton destin était scellé, que je t'ai vu mourir, jusqu'au dernier instant, tu m'as regardé, tu m'as supplié de faire le bon choix. Pourquoi ? Alors même que tu savais que t'allais crever, de la main de ton frère, en sacrifiant l'amour de ta vie, tu n'as pas renoncé. Pourquoi ?

Son portrait lui répondit, la voix neutre, l'air de réciter un texte qu'il avait écrit et réécrit des années auparavant.

- Parce que.. parce que je suis toi, et tu es moi, et peut importe les circonstances, ça n'est pas rien. Je ne voulais pas te voir souffrir comme moi j'ai souffert..

Dean reprit la parole.

- Exactement. Tu me l'as dit, pas parce que tu pensais que je te jugerai, pas parce que tu te haïssais, au contraire. Parce que tu as une estime de toi. Parce que tu ne vaux pas rien. Et je t'en remercie, je te remercie du fond du cœur mec, d'avoir prit soin de Cas, comme tu l'as pu. De Sam, à ta manière, et de tous les autres.

Son alter-ego secoua sa tête d'un rapide mouvement, sourire au coin des lèvres.

- Tout le plaisir est pour moi.

Il regarda Jugement, l'œil franc, toute once de peur, de doute et de remord, envolé.

- Je n'ai pas peur. Je n'ai pas peur de moi, je n'ai pas peur d'être jugé, Jugement. Comme tu l'as dit toi-même, je me suis déjà jugé, il y a des années de cela, mais je n'ai jamais, jamais dit que je m'étais condamné.

La créature cria.

- TAIS-TOI ! Tu ne sais pas ce que tu dis, tu as peur de ton propre regard, de tes propres sentiments ! -siffla -t-il, le doigt braqué vers Castiel.

Dean sourit. Il haussa les épaules. Puis se tourna vers Castiel.

- Cas ?

Celui-ci croisa le regard du blond à la mention de son nom. Son regard débordait, débordait. Et Dean lui sourit, large, sincère.

- Cas, je t'aime.

Castiel ouvrit les yeux, trop grand, beaucoup trop grand. Puis il sourit à son tour, doucement, comme une vague qui se dépose sur le sable blanc, échoue là ou son chemin se termine, comme la fin d'une chanson, d'une symphonie dont le violon joue sa dernière note.

Et le cœur de Dean ne s'arrêtait pas, la terre ne tremblait pas plus que d'habitude, personne n'hurlait, personne ne mourait, mais ça ? Dean s'y attendait. Pourquoi cela devrait faire tant de bruit ? Il n'y avait pas de raison. Pas de tempête, juste un calme, doux et agréable.

- Je sais Dean, moi aussi.

Le blond sourit, presque désolé.

- J'aurais dû te le dire plus tôt, j'aurais dû t'en parler avant.. avant toute cette merde, au bord d'une route, ou simplement au bunker, en plein milieu d'un nid de vampire, mais.. mais j'avais peur. Non pas de mes sentiments, je t'aime Cas, bordel je t'aime. Mais j'avais peur que tu ai quelque-chose de mieux à faire que m'aimer.

Castiel pencha la tête sur le côté, son sourire n'ayant pas quitté ses yeux.

- Je n'ai jamais rien eu d'autre à faire que t'aimer Dean, tu le sais ?

Peut-être, peut-être qu'après tout, le cœur de Dean sursauta un coup, peut-être même un peu plus, mais Dean hocha simplement de la tête.

- Je sais. Pardon, je t'aime.

Il se tourna finalement vers son frère, le regard remplit d'une douceur que personne ne lui avait jamais vu, pas même lui-même.

Sauf Sam. Sam voyait, Sam avait toujours vu. Il soupira longuement, soudain fatigué. Puis sourit.

- Alors frangin ? Cette situation pue vraiment la merde, tu trouves pas ?

Et Sam rigola, réchauffant, réconfortant.

- J'avoue Dean, que là, ça pue vraiment la merde.

Ils rirent tous les deux, à travers le silence de la salle presque vide.

- Bref, je vais pas m'excuser, je me suis trop excusé, depuis toujours.

Sam hocha la tête, parfaitement d'accord avec lui.

- Maman est une garce et ce qu'elle a dit, ça pue la merde, ça aussi.

Sam baissa les yeux en riant doucement.

- Je sais, pardon Dean, j'ai réagi comme-

- Je t'aime Sammy, t'es mon frère, mon âme-sœur, et je ferais tout pour toi. Et si t'avais pas pleuré, c'est moi qui aurais pleuré ok ? – Il ajouta.

Il lui fit un clin d'œil, et Sam leva les yeux au ciel.

- Quand- Quand on rentre, Sam, j'ai vraiment envie que tu me parles de ce chien, que t'as percuté, et qu'on bouffe un truc bien dégueulasse devant un documentaire à la con, je pense qu'on a le droit à un peu de vacances, non ?

Sam acquiesça, l'ai ravi.

- Ok, mais interdiction de me couper les cheveux.

Dean éclata de rire, devant les yeux exorbités de Jugement.

- Tu lis dans mon esprit hein ? C'est bien mon Sammy ça.

- FERMEZ-LA ! TAISEZ-VOUS ! JE NE VOUS PERMETS PAS, JE- VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT !

Tous les yeux de la pièce se retrouvèrent braqués sur la créature, qui semblait soudain faible, chétive, presque frêle.

Castiel se leva rapidement et planta son regard dans celui de Dean.

- Dean, tu l'affaibli. Je crois que le fait que- le fait que tu te pardonnes, que tu t'excuse, ça l'affaibli. Encore un peu et je pourrais nous amener ailleurs, nous sortir de là.

Le chasseur regarda Castiel une seconde de trop, et souri.

- Tout pour toi chéri.

Castiel leva les yeux au ciel à son tour.

Dean reprit

- Mais et lui ? Comment on le ramène chez lui ?

Le second Dean sourit, avant de rigoler franchement.

- Mec, je viens de ta tête, cet endroit sort de ta tête, ce mec -pointant Jugement du doigt, qui semblait se recroqueviller sur lui-même sous la douleur- a tout sorti de ton esprit, c'était plus simple, j'imagine. Il n'y a nulle part où me ramener.

Dean hocha la tête, comprenant soudain d'où venait ce paysage qui sortait visiblement de son esprit.

- C'est- c'est la-

- La carte postale que maman avait envoyé à papa, pour nous. Quand elle était partie à Venise, elle avait envoyé cette carte, avec écrit-

- Avec écrit qu'on lui manquait, moi et Sam, et qu'elle ferait vite de revenir.

Les deux Dean se sourirent l'un à l'autre. Le vrai Dean se moqua ensuite.

- En réfléchissant, il me semblait que c'était une église non ? Pas un tribunal.

- C'est la même chose mec.

Ils rigolèrent une dernière fois.

- Encore désolé. Pour Cas, je sais aujourd'hui, ce que ça t'a coûté de faire.. De faire ce que tu as fait.

Son jumeau haussa les épaules.

Dean se tourna vers Castiel.

- Cas, honnêtement je sais plus quoi dire, j'ai épuisé mes excuses, je vais commencer à m'excuser auprès de Dieu si ça continue, et toi et moi n'avons pas envie d'être là pour entendre ça hm ?

Castiel se leva, rapidement avant de se rapprocher de Dean, Sam emboîtant son pas.

- C'est bon, je devrais pouvoir le faire.

Il posa sa main, douce, décontractée sur l'épaule de Dean, et celle de Sam, puis se tourna vers Jugement.

- Dieu ne juge pas, Dieu comprend, et Dieu pardonne. Tu n'as rien d'un dieu. Tu n'es pas meilleur, tu n'es que pire. N'oublie pas, quelqu'un viendra te juger toi, un jour. Et si comme tu le dis, mon père est parti en vacances, alors prépare-toi, les gens n'aiment pas être jugés par n'importe qui.

Il croisa le regard apeuré de la créature qui gisait au sol et jette un coup d'œil à Dean, qui lui fit un clin d'œil avant de fermer les yeux.

Un bruit d'ailes retentit dans l'immense tribunal, laissant les gémissements de douleur de Jugement résonner douloureusement contre les parois blanches du bâtiment.

- Bon, ben moi je me casse mec, ravi d'avoir fait ta connaissance !

Dean s'évapora à son tour, tandis qu'un cri de rage explosait dans les quatre murs qui entouraient Jugement, résonnant comme un coup de foudre, le dernier d'un orage passager.

oOo

Dean était dans la cuisine. Quelques jours étaient passéS depuis leur mésaventure avec Jugement. Sammy s'était renseigné sur cette créature, apparemment elle était décrite comme avide de pouvoir, orgueilleuse et dangereuse. Seul une franchise, et une reconnaissance absolue de ses tords pouvait l'affaiblir. Dean avait hoché la tête d'un air ironique – sans blague ? et était parti se prendre une bière.

Plus tard, Sam et Dean s'étaient affalés sur les sièges du Bunker, face à face, riaient de tout et n'importe quoi « - Vraiment Sam ? J'aurais aimé voir ta gueule devant son paternel, ce type a l'air excellent ! – Attend, donc t'as vraiment appelé ton chien comme ça, ça pue la merde – Mec tu crains, je te jure, mais bon, c'est vrai qu'elle a l'air sympa cette meuf, non t'emballes pas, j'ai juste dit qu'elle était- »

Un peu plus tard encore, Dean s'était posé contre le rebord de la cuisine, peut-être qu'il avait les mains sur les hanches de Cas, peut-être dans ses cheveux, ou à la commissure de ses lèvres, il ne savait plus trop. Mais Dean était tout contre Cas, et Cas tout contre Dean, et ça n'avait plus d'importance. Le lieu, la date, pourquoi, comment. Dean et Castiel s'embrassaient peut-être, peut-être moins que ça, peut-être simplement quelques caresses, ou juste un regard, un regard qui nécessite d'être à moins d'un centimètre l'un de l'autre et qui provoque des ouragans et des pluie torrentielles, des canicules et des tornades. Mais ça, Dean s'en foutait royalement, il bouffait Cas du regard, peut-être un peu des lèvres, et c'est tout ce qui importait vraiment.

FIN


Merci encore à ceux qui sont restés jusqu'au bout, j'espère de tout cœur que cette histoire vous aura plu, et qu'on se retrouvera vite ! Merci encore !