Il sourit. Son sourire carnassier laisse apparaître ses dents. Il est satisfait.

J'ai mal et je le regarde, terrifié, mais je ne bouge pas, je n'arrive même pas à trembler. Je suis tétanisé, parfaitement immobile et de toute manière… Il maintient mes poignets au-dessus de ma tête d'une seule main. De l'autre, il mène la danse. Il écarte mes jambes de forces, déchire mes vêtements avec ses griffes sans s'embêter. Puis il écrase ses lèvres sur les miennes en se collant à moi et je ne peux que me laisser faire. Je frissonne, j'ai la nausée. Je ne supporte pas son contact mais mon corps ne lutte absolument pas contre. Intérieurement, je panique et les questions fusent dans ma tête, sans que je sois capable de me fournir une seule réponse face à ce qui m'arrive. Mes yeux s'ouvrent en grand alors que je sens soudainement avec horreur la bosse contre moi. Je sais où elle va finir mais ça ne… Peut pas arriver. C'est impossible, je…

- Tu le veux, Stiles, tu le sais… Dit-il en décollant à peine sa bouche de la mienne.

Je veux secouer la tête, dire non, mais je n'y arrive pas. Enfin, j'essaie de faire mon possible pour me mentaliser et lutter contre cette acceptation forcée qui se répand en moi comme une traînée de poudre, comme un virus qui m'affaiblit dans mon entièreté.

- Oui… Je réponds, la voix tremblante.

Non, je… Je ne voulais pas dire ça. J'essaie de me corriger, de dire ce que je pense réellement. Je veux l'envoyer bouler ! Alors je force, je me bats pour m'exprimer. Mais je constate avec horreur que rien ne sort, à part ce qu'il veut entendre et... Non, ça ne doit pas se passer comme ça. Ça ne peut pas se passer comme ça.

- Dis-moi ce que tu veux précisément, Stiles…

- Je veux… Je veux…

Qu'il me laisse tranquille… Qu'il me lâche… Qu'il se trouve quelqu'un d'autre… Je veux retrouver ma liberté, mes amis, mon insouciance ! Je veux retrouver mon moi d'avant et ne plus passer ma vie à avoir peur, à trembler à l'idée qu'il puisse venir terminer ce qu'il a commencé. Pendant un instant, je retrouve un semblant de courage, prêt à dire ce qui me pèse sur le cœur dans l'espoir qu'enfin, il décide de me lâcher la grappe.

- … Que tu me prennes…

Quoi ?! Son sourire s'élargit alors que des sentiments plus noirs que les autres prennent possession de moi. Non. Non. NON ! Je… Ce n'était pas ce que je devais dire ! Ce n'est pas ça que je veux ! Non ! Je le vois avec horreur baisser son pantalon, puis le reste. Son membre est là, fièrement érigé, prêt à me déchirer de l'intérieur. Je me crispe, je veux hurler mais ma bouche reste close. Elle ne m'obéit pas. Il m'installe mieux, lâche mes poignets et je suis incapable de mettre mes mains devant moi pour me protéger. Mes bras reposent, immobiles, sur les draps, le long de mon corps. Je ne peux pas finir comme ça, je ne peux pas, ce n'est pas possible… C'est un cauchemar, réveillez-moi… Simple spectateur de ce qui m'arrive, je le vois relever mes jambes de ses mains et se caler devant mon entrée. Je sens le bout de son sexe se presser contre mon entrée et une énorme nausée me prend. J'ai envie de vomir. Pas ça, s'il te plaît, pas ça… Puisque je ne peux pas parler ou du moins, pas dire ce que je veux, je lève mes yeux larmoyants vers lui et je l'implore du regard de ne rien faire. Je suis prêt à le supplier, juste pour qu'il ne me prenne pas ça, cette dernière chose qu'il me reste. Et lui, il sourit, encore.

- Avec grand plaisir, petit renard…

Il s'enfonce d'un coup sec.

Je me cambre brutalement et j'hurle. Cette fois, j'hurle et je ferme fortement les yeux. Je me débats violemment, je pleure, je crie tandis que tout le décor autour de moi s'effondre. Peter disparaît, mais je le sens encore. Je le sens en moi. J'ai mal, la douleur est atroce. Je serre les draps au point d'en avoir mal aux doigts, j'hurle qu'il me laisse tranquille. Je ne veux pas continuer de ressentir tout ça. Je veux que cette torture cesse. C'est tout récent, mais je n'en peux déjà plus. Je suis incapable de supporter tout ça.

Pour être honnête, je ne sais plus ce que je fais tant je perds peu à peu la conscience de mon corps. Je garde les yeux refermés, de peur de trouver Peter dans un coin, à m'observer ou le voir encore, sur moi, les doigts solidement cramponnés à mes hanches, y laissant quelques bleus… Je sens ses mains, je les sens et pourtant j'ai l'impression qu'elles ne sont pas là. Que je me fais des films. Que je deviens dingue. Oui putain, je deviens dingue ! J'en peux plus de cette situation, j'en peux plus et je veux que ça s'arrête, bordel ! Alors je continue d'hurler, dans l'espoir qu'enfin, il me laisse tranquille. Je profite du peu de temps et de liberté que j'ai. Tant que je peux m'exprimer, bouger, il faut que je le fasse. Je ne peux pas le laisser continuer de me faire ça ! Mais je tremble, je pleure, je suis pathétique. Je ne sais pas ce que je brasse : de l'air, ou des draps ?

Ma panique augmente brutalement lorsque je me retrouvé avec les poignets entravés et un poids sur mes jambes. C'est bon, c'est fini, il est là, sur moi, il va… Non, c'est hors de question. Je résiste, tant que mon corps est encore d'accord, tant qu'il n'a pas succombé à sa volonté. Mais le temps passe et je faiblis. Ma respiration est hachée, j'ai du mal à la reprendre et j'ai peur de ne plus arriver à la réguler. Je sais qu'on me parle, qu'on prononce mon nom, mais mon cerveau ne veut pas se concentrer dessus. Je veux me protéger, ne pas entendre sa voix, essayer de… De me sortir de cette folie. De rester moi, encore un peu.

- Stiles ! J'entends hurler, même si c'est flou.

Je secoue la tête et je sens mon oreiller se mouiller tant je pleure. Je ne veux pas. Je ne veux pas !

- Je sais que tu ne veux pas ! Stiles, écoute-moi, je t'en supplie !

Je ne savais pas que je l'avais dit à voix haute mais au final, quelle importance ? Au moins, je… J'essaie, mais… Je pense que ça ne sera pas assez. En fait, ça ne sera jamais assez. Et d'un coup, je ne sais pas pourquoi, ma motivation à résister recule en flèche. C'est si brutal que j'arrête de bouger. Et je tremble. Je tremble comme jamais. Comme si mon heure, ou plutôt celle de la fin de ma volonté, était venue. J'attends presque l'horreur revenir. La douleur, que je ne sens plus. Les mains baladeuses, qui sont absentes. La bouche aventureuse, qui ne me touche pas. Je frissonne violemment alors que je constate à nouveau que j'ai simplement les poignets entravés et un poids sur les jambes, je… Qu'est-ce qu'il attend ? Pourquoi il me torture comme ça ?

- Stiles… Stiles, ouvre les yeux… Stiles, tout va bien !

J'étouffe comme je peux un sanglot. Non, rien ne va bien. Tu vas me faire du mal, encore…

- Je te jure qu'on ne te fera aucun mal… Tu le sais, Stiles…

J'ai encore parlé à voix haute ? Et… Comment ça, on ? Il y a plusieurs Peter, maintenant ? Non, ce n'est pas possible. Tu dérailles, Stiles. Mais d'un coup, comme si cette erreur de personne avait réveillé quelque chose, j'entends… Mieux. Les voix, qui alternent, ne sont pas les mêmes. Pour autant, je tremble toujours et j'angoisse de me retrouver ainsi entravé et pas libre de mes mouvements. J'ai peur, bordel… Si ce n'est pas lui, qui…

- Stiles, je t'en supplie, ouvre les yeux…

Ce désespoir, c'est… C'est pas Peter. C'est pas lui. Peter n'est pas désespéré, c'est un grand malade en pleine possession de ses moyens…

- Lâ-lâche-moi… J'articule difficilement, sans savoir à qui je m'adresse.

Je n'aime pas être dans cette position, ça me… Je ne peux pas. Je me sens serré, oppressé et ma réserve d'air n'est pas bien haute…

- J-je… Air… Besoin…

Pourquoi je n'arrive pas à prononcer une phrase correcte ? Sans trembler ? Sans bégayer ? Et puis, chaque mot est un obstacle tandis que respirer correctement reste une épreuve. Mais, par chance, je sens toute oppression physique me quitter et je me recroqueville sur moi-même, essoufflé. J'entends et je sens du mouvement autour de moi, mais je me concentre sur ma respiration. J'entends d'ailleurs l'une des deux voix me dire d'y aller doucement, tranquillement. Une main se pose délicatement sur ma joue et je sursaute avant d'ouvrir brusquement les yeux, terrifié. Moi qui m'attendais à trouver le visage de Peter dans la pénombre, je me retrouve face aux orbes bleu-vert de Derek, dans une ambiance lumineuse douce et tamisée. A côté de lui, je vois Jackson qui se mord la lèvre. Et… Je ne sais pas. Soudain, tout s'effondre, pour le meilleur comme pour le pire. Je laisse échapper un soupir fébrile avant de m'essuyer maladroitement mes yeux mouillés, mais c'est inutile : le soulagement qui m'envahit est tel que j'éclate en sanglots. Purement et simplement. Je laisse retomber toute la tension lorsque je réalise brusquement que tout ce qui s'est passé… N'était pas réel. Bordel.

Mais mon attitude, si.

Et ça me terrifie.

Parce que je sais que si cette scène s'était réellement déroulée, je n'aurais rien fait, à part prononcer des paroles que je ne pense à aucun moment. Face à ce constat, désespéré, je pleure de plus belle en me ratatinant sur moi-même. Je tremble, je sue, mon visage est mouillé… Et je sens la main de Derek me relever la tête avant qu'enfin, il me prenne dans ses bras. Je ne refuse pas. Je ne veux pas refuser. Je passe mes bras autour de lui et je pose mon front contre son épaule. Deux autres bras m'enlacent par derrière, ceux de Jackson. Je les laisse faire, tous les deux, me serrer contre eux. Parce que je suis incapable de faire autre chose. La honte, je la garde pour plus tard. J'oublie momentanément ma peur de les déranger, d'embêter Jackson. J'ai… Quelque chose de plus qui s'est cassé, je le sens. Et j'ai besoin de soutien. J'ai besoin d'eux, malgré tout. Sans eux, je ne tiendrai pas… Je crois que c'est l'une des seules choses dont je suis certain. Alors je me cramponne au haut de Derek et j'accepte volontiers l'étreinte qu'ils m'offrent alors que je suis là, pitoyable, pleurant et tremblant comme une feuille.

- Tout va bien, Stiles, souffle Derek en me caressant les cheveux. C'était un rêve…

Oui, c'était un rêve. Cette fois, c'était un rêve, mais… Qu'en sera-t-il du prochain ? Refusant d'y penser, je ferme les yeux, ces yeux qui me piquent à force de pleurer. Je sens Jackson, derrière moi, me déposer un doux baiser dans mes cheveux et me dire qu'ils sont là, qu'ils ne me laissent pas. Et moi, je n'arrive pas à prononcer un mot. Je suis incapable de les remercier dans mon état, encore moins de leur raconter ce qui m'est arrivé… Dans ma tête.

Et même si je sais que c'était juste… Un rêve, quelque chose en moi me souffle qu'une partie était réelle. Cette idée sordide me fait à nouveau angoisser en plus d'avoir la nausée mais pour le reste… C'est flou, comme si au lieu de sombrer dans une crise de panique, je me déconnectais doucement de la réalité. Je ne sais plus vraiment ce que je fais, ni ce que je dis, mais je me raccroche à leurs contacts et à leurs voix pour ne pas perdre pied. Au bout d'un moment, tout ce que je sais, c'est que je finis allongé, entouré de chaleur. Puis, tout se fait noir.

Déconnecté.