Seconde chance

Chapitre 1 :

Si la journée avait été merdique la soirée s'annonçait encore pire, il pleuvait des trombes d'eau, la ville était quasiment inondée car plusieurs plaques d'égouts avaient sauté et en prime les bus étaient annulé et ce, pour deux jours. Mais la météo n'était qu'une goutte d'eau de plus dans le vase qu'était devenue la vie d'Hermione Granger. Si elle avait réussi jusqu'à présent à le maintenir en place et à ce qu'il ne déverse son contenue sur le néant de son existence, aujourd'hui il tanguait d'une manière dangereuse sur le bord de la table, et en prime, un chat vicieux nommé Théodore Nott jouait à se frotter et à jouer avec. Le haïr était un euphémisme, si elle pouvait le tuer de ses propres mains sans passer par la case prison et être acclamé par une haie d'honneur serait le comble de son bonheur suprême. Cependant la vie avait décidé qu'Hermione Granger subirait le courroux de Théodore Nott jusqu'à sa propre mort, si déjà le jeune garçon de dix ans lui tirait les cheveux en classe il y a quinze ans, aujourd'hui les mots étaient devenus sa seule arme. Et quelle arme aiguisée ! Elle n'avait jamais compris pourquoi le karma souhaitait tant lui faire manger du verre assaisonné à la sauce piquante, attachée sur une chaise à clous avec Mariah Carey en fond sonore. Elle avait dû être une personne exécrable dans sa vie antérieure, sinon le karma ne se serait jamais autant vengé. Si Hermione avait un esprit analogique et rationnel dans sa tendre enfance, aujourd'hui il n'en était plus, ce salopard de Nott y avait bien contribué d'ailleurs. Dans sa misérable vie elle avait cherché mainte et mainte fois pourquoi le sort s'acharnait sur elle, elle qui ne croyait ni au karma, à la chance ou bien même au coup du sort, et les vies antérieures n'en parlons pas. Mais force était de constaté que sa logique imparable ne pouvait pas avoir réponse à tout, une force divine devait bien être à l'origine de ce merdier monstre.

Le corps gelé Hermione s'arrêta devant la porte de son immeuble, d'un mouvement las de la main elle composa le numéro d'entrée, la porte émit un petit click et s'ouvrit lentement. La jeune femme poussa la surface froide et mouillé de l'épaule avant de pénétrer dans son hall d'entrée, ses pieds nus frôlèrent le sol en pierre tout juste nettoyé. Hermione voyait encore le seau et la serpillère posés près de la porte de la concierge. Aussi silencieusement que possible elle traversa le hall en direction de l'escalier, au passage elle jeta un coup d'œil à sa boîte aux lettres débordant de prospectasses. D'abord une douche chaude, ensuite la boîte aux lettres, pensa la jeune femme.

- Miss Granger ! Tonna la voix tonitruante de la concierge.

La mine déconfite Hermione se retourna vers le bonbon rose qui gardait son immeuble. La femme, toute de rose vêtue, fusillait sa locataire du regard les mains sur les hanches. Et dire qu'elle venait de nettoyer l'entrée il y avait une heure, et cette petite idiote osait le traverser pieds nus et dégoulinante d'eau de pluie.

- Vous n'avez pas honte de salir mon sol ! Continua la concierge.

Alors déjà ce n'est pas ton sol, marmonna Hermione dans sa tête. La jeune femme courba légèrement le dos en avant en signe d'excuse.

- Veuillez m'excuser, Dolorès, j'ai perdu mon parapluie aujourd'hui, s'excusa Hermione.

Et dire que c'était la vérité, ce matin elle avait pensé à prendre son parapluie et bizarrement ce soir elle ne l'avait pas trouvé à son bureau, à croire que l'objet avait mystérieusement disparu. Évidemment le mot disparu n'était pas le sens vrai, Nott avait dû le lui voler lors de sa pause toilette. Déjà la cinquième fois ce mois-ci.

La concierge lui lança un regard mauvais, peu convaincu par cette nouvelle excuse pour salir le sol de l'entrée.

- Un jour c'est votre tête que vous perdrez ma pauv' fille !

Dolorès Ombrage ferma la porte de son appartement, laissant la jeune femme seule dans le hall à patauger dans une eau glaciale. Soupirant de lassitude Hermione grimpa les escaliers menant à son appartement, malgré la concierge toujours de mauvais poil l'endroit était sympathique et cosy, elle se trouvait proche de la ligne de bus qui desservait son travail et sa voisine du deuxième était un amour. Arrivé au quatrième étage Hermione était à deux doigts de rendre l'âme, son corps endoloris ne demandait que repos et chaleur, et heureusement demain c'était dimanche. La jeune femme sortit les clefs de son sac et ouvrit la porte avec, déjà la chaleur de l'appartement lui réchauffait les joues. Un sourire de soulagement fleurit sur ses lèvres dès qu'elle aperçut Pattenrond lové sur les coussins du fauteuil, le gros chat roux dormait à poing fermé roulé en boule. Hermione se délesta de son trench mouillé, ainsi que de son sac à main et ses chaussures à talons, elle ramena ensuite ses cheveux trempés en un chignon las. Elle s'approcha du chat toujours endormi et posa une main sur son pelage, instinctivement le chat ouvrit les yeux pour regarder l'étranger qui osait le toucher, constatant que ce n'était que son esclave il referma ses iris vertes.

- Quelle journée pourrie, souffla la jeune femme d'une petite voix, aujourd'hui Nott m'a fait la misère, et en plus il pleut.

Sous sa main le chat s'était mis à ronronner. Elle sourit, attendri.

- Quelquefois je t'envie, t'as la belle vie toi. Au chaud, nourri et logé gratuitement, et en prime tu as des caresses. Elle soupira. Moi aussi j'aimerais bien qu'on m'aime…

Les larmes de fin de journée commencèrent à pointer aux bords de ses yeux, chaque jour se finissaient de la même manière, elle pleurait à chaude larme sur Pattenrond. Hermione attrapa le chat roux à deux mains, puis elle le coinça contre sa poitrine mouillée. Si d'habitude Pattenrond acceptait les câlins de sa maîtresse empreint de désespoir et de tristesse, cette fois ci la chemise mouillée ne lui plaisait pas, les larmes allaient encore mais il ne fallait pas abuser de sa bonne gentillesse. Dans ses bras frêle le chat se débattait corps et âme pour sortir de l'étreinte humide qu'Hermione lui infligeait.

- Oh, s'il te plaît Pattenrond, soit gentil, supplia la jeune femme assise sur le sol.

Le chat rentrait ses griffes dans sa peau, la meurtrissant et tâchant la chemise d'un joli rouge carmin. A bout de force Hermione finit par le lâcher, peiné et au bord des larmes elle se laissa aller contre le pied du fauteuil. D'une main légère elle examina les blessures à vif sur ses bras, ça piquait fort, puis soudain sa main se mit à trembler quand elle souleva le tissu blanc, dévoilant un bras meurtrit par des années de souffrance. Hermione renâcla avec tristesse, elle détestait sa vie, son corps et elle-même, elle annihilait Nott et sa foutue emprise sur elle. Elle haïssait ce monde dans lequel elle vivait, prisonnière d'un jeu trop puissant pour elle.

- Si seulement je pouvais quitter ce monde, souffla Hermione avec désespoir.

Elle inspira une grosse bouffé d'air, expira, se sécha les yeux et se releva. Avant de se morfondre dans son lit avec une glace au chocolat elle devait prendre une douche et enfiler des vêtements sec et chaud, sinon elle risquait d'attraper une sale crève. La tête ailleurs la jeune femme prit la direction de sa salle-de-bain, Pattenrond sur ses talons quémandant de la nourriture.

Plus tard, lui assura Hermione en pénétrant brusquement dans la salle-de-bain.

Puis ce fut comme si le sol se dérobait sous ses pieds, un court instant elle flotta dans les airs avant de retomber lourdement sur le sol trempé d'eau. Surprit et apeuré Pattenrond courut se réfugier dans un recoin du couloir, observant sa maîtresse étendue sur le sol, inerte. Il aurait aimé s'approcher d'elle pour voir si elle allait bien, mais le sol était trempé d'eau de pluie car la fenêtre n'avait pas été refermée le matin même. Puis, une odeur âcre et métallique commença à se rependre dans l'air. Les oreilles de Pattenrond s'abaissèrent automatiquement, signifiant sa méfiance et sa peur, puis, au creux de la nuit, des feulements de désespoir résonnèrent au 12 Square Grimmaurd.