Hello!

Ce OS a été écrit en une heure (en fait 3x20 min de sprint, plus l'édition), dans le cadre de la 137ème Nuit du FoF (Forum Francophone, j'en parle sur mon profil, et n'hésitez pas à poser des questions en MP!), sur le thème "Attention" (promis, j'arrête les parenthèses)

Encore une fois, c'est un "Et si?", qui se passe vers la fin de l'épisode 4 de la série de la BBC, lorsque Margaret va pour la dernière fois chez les Thornton après la mort de son père.

Disclaimer: Nord et Sud est l'oeuvre de Elizabeth Gaskell, et son adaptation appartient à la BBC

Bonne lecture!


John prit le livre que lui tendait Miss Hale – Margaret.

— Je le garderai précieusement, déclara-t-il simplement, un mince sourire aux lèvres.

Ce n'était qu'un livre de Platon, mais il avait appartenu à Mr. Hale, et sa fille l'avait jugé digne de le garder. De toutes les possessions que la jeune femme laissait derrière elle en regagnant Londres, c'était sans doute la seule qu'elle avait donnée à quelqu'un. Tout le reste partirait dans des ventes.

Bientôt il ne resterait de la présence des Hale à Milton que des souvenirs et une tombe. Tout le temps que Margaret avait passé dans la ville avait été marqué par des deuils et des souffrances, et John le regrettait. Il regrettait tant de choses au sujet de Margaret, et la voir partir sans rien pouvoir y faire lui brisait le cœur. Il essaya pourtant de garder un visage neutre, ne laissant rien paraître de son chagrin. Il le noierait dans le travail, comme il en avait l'habitude. Et le travail ne manquait pas en ce moment, à cause de la situation de l'usine.

La tante de Margaret la pressa de saluer ses hôtes, et John les suivit lorsqu'elles descendirent pour rejoindre la cour et la calèche qui les y attendait, chargée des bagages des deux femmes.

La neige tenait sur le sol en une couche épaisse, et Mrs Shaw descendit chaque marche avec précaution.

Margaret se tourna vers John avec un sourire triste.

— Au revoir Mr. Thornton.

Elle tendit une main, qui disparut dans celle de John lorsqu'il la prit. Elle était fraîche et il se surprit à ne pas vouloir la lâcher. A contre-cœur, il la laissa partir. Mais tant qu'il aurait la possibilité de la voir, il la garderait dans son champ de vision. Il se refusait à ce qu'il lui arrive le moindre malheur supplémentaire.

Son intuition fut salutaire. La neige tassée sous le poids de la tante Shaw était devenue glissante, et John vit Margaret basculer en arrière avec un cri de surprise.

— Margaret ! s'écria-t-il en se précipitant vers elle.

La jeune femme atterrit dans ses bras ouverts, et son cœur qui battait déjà la chamade au moment où elle avait perdu l'équilibre n'était plus qu'un chaos de battements frénétiques lorsqu'il la sentit contre lui.

C'était la deuxième fois qu'elle se retrouvait dans ses bras, à l'endroit exact où elle l'avait étreint la première fois, durant la grève. Il déglutit en le réalisant, et l'aida à se redresser en détournant le regard. Mais ses mains ne quittèrent pas les épaules de Margaret.

— Mr. Thornton. Au son de la voix douce de Margaret il planta ses yeux dans ceux clairs de la jeune femme. Merci. Je… je ne faisais pas attention à l'endroit où je mettais les pieds.

— J'ai l'habitude de veiller à la sécurité de mes ouvriers. S'il leur arrive quoi que ce soit, il y a énormément en jeu. Non seulement ma production, mais aussi la santé d'un homme ou d'une femme, et le bien-être d'une famille. Alors je fais attention, je garde l'œil ouvert.

— Je ne l'ai réalisé que tardivement, mais malgré votre sévérité, vous avez à cœur d'avoir des ouvriers compétents et en bonne santé. Vous prenez soin des autres à votre manière.

Le cœur de John fit un bon dans sa poitrine. S'il y avait la moindre chance qu'elle l'accepte, il devait saisir cette chance le plus tôt possible. Sans réfléchir, il étreignit la jeune femme contre lui sans qu'elle puisse réagir.

— Miss Hale… Margaret, souffla-t-il à son oreille. Je sais que la situation de Marlborough Mills est préoccupante, mais si vous m'en offrez la chance, je souhaite vous courtiser en vue d'un mariage.

Entre ses bras, Margaret sursauta. Elle se redressa et lui adressa un regard perdu.

— Je pensais que votre opinion de moi était faite, que vous ne vouliez plus penser à moi ainsi, murmura-t-elle doucement.

— J'ai menti. Je vous ai menti, je me suis menti à moi-même, admit-il. Je vous avais pourtant dit que j'aimais et que j'aimerai toujours, et je me suis cru capable d'oublier ce que je ressentais pour vous.

Le rouge qui couvrait désormais les joues de Margaret n'était certainement pas dû entièrement au froid. John ne put s'empêcher de sourire.

— Mr. Thornton, je suis tellement désolée pour tout ce que j'ai dit ce jour-là.

— C'est du passé, et bien des choses ont changé depuis. Mais mes sentiments sont restés les mêmes, quoi que j'aie pu en dire.

Margaret baissa la tête et posa son front sur le torse de John.

— Les miens… ont tellement changé… je ne sais même pas quand, sans doute lorsque j'ai cru votre estime perdue à jamais à cause de ce qui s'est passé à la gare.

— Nous avons déjà établi que vous n'étiez pas à la gare, que le témoin s'est trompé.

John savait qu'il n'aurait pas dû sourire, à cause de ce qui s'était vraiment passé, mais la présence de Margaret aussi proche ne fit pas disparaître son sourire.

— Mais grâce à vous, le secret de la présence de mon frère ici est sauf.

— Votre frère ?

Un frère ? Mais personne n'avait jamais mentionné un deuxième enfant dans la famille Hale, comment était-ce possible ?

Margaret recula un peu, donnant à leur discussion une apparence plus convenable aux éventuels regards extérieurs. Elle lui expliqua rapidement l'histoire de son frère Frederick, de la mutinerie et de la menace qui planait sur lui s'il tentait de remettre les pieds en Angleterre.

— Alors je suis heureux d'avoir pu contribuer à sa survie, malgré les malentendus que cela a engendré.

— Maintenant que je suis la seule Hale à détenir ce secret, je me sens plus libre de vous le dire. Mais personne d'autre ne doit l'apprendre. Higgins le sait sûrement déjà, grâce à Mary.

Margaret planta un regard sérieux dans le sien, et John hocha la tête.

— Je vous promets, sur mon honneur, que jamais personne ne saura que votre frère est venu ici.

Le sourire ravi qu'elle lui adressa le réchauffa bien plus qu'il ne l'aurait pensé.

— Merci pour tout, John.

Le souffle lui manqua soudain devant la sincérité qu'il lut dans ses yeux.

— Venez quand vous le pouvez, et écrivez-moi le plus possible. Nous ne pouvons rien concrétiser tant que je porte le deuil, mais j'attendrai de vos nouvelles avec impatience. Margaret baissa brièvement les yeux avant de les fixer sur lui. Au revoir.

Sur un dernier sourire, elle se retourna et descendit les escaliers, cette fois en faisant attention. Elle allait monter dans le fiacre lorsque John l'arrêta. Il ne savait pas comment il était arrivé aussi rapidement auprès d'elle, mais il ne voulait pas la laisser partir sans avoir fait une chose. Il prit délicatement sa main et déposa un baiser sur ses phalanges rougies par le froid.

— Margaret, attendez-moi. Si vous voulez de moi, je viendrai à vous. Ecrivez-moi aussi. A l'usine, comme ça au moins Mère et Fanny ne s'en mêleront pas, ajouta-t-il dans un souffle, souriant comme il l'avait rarement fait.

Margaret acquiesça, et il l'aida à monter dans la calèche, ne lâchant sa main qu'au dernier moment.

John ne retint pas la larme qui s'échappa de son œil alors que la voiture quittait la cour. Son cœur bondissait de joie, et il était heureux de l'inattention de Margaret, qui leur avait permis de régler bien des choses, de balayer les regrets qu'il avait de la voir partir. Parce qu'elle reviendrait.