Remus/Sirius

Remus Lupin, jeune pianiste en galère, soupire en sortant du bus. Ce n'est pas comme s'il s'était attendu à une ovation et des fleurs, mais il aurait préféré qu'on ne se moque pas de lui quand il est entré dans l'amphithéâtre. Certes, à côté de tous ces riches musiciens, il fait tâche, avec son vieux gilet mité et passé de mode et les loques qui couvrent le reste de son corps. Mais tout de même, s'il est boursier, c'est bien que cette école réputée lui fait confiance, et croit en son talent !

En parlant de riches imbéciles, il remarque du coin de l'œil son voisin, Sirius Black. Il n'y a évidemment qu'un bourgeois qui puisse porter un nom pareil. Sa jolie petite maison se situe juste à côté du HLM dans lequel vit Remus, et il le voit presque tous les jours, le salue presque tous les jours. Le mate presque tous les jours, aussi — quoi qu'on pourrait aisément se passer du "presque". Qui le blâmerait, de fait ? Hormis les homophobes, probablement personne. Sirius est beau. Pas mignon, ni "plutôt pas mal" ; il est juste beau. Et un peu bête, quoique brillant. Et très probablement hétérosexuel.

Trop occupé à apprécier la chute de reins du jeune homme, Remus note avec un temps de retard que ledit jeune homme est occupé à évider un potiron, et émet un petit bruit à la fois surpris et amusé au son duquel Sirius se retourne.

— Oh, Remus ! s'exclame-t-il, essuyant la sueur de son visage en ne parvenant ainsi qu'à la recouvrir de potiron. Tu tombes bien ! Tu m'aiderais à vider cette citrouille ? Cette année j'ai décidé de faire les décos moi-même et c'est beaucoup plus compliqué que ce que je pensais...

Surpris par la familiarité de son voisin, et aussi par le fait qu'il connaisse son prénom, Remus ne trouve rien d'autre à dire que :

— Quelle citrouille ?

— Celle que j'ai dans les mains, Remus, prononce lentement Sirius, en détachant bien les syllabes, comme s'il était idiot.

— Oh, ça. C'est un potiron, ajoute le pianiste après un temps, incapable de trouver autre chose à dire ou de trouver la motivation de rentrer chez lui.

— Ah bon ? Tu m'aideras à trouver une vraie citrouille alors, l'année prochaine.

Remus fronce des sourcils. Pourquoi évider des potirons serait une tradition annuelle ?

— Qu'est-ce que tu fais en fait ? Pourquoi tu veux massacrer ce pauvre potiron ? Ou cette citrouille, peu importe.

Sirius lui lance un regard désabusé.

— Halloween, ça te dit quelque chose ? hausse-t-il des sourcils avec un sourire en coin, un peu potiron au coin des lèvres.

Remus ne peut plus détacher son regard de celles-ci.

— On n'est que le premier septembre...

— Halloween c'est sacré ! se récrie Sirius, mimant l'outrage.

Remus hoche distraitement la tête, les yeux toujours fixés sur les lippes un peu rouges de son voisin. Sirius s'humidifie les lèvres.

— T'es libre, demain soir ? J'ai un repas de famille que je dois absolument sécher. Je pourrais passer te chercher vers dix-huit heures et on irait dans ce petit resto que mes parents détestent.

Remus a cours, le lendemain soir. Mais il repense au rire des étudiants, à leur regard condescendant. Quitte à passer la soirée avec un riche, il aimerait autant qu'il soit sympa. Et beau.

— Ouais. Ouais, ok, j'en suis.

— Super ! sourit béatement Sirius en retournant à son potiron.

Après quelques instants de silence et plusieurs coups d'œil jetés au pianiste, Sirius ajoute :

— C'est un date.

— T'as du potiron autour des lèvres, l'ignore Remus, se sentant incapable de dire quelque chose d'intelligent.

Sirius est intéressé par lui, le miteux, le petit pianiste de seconde zone. Son cerveau sature un peu.

— Ah ? Tu penses que tu pourrais me l'enlever ?

Il a ce petit sourire en coin, et les yeux pétillants, et Remus sait ce qu'il a à faire. Il se penche, goûte ses lèvres, les mordille et les suçote, et découvre la langue de Sirius avec la sienne. Sans rompre le baiser, ils ouvrent les yeux et se perdent chacun dans le regard de l'autre. Remus sent s'étirer leurs lèvres en un sourire. Elles ont un goût de potiron.