BÉNÉVOLENTS - 4 ÉCLOSION


1 Réitération

─ o ─

37006.19 (19 juin 2270)

La vue de Jim et Spock se brouilla. Ils reconnurent le picotement caractéristique du rayon du téléporteur. Ils se matérialisèrent dans la salle de téléportation.
Cette fois-ci, ils étaient réellement de retour.

─ Je savais que vous trouveriez un moyen de nous faire remonter à bord!

Scotty les fixa avec des yeux stupéfaits :
─ Capitaine? Commandant ?

Mira Agan contempla les deux hommes, elle aussi figée dans un silence abasourdi : ils ressemblaient au Capitaine Kirk et au Commandant Spock, mais...

Provenaient-ils d'une dimension parallèle ?
C'était tout à fait possible, puisque cela était déjà arrivé lors d'une précédente mission. Kirk, Scotty, Nyota et McCoy avaient été échangés avec leurs doubles, des doubles maléfiques. Dans ce cas, où étaient leur Capitaine et leur Commandant ?

Tous deux portaient, accroché à la ceinture, un coutelas dans un étuis de cuir. Sur le troisième plot se trouvait une grosse malle en bois ocre-brun. Tous les deux dégageaient la prestance sereine et la calme assurance de ceux qui sont sûrs de leurs forces.

Pourquoi étaient-ils armés ? Pourquoi étaient-ils à la fois si semblables et si différents des deux hommes qui s'étaient téléportés sur Silicia sept jours avant ? Méfiante, Mira Agan qui posa une main sur son phaser.

L'Humain portait des sandales et un court chiton blanc qui lui arrivait à mi-cuisse. Il était brodé de motifs de feuilles entrecroisées et dorées aux niveaux du col et de l'ourlet du bas.
Il avait les traits de Jim Kirk, le même sourire charmeur, le même regard pétillant.
Il était physiquement différent : plus grand et plus large du buste. Son cou, ses épaules, ses bras nus et ses jambes étaient tout en muscles à la fois puissants et harmonieux. Sa peau brunie par le soleil était marquée par des cicatrices anciennes. Ses yeux noisette étaient pailletés de petits points d'or, ses cheveux châtain mi-long avaient des reflets dorés.

Le Vulcain aussi avait des sandales. Il était habillé d'un chiton blanc, brodé sur les ourlets de frises géométriques bleues. Ce vêtement lui descendait au niveau des chevilles.
Il avait les traits de Spock, le même visage impassible, le même regard neutre. Ses yeux obsidiennes, aux prunelles d'un noir absolu, étaient un peu plus en amande et ses lèvres plus pulpeuses.
Il dépassait l'Humain d'une demi-tête, comme toujours. Lui aussi avait gagné en masse musculaire. Mais ceux-ci étaient fin et longs, comme ceux d'un fauve.

Jim retrouva les mots de la langue Standard, qu'il n'avait pas prononcés depuis sept décennies. La langue Ahngel, tellement plus fluide et agréable, lui était devenue si naturelle. Mis à part Spock, il ne pouvait la partager avec personne à bord désormais.

─ Vous en faites une tête! Avons-nous tant changé que cela?
Sa voix était la même, peut-être un peu plus profonde.

Spock et lui échangèrent une pensée. Ils étaient habitués à cette apparence qui avait été la leur pendant une vie, celle d'avant n'était plus qu'un lointain souvenir.

« Illes ont l'air décontenancé·es par notre apparence physique. » Constata Jim

« C'était prévisible. Il est logique qu'illes soient méfiant·es.»

Eux-aussi ressentaient de l'inconfort : ces corps étaient les mêmes que ceux de leur vie sur Silicia, parfaitement adaptés aux conditions environnementales de cette planète, beaucoup moins à celle qui régnaient à bord de ce vaisseau. L'air était plus riche en dioxygène, presque trop riche. Ils se contraignirent à respirer plus lentement. La pesanteur était moins forte, ils se sentaient beaucoup plus légers, ils allaient devoir réapprendre à contrôler leurs mouvements.

─... c'est à dire que... Balbutia Scotty, les yeux toujours aussi ronds

Ils descendirent lentement de leur plot, sans faire de geste brusque, afin de ne pas augmenter l'inquiétude de l'équipage présent dans la salle du téléporteur. Cependant, la souplesse féline de leur mouvement trahit leurs parfaites maitrises de leurs corps et de leurs forces physiques.

─ Donnez-moi vos noms, prénoms complets, lieux et dates de naissance, rangs et affectations ! Ordonna Agan

Ils ne protestèrent pas.

─ James Tiberius Kirk-S'chn t'gai, né le 33303.22 (22 mars 2233) à Riverside, Iowa, Terre. Matricule SC937-0176CEC. Capitaine de l'USS Enterprise NCC-1701, dont j'ai reçu le commandement le 36609.01*(01 septembre 2266)

─ Spock Xtmprqzntwlfb S'chn t'gai-Kirk, né le 33006.22 (22 juin 2230), à Shi'Kahr, T'Khasi, dite Vulcan. Matricule S 179-276 SP. Affecté à bord de l'USS Enterprise NCC-1701 le 35309.01 (01 septembre 2253) au grade d'enseigne officier scientifique. Commandant depuis 36009.01 (1 septembre 2260), officier en second du Capitaine Kirk depuis sa nomination.

Toutes ces informations étaient rigoureusement exactes. Scotty avait été affecté à bord de l'Enterprise en même temps que Spock

─ Vous êtes mariés ? S'étonna-t-il en entendant les noms doubles

─ Selon les lois Vulcaines, oui, lieutenant Scott, le Capitaine et moi sommes époux depuis le 36910.15 (15 octobre 2269)

─ Ah… oui, je me souviens ! Ça s'est fait à votre retour des planètes jumelles! Mais comme il n'y a pas eu de cérémonie officielle de mariage, je l'avais oublié. C'était juste avant ce vaisseau bizarre de matière-antimatière.

─ Le vaisseau de la Lh'mh'thl Nammu. Précisa Spock

─ Qu'est ce qui nous prouve que vous êtes bien Jim Kirk et Spock S'chn t'gai et que vous ne leur avez pas extorqué ces informations personnelles ? Demanda Mira Agan, sans cacher sa méfiance

─ Je suis au regret de vous informer, Lieutenante Agan, que nous ne disposons d'aucune preuve pour attester de nos identités. Répondit Spock de sa voix tranquille

─ Nesheim et Yueh vont-ils bien ? S'enquit Kirk. Ont-ils pu revenir à bord?

─ À l'état de bouillie informe. Gronda Agan.

─ Ah... C'est ce que je craignais.

Si Spock resta impassible, Jim se crispa en soupirant. Ils détestaient perdre des membres de l'équipage. La peine qu'il ressentit se vit brièvement sur son visage, comme à chaque fois que l'un·e d'elleux mourrait.
Scotty jeta un regard désapprobateur à la lieutenante. Cela faisait trois années qu'il servait sous les ordres de Kirk. Il connaissait Spock depuis plus longtemps encore, puisqu'ils avaient tous deux servis sous les ordres du Capitaine Pike.

« Nous avons vécu une vie entière depuis leur décès, et pourtant, j'ai la sensation que cet événement date d'hier. Je me sens en pleine distorsion psycho-temporelle, comme si j'étais la fois jeune et vieux. C'est très inconfortable.»

« Inconfortable mais logique. Nos souvenirs ont été réactualisés afin de nous permettre de reprendre le cours de notre vie au sein de cet espace-temps. Ils comportent les évènements qui se sont déroulés le jour de notre téléportation, lesquels se surajoutent à ceux de nos deux vies.»

Nul·le ne se rendait compte de leurs échanges mentaux, la profondeur de leur Kash-naf [lien mental] rendait la langue Ahngel quasi-instantanée.

─ Pourquoi eux et pas vous ? Protesta Agan

Il y avait une nette d'accusation dans le ton de la lieutenante, mais ni Jim ni Spock ne lui en tinrent rigueur. En revanche, ils ne pouvaient se permettre de révéler la vérité tout de suite, à savoir qu'ils avaient été protégés par des Lh'mh'thl, cela risquait d'entretenir la méfiance de la lieutenante.

─ Je n'ai que des spéculations à vous donner en réponse. Répondit Kirk. Nous avons été en contact psychique avec des Lh'mh'thl à de nombreuses reprises. Il est possible que cela ait constitué une sorte de protection psionique qui a permis à nos esprits de traverser le bouclier.

─ En revanche, nos corps ont été désintégrés. Nous pensons qu'un Lh'mh'thl a recueilli nos esprits et nous a conçu de nouveaux corps adaptés à la vie sur Silicia.

─ Je vois. Concéda Agan.

« Les Vulcains sont de très bons menteurs lorsque la situation l'exige

« Aucune de mes affirmations ne sont mensongères.» Protesta Spock.

« C'est vrai, après tout rien ne prouve que ce procès avorté auquel nous avons assisté n'était pas un rêve. »

─ C'est pour cette raison que notre apparence est légèrement différente. Poursuivit Jim. Ce sont aussi eux qui vous ont aidé à nous ramener à bord.

─ Nous avons trouvé la solution par nous-même! Protesta Scotty.

─ Pourquoi un Lh'mh'thl aurait-il ou elle fait une telle chose?

─ Sans doute pour les mêmes raisons qui ont motivées les interventions de Athênâ, Ny'One ou Eshtar. Répondit Kirk tranquillement

Agan les contempla avec méfiance :
─ Je vois... je vais vous consigner dans vos quartiers, je vais demander au docteur M'Benga de vérifier vos identités génétiques.

Elle s'attendait à une vive protestation de la part de Kirk, il n'en fut rien.

─ Telle est votre prérogative, lieutenant Agan. Commenta simplement Spock

─ J'approuve votre prudence. Ajouta Jim avec une sincérité visible

Illes cheminèrent en silence le long des couloirs, Jim et Spock portèrent le coffre qui avait été téléporté avec eux, sans aucun effort apparent. Agan l'avait scanné et n'avait rien détecté de dangereux. Un garde les attendait déjà devant leur porte.

─ Je suis désolée. Dit Agan, soudainement embarrassée.
Son instinct lui disait à présent que ces deux hommes étaient bien ceux qu'ils prétendaient être. Ceux qu'elle avait juré de protéger, et voilà qu'elle les enfermaient!

─ Vous ne nous devez aucune excuse, Lieutenante. Vos actes sont rationnels, et parfaitement conformes au règlement.

─ Tant que vous ne pourrez prouver nos identités, nous représenterons une menace potentielle pour l'équipage. Et Leur sécurité passe avant tout, avant nous. Ajouta Jim avec un beau sourire

« Et après une vie entière sur Silicia, conclue par cet étrange procès si déconcertant, je ne me vois pas reprendre mon fauteuil de Capitaine sur la passerelle comme si de rien n'était. J'ai besoin d'une période de réadaptions pour remettre toutes les pensées dans le bon axe.»

« Je ressens moi aussi le besoin d'une séance de méditation.» Approuva Spock.

Ils entrèrent dans la cabine de Spock, qui était devenue la leur. Celle de Jim faisait désormais office de bureau pour le travail.

La pièce leur parut à la fois familière et étrangère. Une vie s'était écoulée depuis leur départ, sept jours auparavant. Une vie entière.

Ils firent la seule chose qui avait du sens. Ils s'enlacèrent et s'embrassèrent.
Leurs corps étaient à nouveau jeunes et vigoureux. Gorgés de forces, de vie et de désirs. Mais ils ne pouvaient se permettre de s'étreindre maintenant… alors ils commencèrent par ouvrir le coffre. Il était empli d'objets soigneusement enveloppés dans des tissus. Jim en saisit un, le désemballa et eut un rire ému.

« Nana, l'objet transitionnel de T'Hen.» Pensa Spock avec une tranquillité d'esprit qu'il n'avait pas.

Jim caressa la poupée de tissus, qu'il avait rapiécée tant de fois. Il imaginait sans peine la tête ahurie de Scotty s'il apprenait un jour que son Capitaine avait pratiqué la couture. Muriële lui avait enseigné comment faire avec une patience angélique.

De nombreux souvenirs, liés à ce jouet, jaillirent soudain dans leurs mémoires. Les doux babillages de leurs trois enfants lorsqu'illes étaient petit·es, leurs rires, leurs sourires, leurs menues bêtises, leurs pleurs, leurs câlins… des moments de bonheurs à la fois si simples et si intenses.
Les enfants avait trimbalé leurs doudous partout avec elleux jusqu'à leurs six ans, comme la plupart des enfants Ahngels. La nature fusionnelle de la relation parent-enfant rendait l'acquisition de l'autonomie plus longue, mais, en contrepartie, elle donnait des adultes sains et équilibrés.
T'Hen avait été une enfant angoissée, elle avait gardé le sien pour dormir jusqu'à son mariage. Et même à ce moment-là, elle l'avait précieusement conservé.

« Si tu le veux, nous l'offrirons à ta mère. Ce sera le seul souvenir matériel qu'elle aura de l'une de ses petits-enfants.»

«Je n'en suis pas tout à fait sûr.» Répondit Spock en saisissant un autre objet

C'était un gros livre. Le cœur de Jim bondit dans sa poitrine : leur livre de photos de famille.
Spock avait retrouvé la méthode pour fabriquer du papier et surtout pour faire des photographies en couleur alors que leurs enfants avaient à peine cinq mois. Cette redécouverte avait fait le bonheur de toutes les familles Ahngels du village… toutes avaient voulu avoir leur album. Une Anhgel s'était révélée particulièrement douée : Thiriële était devenue la première à se consacrer principalement à une unique activité : la photographie.

« Bordel, illes étaient si petites que cela?!» S'exclama l'esprit de Jim en feuilletant l'album.

Toute leur vie était là, par petites touches…

Ils continuèrent à vider le coffre à souvenirs.

Ils y trouvèrent des cahiers dans lesquels tous les enfants de Eden avaient ensemble inventé l'écriture de leur peuple : les premiers traits maladroits, les premiers idéogrammes, les premières lettres, les premiers alphabets, les premiers mots… Spock se souvenait de chacune des étapes de cette fascinante et passionnante création collective.
Lorsque Jim, Leonard et lui étaient morts en ce monde, des écoles avaient déjà été créées dans chacun des villages de la région. Cette écriture continuait à se répandre partout sur la planète. Les Ahngels se l'appropriaient avec avidité, en modifiaient les subtilités en fonction de leurs besoins et désirs. Années après années, de nouvelles générations surgissaient : écrivain·es, poètes et poétesse, journalistes, scientifiques effectuant des recherches dans toutes les matières… ainsi que des lecteurs et lectrices avides d'Histoires, de Découvertes et de Savoirs.

Les herbiers de Naële!
Ils étaient emplis de plantes et de fleurs séchées et dégageaient une odeur subtile. Les pages étaient recouvertes d'explications, tracées avec son écriture d'enfant si sérieuse. La jeune Ahngel avait fait preuve dès l'enfance d'une curiosité et d'un sens de l'observation hors du commun. Son esprit toujours en éveil était assoiffé de connaissances, animé d'une puissante faculté de raisonnement logique et rationnel.
Adulte, elle était devenue un grand médecin, et Leonard avait été très fier de ses découvertes.

Un grand carton contenait de nombreux dessins et peintures exécutés par T'Hen tout au long de sa vie : magnifiques portraits si ressemblants qu'ils semblaient révéler l'âme, somptueux paysages célébrant les milles beautés de Silicia, on pouvait presque y sentir la caresse du vent. La mémoire de Jim lui rappela le parfum des vergers de fleurs dont les pétales flottaient paresseusement au moindre souffle.
La demi-Vulcaine si fragile, si introvertie, presque handicapée par son hyper-sensibilité, avait été très douée très tôt pour les arts plastiques, la musique et le chant. La tessiture de sa voix d'or couvrait sept octaves. (Là où un humain standard pouvait espérer en avoir deux, voire cinq pour les professionnels du chant*)

La pochette contenait aussi des dessins de Chal-wov. Ils étaient plus énergiques et plus sommaires que ceux de sa sœur. Le petit garçon fougueux et passionné y narrait avec emphase ses futurs exploits de grand chasseur de diplogosaure. (Rêve prémonitoire, car il était effectivement devenu le meilleur d'entre-elleux)

Il y avait aussi de petits fascicules contenant les poèmes que Chal-wov avaient rédigés de sa main impétueuse pour sa sœur, accompagnés des partitions des mélodies composées par T'Hen pour en faire des chansons. Le demi-Klingon passionné à l'apparence frustre avait une âme étonnement lyrique et sensible.
Il accompagnait volontiers T'Hen lors de ses récitals: son puissant baryton savait se faire doux, caressant et se mariait à merveille avec le soprano aérien de sa sœur. L'un comme l'autre savaient jouer de plusieurs instruments de musique. On venait de loin pour les écouter.

Les plus gros livres étaient des encyclopédies, mises en image par les magnifiques photos de Thiriële et les illustrations minutieuses de T'Hen. Elles avaient été rééditées suite à la réinvention de l'imprimerie… ainsi de nombreux livres de médecines rédigés par Naële et Leonard tout au long de leur carrières…

Ils retirèrent enfin du coffre des vêtements, des feuilles et des graines de savonnier, des fruits frais dans de petits paniers de fougère sèche tressées, de la viande de diplogosaure séchée, les biscuits préférés de Jim…

D'une certaine façon, toute leur vie était là, contenue dans cette caisse en bois. Une vie simple mais si riche.
La gorge de Jim se serra, il lutta contre cette émotion. Le passé était le passé. Il ne devait s'appesantir, il devait regarder devant lui et avancer. Spock l'approuva d'une caresse mentale.

─ Ma flûte! Et là, ta lyrette!

À la demande de Naële, Jim avait appris à jouer de la musique pour la faire danser le soir, quand leurs copains et copines venait dormir chez eux en de joyeuses soirées pyjama. Il avait fini par être (presque) doué. Jim souffla une courte mélodie dans l'instrument en bois.

Ils remirent tous ces trésors dans le coffre, bien précieusement. Ils devaient tourner la page se répéta Jim. Malgré leur mort, ce n'était pas facile. Jim contempla leurs quartiers.

« Au début de notre nouvelle vie sur Silicia, j'aurai tout donné pour pouvoir revenir à bord. Et à présent, je me sens comme un poisson hors de l'eau.»

« Nous allons mettre cette quarantaine à profit pour réactiver nos mémoires liées à notre situation présente.»

Ils prirent place sur leurs coussins de méditation. Ils n'eurent aucun mal à renforcer la prégnance des derniers souvenirs qu'ils avaient de l'Enterprise, avant de mourir et renaître sur Silicia. La faim de Jim les fit sortir de leur concentration. Ils utilisèrent le réplicateur alimentaire.
Jim savoura ses bouchées avec sa gourmandise coutumière.

« Hummmm… J'avais oublié le goût du steak-frites, je…»

Jim ne finit pas sa phrase. Sa gorge se sera à nouveau : combien de fois Bones l'avait-il enguirlandé en le voyant consommer un tel menu ? Trop gras! Trop salé! Trop calorique! Jim respira profondément.

« Il me manque atrocement.»

Spock contint ses propres émotions. Cette vie en compagnie de ses deux T'Hylara avait été plus que satisfaisante, il avait eu des enfants, une famille, une place utile en ce monde. Tout comme Jim, il se sentait à présent amputé. Silicia lui manquait, Leonard lui manquait cruellement. Ces émotions étaient fort peu Vulcaines. Il se devait de les gérer afin de retrouver la neutralité de son équilibre mental.

« Méditons.»

─ o ─

La sonnette de leur porte les sortit de leur seconde phase de méditation. Ils ouvrirent la porte au docteur M'Benga, accompagné de la lieutenante Agan. Il semblait embarrassé.

─ Entrez, Docteur. Dit Jim en souriant. Vous aussi Lieutenante Agan

─ Capitaine, Commandant. Je ne doute pas une seconde que vous soyez bien vous, cependant, je...

─ Vous devez nous soumettre à un examen de santé, Docteur. Poursuivit Spock. C'est la procédure standard. Veuillez procéder.

M'Benga sortit un hypospray de sa sacoche, il vit le Capitaine se raidir. Cela au moins n'avait pas changé.

─ Qu'est-ce que c'est que cette chose? Dit soudain Agan en désignant la poupée de tissu et l'album-photo restés sur le bureau

─ Le temps s'écoulait plus rapidement sur Sicilia qu'ici. Expliqua Kirk rapidement. Ceci est le jouet de l'une de nos filles, T'Hen.

─ 3652.5 fois plus rapide. Précisa Spock.

─ Une de vos journées d'ici équivalait à 10 ans sur Silicia. Ajouta Jim.

─ L'une de vos... filles ?! Répéta Agan, stupéfaite.

La puissante guerrière saisit la poupée avec une étonnante délicatesse. Le tissu était usé, rapiécé mais d'une incroyable douceur. Elle ouvrit l'album et le feuilleta. Elle s'assit sur le fauteuil sans s'en rendre compte. Elle oublia où elle était : les photos dégageaient tant de bonheur et d'harmonie.

La voix du médecin la fit sursauter:
─ J'ai fini. Le Capitaine et le Commandant ne présentent aucun risque pathogène, leur matériel génétique semble avoir été modifié, mais la base reste identique. J'ai besoin de plus de temps pour affiner les analyses

Agan contempla longuement Kirk et Spock. Le Vulcain était insondable, comme toujours, mais il y avait une bienveillance neutre dans son regard. L'expression de Kirk était franche, aimable et détendue. Les deux hommes inspiraient la confiance. Tous les instincts de la jeune femme lui indiquaient qu'ils ne présentaient aucun danger.

─ Je lève la quarantaine, par contre vous ne pourrez retrouver vos postes que lorsque l'émissaire de Starfleet aura validé votre identité.

─ Pouvons-nous nous enquérir du nom de cette personne ? Demanda Spock

─ Dame T'Pau. L'Ambassadeur Sarek et son épouse l'accompagneront.

Elle crut voir une émotion passer dans le regard de Spock, confirmée par le grand sourire attendri de Kirk. Elle eut la sensation qu'ils le savaient déjà. Elle tenta une provocation:
─ J'ai comme l'impression que cette nouvelle vous fait plaisir, Commandant

─ C'est en effet satisfaisant. Répondit-il tranquillement.

.

À présent libres de se déplacer à bord du vaisseau, ils se présentèrent au mess des officiers pour le dîner. Ils sélectionnèrent leur repas au réplicateur et prirent place à « leur » table comme ils l'avaient toujours fait. Scotty vint immédiatement s'installer face à eux. Il fut aussitôt imité par Sulu, Chekov, Uhura, Chapel et Agan. Jim trouva agréable de les revoir toustes en ce lieu de détente.

─ Alors, c'était comment en bas? Demanda Scotty sans s'embarrasser de formules de politesse

─ Ce monde est beau. Le temps s'y écoule 3600 fois plus vite qu'ici. Commença Kirk en souriant

─ 3652.5 fois. Le corrigea Spock

Jim ne put contenir un sourire malicieux : il avait fait exprès de simplifier le chiffre, pour le simple plaisir d'entendre Spock le reprendre.

« C'est puéril, Jim.»

« Je sais »

Scotty essaya de faire un rapide calcul
─ Pristi, du coup, ça correspond à combien de jour?

─ En comptant vos années bissextiles: environ 25 567.5 Répondit Spock

─ Soit 70 ans, la Lh'mh'thl qui a créé Silicia doit aimer les comptes ronds
Il préféra éviter de révéler les liens qui les liaient désormais, Spock et lui, avec cette Lh'mh'thl si exceptionnelle qui était aussi leur fille.

Un long silence tomba sur toute la salle

─ … mais… mais ? Balbutia Scotty. 70 ans ?... vous avez au moins 100 ans ! Et vous en paraissez à peine 30 !

─ Lors de la téléportation sur la planète Silicia, les Lh'mh'thl nous ont assemblé des corps adaptés à son environnement. Expliqua Spock. Ces corps en sont une réitération.

─ Quand nous sommes morts de vieillesse, ils nous en ont reconstitué un autre tout neuf, identique à celui que nous avions là-bas. Mais dans leur version jeune.

─ C'est pour cela que votre apparence est différente. Intervint Agan

─ Exactement. Confirma Kirk

─ Qu'avez-vous fait pendant ces longues années, seuls sur cette planète? Demanda Uhura avec compassion

─ Nous n'étions pas seuls. Nous nous sommes mêlés aux habitants. Répondit Kirk en souriant. Nous avons eu une vie bien remplie, nous avons adopté trois enfants, deux filles et un garçon, nous avons vieilli, nous avons eu des petits enfants et des arrières-petits-enfants.

Il y eu à nouveau un moment de silence. Chacun·e essayait d'imaginer le Capitaine et le Commandant dans le rôle de Pères… puis avec une apparence de vieillards…

─ Oh! Vraiment? S'exclama Chapel. Comment étaient vos enfants ?

─ Énergiques, gentilles, intelligentes, adorables, comme leurs papas. Répondit Jim avec malice

─ Jim. Protesta Spock tranquillement.

Illes passèrent la soirée au mess, répondant aux feux nourris questions des membres de l'équipage. Kirk leur narra ce monde pacifique qui paraissait presque utopique. Le nom de Ahngel leur parut à elleux aussi tout à fait approprié…

.

─ Ordinateur. Dit Spock quand ils rentèrent dans leur quartier. Augmentez la gravité de 23%, et la température de 30%, diminuez l'oxygène de 16%

─ Excellente initiative ! Nous aurions dû faire cela plus tôt.

─ Vous vous exposez à un risque d'hypoxie. Répondit la voix neutre de l'ordi

─ Aucun risque. Exécutez les ordres, je vous prie. Insista Jim

« L'ordi est dénué d'affect, la formule de politesse est inutile.»

« Simple réflexe.»

L'un comme l'autre ressentirent un vif soulagement alors que l'ordinateur exécutait les ordres de Spock.

« J'ai enfin la sensation d'avoir un poids.» Soupira Jim en respirant profondément

« Il va nous falloir adapter nos fréquences respiratoires pour éviter l'hyperoxie lorsque nous sortirons de nos quartiers»

« Nous nous adapterons, comme nous l'avons toujours fait.»

Jim prit Nana dans les mains. Il la porta à son visage.
« C'est incroyable, j'ai l'impression qu'elle a l'odeur de T'Hen»

Il tendit la poupée à Spock
« ... c'est faible, mais tu as raison»

« Ton père et ta mère doivent actuellement être à bord du vaisseau qui vient à notre rencontre. Ille doivent être en train de partager ce rêve… t'en souviens-tu?»

« Comment pourrais-je oublier un tel rêve? Il nous faut admettre que Naële a su déployer des pouvoirs insoupçonnables. Infléchir ainsi l'écoulement du temps et courber l'espace afin de réunir des esprits au sein d'un rêves communs…»

« Je mets ma main au feu qu'aucun Lh'mh'thl ne s'est rendu compte de ce qu'elle a accompli sous leur nez! Tout cela dans le simple but nous faire plaisir.»

« Il est probable qu'elle voulait aussi rencontrer ses grands-parents, sa belle-mère et ses cousines. Je pense qu'une partie de son esprit de Lh'mh'thl devait s'éveiller lorsque tout le monde était endormi. Afin que nous ne nous puissions pas nous en rendre compte, et que la part Anhgel de son esprit n'en garde aucun souvenir.»

« Dans tous les cas, j'ai hâte de revoir Amanda.»

Ils procédèrent sans se presser à leurs soins d'hygiène. Ils se rejoignirent dans leur chambre, nus. Ils s'étaient lentement habitués à l'irrémédiable vieillissement de leurs corps… ils étaient à présents à nouveau éclatants de jeunesse et de vigueur.

─ Tu es magnifique, Spock.

.

À suivre

Le Vulcain ne broncha pas, il pensait la même chose de son T'hy'la. Leurs souffles s'altérèrent...


Sources : les matricules :
memory-alpha• /fr/wiki/Numéro_de_matricule :

Pavel A. Chekov : 656-5827B
James T. Kirk : SC937-0176CEC
Montgomery Scott : SE 19754 T
Spock : S 179-276 SP

*Mission Quinquennales
Je suis partie du principe que les missions quinquennales débutent en septembre, car la date de la première diffusion du premier épisode aux USA était le 8 septembre 1966. Et que les affectations avaient lieu à ce moment-là

* Les octaves Wikipedia Voix (instrument)
La chanteuse pop américaine Mariah Carey a une tessiture couvre presque cinq octaves, elle descend pratiquement comme un baryton basse, une tessiture d'homme.

Toujours sur Wikipedia : les principaux registres de la voix :
les sopranos : voix aiguës de femmes et d'enfants
les mezzo-sopranos : voix moyennes de femmes et d'enfants ;
les altos : voix graves de femmes et d'enfants ;
les ténors : voix aiguës d'hommes ;
les barytons : voix moyennes d'hommes ;
les basses : voix graves d'hommes.

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