Sur le coup, j'ai eu envie d'exploser. Je me suis sentie aussi bouillonnante qu'une cocotte minute prête à éclater. Palerme a contacté le Professeur, mais Palerme a contacté le Professeur dans des circonstances qui ne tournent pas à notre avantage. Quand je dis "notre avantage", je parle de Berlin et moi. Ce fou est prêt à remettre le couvert. Influencé par son acolyte, il est à deux doigts de se lancer dans une quête qui est déjà perdue.

Il m'a nargué alors qu'il patientait au bout du fil. Avec une grimace amusée, le Sud Américain a joué avec ma patience. Les nerfs à vifs, j'étais spectatrice du jeu de pouvoir entre les deux hommes. L'un pourrait se sacrifier par amour tandis que l'autre sacrifierais sa vie par ego. Les minutes m'ont semblé être une éternité, mon amant se mordait la lèvre sous la tension. Lui aussi était pressé, en attente d'une réponse du Professeur. Non pas qu'il était anxieux car il savait pertinemment que ce dernier allait lui en mettre plein la gueule. Non. Andrés est un penseur idéologique, un éternel idéaliste. Quoi qu'il arrive, Martín le suivra et il ira jusqu'au bout de son plan. Il avait seulement besoin de l'élément déclencheur. Le coup de pouce qui le ferait plonger, sauf que ce coup de pouce s'appelle "Sergio" parce qu'il ne laissera jamais son frère sans défense. Il mettra tout en œuvre pour le sortir de ce foutoir et il fera aussi parti du braquage, inconsciemment. Il l'a déjà fait avec la Fabrique, ce n'est pas la Banque d'Espagne qui va l'effrayer. Au fond, bien sûr qu'il aura peur. Il a déjà mesuré les dégâts il y a un moment, mais ce n'est pas le lieu en lui même qui le ferait paniquer. On ne panique pas facilement après avoir braqué la Fabrique de la monnaie et du timbre. C'est juste qu'il ne saura pas comment limiter la casse. Ce sera un gros coup et Berlin a plus de chance d'y rester que de mourir à cause de sa foutue maladie de merde. Quel paradoxe ! Il ne tiendra pas les premières heures, c'est du suicide. Tout n'était qu'une question de temps.

J'attendais ce jour comme le messie, le retour du Professeur, son come-back ! A peine Palerme avait-il raccroché qu'il avait sauté dans le premier avion direction Vienne. Il guettait cet appel avec impatience. Il voulait revoir son frère, il voulait des explications.

C'est le jour J. Les deux zigotos avec qui je partage dorénavant ma vie ne se sont pas lâchés de la matinée. Ils discutent et blaguent de leur passé commun. Berlin observe souvent sa montre, l'index reposant sur ses lèvres fines. Son cœur tambourine fort, il sait que ça va être un moment important. Il ne sait pas à quelle sauce il va être mangé mais il sait qu'il sera le plat d'exception. Un met qui ravive les papilles douloureusement marquées par le deuil. Aujourd'hui, les clients de l'hôtel ne sont pas nombreux. Etrangement. Bizarrement. Tout est calme jusqu'à ce que la sonnette retentisse. Cette fameuse sonnerie clichée qui rappelle à l'ordre la réception. Elle sonne, elle cogne à mes oreilles. Le petit bruit strident de la cloche me fait grimacer. J'ai les nerfs en boule, un rien m'irrite. Le réceptionniste se présente, l'échange est rapide. L'homme lui montre ses papiers, des faux assurément. Il ne va pas dévoiler sa véritable identité. Le jeune acquiesce, il passe un coup de fil. L'Espagnol et le Sud Américain peuvent entrer en scène. Ils se précipitent dans le hall et le toisent. Les regards insolents, ils épient son dos alors que l'autre attend. Cet inconnu, qui porte un costume trop large pour sa carrure replace ses lunettes sur son nez. Il tapote soudainement son pied au sol. C'est frénétique, ça part d'une pulsion qui l'envahie :

- Regarde le en train d'attendre notre arrivée...

- Dis moi, hier... Tu lui as dit au téléphone qu'il pourrait attendre longtemps ?

- Non, mais j'admets que le regarder de loin est plaisant. Je pourrais y rester des heures !

Sergio Marquina. Le Professeur est bien là. Ils ricanent discrètement, je décide d'intervenir, s'en est trop. Ils se foutent de la gueule du monde ces deux là. Je trottine en accélérant la cadence, mes pas sont lourds dans les escaliers. Je lâche la rembarre pour sauter la dernière marche. Une fois à leur hauteur, je les écarte en les poussant sur les côtés pour passer :

- Vous n'avez pas fini de jouer aux cons, le Professeur est là !

- Alma voyons, c'était pour rire...

Je me retourne et pointe un doigt accusateur sur un Andrés qui écarquille de grands yeux ronds :

- Prendre ton frère pour un idiot n'est pas drôle, ça ne me fait pas rire !

- Quelle mégère...

Palerme soupire en détournant la tête, je l'ignore et me rue sur l'intello. Il se retourne et me dévisage surprit. Quand ses yeux s'attardent sur les deux au fond de la pièce, son rictus s'efface soudainement. Il voit un fantôme se dresser devant lui :

- Rome... Je suis content de te voir après tout ce temps.

- Tu ne m'as jamais donné de nouvelles, ne joue pas au hypocrite avec moi, ce n'est pas le moment. J'ai besoin de ton aide. Là, tout de suite, j'ai besoin de toi.

Il se fige devant mon audace. Mon tempérament si fougueux était réservé à Andrés, depuis je ne me contiens plus. Je l'ouvre s'il le faut, j'en ai ma claque de passer pour la potiche de service. Quand il avait besoin de moi pour son casse, j'étais là. Quand il avait besoin de moi pour assurer au sein de la Fabrique, j'étais là. Quand il avait besoin de moi pour ramener mon putain d'amant à la raison, j'étais là. Lui après s'est volatilisé, il n'était nulle part. Monsieur Elégance se présente d'une voix chaude et sereine :

- Sergio, mon frère...

- Andrés... Tu m'as manqué.

Ses yeux s'embuent de larmes, il les retient difficilement. Enterrer son sang n'est pas une chose facile. Il a été obligé de tirer un trait sur sa vie d'avant et voilà qu'elle refait surface pour le hanter. Elle ravive les souvenirs de sa mort. Les souvenirs de son sacrifice. Le Professeur lève les yeux au ciel pour camoufler son émotion. Malgré son côté asocial, c'est un grand sensible. Il a une certaine empathie qui m'a toujours touché :

- Ca me fait du bien de te revoir.

- Après tout ce temps... Comment as-tu pu ?

- C'est une longue histoire.

- Tu t'es sacrifié.

- Je sais et je suis mort.

- Tu es toujours aussi cynique et fascinant.

Il le toise avec méfiance alors que le grand con en costume de velours tire la moue. Il connait ce discours sur le bout des doigts, combien de fois lui ai-je rabattu en peinant à admettre qu'il était bien réel. Le latino se ramène et sort le grand jeu :

- Je l'ai sauvé.

- Non Martín, tu n'as fait que creuser un peu plus profondément notre tombe.

- Notre tombe ? Attends, je me suis occupé de ton frère bien aimé et c'est comme ça que tu me remercies ?

- As-tu pensé aux conséquences ?

- Pitié non, tu ne vas pas me rabâcher ça encore une fois ?!

- J'ai dû prendre un vol express même si Interpol me surveille de près.

- Te surveille de près ? Alors on a rien à craindre !

- Ne sois pas bête et réfléchis une seconde. Je suis la cible numéro un mais si je tombe, vous tombez tous !

- Je ne faisais pas parti de ce casse. Je n'ai rien à voir avec la Fabrique de la monnaie et du timbre.

- Certes, mais tu as sauvé la cible numéro deux des flics...

Il grogne en réalisant, Berlin le soutient d'une main sur l'épaule. Il comprend qu'il n'a pas droit à l'erreur lui aussi. Par amour, il a vendu son âme. Il peut se faire choper à tout moment. Il reprend en haussant faussement les sourcils. Il ne veut pas avouer sa défaite :

- Il ne leur faudra pas beaucoup de temps pour faire le lien avec toi... Ton passé avec nous est trop important. Tu n'es pas en sécurité ici.

- Pourquoi tu es venu au final ? Pour nous faire la morale comme à des gosses ? Tu vas nous mettre la fessée Sergio ?

- Martín, calme toi...

- Fous moi la paix Andrés, il va tout foutre en l'air !

- Je suis simplement venu pour des explications. Je veux entendre ce que mon frère a à dire.

Je sais qu'il ne dira pas la vérité. Je sais qu'ils cacheront les détails de leur plan au Professeur. Il est déjà au courant mais il n'en sait pas plus. Et ça, ils ne sont pas prêt de lui décrocher la moindre info qui lui permettrait d'entraver leur objectif. Je fais un pas dans sa direction pour engager le sujet. Palerme me repousse, un doigt plaqué sur la poitrine. Je me fige et fusille mon amant du regard, il hoche la tête et m'intime de ne pas envenimer la situation. Sergio reprend calmement. Il devine les tensions entre nous, il y a déjà assez de grabuge comme ça. Il tente une dernière persuasion :

- Tu es revenu d'entre les morts. Une partie de moi s'est envolée ce jour là... Le jour où j'ai entendu les balles te traverser dans le tunnel de la Fabrique. Andrés s'il te plaît, raconte moi tout du début à la fin.

.

.

On n'allait pas discuter d'un sujet si sérieux en plein milieu du hall de l'hôtel, hein... Berlin a invité son frère à nous rejoindre dans notre suite. Partager notre nid douillet avec lui ne me dérange pas. Bien au contraire, je suis tellement rassurée de le savoir présent. Je me sens moins seule dans cette histoire abracadabrante. Mon amant nous fait signe, nous nous asseyons sur le grand canapé en cuir dans le salon. Palerme est en bout, il a replié la jambe sur son genou. Décontracté, il observe avec dédain les tableaux aux murs. Le Professeur reste de marbre, il n'a pas besoin de s'attarder sur la décoration luxueuse qui nous entoure. Il sait que nous avons de l'argent et surtout, il connaît les goûts de son frère. Ce dernier revient avec une bouteille de vin qu'il ouvre avec grâce :

- Je n'oublie pas les bonnes manières...

- Ne me dis pas que tu cherches à nous saouler pour obtenir quelque chose ?

- Martín, je n'ai pas besoin d'utiliser l'alcool pour parvenir à mes fins.

L'autre étouffe un rire gras, je croise le regard anxieux de l'intello à lunettes. Il se racle la gorge et essuie ses mains moites sur son pantalon :

- Bien, alors je t'écoute... Raconte moi comment un homme tel que toi a pu échapper au sort funeste du cimetière.

- On y passe tous un jour ou l'autre... Tu sais, mon traitement ne fait que gagner du temps, rien de plus.

- Ne change pas de sujet.

Palerme les écoute et lève les yeux au ciel. Il brandit son verre plein avec enthousiasme :

- Je ne voudrais pas gâcher vos sincères retrouvailles... À la vôtre !

On l'imite avant de déguster notre coupe. La tension remonte soudainement. Le calme est sinistre, l'attente est oppressante :

- Bien que le plan de la Banque d'Espagne ne soit abandonné au profit de celui de la Fabrique de la monnaie et du timbre... Martín et moi avions convenu un pacte en secret. Il était mis à l'écart pour ce casse... mais quoi qu'il arrive, nous ferions celui pour lequel nous avions passé notre vie à travailler. Le summum des braquages, celui qui nous a tenu en haleine et qui nous a provoqué des insomnies durant des années entières...

- J'en rêve encore.

- ... Mais pour cela, je devais revenir en vie. Je devais revenir en vie et je ne devais pas éveiller les soupçons. En partie, tes soupçons Sergio. Je savais que tu nous en empêcherais. Je savais que tu ferais tout pour nous en dissuader. Je savais que tu serais prêt à faire capoter notre souhait le plus cher. Notre vœu de nous surpasser. Pour son élaboration, je devais mourir. Je suis la pièce maîtresse du braquage de la Banque d'Espagne, Martín ne peut pas le faire sans moi.

- Hé ! Ça va les chevilles ?! On l'a fait à deux je te signale... Comme des parents, c'est notre bébé !

- Calme tes ardeurs mon ami.

Le Professeur écoute attentivement, la main reposant sur le menton. Il est concentré et le toise ému. L'Espagnol pouffe et se rectifie :

- Et même si Martín est aussi l'une des pièces maîtresses de ce braquage, je ne pouvais pas le faire sans lui, tout comme il ne pouvait pas le faire sans moi. Nous avons dépensé trop d'énergie en travaillant dessus. Nous avons donné notre âme pour ce projet. Pour sa concrétisation future, je devais être évincé. Tu ne te serais jamais douté de quoi que ce soit et ce casse serait parti aux oubliettes. Perdu dans le néant d'un imaginaire trop extravagant...

- Tu as simulé ta mort à cause de moi ?

- Le gilet pare balles et l'aide précieuse de Martín sont la clef de ma résurrection.

- Tu as fait tout ça dans mon dos par peur que je n'empêche ton prochain braquage ?

Il est stoïque, médusé, outré. Il n'arrive pas à imaginer le coup tordu que son frère a pu orchestrer pour un simple casse :

- Tu sais, la Banque d'Espagne, c'est la dernière marche du podium, c'est ma consécration.

- Je me moque de ce que tu peux ressentir Andrés ! Je suis ton frère, ta confiance aurait dû passer en premier !

- Nous avons tous des priorités.

- La priorité de l'argent ? L'appel du gain et de l'adrénaline ? Si tu te lances dans cette aventure, tu vas y laisser la vie ! Martín aussi... C'est une pure folie. Tu n'imagines pas l'importance de ce complexe, les coffres forts... Les alarmes, les sécurités... C'est pire que tout ce que tu as pu faire avant. Tu es abusé par cet attrait, c'est maladif, réveille toi !

- Je vis un doux rêve éveillé depuis que je suis installé à Vienne.

Il termine son verre et hausse les épaules. Berlin est bien trop calme sur le moment. A quoi pense t-il ? Est-il en train d'imaginer les liasses de billets entre ses doigts ? Je brise le silence en me tournant vers mon allié :

- Professeur, dis moi que tu vas intervenir dans cette folie à la con ! Tu vas l'en empêcher !

- Si je ne peux pas le raisonner, à quoi bon. Je ne vais pas l'attacher à une chaise et l'enfermer pour le restant de ses jours !

- Tu sais que je ne me laisserais pas faire.

- Oui, je le sais. Je sais que tu es un homme déterminé. Mais tu es majeur et vacciné. Si la mort ne t'effraie pas au profit de la richesse alors... fais le.

J'ouvre de grands yeux ronds. Je déglutis avec difficulté. Je me vois déjà veuve. Encore veuve. Une deuxième fois. Palerme pousse un gémissement de joie en frappant dans ses mains :

- Fais le mais je te préviens, tu seras seul. Je ne t'aiderais pas.

- On n'a pas besoin d'aide ! Andrés et moi formons un duo de choc !

- Je te remercie pour ton honnêteté mon frère. Lorsque ce sera fait, tu reviendras sur ta décision. Tu estimeras mes choix.

- Si je comprends bien, tu baisses ton froc et je vais devoir apprendre à vivre avec un type doublement suicidaire ?

- Que veux-tu dire par là, Alma ?

J'ai réussi à attirer son l'attention. Il passe une main nerveuse dans ses cheveux puis ré ajuste ses lunettes. Les regards sont rivés sur moi, Palerme meurt d'envie de m'étranger. Il en a marre que je mette mon nez dans les affaires de celui qui occupe ses nuits. Cependant, je ne vais pas la fermer et rester sagement assise à hocher la tête. Pour appuyer mes propos, je me lève, croise mes bras et leur fait face. Les trois hommes me dévisagent avec appréhension. Alors, il est où le patriarcat maintenant ? La mâchoire serrée, je bombe la poitrine :

- Ce casse, c'est une chose... On sait tous que vous allez y rester, mais il y a autre chose qui me bouffe les entrailles. J'en ai marre de ne plus fermer l'œil de la nuit. J'en ai marre de dormir avec un flingue sous l'oreiller !

- Nous t'écoutons bella, livre toi à cœur ouvert.

Son numéro de charme ne prend pas, piquée à vif, j'agite mes bras au dessus de ma tête :

- Pedro ! Ce putain de narco qui veut nous faire la peau !

- Jolie rime !

Le latino rit seul à sa propre blague, il ne mérite pas que je relève ses dires. Le Professeur se tourne vers son frère :

- Pedro ? Est-ce qu'il s'agit de l'homme que tu avais rencontré le jour où je suis venu vous voir quand vous vous étiez échappés de la Fabrique ?

- C'est bien lui.

- Quel est le problème avec lui ?

- Il se trouve que je lui dois de l'argent... Une affaire qui n'a jamais abouti. Je pensais que nous réfugier en Autriche nous permettrait de l'effacer de nos vies, mais apparemment ce n'est pas le cas de Rome.

Rome. Rome... Ce nom sonne dur à mes oreilles. Il l'a articulé avec mépris. Il fait exprès de le prononcer afin de me dépersonnaliser. Je ne suis plus sa femme, je suis la braqueuse qui lui a foutu des bâtons dans les roues. Je suis celle qui vient remuer le couteau dans la plaie quand tout lui souriait. Il sombre peu à peu. Son visage se tend, il devient soudainement froid :

- Andrés, tu ne peux pas échapper aux trafiquants de drogues si facilement.

- Si je suis mort, si.

- Justement, tu ne l'es plus ! Vous devez trouver une solution pour empêcher le cartel de vous retrouver. S'il vous retrouve, vous êtes morts.

- Et que comptes-tu faire ? Faire joujou avec ton réseau ?

- Précisément, oui. J'ai encore des contacts avec les Serbes. Ils ont peut-être des informations sur les trafics de drogues environnants et ils pourraient venir vous prêter main forte si les choses venaient à dégénérer...

- On n'est même pas sûr qu'il ne les retrouve ! Ils sont en sécurité dans cet hôtel, qui se douterait ?

- Martín, descends de ton nuage, Sergio est entêté, ne l'oublie pas... Il est entêté et prévoyant.

- Trop prévoyant.

- Je connais une personne fiable, c'est un Croate qui est influent ici en Europe de l'Est. Son nom de code est Marseille, il pourra surveiller vos arrières durant mon absence.

L'Espagnol fronce les sourcils. Il pensait que son frère resterait plus longtemps. Je devine enfin ses pensées. Tout m'est plus clair et je le perce à jour. Bien sûr qu'il lui a manqué même si son ego refuse de l'admettre. Sa famille, c'est quelque chose de sacré. C'est un sujet qui lui fait tourner le cœur et qui le prend aux tripes. Comme les vols et les femmes :

- Ton absence ? Tu nous quitte déjà ?

- Figure toi que j'ai les autorités sur le dos, je ne peux pas rester à un endroit éternellement. Je dois constamment bouger. Je dois vivre caché ! Alors je vais rentrer à Madrid et essayer d'arranger les choses de là bas. Je n'y resterai pas longtemps, n'essayez pas de me joindre, c'est moi qui vous contacterai... Une fois la menace de Pedro écartée, j'aviserai pour vous empêcher de mourir sous les balles de l'armée quand vous braquerez la Banque d'Espagne.

Je rêve où il vient de changer d'avis ?! Mais quelle imposture ! Il se dit être un ange gardien, mon cul, c'est un ange gardien qui retourne sa veste, ouais ! Berlin baisse la tête. Il est flatté de constater le soutien de l'intello à lunettes. Et surtout, il est bouleversé d'avoir réussi à le faire passer dans son camp. La situation a tourné à son avantage en un claquement de doigt. Il le savait, il avait calculé son coup. Il est bien trop intelligent pour laisser passer ne serait-ce qu'une infime occasion de remporter la manche. Son frère ne peut pas l'abandonner. Au final, il est bien content que Palerme ait appelé le Professeur. Il a déplacé les pions de l'échiquier pour lui. Il se lève d'un bond et se redresse fièrement. L'œil attisé par la prétention, il boutonne sa veste en adressant un rictus à Palerme. Ce dernier n'arrive pas à s'empêcher de sourire. Il ne peut pas se contenir dans son euphorie :

- Quelle merveilleuse journée ! J'ai envie de profiter du moment... Il paraît que le club du Red House fait sensation en ce moment...

- Je n'ai pas la tête à sortir.

- Rome, tu es trop prude.

- Rome est coincée en ce moment.

Berlin est électrique et glacial. Un malaise s'installe entre nous, une barrière invisible. Une frontière que je ne peux pas dépasser et qu'il m'a imposé. Le Professeur saisit l'opportunité pour faire valoir sa voix :

- Je n'ai pas envie non plus et encore moins à sortir dans ce genre d'endroit.

- Si tu ne t'éternises pas dans cette belle ville qu'est Vienne, alors j'ai envie d'apprécier cette soirée ! Nous avons du temps à rattraper mon frère, il nous coule entre les doigts et il n'est pas de notre côté...

Le Sud Américain agrippe son poignet et se presse contre lui pour l'encourager :

- Ne fais pas ta mijaurée Sergio, tu n'as pas envie de te trémousser sur la piste de danse ?

- Sans façon.

- Profite de la vie ! Profite de ton frère qui est vivant, la vie est belle !