Notes

Suggestions musicales :

A la gare :
- Raiders of the Lost Isla Nublar — Michael Giacchino, Jurassic World: Fallen Kingdom. (Jusqu'à 01:00)

Foncer à l'aiguillage :
- Stranded in SEAS Jungle – Tilman Sillescu et Pierre Langer, Paraworld.
- Catching the Train — Rupert Gregson-Williams, The Legend of Tarzan. (Jusqu'à 01:45)
- Baloo – Basil Poledouris, Jungle Book. (A partir de 02:15)
- The Railroad Waits for No One – Hans Zimmer, The Lone Ranger.
- The Twelve Towers et Race to Libertalia - Henry Jackman, Uncharted: A Thief's End.
- End of the Line – Henry Jackman, Uncharted: The Lost Legacy.

L'attaque du Humvee :
- Ambushed – Henry Jackman, Uncharted: The Lost Legacy.


-o-


— Comment pourraient-ils faire tomber le train depuis le viaduc ? Demanda Franklin.

— En le faisant prendre la voie qui y mène, répondit Owen.

— Et comment on fait changer un train de voie ?

— Via l'aiguillage ! S'écria Claire soudainement.

— L'aiguillage ? Répéta l'informaticien.

— La situation est la même que dans le dernier Uncharted, le spin-off avec Chloé. Sauf qu'on doit faire l'inverse…, expliqua-elle, se rappelant de sa partie quelques mois plus tôt et de l'acte final du jeu. Vous avez encore votre téléphone, Franklin ?

— Non. Je l'ai laissé dans la voiture de Benito…

— J'ai encore le mien, intervint Owen. Mais j'ai très peu de batterie, ajouta-il après avoir consulté son écran, où une valeur d'à peine dix pourcents était indiquée à côté d'une pile. A peine de quoi passer un appel…

— Préviens quelqu'un de confiance, lui dit sa concubine.

Il acquiesça et appela Juan.


A la gare, les derniers préparatifs du Transpercebouse étaient en cours alors que la journée tirait sur sa fin. Le train était si long que posé sur la boucle autour de la vieille gare, il encerclait complètement ses bâtiments et s'étirait presque jusqu'à la barricade dressée en vue du pont routier, avec son énorme locomotive semblant défier les journalistes et les curieux rassemblés en haut du pont. En tout, le Transpercebouse comptabilisait une soixantaine de wagons et faisait environ un demi-mile de long. C'était très probablement le plus grand train ayant jamais circulé au Costa Rica.

Enfermés dans des containers, des cages ou des caisses, tous les animaux qu'il devait transporter étaient là et Brice Le Goff et les autres vétérinaires présents sur place avaient administré des sédatifs aux plus grands et aux plus puissants d'entre-eux. Il n'était en effet pas question qu'ils paniquent à cause du transport et fassent dérailler le train. Ainsi, lorsqu'ils se réveilleront, ce ne sera que des heures plus tard, après l'arrivée du convoi au complexe portuaire. Les seuls animaux qui manquaient à l'appel étaient Toro et Ariane, qui étaient toujours en liberté dans la jungle entre le Site D et le village de Corrales, qui jouxtait la voie ferrée. L'hélicoptère de l'UCA survolait ce secteur, attendant qu'ils sortent du couvert des arbres. Le sabotage au Site D ayant entraîné du retard sur le planning, Torres avait donné l'ordre de ramener les deux carnotaures au Site D et de les rayer de la liste de l'Arcadia car ils affrèteraient un avion plus tard pour les transporter aux Etats-Unis.

Venant d'être appelé par Juan, Valentine Taylor chercha le directeur d'InGen Security. Le visage du garde était bien morne et le bord de ses yeux était encore humide. Il avait appris au sujet de la trahison de Benito et de la mort de Jocelyn, et cela l'avait beaucoup affecté, tant qu'il voulait reprendre son bagage à l'intérieur du train et se porter volontaire pour faire partie de l'équipe restant au Costa Rica. Mais alors qu'il était encore indécis à ce sujet, il repéra Torres plus loin et après avoir pris une bonne inspiration, il le héla :

— Monsieur !

Le directeur d'InGen Security vers son subordonné.

— Oui ?

— Monsieur Baró m'a rapporté une inquiétante nouvelle. Des agents ennemis chercheraient à envoyer le train au viaduc brisé.

Torres rit légèrement.

— L'aiguillage est surveillé. Ce train prendra la bonne voie, soyez-en sûr. Quelle est la source de Monsieur Baró ?

— Je l'ignore. Il a dit que c'était des amis ayant entendu une conversation en ville.

— Une conversation entendue par des amis…, répéta le directeur d'InGen Security d'un ton moqueur. Je n'aime pas être dérangé pour ce genre de racontars, Monsieur Taylor.

— Désolé, monsieur… Mais ça ne coûterait rien de veiller à ce que personne ne modifie l'aiguillage.

— Je vous ai dit qu'il était surveillé. Cessez d'être impertinent et montez dans ce train. Nous partons. Nous sommes déjà en retard…

— A vos ordres, Monsieur, répondit Valentine d'une voix légèrement hésitante avant de se diriger vers le wagon où il devait prendre place avec ses collègues gardes.

Torres souffla et s'éloigna lui-aussi, l'air songeur. C'est alors qu'il vit un trio de gardes converser tranquillement plus loin et il soupira. Le premier des gardes était un empâté d'âge médian et pas très grand ; le second était d'âge similaire mais de taille moyenne, avec un visage assez fin, émacié presque ; et le troisième était un grand costaud d'origine italienne ayant la fin de la trentaine. Torres avait reconnu le trio, puisqu'il avait entendu parler de lui en mal suite à la chute de Jurassic World et l'opération Royaume Déchu. Pierre, John et Henry, les trois Stooges d'InGen Security, des tire-au-flanc et des bouffons notables.

— Oh vous trois ! Allez dans la locomotive !

Le trio de gardes obéit et se rendant au premier wagon, Torres les suivit.

— Tu t'y connais ? Demanda Pierre à John.

— Ben papa était chauffeur de locomotive. Il m'emmenait souvent avec lui.

Lorsque Torres arriva au premier wagon, il communiqua un ordre à la radio et dans l'instant qui suivit, la phrase Paré à partir ! se relaya depuis la barricade jusqu'à la gare.


— Juan a dit qu'il transmettait l'info à Torres ? Demanda Claire à Owen.

— Oui.

Ils venaient de rejoindre la route reliant Burgo Nuevo à l'entrée de la réserve naturelle du Pilier du Ciel.

— Merde ! S'exclama soudain la directrice déchue avant d'accélérer.

— Où vas-on ? Demanda Franklin en constatant cela.

— A l'aiguillage. Si vous voyez quoi que ce soit qui ressemble à un levier près du rail, prévenez-moi.

— Mais Torres a été prévenu…

— Quelque chose me dit qu'il n'en a rien à foutre et qu'on va devoir faire les choses nous-mêmes.

Droit devant eux, le pont enjambant la voie ferrée apparut.

— Ce ne serait pas mieux si on appelle les flics ? Suggéra Franklin.

— On n'a pas le temps. Le temps qu'ils se décident à envoyer quelqu'un, s'ils le font, il sera déjà trop tard, lui expliqua Owen. Nous seuls pouvons empêcher ça !

— Espérons que Torres ne se décide pas tout compte à fait à y envoyer ses sbires. Il veut nos têtes ! Rappela Claire.

— La mienne aussi ? Demanda Franklin.

— Vu que tu t'es retrouvé avec nous, probablement oui, répondit le soigneur.

— Putain de merde…, gémit le jeune homme.

— Au moins, on aura de quoi se défendre, dit Owen en regardant d'abord la machette, puis le fusil à canon scié rangé derrière le siège conducteur et enfin le pistolet qu'il venait de sortir de la boîte à gant.

Lorsqu'ils commencèrent la traversée du pont, Claire ralentit un peu, une importante foule occupant le trottoir juste à leur droite. Entre les badauds, Owen put apercevoir la barricade et la locomotive du Transpercebouse. Il vit celle-ci se rapprocher du pont.

— Le train est en train de partir, informa-il ses compagnons.

— Ok, il est temps de se prendre pour Paul Walker, déclara sa concubine avant de se remettre à accélérer subitement. Le premier qui prononce le mot famille sera abandonné sur le bas-côté comme un vieux clébard !

Ils parvinrent à l'extrémité nord du pont et sous les yeux surpris du policier local chargé de surveiller les journalistes et les curieux, la jeep fila comme l'éclair. Derrière lui, une partie des civils traversèrent la route pour suivre le train en marche.

— La logique voudrait qu'on trouve l'aiguillage au niveau de la bifurcation, fit remarquer Owen alors qu'ils roulaient au-delà de la vitesse autorisée. On trouve la bifurcation, on trouve l'aiguillage.

— On approche du deuxième pont, lui fit remarquer Claire. Je le prends ou je continue tout droit ?

— Tout droit. La végétation est moins dense de notre côté.

Passant devant l'entrée du deuxième pont, celui qu'ils avaient pris lors de leur tour des environs avec Juan, ils continuèrent sur la même route, suivant un panneau indiquant la direction du village de Cedral. Avant d'y descendre, la route longeait la voie ferrée, la surplombant d'une quarantaine de mètres. Owen et Franklin se mirent à scruter le paysage sur leur gauche, essayant de repérer le lieu où le rail bifurquait. Pendant ce temps, le soleil se rapprochait peu à peu de la ligne d'horizon.

A près d'un kilomètre et demi du deuxième pont, ils virent le rail se diviser en deux, avec la voie de gauche remontant à travers la jungle pour reprendre de l'altitude.

— La bifurcation !

Cependant aucune route ne semblait y mener et la leur commençait à courber vers la droite, vers Cedral. Or ils n'avaient ni le temps de faire un grand détour par ce village, ni le temps de descendre à pied.

Claire ralentit et observa attentivement le décor sur leur gauche. La pente qui descendait jusqu'à la voie ferrée était recouverte par la jungle mais les arbres poussant sur cette zone n'étaient pour la plupart pas pourvus d'un tronc très épais tandis que les broussailles étaient suffisamment clairsemées pour laisser passer quelque chose du gabarit d'une jeep. La pente était également plus douce que celle qu'ils avaient dévalée avec la voiture de Benito.

— Accrochez-vous. C'est répartit pour un tour, déclara-elle.

— Repartit pour un tour ? Répéta Franklin avec appréhension.

Elle braqua soudain le volant à gauche, la jeep quitta la route et l'informaticien poussa un cri apeuré avant de fermer les yeux tandis qu'Owen s'agrippait fermement à la poignée du haut de la portière. La jeep commença ainsi à descendre la pente de façon la plus rectiligne possible, évitant de slalomer inutilement et de prendre le risque de perdre son équilibre. Ils descendirent de plus en plus vite, tant que Claire perdit le contrôle du véhicule. Alors qu'il fracassait les buissons sur son passage, elle et Owen écarquillèrent les yeux en voyant que juste après un aplanissement du terrain, un énorme de tronc était allongé plus loin devant eux, reposant sur d'énormes rochers.

— Tronc ! Cria le soigneur.

Le tronc et les rochers étaient comparables à une arche car entre le tronc et le sol, il y avait un espace aussi large qu'une route départementale mais pas bien haut, moins de deux mètres, si ce n'est à peine un mètre quatre-vingt. La jeep était trop haute pour ce passage duquel ils approchaient à toute vitesse et ne pouvaient plus éviter.

— Baissez-vous ! Cria Owen.

Franklin se coucha presque sur la banquette arrière, Owen se courba en avant et Claire s'aplatit presque contre le volant tout en essayant de garder la voiture droite. L'instant d'après, la jeep parvint au tronc. Ils entendirent d'abord un choc, puis un important déchirement de métal, un raclement fort désagréable pour les oreilles et ensuite un bruit de chute derrière la jeep. Levant les yeux, Owen et Franklin virent qu'ils n'avaient plus de toit au-dessus de leurs têtes, le tronc ayant transformé la jeep en décapotable en arrachant toute la partie supérieure de la carrosserie.

— Vous avez encore vos têtes ? Leur demanda Claire qui releva la tête aussitôt pour reprendre le contrôle de leur trajectoire.

— Oui ! Répondirent-ils.

Ils émergèrent de la végétation dense juste après, surgissant presque sur le rail. Ils se mirent à le longer, se dirigeant vers la bifurcation qui n'était plus très loin, à environ cent cinquante mètres. Owen se retourna et vit le Transpercebouse à l'horizon. Le train était encore loin mais il rétrécissait peu à peu la distance qui les séparait d'eux.

— Dépêchons, il approche, dit-il.

Rapidement, ils virent le début d'une piste de maintenance ainsi qu'un gros levier près du rail.

— Il y a un levier là-bas ! Pointa Franklin.

— Ça doit être ça, dit Claire en donnant un coup d'accélérateur.

Elle arrêta la jeep au niveau du levier, ils en descendirent et s'approchèrent du levier. Regardant les voies, ils remarquèrent que dans l'état actuel, le Transpercebouse allait en effet être aiguillé sur la voie menant au viaduc. Non seulement quelqu'un avait modifié l'aiguillage mais Torres n'avait rien fait à ce sujet.

— L'aiguillage n'est pas bon, constata Franklin.

— Alors changeons-le ! Les pressa Claire.

Le trio attrapa le levier, commençant à le pousser.


— Ça, c'était Touche pas à ça, petit con !, déclara John en désignant du doigt un des leviers.

Il montra ensuite à Pierre et Henry un des boutons du poste de pilotage de la locomotive.

— Ça aussi c'était Touche pas à ça, petit con !

Alors attroupés autour du chauffeur et du poste de pilotage, les trois gardes virent au travers du pare-brise que des individus s'étaient garés près de la bifurcation et étaient affairés avec une sorte de levier.

— Dîtes, c'est quoi le levier là-bas ? Demanda Pierre au chauffeur.

— L'aiguillage…, répondit ce dernier nerveusement.

Pierre prit sa radio.

— Patron. Il y a trois individus qui sont en train de trafiquer l'aiguillage.

Eloignez-les ! Leur ordonna Torres.

— Comment ? Demanda John, qui se tenait près de Pierre.

Tirez-leur dessus ! Dépêchez-vous !

John balaya l'intérieur de la locomotive du regard. Il ne voyait pas comment il pouvait tirer sur le trio.

— Comment je fais ?! S'écria-il en regardant ses deux comparses.

Henry répondit par un haussement d'épaules. Pendant ce temps, le train n'avait pas ralentit et ils étaient à présent suffisamment prêts pour que le trois gardes reconnaissent ceux au levier.

— Attends, mais ce n'est pas Dearing et son copain ? Remarqua John à voix haute.

Leur radio étant toujours allumée, Torres les entendit.

Quoi ?!


— Poussez ! Dit Claire tandis que le levier résistait, grinçant sous leur assaut.

Owen ne put s'empêcher de regarder le Transpercebouse approchant.

— Allez, allez, allez !

Lui, Claire et Franklin poussèrent alors de toutes leurs forces et juste à temps, le levier se déplaça enfin, modifiant l'aiguillage. L'instant suivant, la locomotive du train dépassa le levier d'aiguillage et le trio, les assourdissant et leur envoyant un grand courant d'air en pleine figure. Le train fila tout droit, sur la voie principale, se dirigeant vers les Gorges de la Celeste comme prévu. Depuis une des fenêtres du wagon passager attaché derrière le fourgon-générateur, qui lui-même suivait la locomotive, Torres avait adressé au couple un regard empli de frustration et de haine. Le train avançant trop rapidement, ils ne l'avaient pas vu.

— On l'a fait ! S'exclama Claire avec soulagement alors que les containers de transport défilaient devant eux.

— On les a sauvés. Allons régler nos propres problèmes maintenant, proposa Owen.

— Si ça implique d'arrêter de se retrouver dans des situations de vie ou de mort, je suis pour, dit Franklin.

Claire acquiesça et ils remontèrent dans leur jeep. Suivant la piste de maintenance le long du rail, ils se mirent à rouler parallèlement au Transpercebouse.


— Vous avez vu leur jeep ? Demanda Henry à ses deux comparses. On aurait dit un chou-fleur !

— Mais attends, on continue sur la bonne voie, fit remarquer Pierre. Ça voudrait dire que l'aiguillage était mal réglé ? Et qu'ils nous ont aidés ?

— Il faut croire que oui, dit John. Si je connaissais le con qui l'a changé !

Il prit sa radio et informa Torres de la situation.

— Fausse alerte, patron. En fait, ils ont remis l'aiguillage correctement.

Je n'en ai rien à foutre ! Ce sont des fugitifs dangereux, des saboteurs et des tueurs ! Il ne faut pas qu'ils montent à bord de ce train ! Ils doivent être arrêtés !

Torres mit fin à la communication de son côté. John regarda par la fenêtre.

— Quoiqu'il en soit, on les a dépassés. C'est aux copains de s'en occuper.

— Tu y crois à cette histoire de fugitifs dangereux ? Lui demanda Pierre.

— En toute honnêteté, je n'en ai absolument rien à foutre de leurs conneries… Je ne suis pas payé pour ça.


— Que fait-on maintenant ?! Demanda Franklin au couple, criant pour se faire entendre au-dessus du bruit fait par le train à quelques mètres d'eux.

— On essaie de retrouver la route ! Répondit Claire. On va prévenir les flics en ville !

— Là ! Une bifurcation ! S'écria soudain Owen quelques secondes plus tard.

Regardant la piste, Claire remarqua qu'elle se divisait en effet en deux un peu plus loin, avec la voie à droite descendant vers un tunnel. Se rappelant de la carte des environs, la directrice déchue savait que le ligne de crête sur leur droite les séparait de Cedral et supposa que ce tunnel conduisait à la route reliant ce dernier à Burgo Nuevo. Mais alors qu'ils s'apprêtaient à prendre cette voie de droite, ils virent soudain la lumière de phares dans le tunnel. Ignorant qui approchait et si le tunnel était assez large pour laisser deux véhicules se croiser, ils s'immobilisèrent juste avant la bifurcation. Tandis que les derniers wagons du Transpercebouse les dépassaient, l'autre véhicule s'avança dans la lumière, se révélant être un humvee vert-gris. A son bord se trouvaient des individus portant des gilets pare-balles par-dessus des uniformes bleus nuits bien familiers.

— Merde ! La soldatesque de Torres ! Réalisa le soigneur.

Claire appuya sur la pédale d'accélération et leur jeep fila à toute vitesse sur la piste de maintenance, continuant de suivre la vallée. Finissant de gravir la pente, le humvee d'InGen tourna et se lança à leur poursuite. Ses vitres ayant été abaissées, ses passagers sortirent le haut de leur corps de la voiture, braquèrent la jeep du trio avec leurs armes et firent feu. Owen et Franklin se baissèrent et les balles manquèrent de peu leur cible.

— Ils nous tirent dessus ! Cria Franklin.

— On avait remarqué, merci ! Répondit Claire.

Lorsque les soldats d'InGen envoyèrent une nouvelle salve, elle accéléra et dit :

— Ils vont bientôt nous crever les roues à ce rythme-là ! Que quelqu'un se serve du fusil !

— C'est un canon scié, nous sommes trop loin pour tirer avec lui, lui fit remarquer Owen, qui prit plutôt le pistolet.

Après l'avoir vérifié, il se retourna vers leurs poursuivants, mit en joue leur véhicule et tira, visant les roues avant et non les soldats eux-mêmes. S'ils les tuaient, ils donneraient du crédit à la version que Torres donnerait des événements. Lorsqu'ils répliquèrent, il se mit aussitôt à couvert et attendit une autre opportunité. Pendant ce temps-là, ils avaient presque rattrapés le train. Soudain, la porte à l'arrière du dernier wagon, un vieux wagon de passagers semblable à celui où se trouvait Torres, s'ouvrit et un homme au crâne dégarni et aux vêtements brun clair s'avança sur la petite plateforme qui se trouvait là. Le trio le reconnut. C'était Wheatley.

Ayant vu qui se trouvait à bord de la jeep suivant le train, le chef mercenaire dégaina son arme de poing et les mit en joue.

— Mais qu'est-ce qu'il fait ?! S'inquiéta Franklin.

Ils entendirent une série de détonations et des balles vinrent frapper la piste juste devant la jeep ainsi que l'avant de son capot.

— Ça c'était pour Stan ! Leur cria le chef mercenaire avec dureté.

Réalisant pourquoi il leur tirait dessus, le couple et Franklin adoptèrent une expression choquée.

— Génial ! Torres a aussi monté Wheatley contre nous ! Constata Owen.

— Mais ce sont les assassins envoyés par Torres qui l'ont tué, pas nous ! Se plaignit l'informaticien.

— Je ne pense pas que tu réussiras à le convaincre ! Dit Claire avant d'accélérer, de manière à dépasser au plus vite le wagon de queue et les mercenaires qu'il contenait.


Un peu plus loin, sur un promontoire qui surplombait la voie ferrée et la vallée qu'elle suivait, Jeremy Rankin scrutait le paysage avec ses jumelles. Le regard du mercenaire était braqué à l'est, où le viaduc détruit se dressait. De temps à autre, il regardait la jungle et les pâturages sur le versant opposé de la vallée, attendant avec impatience le moment où il distinguerait la longue forme du Transpercebouse progresser à toute vitesse vers le destin funeste qu'il lui avait réservé. Le mercenaire anglais n'était pas seul. A ses côtés, se tenaient trois autres hommes. Il y avait un autre britannique, William McSweeney, un quarantenaire de taille moyenne, un peu empâté et portant des lunettes ; le Docteur Erik Scherrer, un grand brun dégingandé d'âge médian avec un bouc, greffé à l'équipe par les employeurs actuels de Rankin ; et Adrian Bentley, un bellâtre trentenaire aux cheveux noirs et au visage mal-rasé. Là où les deux premiers scrutaient également les environs à la recherche du train, le troisième buvait dans sa flasque. Rankin laissa échapper un petit soupir en voyant Adrian boire en mission et se souvint du jour où lui et son équipe avaient recruté l'ex-employé d'InGen Security.

Ils l'avaient trouvé dans un bar miteux en pleine cambrousse costaricaine, saoul et cherchant des noises au tenancier qui lui disait de rentrer chez lui aux Etats-Unis et de retrouver un travail. C'était deux semaines auparavant et depuis, Adrian leur avait parlé des installations d'InGen, de l'équipement et des stratégies des forces de la division sécurité, des informations que lui envoyait son ancien collègue Benito… Rankin avait rencontré ce dernier dix jours plus tôt dans un café à Burgo Nuevo, près de l'hôtel Cañada de las águilas. Cette même mâtinée, l'ex agent secret avait été surpris d'apercevoir Claire Dearing de l'autre côté de la rue alors qu'il était tranquillement assis au café et attendait Benito.

Se détournant de l'états-unien, Rankin se tourna vers le sud, où les trois derniers membres de son équipe, britanniques eux aussi, étaient déployés.

— Je vois le train ! S'exclama soudain McSweeney, qui regardait au nord.

Rankin se retourna vers son compatriote et collègue de longue date.

— Où est-il ?

— Sur la mauvaise voie…

Rankin s'approcha vivement de l'autre mercenaire et au travers de ses jumelles, il vit le Transpecebouse venir du nord, roulant sur la voie principale et non celle qui menait au viaduc brisé.

— Comment cela se fait-il ? Demanda McSweeney.

— On a eu vent de notre plan ! S'exclama Rankin avec irritation.

Il se tourna vers Adrian et lui lança un regard accusateur.

— Ne me regardez pas comme ça. Je n'ai rien dit à Benito au sujet de l'aiguillage. Je vous le jure, se défendit l'ex-employé d'InGen.

Rankin ramena son regard au nord.

— Plan B ! Lâchez les Busards ! Commanda-il.

McSweeney prit alors un téléphone, composa un court message et l'envoya.

— Allez, en voiture ! Dit Rankin à ses trois compagnons. Allons admirer cette chasse de plus près…

Ils descendirent du promontoire, montèrent dans leur jeep garée à proximité et descendant le versant, ils se dirigèrent vers la voie ferrée.