Tout commença à la sortie d'une école, dans l'hovercar d'un médecin renommé. Il était concentré sur sa conduite, lorsqu'il entendit une voix s'élever à l'arrière du véhicule.

« Tu sais, Papa, aujourd'hui, à l'école, on a parlé des pupilles de Starfleet.

— Ah oui ? Et alors, qu'est-ce que tu as appris ?

— J'ai appris qu'ils étaient souvent malheureux, et que les adopter peut beaucoup les aider. »

Après quelques brefs échanges à ce sujet, la conversation avait dévié, et père et fille ne l'avaient plus abordée. Mais lui n'oubliait pas, on pouvait même dire qu'il était obsédé par ces pupilles, ces enfants abandonnés par la vie, ces malheureux qui n'avaient rien. Il ne pouvait s'empêcher de les comparer à sa petite fille qui, elle, était toujours entourée d'amour malgré son divorce, qui avait toujours ses deux parents, alors qu'eux vivaient dans un orphelinat loin de toutes les personnes qu'ils pouvaient connaître.

Cet orphelinat se situait au cœur de San Francisco. C'était l'un des bâtiments les plus hauts, à cause du nombre incroyable d'enfants qu'il accueillait. De nombreux officiers morts au milieu de l'espace avaient ainsi abandonné leurs enfants à leur triste sort.

C'était le cas de ce petit garçon, âgé de seulement six ans, qui fixait l'extérieur depuis la fenêtre de sa chambre partagée avec trois autres pupilles. Tous avaient perdu leurs parents dans la même tragédie. Pour autant, cela ne les rapprochait pas, ça avait même plutôt tendance à les séparer. Ce petit garçon assis à sa fenêtre était très solitaire, renfermé sur lui-même, silencieux. Il était toujours à l'écart des autres, et l'idée même qu'il allait devoir descendre dans le grand hall d'ici quelques minutes le rebutait déjà. Mais c'était la règle. Tous les samedis, ils devaient se rassembler dans le grand hall avant l'arrivée des parents potentiels.

Toutes les semaines, il se sentait comme un objet, un vulgaire livre comme il s'en faisait tant avant, qu'on attrape pour en voir l'état et la couverture, pour le reposer s'il ne nous plaît pas. Il détestait être le livre de ces personnes qui se croyaient investis d'une mission, qui croyaient qu'ils devaient absolument sauver ces enfants, même si eux ne le voulaient pas forcément. Lui n'avait connu aucun autre endroit qu'ici, ou du moins ne s'en rappelait pas beaucoup. Alors même s'il supportait difficilement cet orphelinat et les personnes qui le peuplaient, il ne se voyait pas vivre autre part.

Pourtant, ce matin-là, lorsqu'il rejoignit le grand hall, son regard croisa celui d'un homme aux airs bourrus mais dont les traits portaient la gentillesse et l'attention, tenant la main d'une fille à peine plus vieille que lui, peut-être même de son âge. Dans les yeux profonds de ces deux personnes, il y avait comme une promesse de sécurité, d'amour, des choses que lui n'avait jamais connues. Mais il avait appris à ne pas espérer, alors il rejoignit un recoin de la salle et ne bougea plus jusqu'à ce qu'on l'autorise à remonter dans son dortoir.

Lorsque deux semaines plus tard, alors que la plupart des enfants étaient dans la salle de jeux, on toqua à sa porte. Il fut surpris, il n'avait pas l'habitude que quiconque ne vienne le voir. Les deux personnes qu'il avait vues deux semaines plus tôt apparurent dans l'entrebâillement et il ne put s'empêcher de leur jeter une œillade perplexe. Puis l'homme s'accroupit devant lui, lui tendit une main, et lui dit d'une voix calme :

« Bonjour James, je suis Leonard, et voici Joanna, ma fille. Tu veux bien qu'on fasse connaissance ? On pourrait bien s'entendre, j'en suis sûr. »

Ce fut à cet instant que Jim sut que jamais il ne pourrait quitter ces personnes.