- Vous devriez essayer de le voir, Geordi.

Geordi se tordait nerveusement les mains, essayant de contrôler ses émotions.

- Je ne peux pas. Il me fait trop penser à Data.

- Je sais que ce n'est pas Data, dit Deanna, mais il a une partie de la mémoire de Data. Et vous seriez étonné de reconnaître un peu de lui en Proto.

Geordi sentait sa colère monter en lui. La colère avait toujours été une façon, pour lui, de cacher ses émotions profondes. Ces temps, il se mettait souvent en colère. Et c'est pourquoi le capitaine lui avait suggéré de consulter le conseiller. Geordi détestait se confier et encore moins se faire analyser. Mais cela devenait trop douloureux de garder sa tristesse pour lui. C'est pourquoi il était, aujourd'hui, dans le cabinet de Deanna.

- Ce n'est pas Data ! Personne ne peut le remplacer comme ça ! s'énerva LaForge.

Tout en parlant, il se leva brusquement du canapé pour accentuer ses propos. Deanna garda un calme pacifique face à la colère de son collègue.

- Je sais, répondit-elle compatissante.

Geordi se calma. Il se rassit en soupirant.

- Je suis désolé, conseiller…

- Votre colère est tout à fait normale, Geordi. La situation est injuste. Quelqu'un qui vous est cher est mort pour sauver d'autres personnes. N'importe qui aurait pu mourir sur ce vaisseau, mais c'est Data qui est mort.

Geordi se retenait de pleurer. Il aurait donné n'importe quoi pour avoir encore son VISOR en ce moment. Il ne voulait pas que qui que ce soit le voie dans cet état.

- Vous ne pouvez pas savoir ce que je ressens… dit Geordi d'une voix tremblante.

- Alors expliquez-moi, dit Deanna calmement.

Il y eut un moment de silence.

- C'est Picard qui aurait dû mourir, pas Data, dit finalement Geordi en regardant le sol.

Deanna ne répondit rien, elle regarda intensément Geordi, essayant de le lire.

- Je le hais… dit Geordi en levant les yeux vers la télépathe.

Geordi entra dans ses quartiers. Il venait de quitter Deanna. Sa séance avec elle n'avait fait qu'empirer les choses. Il s'assit sur son lit. Avant de voir le conseiller, il contrôlait ses émotions. Il pensait à son devoir avant de penser à ce qu'il ressentait. Il était bien. Il mettait de côté sa douleur pour se concentrer sur la bonne marche du vaisseau. Il avait toujours procédé comme cela lorsqu'il était malheureux ou anxieux : il pensait aux vivants plutôt qu'aux morts. Il pensait à l'Enterprise et à son bon fonctionnement. Il était sûr de lui et ne semblait pas affecté par ce qui arrivait. Il gardait tout pour lui, ne laissait rien transparaître. Maintenant, il était totalement chamboulé. Il pensait à Data, à ce qu'il ressentait, à ce qui aurait pu être évité.

Geordi se mît à pleurer, la première fois depuis que Data était mort. C'étaient des sanglots silencieux, de la tristesse qu'il gardait juste pour lui. Il ne voulait pas la partager. Avec personne.

Le lendemain, Geordi se présenta à l'ingénierie avec un visage fait de roche. Il travailla de façon intensive. De temps en temps, il s'énervait contre un de ses ingénieurs, prétextant que celui-ci ne travaillait pas assez vite ou assez bien. Pourquoi ses ingénieurs ne pouvaient-ils pas faire un travail correct ? Cela énervait grandement Geordi. Les circonstances du moment n'étaient pas un prétexte pour être fainéant.

A la fin de la journée, Geordi décida de rester un moment à la salle des machines pour y finir quelques tâches. Il préférait se trouver dans son environnement de travail, occupé à faire quelque chose, plutôt que de rester dans ses quartiers, seul avec ses pensées. La fatigue commençait à le gagner, mais il l'ignorait. De toute manière, il n'arriverait pas à dormir. Cela faisait, en effet, depuis une semaine qu'il était incapable de dormir plus de deux heures par nuit.

Alors qu'il était en train de réparer les systèmes secondaires du vaisseau, accroupi près d'un panneau ouvert, il entendit la voix de Deanna derrière lui. Il se retourna pour voir le conseiller.

- Conseiller ? Que faîtes-vous là, à cette heure-ci ?

- Je pourrais vous poser la même question, répondit-elle.

- Je répare les systèmes du vaisseau, répondit LaForge en se retournant pour reprendre son travail.

- Vous avez déjà fait une grande partie des réparations, Geordi. Les systèmes secondaires ne sont pas une priorité, il me semble.

Geordi soupira. Pourquoi ne pouvait-elle pas le laisser travailler ? Il ne voulait la compagnie de personne.

- Peut-être, répondit-il. Mais j'aimerais que tout soit terminé le plus vite possible.

- Et lorsque tout sera terminé, qu'est-ce que vous ferez, Geordi ?

- Conseiller, je sais ce que vous voulez insinuer, et j'apprécie ce que vous essayez de faire, mais je préfère gérer mes émotions tout seul, dit Geordi sans s'arrêter de travailler.

- Vous avez annulé toutes nos séances, dit le conseiller.

Geordi s'arrêta. Il soupira, puis posa son outil sur le sol. Il se leva ensuite, puis fit face à Deanna.

- C'est vrai. Parce que je pense que ces séances ne m'aident pas. Au contraire, je me sens encore plus mal depuis que je vous ai vue… Sans vouloir vous offenser, Deanna.

- Au contraire de ce que vous pensez, il est justement normal que vous vous sentiez mal. La perte d'un être cher est toujours source de douleur. La situation anormale serait de ne rien ressentir du tout.

- Eh bien, pour ma part, je préfère ne rien ressentir.

- Vous ne pouvez pas choisir la facilité, Geordi. Si vous n'exprimez pas ce que vous ressentez, le traumatisme ne s'estompera jamais.

Geordi se retourna, sans dire un mot. Il s'accroupit à nouveau et reprit son outil. Deanna s'accroupit alors près de lui. Elle posa une main sur son épaule. Ce contact eu comme effet de totalement déstabiliser Geordi. Peut-être qu'il en avait finalement besoin. Un simple geste affectueux faisait remonter toutes ses émotions à la surface. Ses bras tombèrent le long de son corps et ses lèvres se mirent à trembler.

- Geordi, dit Deanna en le voyant lutter contre ses émotions, en avez-vous parlé avec le capitaine ?

Geordi tourna la tête vers son amie, surpris.

- Parler de quoi ?

- De ce que vous ressentez à son propos.

L'ingénieur ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt. Pour rien au monde il en aurait parlé au capitaine.

- Vous devriez lui en faire part.

Geordi eût un rire nerveux.

- Mais oui, bien sûr… « Capitaine, sachez que je vous tiens pour responsable de la mort de Data ! », dit Geordi sur un ton de plaisanterie. Non, conseiller, jamais je ne le ferai.

- Et vous allez donc garder cette haine pour vous ? demanda Deanna pour faire réfléchir son ami, sans attendre de réponse de la part de celui-ci.

- C'est exact, répondit le lieutenant-commandeur, comme toutes mes autres émotions d'ailleurs.

Deanna sentait qu'il était temps de changer d'approche.

- Geordi, qu'est-ce que Data aurait voulu ?

L'aveugle regarda sa collègue, le bleu intense de ses yeux ancré dans les yeux noirs de la bétazoïde.

- Que voulez-vous dire ?

- Est-ce que Data aurait voulu que vous haïssiez Picard pour lui ?

Geordi déglutit.

- Le fait d'en parler avec le capitaine vous aidera à dissiper vos sentiments amers envers lui. Vous savez, Picard souffre aussi de la perte de Data.

- Il n'en a pas le droit… Il le connaissait à peine. Il l'appréciait uniquement parce que Data était un officier plus efficace que les humains, dit Geordi avec rage.

- Vous savez que c'est faux, Geordi.

- Vraiment ? Et qu'en savez-vous exactement ? Que connaissiez-vous de notre relation, à Data et moi ? Personne ne peut comprendre, de toute façon… C'était quelque chose entre nous, et personne d'autre.

- Voulez-vous m'en parler, Geordi ?

Geordi resta silencieux un moment. Puis il commença :

- Très bien… J'ai rencontré Data à l'Academy. Je le connaissais déjà, grâce aux nombreux articles scientifiques que j'avais lu sur lui. Lorsque j'ai su qu'il était dans ma classe, j'ai demandé s'il était possible de partager sa chambre. Je voulais absolument le rencontrer. J'ai appris plus tard que personne ne voulait de lui dans sa chambre. Les autres étudiants le trouvaient bizarre, trop différent. Tout le monde le détestait à l'Academy. Data, à cette époque, avait beaucoup de peine à sociabiliser et à se fondre parmi les humains… De mon côté, je voulais me faire ma propre idée sur Data. Après tout, c'était une pièce de technologie unique. En tant qu'ingénieur, je me réjouissais donc de le rencontrer. Mais quand je l'ai vu pour la première fois, j'ai été totalement choqué. Il n'était pas du tout comme je le pensais. Ce n'était pas qu'une machine, il était bien plus. C'était un être sensible. Et même s'il n'avait pas d'émotion, je pouvais ressentir sa douleur d'être rejeté par les autres. Je suis devenu son ami, je l'accompagnais partout, je faisais tous mes travaux pratiques avec lui, je le défendais contre les autres. Et ainsi, nous sommes devenus meilleurs amis. Et je suis devenu l'ennemi de tout le monde. On se moquait de moi pour mon VISOR… Finalement, Data et moi, on était pareil : on était tous les deux différents. Mais ce que pensaient les autres de nous, ça nous était égal. On avait uniquement besoin l'un de l'autre, c'est tout.

Geordi LaForge s'arrêta de parler, il regarda Deanna. Celle-ci semblait lui offrir toute son attention. Il déglutit. Il n'avait jamais parler de sa rencontre avec Data, avec qui que ce soit. Pour aucune raison particulière d'ailleurs. Il n'avait juste jamais senti le besoin de partager cela avec quelqu'un.

- Continuez, demanda Deanna.

Geordi baissa la tête. Il la releva, un moment plus tard, pour regarder Deanna.

- Lorsque Data a été affecté sur l'Enterprise, j'ai tout fait pour y être affecté aussi.

L'ingénieur soupira.

- On a toujours été tout les deux. Ça a toujours été lui et moi. Que ce soit au travail ou dans notre temps libre… Et d'ailleurs ceci, jusqu'aux tout derniers instants… Data a eu l'idée de sauter jusqu'à l'autre vaisseau pour sauver et le capitaine et la Terre. Et j'ai créé ce mini-téléporteur pour qu'il puisse revenir, lui ou le capitaine. Il m'avait promis qu'il trouverait un moyen pour qu'ils puissent revenir tout les deux. Je le croyais. Ce n'est que lorsqu'il m'a lancé ce regard avant de sauter que j'ai compris… qu'il ne reviendra probablement jamais.

Des sanglots secouèrent les épaules de Geordi. Il pleurait. Devant Deanna. Ça lui était égal maintenant.

Deanna le prît dans ses bras.

- Tout est de ma faute, conseiller… Je l'ai laissé partir… Il est mort par ma faute… dit Geordi, la tête enfouie dans l'épaule de Deanna.

- Vous ne pouviez rien faire d'autre, Geordi.

- J'aurai dû le retenir, tout faire pour qu'il reste sur le vaisseau.

- Dans ce cas, des billions d'innocents seraient morts.

- Picard y était… C'est lui qui aurait dû se sacrifier ! dit Geordi en tremblant contre Deanna Troi. Je ne le lui pardonnerai jamais…

- Vous devez lui pardonnez, Geordi. C'est la seule issue à votre chagrin. Expliqua Deanna en se séparant de lui.

Geordi se trouvait devant les quartiers du capitaine. Que faisait-il là exactement ? Il n'était pas du tout prêt à pardonner ou même à parler à Picard. Mais il ne savait plus quoi faire. Deanna lui avait dit qu'il souffrait tout autant que lui car il se sentait coupable. Tout comme Geordi, Picard pensait être responsable de la mort de Data. Mais il l'était !

Geordi expira pour se calmer. Il sonna à la porte. Il sentit ses mains trembler en entendant la voix du capitaine qui l'invitait à entrer. Après quelques instants d'hésitation, il entra.

Picard était assis dans son canapé, un livre sur les genoux. Il ne semblait pas vraiment être en train de lire car le livre était fermé.

- Monsieur LaForge, dit-il. Que puis-je pour vous ?

Geordi s'approcha de Picard. C'était rare qu'il entre dans ses quartiers.

- Alors ? demanda Jean-Luc en posant son livre sur la table basse devant lui.

Geordi ressentait une haine immense pour cet homme, mais essayait de se contrôler tant bien que mal. Après tout, il était ici pour essayer de lui pardonner.

- J'aimerai vous parler… à propos de Data.

Picard se figea un moment. Reprenant ses esprits, il invita son lieutenant-commandeur à s'asseoir sur le canapé à côté de lui, d'un geste de la main. Geordi s'installa. Picard semblait mal à l'aise.

- J'aimerais que vous sachiez que je suis venu sur le conseil de Deanna et que ça va être difficile pour moi de vous en parler.

Picard fît un mouvement de tête pour lui montrer qu'il comprenait. Geordi ne savait pas comment commencer.


Je n'ai pas continué plus loin cette fic, mais si vous voulez la suite, faîtes-le moi savoir et je l'écrirai !