Je suis nerveux. Je suis nerveux et incapable de me calmer. Très honnêtement, je ne pensais pas que ça irait si loin et quand je me rends compte de la situation dans laquelle je me trouve, je me demande ce qui m'est passé par la tête. Faire confiance à Peter ? Quelle idée ! Sans doute la pire erreur de ma vie.

- Ne t'inquiète pas, me susurre-t-il à l'oreille.

Je frissonne, le stress monte en moi. Je n'aime pas ça. Ce ton qu'il prend…

- On fait juste ça pour le rendre jaloux, tu le sais, n'est-ce pas ?

J'hoche la tête, même si je n'en pense pas moins. Il perçoit mon mensonge, je le sais, mais il garde le silence à ce sujet. Et je le vois, son sourire. Il grandit, perfide. Pour lui, c'est un jeu, ça l'amuse. Au début, ça me faisait rire aussi, parce que je ne le prenais pas au sérieux.

Avant, tout était si simple ! Je gardais mes sentiments pour moi et ma vie continuait aussi normalement que possible, ce qui était difficile étant donné mon quotidien alternant entre le lycée et le surnaturel. Être le seul humain dans une meute comprenant des loups-garous, une banshee, une coyote et j'en passe, c'est tout sauf facile, mais j'ai toujours réussi à concilier les deux. En même temps, je n'ai jamais vraiment eu d'autre choix.

Sauf qu'il avait fallu que je me décide à parler à Scott de mes sentiments pour un certain loup. Pourquoi ? Parce que ça devenait lourd, pesant, et je ressentais le besoin d'en parler à quelqu'un. J'avais choisi Scott, mon meilleur ami, parce que je savais qu'il ne me trahirait pas. Il avait eu beau m'abandonner dans certaines situations, il s'était toujours rattrapé. Et puis, je le connais depuis tant d'années que je sais qu'il pourrait garder n'importe lequel de mes secrets. C'est pour cette raison qu'il y a une semaine, j'ai décidé de lui parler. Il a plutôt bien pris la chose et m'a même donné des conseils. Le problème ne vient pas de là.

Là où ça a dérapé, c'est quand je suis rentré chez moi et que j'ai trouvé Peter Hale, tranquillement assis sur mon lit. Il m'a dit qu'il m'avait entendu parler à Scott dans l'après-midi et qu'il était prêt à m'aider. C'était simple : pour lui, il suffisait de rendre son neveu, Derek Hale, jaloux. Sur le papier, ça paraît effectivement simple même si je me souviens m'être dit sur le moment que ça serait certainement inutile puisqu'un gars comme Derek ne s'intéresserait sans doute jamais à un mec aussi banal que moi. Nous deux, on vit dans deux mondes différents et niveau physique… N'en parlons pas. Lui, c'est une vraie bombe, un apollon dans toute sa splendeur. J'ai beau savoir qu'il entretient régulièrement ses muscles et sa forme, j'en viens parfois à le jalouser alors qu'en réalité, il suffit simplement que je me bouge moi aussi, que je fasse des efforts si je veux que mon corps finisse par ressembler à quelque chose. Moi, c'est simple, je suis un bâton. J'ai un corps fragile, à peine quelques muscles pour me prouver que je bouge de temps en temps, une peau blanche comme un cul et des grains de beauté à n'en plus finir. Lui, il a des yeux particuliers. Je n'arrive jamais à savoir s'ils sont bleus, verts, ou gris, si ce n'est un peu des trois. Parfois, j'ai même l'impression qu'ils changent de couleur selon la météo. C'est bête, je sais, mais j'aime m'imaginer tout un monde quand je vois ses yeux.

En soi, je n'ai jamais vraiment accepté. J'ai laissé Peter parler et je ne l'ai pas pris au sérieux. En fait, j'ai ri, parce que je me suis justement dit qu'il ne pouvait pas être sérieux. Après tout, on parle de Peter Hale, l'éternel oncle bizarre et fanfaron de la meute. Alors oui, j'ai pris ça sur le coup de la blague, chose que je n'aurais pas dû faire.

Parce qu'il a pris mon rire pour une acceptation. Je me souviens parfaitement de ses mots : « Tu vas voir, Stiles. On va se rapprocher, toi et moi, et il va être tellement jaloux qu'il te suffira d'un mot et il te tombera dans les bras. » Et puis… Je ne sais pas. Je l'ai cru, je crois. En fait, à ce moment-là, j'étais mal. Des mois que ces sentiments me bouffaient, me pourrissaient la vie. Parce que mon cœur mourait à chaque fois que je le voyais rire, sourire, plaisanter avec quelqu'un d'autre. Et un Derek qui fait volontairement des blagues, c'est rarissime. Moi, je ne fais que l'énerver. Pour être honnête, ce n'est pas voulu, mais c'est comme ça. Je suis Stiles Stilinski, l'hyperactif par excellence et un emmerdeur de naissance. Quand je le vois, je n'y peux rien : comme je sais très bien qu'avec lui, c'est impossible, je joue. Je le provoque, je plaisante un peu trop fortement et surtout, je n'arrive pas à m'arrêter de parler. Avec lui, c'est difficile de me contrôler et si je n'essaie pas de l'emmerder, ce sont mes sentiments qui prennent le dessus. Et je ne voulais pas qu'il les devine, parce que j'avais peur. Peur d'être rejeté, qu'il arrête de me parler. Puis, naïvement, j'ai cru Peter. Je me sentais et me sens toujours mal dans ma peau, alors je me suis dit qu'un petit coup de pouce ne me ferait pas de mal. Pour autant, je ne lui ai jamais dit clairement « oui ».

Au contraire, je lui ai dit en riant « mais oui, bien sûr, on verra. »

Sauf que j'aurais dû savoir que ce serait une mauvaise idée. Pas parce qu'elle rendrait potentiellement Derek jaloux – quel miracle, quel doux rêve – mais plutôt parce que… Parce que les plans de Peter sont toujours une mauvaise idée.

Avec une lenteur folle, Peter embrasse mon cou et je le laisse faire. En fait, j'ai peur.

Parce qu'il semble prendre un peu trop à cœur le rôle qu'il s'est attribué. Au début, c'étaient juste de simples caresses innocentes, une main dans mes cheveux, parfois sur mes mains. Une semaine plus tard, on n'en était plus là. Lorsque qu'il décolle enfin ses lèvres de ma peau, je le regarde, perdu et mal à l'aise.

- C'est pour qu'il sente mon odeur, m'explique-t-il. Il ne verra pas tout de suite qu'il s'agit de la mienne, mais il comprendra que tu n'es pas vraiment seul.

J'acquiesce, même si l'intention n'y est pas. Avec seulement le son, j'aurais pu croire à son explication simple. Mais ses yeux, je les ai vus. Ils sont emplis d'une lueur que je ne connais pas, mais qui ne me dit rien qui vaille. Et pourtant… Je continue de le suivre dans son plan, je ne sais pas pourquoi. En fait, si, je sais : je n'ai pas le choix.

- J'ai hâte de voir la tête qu'il fera, rit Peter. Mais pour que ça marche, il faut que tu me fasses confiance. Je sais ce qu'il faut, et tu dois simplement me laisser faire.

Je ne lui fais pas confiance, mais j'ai peur. J'ai peur parce que je sais qu'on en serait là actuellement, même si j'avais clairement refusé sa proposition.

Enfin, il me lâche et s'éloigne de moi. Je retiens un soupir de soulagement.

- Je monte en premier, le temps que tu te débarrasses de ton odeur de peur. Elle est mauvaise.

Lorsqu'il disparaît enfin de mon champ de vision, je me permets de souffler un peu et je passe ma main là où il a déposé ses lèvres quelques minutes plus tôt. Ma peau me brûle et ce n'est pas agréable. Je me mentalise, tant que j'en ai encore le temps. La réunion de meute va bientôt commencer, il faut que je me calme. S'il y a bien un point sur lequel Peter a raison, c'est bien le fait que je dois faire disparaître la peur de mon odeur. Personne ne doit la sentir.

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Je m'assois sur le canapé, l'air de rien, mais au fond, je suis très mal à l'aise. Scott vient me voir, on discute un peu, je fais comme si tout allait bien et je finis par oublier, un peu. La présence de mon meilleur ami a un don, celui de me faire oublier mes soucis grâce à son sourire et à sa bonté permanente. Il est très gentil, trouve toujours du bon partout, s'entend bien avec tout le monde… C'est grâce à lui que la meute est ce qu'elle est : hétéroclite et en même temps, soudée. Je suis content qu'il soit devenu alpha, je pense qu'il y a pas mieux que lui pour assumer ce rôle. Derek avait commencé à bien s'en sortir de ce côté-là, mais il a perdu ce statut en sauvant sa sœur, et ce n'est pas plus mal. Je pense que la perte de son pouvoir d'alpha lui a fait du bien. Je suis sûr que ça l'a soulagé, même s'il ne le dit pas. Être un alpha, c'est avoir des responsabilités hors du commun et parfois difficiles à supporter. Et même s'il a voulu l'être à un moment, j'ai bien vu qu'il n'était pas heureux. Maintenant, sans pouvoir affirmer qu'il l'est réellement, je peux néanmoins constater qu'il est beaucoup moins tendu. Pour preuve, il gueule moins quand je l'emmerde et a cessé de me plaquer contre des murs à tous bouts de champ. Pour être honnête, ça m'arrange : les bleus, c'était embêtant.

Au fur et à mesure de la discussion, je vois Scott froncer légèrement les sourcils et se rapprocher de moi, de mon cou, plus précisément. De l'endroit où ma peau me brûle toujours même si aucune marque n'y a été apposée. Je me recule un peu dans le canapé, mal à l'aise.

- Scotty, je t'adore et je sais qu'on est proches, mais si tu veux mon avis, je pense que là, tu es un peu trop proche.

- J'y peux rien, ton odeur est pas pareille, elle a… Quelque chose en plus et ça m'intrigue.

- Content de voir que mon odeur te rend curieux mais j'apprécierais que tu t'éloignes un peu, haha…

Mon meilleur ami s'exécute, mais garde un air légèrement suspicieux. J'use de mes talents d'orateur et de tout mon bagout pour détourner son attention et lui faire oublier ce changement d'odeur. Ça semble marcher, puisqu'il se détend progressivement et ne cherche plus à revenir sur le sujet. Moi-même, je me décrispe un peu, mais une partie de mon cerveau a envie de mettre des tartes à Peter. Non seulement je n'avais pas aimé sa stratégie, mais en plus celle-ci fonctionnait, mais pas sur la bonne personne. De toute manière, je ne suis pas d'accord avec ce qu'il a fait et je l'ai laissé faire… Par peur. Oui, je l'avoue une fois de plus. Quand on était en bas, dans ma Jeep, son air sûr de lui agrémenté de je ne sais quoi m'a paralysé sur place. Je n'ai pas su lui dire non, ni le repousser. Pourtant, j'aurais pu et je m'en rends compte, mais je ne sais pas, je… Je sais que ça ne me plaît pas. En fait, je suis bien incapable d'expliquer pourquoi je…

- La réunion va commencer, tout est prêt.

La voix de Derek Hale me sort de mes réflexions. Il se tient au fond de la pièce et pianote sur cet ordinateur récent et flambant neuf reposant sur la table, cadeau de toute la meute. On s'est cotisés pour pouvoir le mettre enfin à la page niveau technologie et depuis, il s'en sert régulièrement. Penser à lui m'aide autant que ça me fait mal. Si je songe à mes sentiments avec plus de puissance, j'oublie toutefois avec grand plaisir Peter et son idée pourrie.

Tout le monde s'installe et je me retrouve… Entre Isaac et Peter. Isaac, pas de souci, j'adore ce petit louveteau que je me plais à rassurer quand il en a besoin. Il arrive parfois qu'il m'appelle en plein milieu de la nuit parce qu'il fait des cauchemars et je passe généralement un moment à parler avec lui pour le calmer. Personne ne le sait et pourtant, on n'essaie pas de garder ça secret. Seulement, on ne voit pas l'intérêt d'aller raconter ça alors ça reste entre nous. Tout ça pour dire que sa présence ne me dérange pas, bien au contraire. Celle de Peter, par contre, oui. Ma peau et moi-même nous souvenons un peu trop bien de ses lèvres sur mon cou. J'ai toujours l'impression que ça me brûle à cet endroit-là et la sensation est désagréable. Alors, forcément, j'ai envie de m'éloigner, d'aller m'installer autre part. Mes yeux parcourent la pièce et je constate avec désarroi que toutes les places sont prises. Si je me déplace, j'obligerai quelqu'un à bouger et ça dérangerait tout le monde. Je prends donc sur moi et ne dis rien, ne laisse rien paraître. Pourtant, en moi, le malaise grandit. Parce qu'en regardant tout autour de nous, j'ai aperçu le regard de Peter sur ma personne. Il avait l'air… Triomphant. Et je préfère me dire qu'il est juste satisfait d'avoir réussi à se mettre près de moi. Après tout, il a beau s'être assagi, ça reste, à mes yeux, un psychopathe. Un psychopathe qui a fini par s'attirer la sympathie de tout le monde, dans la meute. Même Lydia s'est mise à l'apprécier ! Moi aussi, fut un temps. Mais cette appréciation s'étiole, disparaît peu à peu.

Scott est là, face à nous, il parle, nous expose la situation surnaturelle actuelle à Beacon Hills. On l'écoute, tous, il nous abreuve de ces paroles autoritaires et douces à la fois. Apparemment, une meute nomade a débarqué en ville. Elle n'a pas l'air dangereuse, mais Scott et Derek sont d'accord : selon eux, il faudrait les surveiller. On n'est jamais trop prudent. En soi, je suis de leur avis également. On a tellement eu de problèmes par le passé qu'il vaut mieux faire attention. Beacon Hills, c'est notre ville, notre territoire.

Je perds toutefois toute concentration lorsque je sens un bras se passer autour de moi, autour de mes épaules. Sans avoir besoin de tourner la tête, je sais qu'il s'agit de celui de Peter, parce que ça a bougé de son côté. Je jette un coup d'œil à Isaac, qui n'a rien remarqué. Il écoute Scott avec une extrême attention. Il l'admire, je le sais, et il y a de quoi. Scott a gravi les échelons, a su prouver sa force et sa loyauté envers chacun des membres de la meute. Il a beau être l'alpha, un vrai alpha, il sait très bien que sans eux, il n'est rien.

Et moi, je suis actuellement de plus en plus mal à l'aise. Je me crispe mais ne repousse pas Peter. Devant tout le monde, ça pourrait paraître étrange et… Personne ne comprendrait ma répulsion. Inutile de faire des vagues, surtout en pleine réunion. Toutefois, je suis sûr d'une chose : je n'aime pas sa manière de faire et cette fois… Je ne vois pas ce qu'il cherche à faire. Derek ne nous regarde pas, il a les yeux rivés sur Scott et je ne vois pas en quoi un bras autour de moi pourrait le faire réagir d'une quelconque manière. Je ne sais pas ce qui a pu faire penser à Peter que Derek puisse être jaloux d'une potentielle proximité avec moi. Très honnêtement, je sais qu'il ne me voit pas, en tout cas pas comme moi je le vois. On n'est même pas amis. Je ne suis qu'un… Un collègue de meute. Si je suis là ou pas, pour lui, c'est la même chose. Je prends alors conscience que je n'ai pas à supporter les affres de Peter, même si mes sentiments me torturent de temps à autres. J'ai été faible de le laisser faire alors que… C'est complètement idiot. Pour cette fois, je ne dis rien, mais lorsque la réunion sera terminée, je lui dirai d'arrêter. Pourquoi continuer d'accepter une chose qui ne m'apportera rien ? Pourquoi continuer de subir quelque chose que je ne veux pas ? Je sens sa main se resserrer sur mon épaule et je suis toujours crispé. J'écoute à moitié ce que Scott dit, mon malaise et la présence de Peter me font rater quelques informations.

Alors, lorsqu'enfin, la réunion se termine, je me lève en soupirant de soulagement et, heureusement, ça passe pour un soupir d'impatience. Parce que, oui, j'avais hâte que ça se finisse. Mais je déchante lorsque je vois Derek, Scott et Lydia commencer à installer une grande table à l'autre bout du salon et je sais ce que ça veut dire. On mange tous ici ce soir. J'adore manger avec la meute, je n'ai pas de problème avec ça, surtout que la nourriture est toujours abondante. Cependant… J'aurais bien aimé m'aérer l'esprit, me retrouver seul chez moi. Réfléchir à tout ça me ferait du bien même si, en soi, c'est ce que j'ai fait durant les trois quarts de la réunion. J'aide à mettre la nappe puis la table, à amener quelques plats préparés à l'avance et je finis par m'assoir. Cette fois, je suis soulagé : je suis entre Lydia et Liam. Ma meilleure amie féminine et mon petit louveteau qui a parfois du mal à gérer sa colère. Toutefois, je sais que la morsure et sa condition de loup l'aident à se canaliser. Il a fait des progrès en quelques mois à peine et j'en suis fier, parce que je l'ai un peu aidé. Je me détends, on commence à se servir, à manger, à discuter dans la joie et la bonne humeur. J'oublie alors bien vite mon envie de rentrer me terrer chez moi et je me mets à apprécier ce repas auquel je ne voulais au départ pas participer. Maintenant, je suis bien, je profite et je laisse mon hyperactivité s'exprimer parce que dans ce genre de moments, elle passe crème.

Je déchante bien vite et manque de recracher un bout de poulet lorsque je sens quelque chose, un pied toucher mon mollet et remonter doucement le long de ma jambe. Mon cœur rate un battement. Je rêve ou… Ou on me fait du pied ? Face à moi, se trouvent Derek et Peter, mais je sais très bien qui me dérange actuellement. Je le vois à son regard mesquin et je recule ma jambe. Heureusement, la nappe est longue, elle cache mon mouvement brusque. Je lui lance un regard noir, auquel il répond par un rictus. Lorsque je sens son pied revenir, je lui donne un coup qui a pour seul effet de le repousser. Derek tourne la tête vers nous, sentant de l'agitation de notre côté et nous demande si tout va bien. J'essaie de ne pas me laisser bercer par sa voix et Peter me devance, lui répond que tout va pour le mieux, l'air de rien. Je comprends qu'il a parlé pour m'empêcher de le faire et je sens un début de colère poindre en moi. Puisque pour lui, c'est normal, son cœur n'a pas dû faire de ratés. Or, le mien en aurait eu un parce que pour moi, j'aurais menti, j'aurais dit la même chose que Peter mais ça aurait sonné comme un mensonge, parce que c'en était un. Je lance un autre regard sombre au loup qui commence sérieusement à m'emmerder et j'espère qu'il va s'arrêter là.

Mais il continue, longtemps, et je me lève en plein milieu du repas. Pour éviter que l'on voie mon trouble, je dis simplement que je reviens et pars en direction de la salle de bain. Il y en a deux : une en haut et une en bas. Je vais à cette dernière, préférant ne pas perdre de temps. Je m'enferme à l'intérieur et soupire. Je m'arme de mon téléphone et lui envoie un message, le pressant d'arrêter ses conneries. Laissant légèrement éclater ma colère, je passe nerveusement la main dans mes cheveux et tape un nouveau SMS. Je lui dis que tout ça, ça ne me plaît pas et que je veux arrêter. Je rajoute que de toute manière, c'était complètement idiot et que ça n'a pas lieu d'être. Je le somme enfin d'arrêter d'être comme ça avec moi et de me lâcher la grappe. Une fois le message envoyé, je me sens un peu mieux. Je réfléchis, prends le temps de me calmer puis je me recoiffe, avant de retourner avec les autres.

Pour mon plus grand plaisir, Peter me lâche la grappe le reste du repas et je me détends. Pourtant, un truc, une espèce de mauvais pressentiment naît en moi et malgré mes essais, je n'arrive pas à le repousser. Néanmoins, je réussis à le mettre de côté.

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Je dis au revoir à chacun des membres de la meute restants et discute un peu avec certains d'entre eux avant de finalement descendre puis sortir de l'immeuble. L'air frais de ce début de soirée me fait du bien et me ferait presque oublier ce bout de peau qui me brûle toujours, cet endroit où Peter a posé ses lèvres. Je me passe une main dessus en grimaçant et me mentalise pour éviter d'y penser. Tout ça, c'est du passé. Peter m'a lâché la grappe depuis que je lui ai envoyé ces messages. J'espère toutefois qu'il ne l'a pas mal pris, qu'il a juste… Compris. Je ne veux pas qu'on soit en mauvais termes, mais je suis néanmoins refroidi par sa personne. Je n'ai pas envie de me rabibocher avec lui, pas tout de suite. Fut un moment où on était un peu comme des amis, avant cette histoire, mais là… Je ne veux pas. Ça attendra. Une chose est sûre, j'y réfléchirai à deux fois avant de lui faire plus ou moins confiance.

Le trajet jusqu'à chez moi se fait tranquillement et sans encombre. Je ne roule pas vite, je ne suis pas pressé. En rentrant, je salue mon père qui regarde la télévision au salon et je monte dans ma chambre, plus tranquille que lorsque j'en suis sorti. A peine la porte est ouverte que je me sens tiré sur le côté. La lumière s'allume et je me retrouve en face à face avec Peter. La peur m'envahit, je m'apprête à crier mais avec sa rapidité surnaturelle, il a le temps de fermer la porte et de me bâillonner avant que je puisse faire le moindre bruit.

- Du calme, petit renard. Si tu me promets de ne pas crier, je te libère.

Sa voix est suave, tranquille et moi, je frissonne. Je hoche la tête et je ne peux que soupirer de soulagement lorsque sa paume s'éloigne de ma bouche. Cependant, Peter reste proche de moi. Trop proche. En fait, je suis collé au mur et son corps est assez près pour m'empêcher d'aller où que ce soit. Qu'est-ce que…

- Qu'est-ce que tu fous chez moi, Peter ? Bordel tu m'as fait peur ! Je m'exclame.

Je me retiens d'ajouter que c'est toujours le cas. Je ne suis pas tranquille, je n'aime pas notre proximité actuelle et j'essaie de le pousser, mais il ne bouge pas d'un iota.

- Eloigne-toi, tu… Tu m'gênes.

Pour toute réponse, il se colle carrément contre moi et le rythme de mon cœur s'accélère.

- Je vois qu'on apprécie ma présence, dit-il, un rictus déplaisant aux lèvres.

Il a tout faux. C'est juste la peur qui continue de m'envahir. Et je ne sais pas si c'est elle qui m'empêche de parler. Tout ce que je sais, c'est que je ne le contredis pas. C'est comme si ma bouche ne voulait pas laisser ces mots sortir et exprimer mes pensées véritables. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je sens sa main venir caresser ma joue et je détourne le regard en grimaçant de dégoût et je repousse ses doigts. C'est tout ce que j'arrive à faire.

- Allons, Stiles, laisse-moi faire. Tu sais bien qu'on ne peut pas arrêter en si bon chemin, me dit-il sans cesser de me regarder.

Moi, je continue de regarder ailleurs, ne voulant pas croiser ses yeux si bleus.

- On a rien commencé, je précise d'une voix qui se veut assurée.

- Il a commencé à mordre à l'hameçon Stiles, ça serait bête d'arrêter maintenant.

Je déteste son air suffisant et j'essaie une nouvelle fois de le repousser, sans succès. Ma peur augmente. Je veux qu'il s'éloigne, tout de suite. Je n'aime pas son ton presque… Sensuel. Je ne sais pas, c'est comme ça que je l'entends. Je décide d'être honnête avec lui :

- Je veux pas. C'est bon, je m'en fous, je veux pas. Il continue sa vie, je continue la mienne, ça s'est bien passé jusqu'à maintenant alors on va continuer comme ça. De toute façon, je sais très bien qu'il ne peut rien se passer entre lui et moi, je suis pas stupide alors… Bordel, éloigne-toi !

Il me bâillonne à nouveau avec sa main. Je sais pourquoi il l'a fait. J'ai haussé la voix et mon père, au rez-de-chaussée, pourrait m'entendre. Je repousse sa main en pestant et essaie encore et encore de le pousser. Mais j'ai beau faire tout ce que je veux, la seule chose que j'obtiens, c'est une pression sur l'entièreté de mon corps. Je suis littéralement collé contre Peter, le dos bloqué par le mur. Et je suis mal. Je suis mal parce que je vois à son regard qu'il n'est pas d'accord. Sa main revient, mais se presse cette fois-ci sur ma gorge. Mon cœur bat la chamade dans ma poitrine et j'ai envie d'hurler, mais je sais que je ne peux pas. Je peux le dire clairement : je n'ai plus peur, je commence à être… Terrifié.

- Tu n'es qu'une poule mouillée, petit renard, dit-il, son horrible rictus s'élargissant. Mais sache qu'on ne va pas arrêter maintenant.

Et il fond sur moi.