Trois semaines qu'il était à l'orphelinat de Starfleet. Malgré la nonchalance qu'il avait montrée à son père, Jim était en manque de sa famille. Il les aimait plus que tout, ils étaient les premiers à lui avoir montré de l'affection, et c'était exactement ce qu'il avait dit à Archer, Pike et leurs sbires lorsqu'ils étaient venus l'interroger.

Il avait tout fait pour donner un maximum de crédit à Leonard. Il n'était pas au courant qu'il avait relancé une procédure d'adoption, mais il se devait de l'aider, parce qu'il rêvait plus que tout de pouvoir retourner chez lui, dans la chaleur permanente d'Atlanta mais surtout celle des bras de sa famille.

San Francisco n'était pas pareille. San Francisco était froide, autant dans sa météo que dans son apparence. Tous ces immeubles, tous ces transports en commun sans personnalité… Ça ne lui plaisait pas.

Alors qu'Atlanta… Atlanta était la ville aux mille senteurs. Il y faisait chaud, les habitants étaient si gentils, les maisons avaient une personnalité à elles seules… Non, vraiment, rien ne pouvait rivaliser avec cette ville, le premier endroit dans lequel il s'était senti chez lui.

Même à Riverside, c'était différent. Il n'y avait pas vécu longtemps, mais il se souvenait. Il se souvenait des étés presque tropicaux et des hivers enneigés. Il les avait aimés. Mais rien ne pouvait comparer l'Iowa à la Géorgie.

Mais encore une fois, ça avait sûrement à voir avec les personnes qui y vivaient et qu'il aimait. Il rêvait de revoir son père, sa sœur, Neavi, Madison, Jocelyn, Damian, Papi… Toutes ces personnes qui faisaient partie de sa vie et qui avaient contribué à la rendre exceptionnelle.

Malheureusement, il en était maintenant persuadé ; il ne les reverrait jamais. Ça faisait déjà plus d'une semaine qu'il avait été interrogé, ils avaient forcément pris leur décision. Il ne retournerait jamais à Atlanta, peut-être même que Leonard serait jugé pour des crimes qu'il n'avait pas commis et Joanna irait vivre en permanence chez Jocelyn.

Depuis cette réalisation, il n'avait plus aucune motivation. Il n'arrivait même plus à se laisser glisser de son lit jusqu'à son fauteuil. Il restait allongé là jusqu'à ce que l'infirmière qu'on lui avait attribuée ne vienne le voir pour l'asseoir. Puis le soir, elle le portait dans l'autre sens. Mais jamais entre les deux il ne bougeait.

C'était à peine s'il se nourrissait, et il avait bien conscience de la perte de poids qu'il avait subie. Entre sa semaine en enfer, son séjour à l'hôpital et son retour à l'orphelinat, ses côtes étaient apparues sous sa peau. Comme s'il n'était pas déjà assez maigre…

C'était aussi pour cela qu'il n'arrivait plus à se déplacer. Il était faible. Pire que ça, même, ce n'était plus qu'une loque. Une loque sans aucun but sinon celui de rester immobile.

Tous les jours, on venait le voir, on lui parlait, on essayait de le faire rire. Mais il restait hermétique à toutes ces personnes. C'était à peine s'il les entendait. Un bourdonnement continu avait pris place dans ses oreilles et menaçait à tout moment de l'engloutir.

Mais il s'en importait peu. Après tout, quel était l'intérêt de vivre loin des siens ? Loin des seules personnes qui aient jamais compté dans sa vie ?

Alors lorsqu'une semaine plus tard, alors que la plupart des enfants étaient dans la salle de jeux, et que lui-même était comme toujours assis dans son fauteuil, parfaitement immobile, on toqua à sa porte, il fut surpris. Ce n'était pas l'heure à laquelle on venait le voir habituellement.

Un animateur dont il n'avait pas pris la peine de retenir le nom entra, annonçant la venue d'une famille qui voulait l'adopter. Mais il ne voulait pas être adopté, jamais plus… Il voulut exprimer son désaccord, mais sa voix, trop peu utilisée, se bloqua dans sa gorge au même instant que la famille entrait.

L'homme vint s'accroupir devant lui, suivi de deux femmes, dont une qui devait avoir son âge, et il ne put avoir la moindre réaction.

« Bonjour, Jim. Je suis Leonard, voici ma compagne Neavi, et ma fille Joanna. Tu veux bien qu'on retourne à la maison ? On pourrait de nouveau être une famille. »

Il se leva sur des pieds instables et se jeta dans les bras de son père, qui le réceptionna sans peine. Avant qu'ils ne puissent réagir, leurs joues étaient trempées de larmes.

« Je t'aime, Papa…

— Je t'aime, mon fils… »

Et ce fut à cet instant que Jim réalisa pour la énième fois que jamais il ne pourrait quitter ces personnes.