Disclaimer : Il s'agit d'une suite, le quatrième volet des aventures se déroulant dans l'univers d'Invisible. Il est possible de lire cette histoire sans avoir lu les tomes précédents, toutefois, vous risquez de ne pas comprendre toutes les allusions, ainsi que le passif entre tous les personnages.


Décembre 2031 – Partie I


Les vagues qui frappaient la coque de la barque remplissaient le silence du trajet, m'apaisant à peine, malgré leur régularité et la douceur du bruit. Je jetai un regard peu rassuré à l'homme qui m'escortait. J'avais encore du mal à y croire. Pour moi, ce n'était pas fini. Ce n'était pas encore le moment de reprendre pied avec la vraie vie. Je n'avais pas envie de me confronter à la réalité. Je voulais encore quelques jours, quelques semaines, quelques mois dans cette cellule que j'avais appris à apprécier, quelques minutes entre ces quatre murs qui me réconfortaient, d'une certaine façon.

- On est arrivés, Miss.

Sauf que je n'avais aucune raison de rester plus longtemps à Azkaban. Je me levai lentement, frissonnante. Lorsque j'étais arrivée, c'était la mi-juillet, juste après être sortie de Ste Mangouste, mes blessures à peine guéries. Mais les Aurors n'avaient pas envie d'attendre que ma guérison soit totale. Je devais simplement survivre à ce séjour en prison, pas y entrer en parfaite santé.

Aujourd'hui, en plein mois de décembre, les vêtements que je portais à mon arrivée n'étaient pas les plus adaptés. Le vent transperçait mon chandail, soulevant les pans de mon t-shirt d'été, s'engouffrant dans mon pantalon en toile. Le froid mordit ma peau, mais, finalement, je le ressentis à peine. J'avais appris à vivre avec le froid, quand une dizaine d'années auparavant, sortir sans mon écharpe au mois de mai était impensable.

Je descendis de la barque, faisant attention à ne pas me mouiller. Je ratai mon coup, et reçus une vague dans les chevilles, mouillant le bas de mon pantalon. Je lâchai un juron, acceptant avec tristesse et colère de devoir être mouillée un peu.

- Merci, dis-je à mon escorte, après m'être ressaisie.

- Et faites en sorte de ne pas revenir, cette fois…

Je lui adressai un sourire triste.

- J'ai plus de Rapaces Nocturnes à chasser, et plus d'Invisibles que je peux rejoindre, donc ne vous inquiétez pas pour ça.

Il hocha la tête, et s'éloigna à nouveau sur la sombre mer du Nord. Je le regardai s'éloigner, me demandant pourquoi j'avais cette envie, au fond de moi, de le rappeler. Je voulais y retourner. Je ne voulais pas retrouver la réalité, la vraie vie. Celle où j'étais toute seule, celle où j'avais à assumer toutes les conséquences de mes décisions de ces derniers mois.

Et même de ces dernières années.

Je finis par me raisonner, et par regarder vers l'intérieur des terres, plutôt que vers la mer. Azkaban était une prison bien remplie, les gardes n'allaient pas s'amuser à remplir les cellules avec moi, qui n'avais plus de peine à purger.

Des années auparavant, lorsque j'avais quitté Azkaban pour la première fois, j'avais été accompagnée jusqu'au bureau de Harry Potter. Cette fois-ci, j'étais lâchée sur la jetée, comme n'importe quelle sorcière libérée d'Azkaban, et qui n'avait pas de compte à régler avec d'autres personnes. Bien sûr, je devrais avoir une conversation avec les Aurors, mais cette fois, à l'inverse d'il y a cinq ans, je pouvais m'y rendre le lendemain de ma libération. Est-ce que c'était de la clémence de la part de Harry ou, au contraire, un moyen de me torturer en me faisant patienter ? Je n'en avais pas la moindre idée.

- Astrid !

Surprise, je jetai un œil autour de moi. Je ne l'avais pas remarquée au premier abord, mais une silhouette se tenait debout sur le quai, loin de la zone de déchargement des sorciers libérés d'Azkaban. Je soupirai, et m'approchai. Je me sentais totalement vidée, comme cette journée à Ste Mangouste, quelques mois auparavant, où James était venu pour rompre avec moi.

Et là, alors que j'étais totalement vidée, je devais à nouveau sociabiliser ? Certes, je n'avais pas envie d'être seule face à ma solitude, je n'avais pas envie de me retrouver en ma seule compagnie.

Mais je n'avais pas non plus envie de croiser d'autres personnes.

- Salut, Mélina, la saluai-je sobrement une fois à sa hauteur.

J'adorais toujours autant Mélina, mais je ressentis une pointe de tristesse en voyant qu'elle était la seule présente pour m'accueillir à ma sortie d'Azkaban. Et dans le même temps, j'étais déçue que quelqu'un soit là.

Par Merlin, qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez moi ? Pourquoi est-ce que j'avais autant envie d'être seule qu'être entourée de plein de personnes ?

Mélina dut ressentir que je n'étais pas dans mon état normal, car après une brève étreinte, elle se mit à parler rapidement, comme pour éviter de me laisser le temps de trop réfléchir. De trop parler.

De dire des mots que je pourrais regretter.

- Alors, Chuck devait venir, comme il te l'avait promis, mais il se trouve que leur enfant a décidé d'arriver quelques jours plus tôt, et il est en pleine panique. Depuis hier soir, il fait des allers-retours entre Ste Mangouste et chez eux pour terminer d'aménager la chambre. Les jumeaux devaient venir à sa place, car c'est eux qui ont récupéré le carton avec tes affaires, sauf que Roxanne est malade, et que Fred est partie en catastrophe en Australie car Lily veut que lui et sa sœur fournissent l'équipe qu'elle entraîne. Et, bon, Paige travaillait et n'a pas pensé à demander sa journée… Donc il ne restait que moi. Désolée…

Je secouai la tête, essayant de chasser les pensées noires qui m'obstruaient l'esprit.

- Ne t'excuse surtout pas. Merci d'être là.

- Ouais, ne me remercie pas trop vite, parce que je n'ai pas ton carton d'affaires, il est chez Roxanne et Timothy…

- C'est pas grave, insistai-je. Est-ce que… Est-ce qu'on peut aller voir Chuck et Lola ? Leur enfant doit être né, à cette heure-ci…

Mélina me regarda étrangement.

- T'es sûre ? Tu ne veux pas te poser, voir l'appartement qu'on a trouvé ?

Nerveuse, je pinçai la peau de mon poignet gauche, comme j'avais pris l'habitude de le faire depuis mes treize ans. Je secouai cependant la tête.

Mes amis avaient eu la charge de me trouver un appartement durant mon séjour à Azkaban, car j'avais refusé d'être hébergée chez l'un d'entre eux, en attendant de choisir par moi-même. Je préférais prendre rapidement mon indépendance. Habiter avec quelqu'un qui n'était pas James me semblait impossible, à l'heure actuelle. J'avais besoin d'être rapidement seule dans un endroit que je pouvais désigner comme étant mon propre appartement.

Mais je n'étais pas curieuse de voir quel appartement ils avaient choisi. J'imaginais qu'ils me connaissaient assez bien pour ne pas avoir choisi quelque chose qui ne ressemblait en rien à ce que je pouvais apprécier. J'aurais le temps de découvrir ce lieu plus tard. Pour le moment, je voulais voir Chuck. Et Lola. Et leur enfant.

- Non. Je suis la marraine de cet enfant, je veux le voir… Ou la voir ? demandai-je maladroitement.

Mélina haussa les épaules.

- Secret défense. Chuck et Lola ont gardé le secret.

Elle me tendit le bras.

- Je n'ai pas récupéré ta baguette chez les Aurors, tu devras y aller toi-même, s'excusa-t-elle. Transplanage d'escorte, c'est obligé.

Je me figeai. Des flashs me revinrent soudainement. Moi étant forcée de transplaner avec le fils de Cole, Dylan, avant d'être soumise à l'Imperium.

Je déglutis, et reculai d'un pas.

- Astrid ? T'es toute pâle, tu vas bien ?

La voix de Mélina me parvint de très loin. Lorsque sa main se posa sur mon épaule, je m'en dégageai férocement mais, surtout, avec peur.

- Astrid ?

Je tremblai. Mes mains n'étaient pas stables.

- Je suis vraiment désolée de ne pas avoir ta baguette, si j'avais su que ça te mettrait dans un tel état…

Je n'étais pas une Invisible. Je n'étais plus une Invisible. Et Mélina n'était pas une Rapace Nocturne.

Je pris une profonde inspiration. Face à moi, mon ancienne camarade de Serdaigle me regardait avec appréhension.

- Ce n'est rien, Mélina. C'est juste… Azkaban, ce n'est pas simple.

Dubitative, Mélina semblait hésiter. Ma réaction était disproportionnée, je le lisais dans son regard, et elle voulait continuer cette conversation. Je n'en avais pas la force. Je n'en avais pas l'envie, non plus.

Avec autorité, je pris son avant-bras.

- On va à Ste Mangouste, donc ? dis-je avec simplicité.

Après un dernier regard autour de nous, Mélina nous fit transplaner.

.

.

.

- Je n'ai jamais vu autant de journalistes dans cet hôpital, plus depuis la naissance de Lily Potter ! souffla Wyatt Barrow en se laissant tomber à côté de moi.

Je grimaçai. Le père de mon meilleur ami me posa une main rassurante sur l'épaule, et j'appréciai ce geste. Cela faisait une heure que je patientais dans le couloir, Mélina faisant des allers-retours dans l'hôpital pour pallier à son stress, et les personnes qui passaient me reconnaissaient facilement et m'évitaient soigneusement. Alors, j'étais contente qu'enfin, une personne s'arrête pour passer du temps avec moi.

Je détestais les hôpitaux, depuis longtemps. J'avais d'abord lié cela à la maladie de Jill, ma tante, qui m'avait élevée lorsque mes parents étaient décédés. Ensuite, j'avais lié les hôpitaux à ma ligature forcée des trompes, et, depuis, j'avais autant que possible évité d'entrer dans un bâtiment médical. Et lorsque je n'avais pas réellement le choix, comme aujourd'hui, j'y passais un très mauvais moment.

Le père de Chuck faisait partie des personnes qui avaient été très compréhensives, lors de mon retour à la vie. Apparemment, il comprenait mes décisions, et ma volonté de vouloir faire le bien, à n'importe quel prix. Je pense que le fait qu'il me comprenne aussi bien avait participé à ce que Chuck réussisse à me pardonner, et à me reprendre dans sa vie, en tant que meilleure amie. Je pense que l'argument qui avait convaincu Chuck était celui qu'il avait perdu sa mère, qui était partie et n'avait jamais voulu revenir, alors que moi, certes, j'étais partie, mais j'étais prête à revenir dans sa vie. Dès lors que la discussion se rapportait à sa mère, Chuck perdait toute mesure. Et je lui avais manqué. Beaucoup manqué.

- Ton fils est célèbre, maintenant, Wyatt…

Je m'étais mise à le tutoyer lorsque j'étais revenue dans la vie normale, après avoir quitté les Invisibles. Avant cela, j'avais toujours mis une certaine distance entre nous, m'imposant le vouvoiement. Mais il avait été celui qui m'avait soigné après mon passage à tabac par des Rapaces Nocturnes, des années plus tôt, au moment de la chute des Invisibles, et les mots qu'il avait alors eus pour moi avaient été si durs que je n'avais pas pu lui répondre en le vouvoyant. Le tutoiement était resté.

Le Médicomage hocha la tête.

- Je ne pensais pas qu'il deviendrait un écrivain aussi réputé. Ni que ça serait aussi rapide, reconnut l'homme qui m'avait épaulée à bien des moments de ma vie. Ellie est très fière de lui.

- Il faut bien qu'il ait au moins une mère qui soit fière de lui…, murmurai-je, réalisant trop tard ce que je disais.

Mais Wyatt Barrow ne s'en formalisa pas. Il sourit doucement. Il savait qu'Heather Grimm n'était pas une bonne mère. Elle n'avait jamais voulu l'être, et elle s'était retrouvée enceinte. Pendant quelques mois, elle avait cru qu'elle pourrait l'accepter, et quand elle avait réalisé qu'elle n'en était pas capable, il était trop tard. Et elle s'était retrouvée incapable d'abandonner immédiatement son enfant. Elle lui avait laissé le temps de s'attacher, essayant également de ressentir ce que les mères de son entourage disaient ressentir, sans jamais y parvenir.

- J'ai prévenu toute ma famille, mais elle ne pourra pas faire le déplacement, me dit soudainement Wyatt. Lisa voulait venir, car elle est la seule sorcière de la famille. Sauf que je refusais de la faire sortir de Poudlard pour la naissance de sa nièce. Elle trouve toutes les excuses possibles pour ne pas aller en cours, c'est incroyable. J'aurais pu demander à ce que les autres viennent aussi, bien sûr, mais je ne me voyais pas demander une autorisation spéciale, en même temps, j'aurais préféré, car je ne crois pas que le père de Lola fera le déplacement, et…

Ce fut mon tour de poser une main rassurante sur son épaule.

- Wyatt, est-ce que tu ne serais pas légèrement anxieux à l'idée de devenir grand-père ? me moquai-je.

- Je suis trop jeune pour ça, Astrid, voilà la vérité…

J'éclatai de rire cette fois.

- Sincèrement, il aurait pu attendre d'avoir trente ans pour devenir père !

- Il en a vingt-sept, lui rappelai-je. Ce n'est pas si loin des trente…

Wyatt grommela, apparemment peu enclin à m'accorder cette victoire. Il aurait voulu que Chuck reste un enfant toute sa vie, et qu'il n'ait pas d'enfants. Malheureusement pour lui, ce n'était pas ce qui s'était produit. Chuck avait grandi, avait rencontré Lola en étant adolescent, et ils ne s'étaient jamais séparés.

Maintenant, ils allaient avoir leur premier enfant, et dans quelques mois, ils se marieraient. Et moi, j'étais la marraine de leur enfant.

- Thé pour tout le monde ! nous surprit une voix.

Mélina revenait de la cafétéria, faisant voler devant elle des tasses de thé. Une se déposa entre mes mains, l'autre entre celles de Wyatt. Il en restait encore trois, en suspension dans les airs.

- C'est pour qui ? m'étonnai-je avec stupeur.

- Paige a demandé une pause, pour nous tenir compagnie quelques instants. Elle veut discuter avec toi, Astrid, concernant un traitement pour tes douleurs…

Je hochai la tête, sans donner plus d'explications à Mélina, qui semblait pourtant en demander.

- Roxanne m'a envoyé un hibou pour m'annoncer que malgré sa maladie, elle allait venir. Wyatt, préparez vos meilleurs arguments pour la convaincre de se soigner, car elle avait une tête épouvantable ce matin, et je profite de son absence pour le dire, car j'ai trop peur des représailles sinon.

Je comptais dans ma tête. Il restait encore une tasse de thé. Et à l'odeur, ce n'était pas du thé. C'était du café. Je sentis mon cœur rater un battement.

- La dernière est pour moi, souffla Mélina en se laissant tomber sur une chaise libre. Je suis épuisée, je suis au café, aujourd'hui.

Mon cœur tomba au fond de ma poitrine.

Pendant un instant un peu fou, j'avais cru que la dernière tasse était pour James. Sauf que non. Mon espoir était stupide et vain.

Je ne savais pas où était James. Est-ce qu'il était revenu de son voyage autour du monde, ou pas encore ? Est-ce qu'il allait reprendre contact avec moi, ou bien prévoyait-il de ne pas m'adresser la parole tant que je n'aurais pas fait le choix de me soigner un minimum ? Est-ce que j'avais le droit de me poser ce genre de questions ? J'avais cru que notre conversation, en juillet, m'avait aidée à y voir plus clair, mais je réalisais soudainement que j'avais encore plein d'attentes le concernant.

- Est-ce que vous avez vu tous les journalistes dans le hall ? souffla Mélina. Une horreur ! Astrid, il faudra que tu fasses attention en sortant.

Je lui lançai un regard surpris en prenant une gorgée de thé bien noir.

- Pourquoi cela ?

- Eh bien… La rumeur est déjà parvenue à leurs oreilles que tu étais sortie d'Azkaban, et que tu étais la marraine de l'enfant du plus célèbre écrivain de cette décennie et de la fille du ministre espagnol de la magie. Et comme tu es une célébrité à toi toute seule…

Je fermai les yeux, retenant la flopée de jurons qui me venaient en tête. Pourquoi est-ce que tout devait devenir compliqué, dès lors que j'entrais dans l'équation ?

Parce que tu as fait le choix de rejoindre les Invisibles.

Même lorsque mon horloge parlante n'était pas là, j'entendais ses reproches.

- Astrid, Mélina, que faites-vous pour Noël ? nous demanda subitement Wyatt en sautant sur ses pieds.

À force de côtoyer Wyatt, j'avais fini par comprendre que l'incapacité de Chuck à rester en place trop longtemps était un héritage de son père.

- J'évite ma famille, grimaça Mélina.

Je lui jetai un regard désolé. Son père n'était pas tendre avec elle. Il l'avait toujours rabaissée, un peu parce qu'elle était une sorcière et qu'il ne comprenait pas ce que cela signifiait, beaucoup parce qu'il estimait qu'il fallait endurcir ses enfants en se montrant sévère avec eux, et énormément parce qu'il avait toujours cru que Mélina n'était qu'une personne stupide et fragile. Je l'avais vue pleurer quelques fois à Poudlard, mais ce n'était qu'après ma fausse mort qu'elle s'était confiée à nos amis, leur avouant du bout des lèvres que son père la détruisait psychologiquement à petit feu, sous couvert de vouloir la préparer au vrai monde.

- Ton frère passe Noël avec ton père ? demandai-je.

Elle secoua la tête, mais n'ajouta rien de plus.

- Et toi, Astrid ? me demanda Wyatt.

Je lui lançai un regard entendu.

- J'ai pris mon petit-déjeuner à Azkaban, et toute ma famille est décédée. Crois-tu que j'ai un endroit où aller à Noël ?

- Venez le fêter à la maison, nous invita aussi sec Wyatt. Je refuse que vous soyez seules pour Noël.

Aussitôt, je protestai, Mélina avec moi.

- Il est hors de question qu'on s'impose à votre repas de Noël ! s'insurgea Mélina.

- C'est gentil, Wyatt, mais tu en as déjà fait beaucoup pour moi, depuis toutes ces années.

Il nous menaça du doigt.

- Ce n'était pas une invitation que vous pouviez refuser, mais un ordre, nous apprit-il. Vous serez à la maison pour Noël, et vous avez plutôt intérêt à être à l'heure, ou bien Ellie s'occupera de vous.

Je déglutis. Je n'avais aucune envie de me faire disputer par la belle-mère de Chuck comme une vulgaire collégienne. Mélina soupira.

- Wyatt, je te jure que j'aime autant passer Noël toute seule…

- Non, c'est exclu. Chuck m'en voudrait trop de ne pas vous l'avoir proposé. Vous serez avec nous à Noël, et…

La porte devant laquelle nous patientions s'ouvrit alors. Une collègue de Wyatt en sortit.

- Depuis le temps que j'en rêvais… Je peux maintenant t'appeler grand-père, comme le vieux que tu es devenu !

Wyatt devint blanc comme un linge, réalisant soudainement ce que ça voulait dire.

- Ton fils et ta belle-fille t'attendent. Ainsi que ta petite-fille. Ils se sentent prêts à recevoir des visites.

Wyatt hocha la tête, et dépassa sa collègue Médicomage sans rien dire. Elle le regarda en secouant la tête, avant de s'éloigner dans le couloir, non sans nous avoir prié de patienter ici, et ne pas aller ennuyer tout de suite la famille. Si Lola n'acceptait des visites que maintenant, c'est qu'elle devait vraiment être épuisée.

- Première fois que je vois un Barrow être aussi silencieux, me fit remarquer Mélina.

- Et moi donc, confirmai-je avec un petit sourire en coin.

Nous restâmes silencieuses quelques secondes, jusqu'à ce que Paige arrive.

- Alors… C'est une fille, pas vrai ? nous demanda-t-elle avec son air éternellement rêveur.

Que Paige soit dans une autre dimension que la nôtre la plupart du temps ne l'empêchait pas d'avoir parfois des illuminations. Elle semblait persuadée que l'enfant de Chuck serait une fille. Mélina me lança le regard que nous avions chaque fois que Paige nous surprenait ainsi, et je haussai les épaules. Je ne cherchais plus à comprendre. Paige était ainsi, il suffisait de l'accepter.

- C'est une fille.

- J'en étais sûre, murmura Paige avec gentillesse.

Elle se servit une des tasses de thé apportée par Mélina, et s'installa avec nous.

- Astrid, je suis contente de voir que tu es sortie d'Azkaban. J'ai préparé des remèdes pour tes douleurs.

Elle sortit quelques fioles de sa blouse, et me les tendit.

- C'est des tests. À toi de voir ce qui contre le mieux la magie noire qui fait effet sur la ligature de tes trompes…

Mélina écarquilla légèrement les yeux, mais ne prononça pas le moindre mot, par égard à ma discrétion de ces dernières années. Quelques personnes étaient, bien entendu, au courant de ce que les Rapaces Nocturnes m'avaient fait subir, mais je n'avais pas voulu en parler à Mélina, pour plusieurs raisons. Aujourd'hui, elle l'apprenait de manière brutale, tout comme moi je l'avais appris brutalement, bien des années en arrière.

Ma gorge se serra, comme à chaque fois qu'on me rappelait cette mutilation que j'avais subie sous l'emprise des Rapaces Nocturnes. Une vague de colère s'empara de moi, et je me levai violemment, effrayant quelque peu Mélina, qui recula instinctivement sur son siège. Mais je n'en avais rien à faire. J'avais le droit d'être en colère, tant pis si cela ne lui plaisait pas.

La porte où était entré Wyatt s'ouvrit à ce moment.

- Astrid ? m'appela-t-il. On te demande…

Pile au bon moment. Cela valait certainement mieux que Wyatt soit intervenu à cet instant. J'aurais potentiellement déversé ma colère sur Paige et Mélina, qui n'avaient rien demandé.

Je poussai un soupir pour tenter de me calmer, sans y parvenir, et décidai de ne pas me forcer. Je serais sûrement plus calme une fois en présence de Chuck et Lola… et de leur fille.

Si j'avais été surprise de voir Wyatt Barrow aussi silencieux, je le fus encore plus en constatant le calme dont faisait preuve Chuck, une fois que je l'eus rejoint.

Je connaissais Chuck depuis nos onze ans, depuis le premier septembre 2015 dans le Poudlard Express, où un jeu stupide, qui consistait à expliquer à l'autre pourquoi notre famille était la plus bizarre des deux, nous avait rapprochés. Chuck parlait tout le temps. De tous les sujets, avec tout le monde. Il n'était jamais silencieux, et cela tenait du miracle qu'aucun professeur ne lui ait jamais lancé le moindre sortilège de mutisme, pour avoir la paix durant son cours.

Aujourd'hui, pourtant, Chuck était silencieux. Il traversa la pièce en silence, me serra dans ses bras à m'en broyer les os, montra Lola puis leur fille, mais toujours dans le silence. Je regardai Lola, surprise. Elle haussa les épaules, visiblement épuisée. Elle tenait sa fille dans ses bras.

- Profite de ce moment où les Barrow sont silencieux, me supplia-t-elle.

Je hochai la tête, compréhensive, et m'approchai doucement d'elle.

- Félicitations.

Et cette fois, je le pensai réellement, pas comme lorsqu'elle avait annoncé, à James et moi, qu'elle était enceinte, et qu'une vague de jalousie m'avait envahie. Elle dut s'en rendre compte, car le sourire de Lola n'était plus hésitant lorsqu'elle me remercia. Je pris un fauteuil, et le tirai à côté du lit de Lola, m'installant pour être à son niveau.

- Comme il est toujours incapable de parler, laisse-moi te présenter Alicia…

Lola s'interrompit, et regarda Chuck, qui paraissait toujours dans l'incapacité de parler.

- Ta filleule. Chuck avait une demande à te faire, concernant son deuxième prénom.

- Ah ? murmurai-je.

J'étais fascinée par le bébé, qui bougeait à peine dans les bras de Lola. La Médicomage avait dit à Wyatt qu'ils avaient eu le temps de se reposer avant de recevoir des visites. Je me demandais depuis combien de temps ils profitaient de leur fille, avant de finalement nous autoriser à entrer dans la pièce.

- Chuck…, insista Lola.

- Hum ? Oh, oui. Oui, Astrid, j'aimerais bien que son deuxième prénom soit Jill. Si tu es d'accord.

Le choc de la demande et la violence avec laquelle j'encaissais la nouvelle m'empêchèrent de répondre immédiatement. Je regardai l'enfant, le minuscule bébé, et je grimaçai. Lola et Chuck me regardaient à présent avec appréhension. J'avais cru être discrète dans ma réaction, mais selon toute vraisemblance, ils avaient vu que je n'étais pas à l'aise avec leur demande.

Et c'était le cas. Donner le nom de ma tante décédée à leur fille était un geste important, magnifique, mais qui avait une lourde signification. Il y avait toujours un jour, dans la vie des enfants, où ils s'interrogeaient sur le choix de leurs prénoms. Je ne voulais pas que leur fille apprenne que Jill était ma tante, et que je ne pourrais jamais donner son prénom à un enfant qui serait le mien, puisqu'avoir des enfants biologiques n'était pas envisageable dans mon cas.

Oh, Merlin, cette journée était définitivement bien trop riche en émotions pour moi.

- Chuck, Lola… Est-ce que vous réalisez le poids que c'est, pour un enfant, de porter le prénom d'une personne qui est décédée trop tôt ? J'ai vécu pendant des années avec James, et…

L'amertume de notre rupture me revint soudainement en mémoire.

C'était comme si, pendant ces quelques mois à Azkaban, j'avais fait en sorte d'étouffer tous mes souvenirs, toutes mes émotions contradictoires, toutes les pensées qu'il fallait pourtant que j'aie pour avancer et évoluer et que, soudainement, toutes ces sensations frappaient à la porte de mon cerveau et m'empêchaient de réfléchir correctement. J'inspirai profondément.

Je ne pouvais pas m'agacer pour un aussi petit sujet. Je ne devais pas m'énerver aussi rapidement, je ne devais pas laisser les émotions guider ma colère et m'aveugler totalement. Je devais apprendre à réfléchir comme une sorcière, plus comme une Invisible.

Je n'étais plus une Invisible.

Et peut-être que pour ne plus être une Invisible, je devais comprendre que si mon meilleur ami voulait que cette enfant ait le prénom de Jill, c'était parce qu'il tenait à moi et à ma tante décédée, et qu'il souhaitait lui rendre hommage en lui donnant ce prénom.

- C'est votre fille. Si vous souhaitez lui donner Jill comme deuxième prénom, c'est votre choix, et j'en serai très touchée. Mais n'oubliez pas qu'elle vous demandera pourquoi vous avez choisi ces deux prénoms, et qu'elle va obtenir un héritage qui n'est pas le sien.

- T'es ma meilleure amie, me dit avec simplicité Chuck. Bien sûr que cet héritage est également le sien.

Ma gorge se serra un peu plus. La simplicité avec laquelle Chuck me disait cela était bouleversant, pour moi. Avant que je ne parte avec les Invisibles, il ne me présentait pas toujours comme sa meilleure amie, donnant plus facilement ce titre à James. Le fait qu'aujourd'hui, jour de la naissance de sa première enfant, mais aussi jour où j'étais libérée d'Azkaban, il me qualifie spontanément de meilleure amie, me prouvait qu'il avait passé une nouvelle étape dans son processus de me pardonner.

Alors que, moi-même, je n'arrivais pas encore à accepter de me faire soigner pour tous les maux qui me hantaient.

- C'est votre choix, dis-je simplement, au moment même où Lola se redressait et me tendait d'autorité leur fille.

Par automatisme, je réceptionnai l'enfant dans mes bras, et une immense tristesse m'envahit immédiatement, sans que je ne sache exactement à quoi elle était due. Est-ce que c'était parce que je savais que je ne serais jamais à la place de Lola, ou bien parce que je réalisais petit à petit que son deuxième prénom allait être celui de ma tante décédée ? Aucune idée. Ce qui était certain, c'est que je me dépêchai de dissimuler ma tristesse sous un sourire attendri. Et, dans le fond, j'étais attendrie par cette scène, et par le fait que mon meilleur ami devienne père. Après tout, il avait toujours voulu d'une grande famille, avec plein d'enfants, et il la commençait aujourd'hui, avec Alicia.

- Je te la rends, finis-je par murmurer à Lola.

Chuck et son père discutaient à voix basse.

- Je vais laisser la place aux autres visiteurs, expliquai-je à Lola qui me regardait avec étonnement. Ils sont nombreux…

Chuck réalisa que j'étais en train de m'éloigner, et il s'approcha rapidement, me bloquant la sortie.

- Merci d'être venue. Et désolé de ne pas avoir été là pour ta sortie d'Azkaban…

Je secouai doucement la tête.

- Tu avais bien plus important à régler, lui fis-je remarquer. Ne t'inquiète pas. Je ne vais pas y retourner, on aura le temps de discuter. Prends le temps de t'installer tranquillement avec Lola et Alicia, et on se verra bientôt.

Il me serra dans ses bras, et je lui rendis son étreinte. Mon meilleur ami m'avait manqué, pendant mon séjour. Il avait fait en sorte de me rendre visite, mais je n'avais pas le droit à trop de visites, et lui avait beaucoup à régler. Sa fiancée était enceinte, et son prochain livre devait bientôt sortir.

Mélina et Paige étaient en train de discuter avec Roxanne. Le dortoir des Serdaigle était au complet, avec l'arrivée de notre dernière camarade. Elle se tourna vers moi en entendant la porte s'ouvrir.

- Salut Astr…

Les salutations de Roxanne furent interrompues par ses deux éternuements. Je grimaçai, comme tout le monde dans le couloir.

- Tu n'entres pas dans cette pièce si tu ne te fais pas soigner auparavant, lui dit sévèrement Paige.

Il était toujours étonnant d'entendre Paige parler avec une telle fermeté sur son lieu de travail, alors qu'elle était capable de se perdre sur le chemin lorsqu'elle rentrait chez elle. C'était d'ailleurs tellement étonnant que Roxanne ne fut pas capable de se défendre, et qu'elle avala sans rechigner la potion que lui tendit Paige. Un exploit dont peu de personnes pouvaient se vanter – pour être honnête, je n'étais pas certaine que les parents de Roxanne aient eux-mêmes réussi à faire en sorte que leur fille se soigne, lorsqu'elle était malade et qu'elle vivait encore avec eux. Et j'étais certaine que son mari n'avait jamais réussi à lui faire entendre raison, et qu'il n'avait jamais pu lui faire avaler le moindre remède.

- Mélina, est-ce que tu veux entrer ? lui demandai-je.

- Tout de suite, me confirma mon amie. Ensuite, on ira dans ton appartement…

Je hochai la tête, tandis que Mélina se glissait dans la chambre que je venais de quitter.

Roxanne éternua encore cinq ou six fois d'affilée, tandis que Paige lui assurait que c'était normal, simplement des effets secondaires de la potion qu'elle avalait. Je me tournais vers celle qui fut ma camarade de dortoir pendant sept ans.

- Malade ?

- Comme toujours à cette période, pesta Roxanne. Tu t'en souviens, j'imagine…

Je hochai la tête. Plus d'une fois, à Poudlard, Roxanne avait dû aller à l'infirmerie pour demander un traitement, parce que je refusais qu'elle soit malade sur le terrain de Quidditch – et également parce que je refusais qu'elle rate un entraînement de Quidditch parce qu'elle était malade. L'infirmière et moi n'étions pas trop de deux pour la convaincre de se soigner un minimum.

Elle m'adressa un sourire un peu tordu, entre la joie de me revoir et la colère due aux raisons qui avaient fait que nous ne nous étions que peu vues ces deniers mois.

- Bon… Tu vas comment ?

Je haussai les épaules, ne sachant trop quoi dire. Ni bien, ni mal, mais je supposai que ce n'était pas la réponse attendue pour une personne qui sortait tout juste de cinq mois et demi de prison. Roxanne, compréhensive, hocha la tête. Elle agita alors sa baguette magique, et un carton apparut. Elle le posa sur une des chaises du couloir.

- Tes affaires, m'expliqua-t-elle. James les a confiées à Chuck, qui me les a confiées lorsque Lola a commencé le travail, et…

- Merci, l'interrompis-je.

La mention de James m'avait bouleversée plus que je ne voulais le montrer. Il était la seule personne dont je n'avais eu aucune nouvelle, durant mon séjour à Azkaban. Les autres m'avaient envoyé des lettres, j'avais même eu quelques visites de Harry Potter, que ce soit en tant que chef des Aurors ou bien en tant que proche, et aussi de Chuck. Mais de James, aucune nouvelle. Roxanne devait très bien le savoir, parce qu'elle parut soudainement confuse.

- Mélina m'a dit que Fred était en Australie ? demandai-je alors.

Le soulagement de Roxanne fut palpable. Elle était ravie que nous changions de sujet. Elle hocha frénétiquement la tête.

- Lily veut doter l'équipe qu'elle entraîne avec notre matériel. C'est un super contrat. Comme on vient juste de changer de logo, c'est bien qu'on soit rapidement visible sur une équipe complète et titulaire, pour ne pas trop perturber nos clients…

- Vous avez changé de logo ?

- Oui ! Mélina ne t'a pas dit ? Elle s'en est occupée…

Je souris, me demandant si toutes les conversations allaient être aussi simples que celle-ci. Je l'espérais. Je n'avais pas envie de me creuser les méninges à trop réfléchir à comment m'adresser à mes amis, dans les prochaines semaines.

Il y avait deux ans de cela, Mélina avait abandonné son travail dans la maison d'édition qui gérait les contrats de Chuck, et s'était enfin décidée à monter sa propre boutique de crayons dont les couleurs variaient, même une fois posés sur le papier. Petit à petit, elle avait développé toute une papeterie qui rendait jaloux les plus anciens du métier. Elle avait toujours eu un don pour le dessin, et j'étais contente d'apprendre qu'elle avait mis ses dons à disposition des jumeaux.

- C'est super.

- Oui, comme tu dis…

Le silence retomba dans le couloir.

Au temps pour les conversations faciles à ravoir.

La porte s'ouvrit sur Mélina, qui sortit, les joues un peu roses.

- On y va ? me demanda-t-elle. Je ne veux pas te presser, mais j'ai décalé l'ouverture de la boutique, et je vais devoir m'y rendre bientôt…

- Je te suis. À bientôt, dis-je simplement à Roxanne et Paige.

Elles entraient déjà dans la pièce où se trouvaient Chuck et Lola. Je désignai mon carton à Mélina, qui le miniaturisa avant de me le tendre. Je le glissai dans la poche de ma veste.

- C'est dingue que Chuck soit père…, murmura Mélina.

- Je ne te le fais pas dire. Est-ce qu'on peut sortir par la sortie arrière ? demandai-je à Mélina. Tu as dit qu'il y avait des journalistes dans le hall…

- On sort par l'arrière, alors, me proposa Mélina.

Je retins un soupir de soulagement. Je n'avais aucune envie de croiser aussi rapidement les journalistes. Ils ne tarderaient de toute façon pas à me retrouver, et à m'interroger sur ce qui s'était passé en juin dernier. Je ne savais pas ce qui était paru ou non dans les journaux, et je voulais d'abord en savoir plus avant de les croiser.

Ou de faire en sorte de ne jamais les croiser, si cela était possible.

.
.

.

Je regardai autour de moi. L'appartement était assez spacieux pour m'y accueillir, et même pour accueillir quelques invités. Mais est-ce que j'aurais le courage d'inviter des amis à boire un verre avec moi ? Est-ce que j'avais encore de vrais amis ? La question se posait sérieusement. Mélina ne me regardait pas réellement dans les yeux, Roxanne m'avait parue distante, et Paige n'avait sorti aucune phrase décalée lorsque nous nous étions vues, ce qui ne lui ressemblait pas.

- Hum… ça te plaît ? s'enquit Mélina. Fred, Roxanne, Chuck et moi l'avons trouvé à ton goût, bien sûr, c'est une location, et…

- C'est parfait. J'imagine que ça n'a pas été simple de trouver un appartement qui acceptait une ancienne Invisible…

Mélina tenta de rester neutre, mais je remarquai tout de même sa grimace. La tâche avait dû être ardue. Je le savais, cela avait déjà été le cas lorsque les Invisibles étaient tombés. J'avais dû batailler pour trouver un appartement sur le long terme, et lorsque j'avais emménagé avec James, mon propriétaire n'avait pu s'empêcher de paraître soulagé de me voir partir.

- Roxanne et Fred ont fini par demander à leur oncle de se porter garant.

Je n'avais pas besoin de demander de quel oncle il s'agissait. Bien sûr, Harry s'était porté garant. J'avais cru qu'il m'en avait énormément voulu d'être à nouveau partie en mission avec des Invisibles, mais il semblait qu'il avait surtout eu très peur pour moi, en apprenant le passif de mes parents avec Cole. Certes, il n'avait pas été tendre dans sa manière de s'adresser à moi, mais il n'avait pas non plus été trop accusateur. Et il s'était porté garant pour moi, sans aucune hésitation, je n'en doutais pas. Harry dans toute sa splendeur.

- L'appartement est super, assurai-je à Mélina.

Elle souffla, soulagée. Elle avait réellement dû craindre que je n'apprécie pas l'appartement, et que je décide de déménager rapidement. Mais je ne me sentais pas le courage de faire ça, et, sincèrement, j'appréciais l'appartement qu'ils m'avaient trouvé.

- Je l'ai un peu décoré, j'espère que c'est à ton goût…

- C'est super.

- Et il semble que tu as un voisin dans l'appartement 301, mais la propriétaire nous a dit qu'il était souvent absent, donc tu ne devrais pas avoir de problème avec lui.

- Et l'appartement 303 ?

Mélina haussa les épaules.

- Condamné. Apparemment, des épouvantards trouvent toujours le moyen de s'y cacher, la propriétaire ne veut plus le louer, elle en a marre de toujours devoir intervenir pour les faire partir.

J'étouffai un petit rire. Être toujours confronté à ses peurs ne devait pas être agréable, en effet. Je n'avais aucune envie que cela soit mon cas, par ailleurs.

- Vous l'avez trouvé quand ? demandai-je.

- Il y a une semaine. C'est pour ça qu'un carton de tes affaires se trouvait encore chez nous. On n'a pas eu le temps de tout apporter, mais maintenant… C'est fait.

- Super. Et, euh… Fléreur ? Qui le garde ? voulus-je savoir.

Après tout, lorsque j'étais à Ste Mangouste, en juillet, James m'avait annoncé vouloir partir, sans me dire ce qu'il faisait de l'animal.

- C'est tes beaux-parents… Tes ex-beaux-parents qui le gardent, se reprit tardivement Mélina. Tu vois M. Potter demain, c'est bien ça ?

J'acquiesçai, me rappelant que cette conversation ne serait sûrement pas des plus tendres. Je récupérerai Fléreur à ce moment. À moins que James ne veuille le garder ? Il aimait bien les animaux, mais Fléreur n'était pas à lui, et il n'avait sûrement pas envie d'en obtenir la garde. Pour être honnête, j'avais bien envie d'avoir cette compagnie avec moi, durant les prochains mois, afin de ne pas passer seule les soirées dans cet appartement.

Oh, par Merlin. Tout devenait complexe dès lors que j'ajoutais James à mes pensées. Mélina semblait d'ailleurs éviter le sujet, et ne cherchait pas à le mentionner. Qu'est-ce que James avait bien pu leur dire, en juillet, lorsque j'étais à Ste Mangouste puis à Azkaban ? Est-ce qu'il leur avait tout raconté ? Pourquoi j'étais partie, pourquoi il avait rompu ? J'avais besoin de savoir.

- Mélina…

- Oui ?

Mon amie regardait autour d'elle, comme essayant de me visualiser dans l'appartement, pour s'assurer que j'y aurais ma place.

- Qu'est-ce que tu sais, exactement, de ce qui s'est passé au printemps dernier ?

Elle cessa de regarder partout dans mon appartement, et me fixa avec une douceur que je n'avais que rarement vu dans ses yeux. On aurait dit qu'elle cherchait à me ménager. Je détestai ce regard.

- Tu as plus ou moins renoué avec les Invisibles pour une dernière mission…

Je hochai la tête, l'incitant à poursuivre.

- Et tu as découvert des informations sur tes parents.

Mon ventre se tordit.

- Quelles informations ?

Elle secoua la tête.

- Il ne nous a pas dit exactement. Il ne semblait pas être au courant de tout, ou bien ne voulait-il pas être celui qui nous l'annonçait.

Mélina ne prononçait même pas le prénom de James. Elle ne voulait pas que je puisse enchaîner sur lui, que je puisse lui demander ce qu'elle savait de lui, de ce qu'il avait fait ces derniers mois. Très bien.

- Il a aussi mentionné le fait qu'un Invisible est mort pour te sauver.

Elle avait dit cette dernière phrase dans un murmure. Je déglutis.

- Effectivement.

Le silence tomba à nouveau dans la pièce, épais, étouffant. Mélina paraissait suffoquer.

- Bon… Je dois aller travailler. Tu veux que je repasse ce soir ?

- Non, ça ira, dis-je à Mélina.

- T'es certaine ? Je peux manger avec toi sans problème, je n'ai rien de prévu, et…

- Je t'assure. Je vais prendre mes marques dans cet appartement, doucement. Et puis, tu reviendras lorsque je serai prête à te recevoir pour boire un verre ! proposai-je avec une joie forcée.

La dernière fois que Mélina était venue boire un verre chez moi, c'était également chez James. Elle dut s'en rappeler comme moi, car elle n'ajouta rien. Elle traversa le salon qui faisait également office de salle à manger, et vint me serrer très fort dans ses bras.

- Tout va bien aller, Astrid. Tu l'as déjà fait, de reprendre pied avec la vie réelle.

Je retins un rire nerveux. Est-ce qu'elle faisait allusion à lorsque j'étais revenue à la vie suite à ma fausse mort, ou bien à mon premier séjour à Azkaban ? C'était une bonne question, mais je n'étais pas certaine d'avoir envie de me lancer dans ce débat avec elle immédiatement.

- On se revoit très vite, me promit-elle avant de sortir de l'appartement.

La porte claqua derrière elle dans un bruit sinistre. Lorsque j'aurai récupéré ma baguette, je m'occuperai de la huiler. Mais en attendant, j'étais seule.

Désespérément seule.


Lumos

Bonne année à tous, qu'elle soit remplie de bonnes choses pour les 365 jours à venir !

Oui, je sais. J'avais juré que l'univers d'Invisible était derrière moi. Sauf que l'univers d'Invisible s'est rappelé à moi avec le confinement de mars, et qu'il ne m'a plus lâché depuis. Alors, bienvenue dans cette nouvelle histoire ! On reprend l'histoire du point de vue d'Astrid, et on devrait croiser beaucoup de personnages que vous avez déjà vus. Certains dont nous ne connaissions pas le destin, par ailleurs... Écoutez, je ne sais pas quoi vous dire de plus. Je suis un peu stressée de recommencer une histoire sur cet univers, ah ah. Alors, je vous souhaite une bonne lecture.

Au vu des chapitres, et du fait que j'ai moins de temps pour écrire que lorsque j'étais étudiante, les chapitres seront découpés pour avoir une taille plus "raisonnable" et seront publiés tous les 15 jours, les vendredis. Et bien entendu, comme on ne change pas une équipe qui gagne, DelfineNotPadfoot a une nouvelle fois accepté de corriger mes chapitres avant publication.

Nox