Il était plutôt rare que Leana McCoy se retrouve dans la salle de repos de l'Enterprise, à cause des immenses baies vitrées qui donnaient directement sur l'espace -et donc sur ce qui la faisait très régulièrement tourner de l'oeil-. Mais aujourd'hui, pourtant, elle y était et son estomac ne s'était pas encore retourné, elle était de bonne humeur.

A cette heure-ci, la plupart des employés étaient en service et les autres se reposaient paisiblement dans leurs quartiers, mais pas eux. Pour une fois que leurs instants de pause coïncidaient, ils avaient décider d'en profiter en passant un peu de temps seuls ensemble. Après une bonne demi-heure de bavardages, épuisé par sa journée de travail, l'homme avait fini par s'endormir, la tête reposant sur les genoux de la médecin en chef de l'appareil. Ils étaient confortablement installés dans un sofa dirigé vers les vitre et la lumière de la pièce était tamisée, créant une atmosphère chaleureuse, presque intime. La jeune femme passait doucement sa main dans les cheveux du capitaine, le regard perdu dans le vide. Cette ambiance posée la détendait énormément, elle aurait pu rester ainsi durant des heures sans bouger de cet endroit si tranquille. Finalement, prendre un peu de temps pour elle et arrêter de penser constamment à son travail se révélait plus bénéfique qu'elle aurait pu l'imaginer.

La porte de côté s'ouvrit et la linguiste, meilleure amie de la scientifique, fit son entrée, tête baissée et concentrée sur le PADD qu'elle tenait entre ses mains. Ses sourcils étaient froncés, signe que ce qu'elle lisait semblait vraiment prenant.

-Lea, je te cherchais, il faudrait qu...

Elle s'interrompit en levant les yeux et constatant les scène qui s'offrait à elle, qu'elle trouva par ailleurs adorable. Elle se garda cependant de faire le moindre commentaire à ce sujet, au risque de recevoir un regard noir de la part de l'autre femme.

-Je repasserai plus tard, reprit-elle en baissant la voix avant de faire un pas vers l'arrière.

-Oh, tu peux rester, affirma Leana. Tu ne risques pas de le réveiller, il dort comme un bébé. Je n'ai jamais vu quelqu'un avec un sommeil aussi lourd que le sien.

Nyota esquissa un sourire et avança en direction du duo, puis elle s'appuya contre le bord de la table qui se trouvait à côté du sofa. Ses yeux se posèrent momentanément sur l'homme dont le torse se soulevait à un rythme paisible et régulier, puis elle se focalisa sur son amie.

-J'ai juste besoin de ta signature. Pendant votre pause, on a reçu une demande de renouvellement de différents produits et médicaments manquants à l'infirmerie, li expliqua-t-elle en lui montrant l'écran, qu'elle lui tendit après quelques secondes. Et comme c'est toi qui dirige la baie médicale, on ne peut pas se faire livrer sans ton accord.

McCoy s'empara du PADD, parapha et lui rendit le tout avant de reporter sa main à la chevelure blonde de Jim, qui dormait d'un sommeil que rien n'aurait pu perturber, pas même une attaque de Klingons. Les dernières semaines avaient été chargées en missions diplomatiques diverses, courses contre la montre et arrangements compliqués entre des nations refusant de coopérer. Borné comme il l'était, il refusait toujours de prendre cinq minutes de pause avant d'avoir achevé ce qu'il avait entrepris, et la médecin ne se gênait pas pour lui faire des remontrances, même si elle demeurait quelque peu mal placée pour cela, puisqu'elle-même était une amoureuse des heures de travail intense interminables.

-Depuis quand réussis-tu à rester devant une fenêtre sans être malade comme pas possible? l'interrogea distraitement la métisse.

-Je n'en sais rien. On est en hyperespace, alors je crois que ça m'affecte moins que d'habitude... Je croyais que tu étais au beau milieu d'une visio-conférence avec le peuple andorien?

-Ca s'est terminé plus tôt que prévu. Sulu est tout seul aux commandes du vaisseau pour l'instant, ais ça n'a pas l'air de le déranger, et comme j'ai terminé mon service et que j'ai environ trois heures devant moi, j'en profite pour m'assurer que tout le monde va bien. Rien de particulier à déclarer de ton côté?

-A part l'indigestion du gobelin qui te sert de compagnon? Non, je ne pense pas. Sérieusement, qui aurait pu croire que du chocolat aurait un effet aussi prononcé sur l'organisme de ce casseur d'ambiance attitré de l'Enterprise?

-Bonne question, Lea, soupira-t-elle. Le plus important est que selon tes dires, il sera rapidement remis sur pieds... Et... Ca va mieux, vous deux? l'interrogea-t-elle ensuite prudemment en s'approchant puis en s'asseyant sur l'accoudoir, bras croisés et l'air concerné.

-Je ne vois pas de quoi tu parles, marmonna la scientifique en détournant le regard. Il n'y a jamais eu de problème entre le Premier Officier et moi.

-Tu sais que je suis capable de déterminer lorsque tu ne dis pas la vérité, surtout lorsque cela implique Spock?

-Et qu'est-ce que tu attends de moi, que veux tu que je te dise? Que tout se déroule parfaitement bien dans le meilleur des mondes? Nyota, il y a toujours eu des rivalités entre lui en moi, même parfois pour les trucs les plus futiles qui soient, ça n'a rien d'un scoop. Je confirme que ces derniers temps, ça n'a pas vraiment été le grand amour entre nous, mais dis-toi juste que comme pour tout le reste, ça finira bien par s'arranger.

-Tu sais que même s'il n'est pas très à l'aise pour s'exprimer à ce sujet, il s'en veut, n'est-ce pas? commenta la lieutenant.

-De quoi? De passer ses journées à me contredire ou de m'avoir prise pour cible en me balançant un scalpel à la figure à cause des effets secondaires qu'on eut les molécules de polyphénol contenues dans le chocolat sur lui? demanda-t-elle ironiquement, mais elle se reprit en voyant l'air effaré de sa meilleure amie. Ca va, je plaisante, la rassura-t-elle. Bien sûr que je le sais. Ne t'inquiète pas, je ne serai pas éternellement fâchée contre lui, si c'est ce qui te préoccupe majoritairement.. Je me doute bien qu'il doit regretter d'avoir manqué d'assassiner la meilleure scientifique de toute la Fédération, mais ça passera.

-Et ton temps de réflexion sur le sujet, il compte durer encore approximativement combien de temps? Parce que cela m'ennuie un peu de voir mon compagnon et ma meilleure amie s'éviter à tout prix, surtout à si peu de temps du mariage... J'ai l'impression que ça finit même par affecter l'humeur des autres membres de l'équipage... Mais bon, comme je sais que vous faites tous les deux des efforts, je préfère te laisser bénéficier de tout le temps dont tu as besoin. Essayez seulement de faire en sortes que ça ne s'éternise pas trop...

-A vos ordres, lieutenant Uhura, répondit McCoy en la saluant à la manière d'un soldat, ce qui amusa Nyota. Il y avait-il une autre raison pour laquelle tu souhaitais t'entretenir avec moi?

-Mh... Non, je crois que c'était tout, déclara-t-elle après un temps. Essaye de ne pas veiller trop tard, poursuivit-elle en se redressant, prête à s'en aller, n'oublie pas que tu es de sortie pour une exploration d'ici moins de cinq heures, et je ne voudrais pas que tu t'endormes en marchant. Déjà que tu ne te reposes presque jamais...

-Dois-je te rappeler qu'en tant que Chef des Opérations Médicales de cet engin volant, je n'ai presque jamais le temps de me reposer, surtout avec toute cette bande de bras cassés inconscients de tous les dangers qui demeurent incapables de ne pas se blesser le temps d'une seule petite journée?

-Que veux tu, nous adorons vivre dangereusement, claironna Nyota en regagnant la porte. Sans un peu d'action, on s'ennuierait rapidement. Mais plus sérieusement, essaye de dormir une heure ou deux avant le départ. Je repasserai plus tard afin de m'assurer que n'es pas retournée t'enfermer à l'infirmerie pour bosser...

-Tu me connais trop bien, soupira sa collègue. Tu sais donc qu'il est fort peu probable que je suive ce conseil...

L'autre femme secoua désespérément la tête avant de quitter la pièce en soupirant, impatiente de retrouver ses quartiers et son lit pour piquer un somme, laissant ainsi McCoy seule avec Kirk. Elle était en effet assez fatiguée, mais elle refusait de s'accorder de trop longues pauses. Celle-ci était la tout première depuis un bon moment. Jim avait l'habitude de lui rappeler qu'elle s'investissait parfois trop dans ses recherches, maos cela faisait des années qu'elle laissait couler ses remarques. Après tout, elle n'était pas la CMO pour rien. Elle faisait partie des personnes ayant le plus grand nombre de responsabilités à bord du vaisseau. Elle avait un rôle important, et se mettait donc énormément de pression en toutes circonstances.

-Toujours distante avec ce cher commandant? retentit une voix masculine qui sortit la brune de ses songes.

-Je croyais que tu dormais, toi, répliqua-t-elle en baissant les yeux pour constater que Jim demeurait parfaitement éveillé. Ca fait longtemps que tu nous écoutes?

-Une minute, peut-être deux, affirma-t-il sans bouger avant de mettre sa main devant sa bouche pour dissimuler son bâillement. Si tu veux, je peux me rendormir jusqu'au prochain quart...

-Tu as entendu Nyota ; la journée de demain risque d'être mouvementée, et il faudra que tout le monde soit au top de sa forme, ce qui t'inclut au lot.

-Toi aussi, non? répliqua le capitaine. Ce n'est pas parce que tu as toujours quelque chose à faire que tu dois te priver de sommeil, Bones. Et n'est-ce pas merveilleux de constater qu'il te reste encore quatre heures devant toi avant d'être obligée de reprendre du service? précisa-t-il en soutenant son regard chocolat. Admettons que je t'accompagnes... Tu ne fileras pas directement vers ton bureau? lui proposa-t-il avec un sourire charmeur qui avait le don de faire craquer la jeune femme, qui demeurait cependant capable de dissimuler l'effet que cela pouvait avoir sur elle.

-Je dois avouer que la proposition est assez tentante, reconnut-elle avec un sourire. Mais je crois... Que je suis bien ici.

- "Ici", dans cette pièce?

- "Ici", sur ce sofa, avec toi, clarifia-t-elle en poursuivant ses caresses à travers les cheveux de Jim, qui soupira de bien-être. Ne t'inquiète pas, je ne m'enfuirai pas vers mon bureau tant que tu resteras sagement allongé ici, promit-elle, et toujours en souriant, le capitaine ferma les yeux. Rendors-toi, je te réveillerai quand il sera l'heure de partir...

Leana souriait également. Elle n'avait plus tellement peur de l'espace depuis qu'elle travaillait à bord de l'Enterprise et surtout, qu'elle avait à ses côtés des gens qui savaient comment la rassurer. Jim faisait bien évidemment partie de ses personnes, et elle ignorait comment elle s'en serait sortie sans lui. Elle n'aurait probablement pas tenue trois semaines à l'Académie avant de s'en aller et retourner à une vie sans trop de sens ni le moindre objectif concret. Lors de son intégration à Starfleet, elle n'avait plus rien. Aujourd'hui, elle avait un boulot qui la passionnait, des amis compréhensifs, des projets et buts précis qui contribuaient à l'amélioration d'autres vies, et puis... Elle l'avait lui. Elle avait Jim.

Au fil des ans, ils étaient passés de parfaits inconnus à colocataires, "camarades de classe", meilleurs amis et collègues, et pour finir... L'idiot immature qu'était Jim Kirk s'était un jour confié à Leana concernant l'évolution de ses sentiments après avoir consumé une substance qui l'avait fait halluciner pendant deux bonnes semaines. Une fois redevenu "normal", c'était rouge de honte qu'il avait répété sa "déclaration" un petit peu plus clairement et de fil en aiguille, ça avait conduit le Capitaine et la médecin à une toute autre forme de relation que tous deux affectionnaient grandement.

La jeune femme déposa un baiser sur le front de Jim, qui s'était déjà rendormi et ferma à son tour les yeux, finalement bien décidée à dormir un peu. Confortablement installés, dans cet endroit dans lequel ils se sentaient en sécurité, rien ne pouvait les atteindre. Ils étaient bien. Heureux. Demain, ils partiraient en mission, risqueraient une fois de plus leur vie et rentreraient finalement sains et saufs, comme à leur habitude, avec des tas de choses à inscrire dans leurs rapports. Mais en attendant, cet instant d'égarement n'appartenant qu'à eux était tout ce qui comptait.