Bonjour ! Me revoici aujourd'hui avec une nouvelle histoire longue, mon premier drarry en plusieurs chapitres. J'espère que vous apprécierez cette histoire, je suis personnellement très heureux de pouvoir vous la présenter ! Et merci à Cailean Charmeleon pour son travail de correction sur cette histoire.

Bonne lecture !


Chapitre 1

« Auror Potter ! Vous partez sur une nouvelle affaire ! »

Le beuglement de l'Auror en Chef Dubtach Aodh résonna d'un bout à l'autre du Département. Les pauvres hères relégués ce jour-là à la paperasse sortirent alors de la torpeur induite par l'arrivée de l'hiver pour se retourner comme un seul corps. Les regards se dirigèrent droit vers leur collègue caché au fond de la pièce, en retrait d'un vieux pupitre : Harry Potter.

Jusque-là occupé à mâchonner distraitement le bout de sa plume tout en se cassant la nuque sur une liasse de parchemins illisibles, Harry manqua de tomber de sa chaise sous l'agression de ses pauvres tympans. Tomba alors sur son bureau, dans un claquement sourd, un dossier gros comme un grimoire.

« Travail sur le terrain. Perquisition. Cas à traiter rapidement. Pas d'équipe mise à disposition. Mes excuses. Pas d'imprudences. Des résultats. Compris Potter ? », grogna Aodh. « Je veux voir ce dossier clôs et un autre vaurien dormir à Azkaban avant la prochaine commission du Magenmagot. Ou je vous ferais chauffer les oreilles, Potter ! »

Ledit Potter grimaça. Le directeur du Bureau des Aurors avait le caractère rude et possédait un sens de la formule aussi grossier qu'un Chartier. Doublées d'un épais accent irlandais qui sonnait avec l'âcreté d'un whiskey vingt ans d'âge, ses directives tranchaient l'air comme un coutelas, et nul doute qu'il n'avait dû qu'à sa carrure d'ours et sa droiture inflexible de ne pas finir entre quatre planches avant d'avoir vu naître et mourir deux guerres meurtrières. Non, Dubtach Aodh n'avait rien d'un tendre. Pour autant, Harry se surprenait à avoir une certaine affection pour son supérieur, le même genre d'affection qui le prenait lorsqu'il repensait à feu Fol Œil. Aodh était souvent aussi ronchon qu'un vieux cabot, mais il était bien le seul sorcier de tout le Ministère à traiter Harry exactement comme il le méritait. Autrement dit, non pas avec l'admiration que tous vouaient au vainqueur de la Bataille Finale, mais bien pour le bleu qu'il était, un gamin de vingt et un ans débarqué dans le service moins de quatre mois plus tôt.

Seulement, Harry avait beau ne pas être encore très rôdé aux méthodes du Bureau, quelque chose dans les instructions abruptes d'Aodh le dérangeait.

« Seul ? Avant la commission du Magenmagot ? », finit-il par glapir en direction de son supérieur. « Mais c'est dans moins de deux mois, Chef ! »

L'homme bourru confirma d'un signe de tête, avant de répondre dans une moue sardonique, à demi-sourire, à demi-rictus :

« Exactement, Potter. Alors ne traînez pas. »

Aussi vite qu'il était venu, Dubtach Aodh repartit, houspillant sur le chemin jusqu'à son propre espace de travail chacun des Aurors présents qui eut la mauvaise idée de ne pas se remettre en activité à la vitesse de l'éclair. Seul fut épargné le discret Áed, grand blond dégingandé installé au bureau juste en avant de celui d'Harry. Tirant sa chaise en arrière jusqu'à se rapprocher assez de lui pour le regarder dans les yeux, le jeune homme lui adressa un air gêné parsemé de taches de rousseur. Dans le Bureau, personne n'aimait particulièrement subir la tornade Aodh, mais, Áed, aussi doux qu'un agneau, y était particulièrement sensible. Il soupira d'ailleurs :

« Pardon, Harry. Tu connais mon père. Dès que le Magenmagot se mêle des affaires de notre service, il perd complètement le Nord. Si tu as besoin d'aide pour boucler ce dossier, n'hésite pas.
- Merci pour la proposition. Et tu n'as pas besoin de t'excuser pour ses récriminations, Áed », répondit le brun en haussant les épaules.

Se pressant contre le dos de sa chaise, yeux fermés, Harry signala à son collègue dans un rire :

« On connaît Dubtach et son sale caractère. On a tous entendu le discours de bienvenue du Grand Chef des Aurors En Personne quand on a commencé nos études pour devenir Auror, toi y compris. Je suis certain qu'il le connaît à la virgule près depuis vingt ans.

- Tu m'étonnes qu'il le connaît. À chaque rentrée il passe des heures à le répéter en se regardant dans le miroir de la salle de bain », marmonna Áed dans sa barbe.

Harry rit bassement à la remarque, avant de rassurer son ami.

« Ne te tracasse pas pour ça, mon vieux. Demain tout le monde aura oublié sa gueulante. Et comme tu dis, la période n'est facile pour personne.
- La Grande Bêtise », conclut Áed avant de remettre sa chaise derrière son bureau et d'abandonner Harry à sa nouvelle mission.

Tout en attrapant le dossier confié par Aodh pour le mettre sous son nez, le fraîchement nommé Auror Potter songea que le surnom donné par ses collègues à la Commission annuelle du Magenmagot n'était en aucune façon plus ridicule que la commission elle-même. Il réprima alors un soupir.

Le monde magique peinait à se reconstruire, tremblant sur des fondations brûlées. Plus de trois années s'étaient écoulées depuis la victoire de l'Ordre du Phénix sur les forces des Ténèbres, et seuls les Aurors semblaient apporter l'ordre au milieu du chaos où évoluaient les sorciers anglais. Se nourrissant sans cesse de l'abandon progressif du Ministère, le désordre touchait encore nombre de lieux de vie, tels le Chemin de Traverse, toujours pour une partie en ruine, là où les commerçants n'étaient jamais revenus, ou bien Sainte-Mangouste, faute d'un nombre suffisant de nouveaux Guérisseurs. La génération d'Harry avait été sacrifiée sur l'autel de la guerre et ne savait comment naître à nouveau. Pour remédier au manque de jeunes esprits et de corps vigoureux, le Magenmagot, dont pas un seul des membres n'alignait moins de trois chiffres sur chaque nouveau gâteau d'anniversaire, ordonna dans l'automne suivant la fin de la guerre la mise en place d'une commission annuelle. Se tenant les cinq jours précédant Noël, elle devait amener le gouvernement à modifier lois et institutions, dans l'espoir d'insuffler un souffle de vie au monde d'après-guerre.

Seulement, alors que la quatrième édition allait se tenir dans peu de temps, le bilan des essais précédents avait tout d'un échec. Pour une partie, il semblait qu'il s'agissait seulement d'une idée tristement ratée. Sur certains points précis malheureusement, il résultait de ces commissions de véritables catastrophes.

Jetant un regard en diagonale aux premières pages de l'épais dossier, Harry pinça les lèvres. Encore une affaire de trafic d'ingrédients pour potions proscrits à la vente. Et il était censé gérer ça par lui-même. Il savait, bien entendu, que le manque notoire d'effectifs pesait particulièrement sur le Bureau durant la période précédant les fêtes de fin d'année, mais il ne pensait la situation si dramatique pour qu'on laisse son expérience encore frêle gérer un tel boulot seul. Enfin, Dubtach devait bien être obligé de lui faire confiance, et ce type de dossier était loin d'être une nouveauté pour le service des Aurors. Selon ses compagnons de travail, il en arrivait tous les jours au Bureau. Une conséquence du durcissement des lois sur le marché des potions, promulguées lors de la première Commission. Désormais, tout sorcier souhaitant user d'un certain nombre d'ingrédients potentiellement dangereux à la manipulation ou entrant dans la composition de potions prohibées devait se voir délivrer un permis spécial au Ministère. Permis que bien entendu une majorité de gens était incapable de se procurer. Finie alors la préparation par la ménagère de potions de soin basiques et de répulsifs contre les divers nuisibles envahissant les maisons. Jusqu'alors réalisés sur la table de la cuisine pour parer aux petits bobos et autres invasions de Doxys, il fallait désormais acheter ses lots de philtre repousse-moustique et de potion contre la migraine sur le Chemin de Traverse avec son marmot sous le bras. De la même manière, on se rendait à Sainte-Mangouste pour récupérer tout traitement médical de fond, faute d'avoir pu l'obtenir chez l'apothicaire.

Aussi, depuis la mise en place de la Loi de Régulation de l'Usage des Potions numéro huit cent trois, tous les deux à trois mois, les Aurors voyaient émerger un nouveau réseau de vente d'ingrédients interdits. Le plus souvent, les plaques tournantes prenaient place dans des hôtels miteux de l'Allée des Embrumes, mais certains trafiquants plus fins donnaient préférence à des planques moldues, compliquant la filature pour remonter jusqu'aux stocks. Et puisque le Ministère ne parvenait que difficilement à lutter contre les trafiquants eux-mêmes, alors il punissait les acheteurs. Si une équipe permanente d'Aurors triés sur le volet s'occupait d'étouffer le marché noir directement à la source, il revenait aux Aurors Potter, Aodh Senior, Aodh Junior et à leurs collègues de gérer les perquisitions lorsque l'on suspectait un sorcier de détenir des ingrédients interdits, et en cas de trouvailles intéressantes, de procéder à une arrestation.

Harry soupira, las des politiques aveugles et brouillonnes du Ministère. Si Kingsley Shacklebot n'avait pas renoncé au poste de Ministre de la Magie à la fin de son mandat temporaire, les choses auraient pu être bien différentes. En réprimant cette fois un grognement, l'Auror se décida finalement à attaquer en profondeur l'affaire. Seulement, lorsqu'il délaissa le récapitulatif des délits, soigneusement rédigé par un gratte-papier anonyme du service juridique, pour tomber sur la véritable page de garde du dossier, Harry sentit son estomac chuter dans ses talons.

La grande purge ordonnée par le Ministère amenait les Aurors à fouiller minutieusement et régulièrement les dossiers sensibles soigneusement gardés par le service. Autrement dit, ils voyaient souvent passer sur leur bureau les noms de toutes les familles Sang-Purs connues pour leurs sombres engagements au temps de la guerre. Dans le Bureau, où certains collègues d'Harry prenaient plaisir à multiplier les noms de code, on appelait ces affaires les Brunes. Car elles mettaient en cause des sorciers qui n'avaient pas complètement basculé du côté sombre, puisqu'encore libres, ou blanchis au sortir du conflit, mais dont tous savaient qu'ils portaient sur eux la couleur du sang séché.

Nul doute que le dossier présentement étudié par Harry était une Brune.

À l'intérieur, sur des mètres de parchemins estampillés du logo de la banque Gringotts, s'étalaient des comptes-rendus de transactions financières douteuses. Certaines indiquaient des rentrées d'argent obscures et d'autres, encore plus louches, correspondaient parfaitement aux fluctuations de prix d'ingrédients particulièrement recherchés sur quelques-uns des marchés démantelées par les agents du Ministère. Et tous ces échanges de Gallions fléchaient une unique cible. Un sorcier mis en accusation pour détention illégale d'ingrédients de potion prohibés et participation à un marché clandestin, bien connu du service des Aurors donc, et encore plus d'Harry en personne.

Ses doigts se serrèrent si fort que la plume qu'il tenait dans la main se brisa net. Sur le parchemin bruni, lacéré de grands traits noirs, se dessinait l'ombre grimaçante d'un môme tremblant, chaînes aux pieds et marque maudite sur le bras. Une figure bouffonne, familière, gâtée jusqu'à la pourriture et qui n'avait réchappé au linceul de la prison que grâce aux circonstances terribles ayant jalonnées la guerre autant que la vie de tous les fils de Mangemorts, celui-là compris. Harry voyait danser devant ses yeux l'air narquois encore gravé dans sa mémoire d'un blondinet corrompu au berceau, jugé en quelques heures et laissé libre à la sortie de son procès, trois ans plus tôt.

Un vieil ennemi disparu de la circulation depuis lors, et qui lui bondissait brutalement au visage, soigneusement tapis dans l'ombre d'un parchemin. Drago Malefoy refaisait surface.

À suivre…


Et voilà pour ce premier chapitre ! J'espère de tout coeur que ça vous aura plu, c'est une histoire qui me tiens vraiment à coeur, et aussi je me permets de vous encourager à commenter au maximum si vous aimez ce que j'écris, c'est ma seule récompense à ces petits moments de lecture que je vous propose. Le chapitre suivant est d'ors et déjà rédigé, mais je ne publierai la suite de cette fic' qu'une fois deux ou trois reviews reçues, histoire de ne pas publier dans le vide...

À bientôt, et merci de m'avoir lu !