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Le message des étoiles - OS

Le postulat de départ de cet OS est le suivant : que se passerait-il si Pike rencontrait une ancêtre à lui ? Une femme qui serait la seule dans l'univers capable de lui faire mettre en perspective sa destinée, de prendre du recule par rapport à ce message funeste et profondément injuste.

Alors oui, je sais, c'est un peu tirer par les cheveux. Mais nous sommes dans un univers de science-fiction, donc tout est possible, non ?

Je vous souhaite une bonne lecture !

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La guerre venait de prendre fin, et les cendres encore fumantes du conflit n'était pas encore toutes éteintes. Beaucoup de gens y avait perdu la vie, civils, militaires, personne n'y avait réchappé. Et ceux qui étaient encore là portaient en eux le lourd héritage de tout survivant. Pourquoi eux et pas les autres ? Qui décidait de qui devait mourir et de qui devait vivre ?

On érigea des stèles, beaucoup de stèles. Des monuments aux morts, des places du souvenir. Tout pour que cette guerre mondiale soit la dernière. Comme les deux autres qui l'avait précédée. En vain. Mais cette fois-ci ce n'était pas seulement des villages ou des villes, mais des pays entiers qui avaient disparus. Tout était plus grand et plus sanglant aussi.

Une lumière vive. Une pièce blanche. Et peu de temps. Des bruits métalliques. Des gens affairés. Les aiguilles de l'horloge qui tourne. Ellis pouvait sentir la douleur qui s'infiltrait partout dans son corps désormais. Une douleur lancinante, brûlante, contre laquelle elle ne pouvait pas grand-chose. Elle s'était résignée il y a bien longtemps sa vie se terminait aujourd'hui. Du moins, sa vie présente. Car Ellis avait fait le choix de l'avenir, et de l'espoir. En sa guérison, et en un monde meilleur aussi. Elle quittait cette époque en pleine guerre, mais gardait espoir. Son fils connaitrait une vie meilleure qu'elle elle en était persuadée. Aujourd'hui, elle fermait les yeux pour mieux renaitre. Plus tard. L'espoir plutôt que le désespoir. Depuis toujours.

Elle sentit brièvement de froid avant de plonger dans un sommeil sans rêve.

L'ingénieur devant le caisson de stase la regarda un court instant non sans émotions. Sans elle il ne serait pas ici. Sans les intrépides qui s'étaient battus pour la liberté durant la guerre, rien de ce qui l'entourait n'existerait. Il ne put retenir une larme de perlé le long de sa joue.

-C'est elle alors, souffla une collègue derrière lui.

-Oui, répondit-il simplement.

Il lui tendit sa tablette, et elle put y lire les constances d'une héroïne comme on n'en faisait peu.

-Tu crois qu'elle survivra ?

-Je suis certaine qu'elle survivra à tout. Les constances sont bonnes, on peut seller le caisson.

Un bruit sourd les alerta du verrouillage du caisson. La lumière s'éteignit, et un bras robotique se chargea de le porter vers son sillon de stockage. Il y entra sous les yeux du mari et son fils d'Ellis. Le petit garçon regarda sans trop comprendre. Son père lui caressa tendrement le visage. Il ne le savait pas encore, mais des décennies plus tard, c'est lui, son fils, qui enverra sa mère vers les étoiles.

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Marc replia la brochure qu'il tenait entre ses doigts et la glissa dans la proche de son jean. Il avait enfin trouvé la meilleure des dernières demeures pour sa mère. Il ne l'avait que peu connue, mais il l'admirait plus que tout. Il avait lu tous ses carnets de notes, et il avait l'impression de la connaitre. Son père lui avait tant parlé de cette femme courageuse qui était née dans une période troublée. Elle avait même dû prendre les armes pour défendre sa famille. Courageuse. Intrépide. Ce n'était pas pour rien qu'il avait appelé sa propre fille Ellis.

Il se leva et la regarda dans son berceau. Elle dormait profondément d'un sommeil sans nuage. La paix avait pris place depuis de nombreuses années, et la guerre qui avait fait tant de morts semblait bien lointaine. Elle avait fait l'effet d'un électrochoc. Une détonation bienvenue dans un système en faillite et moribond depuis longtemps.

-Si seulement ma mère pouvait te voir, souffla Marc. Et voir le monde pour lequel elle s'est battue.

-Elle serait si fière, fit la voix de son amoureuse derrière lui.

-Elle le verra, je l'espère.

-Moi j'en suis sûre, affirma Martha en embrassant Marc.

Les mois s'égrenèrent, puis les années. Marc eu une autre fille, puis une de ses filles eu un enfant, qui en eu trois et ainsi de suite. Les générations passèrent ainsi.

Pendant ce temps, l'humanité découvrit la vie ailleurs que sur Terre. Et des planètes. Puis des peuples. Tous différents, avec leurs propres cultures, leurs langues, et leur vision de la vie.

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Près de 150 ans plus tard…

La Terre devint rapidement un petit point perdu derrière l'immense vaisseau qui venait tout juste de la quitter. L'Enterprise avait quitter la planète bleue depuis quelques heures. Cette escale terrestre avait été la première depuis plusieurs mois, et l'équipage du vaisseau l'avait accueilli avec joie. Une maintenance, et plusieurs réunions plus tard, et le départ avait sonné. Une nouvelle fois. Vers les étoiles et l'immensité d'une galaxie si peu connue.

Le capitaine Pike se dirigea vers la passerelle d'un pas décidé. Il avait à peine touché à son petit-déjeuner que Spock l'avait appelé sur la passerelle. Un détail qu'il devait absolument voir, avait déclaré le Vulcain. Mais que diable pouvait être plus important que des pancakes ?

Leur prochaine escale était à la sortie du système solaire où ils devaient récupérer une ancienne sonde du 22ème siècle. Autant dire une antiquité.

-Qu'est-ce ça peut être ? demanda numéro un à Spock quand Pike entra sur la passerelle.

-Nous captons un signe de vie au-delà du champ de débris, expliqua Spock mais il n'y a aucun vaisseau dans les parages.

-Alors Spock, qu'est-ce que je dois voir ?

-Capitaine, salua le vulcain, nous avons découvert quelque chose au-delà de la ceinture d'astéroïdes.

-Nous sommes en dehors du système solaire, donc ce n'est pas une planète, mais quoi ?

-Cela semble être une capsule de survie, répondit Spock.

-A l'écran, ordonna Pike en se dirigeant vers la paroi transparente qui fermait la passerelle.

Devant lui apparut une multitude de débris d'astéroïdes plus ou moins gros, et l'ombre d'une capsule de sauvetage bleue.

-Ordinateur, commença Pike, peux-tu nous dire de quelle époque date cette capsule ?

-Capsule terrienne, seconde moitié du 21ème siècle, début 22ème siècle. Pays de fabrication inconnu.

-Pourquoi on ne la découvre que maintenant ? interrogea Ortegas du poste de pilotage.

-La plupart des vaisseaux passent en distorsion avant de quitter le système solaire, apprit Spock.

-C'est quand même une capsule terrienne, fit Pike.

-Sa datation suggère un lancement lors d'une période trouble de la planète, déclara Spock.

-Ce qui expliquerait pourquoi elle est passée inaperçue, conclu Una.

-Très bien, Ortegas vous nous approcher doucement de cette capsule, ordonna Pike en prenant place à son fauteuil. On va tenter un sauvetage. Qui sait qui est enfermer là-dedans.

Ortegas rapprocha lentement le vaisseau de la capsule.

-La capsule est encore entière, et je capte un signe de vie, informa Spock.

-Le niveau d'énergie ?

- Une faible quantité d'énergie s'en dégage, Capitaine.

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Au cours du 21ème siècle, des événements dramatiques ont eu lieu. Une troisième guerre mondiale avait fini par éclater après avoir couvé durant des années. Après cela, et même si l'équilibre avait mis du temps à se rétablir, certains accordait un ultime salut à d'autres. Conservé son corps en stase était devenu le dernier optimisme à la mode. Soit on se noyait dans le désespoir et on se résignait, soit on s'accrochait coûte que coûte à la lumière. Cette capsule devant l'équipage de l'Enterprise faisait partie du camp des optimistes.

-Nous avons scanné la capsule, fit Spock. Ce qu'elle contient est toujours en vie, mais sa batterie est à la limite. Et si loin du soleil elle ne peut plus se recharger. Je suggère d'envoyer une navette.

-Docteur, est-ce qu'il y a une possibilité pour que la personne ou la chose qu'elle contient puisse se réveiller ? On parle d'un très long sommeil.

-Honnêtement Capitaine, je l'ignore, admit le docteur M'Benga. Personne ne peut dire si la capsule à bien fonctionnée. L'équipement de l'époque était plutôt rudimentaire.

-Compris. Il n'y a peut-être rien à sauver mais on va essayer, décida Pike en se levant. Spock, docteur, je compte sur vous.

Les minutes s'égrenèrent lentement entre le chargement de la capsule et son installation à l'infirmerie. Une fois posée sur un biocouchette celle-ci s'ajusta à son poids sans aucun mal.

-Vous pensez qu'il y a quoi à l'intérieur ? questionna Chapelle.

-Une ou un être humain. La capsule est de conception terrienne donc je pencherais plutôt là-dessus. Prête ?

Christine fit signe que oui, et le médecin enclencha le processus d'ouverture. Il fallut quelques heures à la capsule, le temps que le processus se lance et commence. Une personne plongée en stase depuis plusieurs siècles devait être réveillée avec précautions. Puis, on entendit un poc sonore et plus rien.

-Capitaine, lança M'Benga, nous sommes prêts.

Après avoir confirmé sa venue, le capitaine Pike quitta la passerelle en compagnie de Spock, et tous deux arrivèrent rapidement. Une fois à l'infirmerie, M'Benga retira une première plaque protectrice, dévoilant le visage de l'occupant.

-Elle est belle, souffla Chapelle.

-Elle ? répéta le capitaine.

-Une femme, européenne, les cheveux blonds, décrivit le médecin. D'après ses constantes elle est en vie, son rythme cardiaque augmente doucement.

Soudain, la capsule vibra légèrement avant de se déverrouiller complétement. Spock, Chapelle, Pike et M'Benga y mirent leurs forces et celle-ci s'ouvrit sur son occupante.

-Il va falloir la sortir de là et la mettre doucement sur une autre biocouchette, déclara M'Benga.

-Je m'en occupe, fit Spock en passant ses bras autour de la femme.

-Doucement, voilà, dit M'Benga, on va pouvoir voir l'état de son corps.

La capsule quant à elle s'éteignit quelques secondes plus tard.

-Il était temps qu'on la sorte de là, fit remarquer Pike.

Les constances vitales apparurent sur l'écran de la biocouchette, le corps de la rescapée semblait doucement se réchauffer, son cœur se stabilisait, ses poumons se remplirent l'air. Elle semblait juste endormie là, comme si elle s'était allongée hier.

-Elle a quelque chose dans une main, affirma Chapelle. Peut-être une feuille de papier.

Délicatement l'infirmière saisi le morceau de papier glissé sous la main droite de la femme. Il était en parfait état de conservation. Lui aussi semblait avoir été placé là hier. Le temps s'était arrêté dans cette capsule depuis bien des années.

« A ma mère adorée, puis-tu naviguer dans tes étoiles chéries comme dans tes rêves.

Marc.

Dans cette capsule repose une résistante, une femme d'exception, Ellis. G. Jackson 2045-2070.

Terre, 2097 »

-Effectivement, le sommeil fut long, souffla Pike. Est-ce l'on peut espérer qu'elle se réveille ?

-Les constances sont bonnes pour le moment, l'informa Chapelle.

-Le temps nous le dira, Capitaine, ajouta M'Benga. Son corps a subi des dégâts, mais rien que l'on ne puisse soigner.

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Une lumière vive. Une pièce blanche. Une surface confortable. Ellis avait l'impression de dormir d'un sommeil sans rêve. Sans inquiétude. Elle sentait son esprit devenir alerte à nouveau, comme si la coupure n'avait duré que quelques minutes. C'était comme sortir du sommeil. Simple. Naturel. Ellis entendit des bruits de conversation, des voix masculines et une appartenant à une femme. Elle ne distinguait pas les mots qui étaient prononcés, distinguant uniquement les différentes tonalités des voix des protagonistes qui l'entourait. Avait-elle déjà terminé son voyage ? Ou celui allait-il juste commencer ? Elle ne pouvait le dire avec certitude. Ce dont Ellis était certaine c'est que la douleur avait disparue, et son corps reposait avec douleur sur une surface confortable. Etrange, ce dit-elle à elle-même.

Sa main gauche bougea timidement. Comme un réflexe. Elle essaya de se souvenir de ses consignes : esquiver un petit geste pour voir la réaction de ceux qui la réveillait. On ne savait jamais vraiment sur qui on pouvait tomber. Une main douce prit délicatement la sienne. Elle senti des picotements dans tout son corps : sa circulation sanguine revenait à un rythme normal.

-On dirait qu'elle se réveille, capitaine, fit une voix près d'elle.

Capitaine ? Ce grade résonna dans l'esprit d'Ellis. Était-elle vraiment dans le futur ?

Elle se risqua à entrouvrir les yeux, mais les referma aussitôt. La lumière l'aveuglait beaucoup trop. Elle voulut dire quelque chose mais sa bouche était pâteuse. Dieu qu'elle avait soif.

Elle senti qu'on lui injectait quelque chose car elle senti de l'énergie lui revenir petit à petit.

Elle ne saurait dire combien de temps il lui fallut, mais après un long moment de lutte interne, elle commença à émerger du sommeil. Les sons autour d'elle se firent alors plus clairs.

-Il lui faudra sans doute du temps, disait une voix. L'infirmière Chapelle et moi avons su guérir ses dommages internes, mais pour le reste on ne peut pas faire grand-chose.

-Elle a plus de 200 ans, c'est déjà un miracle qu'elle soit encore en vie, fit une autre.

-Je ne savais pas que votre planète lançait des capsules de survie, déclara une troisième.

-Elle vient d'un moment de l'histoire de la terre compliqué, Spock, informa une voix qu'Ellis avait déjà entendue dans l'échange.

Les picotements dans ses membres commencèrent à s'atténués peu à peu. Elle se racla la gorge sans le vouloir et s'en voulu aussitôt. Et si les gens autour d'elle n'étaient pas bienveillants ? Tant pis. Au pire Ellis savait se défendre. Elle n'était pas devenue Lieutenant-colonel sans savoir se battre après tout.

-Ne vous en fait pas, vous êtes en sécurité ici, lui lança une voix.

Ellis ouvrit à nouveau les yeux. La lumière dans laquelle elle baignait l'aveugla au point que sa vision se flouta. Il fallut une bonne minute à ses yeux pour s'habituer à leur environnement. Elle distingua d'abord des couleurs : blanc, jaune et bleu.

-Est-ce vous nous comprenez ?

Ellis se figea sur sa biocouchette, son cœur battant dans sa poitrine. Elle était en vie, et face à elle se tenait des humains. Ils avaient l'air de confiance, mais les apparences étaient trompeuses elle ne savait que trop bien.

-Vous n'avez pas à vous en faire, lui fit un homme vêtu de jaune.

-Qui êtes-vous ? demanda Ellis après de longues minutes de silence.

-Christopher Pike, capitaine de l'USS Enterprise, se présenta l'homme en jaune.

-Christopher, souffla Ellis dans un souffle inaudible.

Puis tout fut à nouveau noir.

-Que se passe-t-il ? s'enquit Pike inquiet.

-Le choc du réveil sans doute, proposa Chapelle.

-Nous allons la garder en observation, déclara le docteur M'Benga.

Pike jeta un dernier regard vers la femme avant de quitter la pièce, Spock sur les talons. Cette femme l'intriguait, il ne pouvait dire pourquoi. Simplement, son regard sur lui, était sans pareille. Comme s'il le connaissait. Où l'avait-il vu ?

-Vous pensez que c'est possible qu'elle ait encore des descendants ?

-Je l'ignore, capitaine, répondit Spock.

Ils se dirigèrent tous deux vers le bureau de Pike.

-Ordinateur, sort nous tout ce que nous avons sur la terrienne du nom de Ellis. G. Jackson née en 2045 et morte en 2070.

-Ellis. G. Jackson, terrienne, née le 22 avril 2045 en France, et morte en Suisse le 5 juillet 2070 de maladie. Autrice, philosophe, devenue Lieutenant-colonel des forces libres durant la troisième guerre mondiale, mariée à David Jackson, un fils Marc, astrophysicien. Son corps fut conservé en stase jusqu'en 2097, date à laquelle il fut placé dans une capsule et envoyé dans l'espace.

-Est-ce qu'elle a des descendants ? questionna Pike.

-La lignée d'Ellis. G. Jackson existe toujours, répondit l'ordinateur d'une voix neutre en faisant apparaitre le début d'un arbre généalogique à l'écran.

Une multitude de branches se présentaient sur le grand écran, donnant le tournis à n'importe qui. Toutes ces vies, ces générations, ces amours, ces drames. Tant d'histoires étaient apparues en à peine quelques secondes. Christopher Pike regardait attentivement l'écran, les noms, les dates de naissances, les lieux. Spock détaillait lui aussi ce qu'il avait sous les yeux fasciné et curieux aussi.

Le cœur du capitaine Pike manqua un battement quand il vit apparaitre le nom de ses propres arrière-grands-parents.

-Comment… souffla-t-il.

-Capitaine ?

-Ces noms Spock, juste là, ce sont ceux de mes arrière-grands-parents. Ordinateur, montre-moi le dernier descendant d'Ellis. G. Jackson.

-Capitaine Christopher Pike, commandant actuel du vaisseau amiral Enterprise, clama la voix de l'ordinateur.

Le capitaine du vaisseau se figea. Son propre passé était allongé sur une biocouchette dans le cœur de son vaisseau. Son ancêtre. Une personne sans qui il ne serait pas là aujourd'hui. Il tira une chaise et s'assit. Sans elle, il ne serait jamais venu au monde. Son ancêtre.

-Mon aïeul, souffla-t-il.

-Fascinant, fit Spock derrière lui.

C'est alors que les pièces du puzzle s'assemblaient dans sa tête. Ce regard, maintenant il s'avait où il l'avait vu. Sa grand-mère maternelle avait les mêmes prunelles émeraudes.

La nouvelle avait fait l'effet d'une bombe dans la tête de Christopher Pike. La femme de la capsule, Ellis, n'était pas n'importe qui. Quelle était la probabilité que cela arrive ? Vivre une telle chose était impossible. Spock et Pike restèrent un long moment en silence dans le bureau, avec devant eux l'arbre généalogique d'Ellis, toute sa lignée jusqu'au capitaine du vaisseau. Tant de vies et de destins.

Ils furent sortis de leur contemplation par la voix du médecin M'Benga. La patiente était réveillée. Les médicaments qui lui étaient transfusés l'avait stabilisée, et elle semblait suffisamment alerte, bien qu'elle n'ait pas encore ouvert la bouche.

Ellis était allongée sur sa biocouchette, les yeux sans ouverts. L'envie de dormir s'évaporait peu à peu au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient. Elle découvrait son nouvel environnement autour d'elle, épuré, simple. Une jeune femme aux cheveux très clairs se penchait sur elle avec un doux sourire. Elle était vêtue d'une combinaison blanche, et son écusson comportait une croix. Celle des soigneurs. De l'autre côté de la table se tenait un médecin à la peau ébène qui lui souriait lui aussi. Ellis fut un peu rassurée, et son cœur finit par se calmer. Elle était en sécurité.

Elle finit par se redresser lentement, pour s'assoir sur la couchette.

-Bien, fit le médecin, vous allez vous remettre complétement. Vous êtes robuste.

-J'étais malade, articula Ellis, comment avez-vous fait ?

-On vous a soignée, répondit l'homme.

-Comment va notre patiente ? lança le capitaine Pike en entrant dans la pièce.

-Bien, répondit M'Benga. Elle va se remettre complétement.

-Qui êtes-vous ?

-Je suis le capitaine Christopher Pike, commandent de l'USS Enterprise, se présenta Pike machinalement, et vous ?

-Ellis Jackson.

Elle vit la capsule non loin d'elle et elle fonça les sourcils.

-Qu'est-ce que… ?

-Vous étiez dedans, informa Chapelle.

-Je ne vous suis pas.

-Votre corps était plongé en stase dans cette capsule, expliqua Spock. Nous vous avons trouvé par hasard aux confins du système solaire.

-J'étais censée rester sur Terre, objecta Ellis. Mon corps plongé en stase dans l'éventualité qu'un jour il y ai un traitement contre ma maladie.

Pour seule réponse Chapelle tendis le papier qu'ils avaient retrouvé sur elle en la sortant de la capsule. Le cœur d'Ellis manqua un battement, et elle hoqueta de surprise en découvrant que le mot qu'elle avait entre les mains était écrit par son propre fils. Son petit Marc était devenu un homme. Une larme roula le long de sa joue. L'amour de sa vie l'avait envoyée vers les étoiles.

Elle se revoyait sans mal avec son fils dans les bras, né lors d'un hiver particulièrement doux. Il la regardait de ses yeux noisette, une curiosité et une tendresse dans le regard.

-J'espère que tu trouveras l'espoir malgré l'état du monde, lui soufflait-elle doucement.

Et aujourd'hui elle se retrouvait là, au milieu d'une époque qui lui était inconnue. Tout avait changer en deux siècles. Plus que de raison. C'était comme si on avait dessiné un autre monde. Tout était différent.

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Quand Ellis fut suffisamment remise, elle fut conduite dans une grande salle dans laquelle trônait un grand bureau à une extrémité, et une grande table de conférence. Il y a des choses qui ne changent pas, se dit-elle. Avec plusieurs membres d'équipage elle prit place en silence autour de la table.

-Je ne vous cache pas que nous sommes tous curieux d'entende votre témoignage, lança Pike en prenant place à une extrémité de la table. Des visiteurs du passé ça n'arrive pas tous les jours.

-Je n'en doute pas, fit Ellis. Je suis aussi curieuse d'apprendre comme est le monde aujourd'hui. L'humanité qui explore l'univers, cela n'existait pas de mon temps. On se doutait juste qu'il y avait sans doute quelqu'un d'autre, là quelque part.

-Cette situation nous surprend nous aussi, affirma Pike. Même si l'on devrait être habitué à tout.

-Je ne sais pas trop par quoi commencer, commença Ellis. J'ai eu un frère, Christopher, et c'était sans doute ma personne préférée au monde. En dehors de mon fils et de mon mari.

Pike eu un instant de surprise. Christopher. Le prénom qui était aussi le sien semblait résonner dans sa tête.

-Qu'est-il devenu ? demanda-t-il.

-Il est mort, répondit Ellis. Un accident lors d'une opération qui mal tournée. Il a eu la colonne brisée et le visage partiellement brûlé. Mais il a sauvé des milliers de vie ce jour-là.

Ellis baissa la tête. Le visage de son frère après l'accident lui revenait en mémoire. Son désespoir aussi. Son corps brisé. Ses prunelles suppliantes. Et sa douleur. Intense.

-Heureusement, Chris n'a pas souffert longtemps, reprit-elle après quelques secondes de silence. Dans son malheur il a eu un peu de chance. Le sort qui l'attendait était pire que la mort croyez-moi. Et durant cette guerre j'ai vu bien d'autres soldats dans son cas. Trop de soldat. Cette guerre a fait des dégâts terribles. On n'avait jamais voulu d'une troisième guerre mondiale, et pourtant on l'avait vécue. Elle avait surgi après des années à être restée dans l'ombre. J'ai vu ma ville d'origine être détruite dans un bombardement, réduite à l'état de ruines. Les souvenirs perdus dans le feu. C'est véritablement à ce moment-là que j'ai pris définitivement les armes. Pour ne pas mourir. Je ne souhaite à personne de vivre une chose comme celle-ci.

Flash-Back

La base souterraine grouillait de soldats affairés, les oreilles encore sifflantes du dernier bombardement subit à la surface. La riposte avait été immédiate, et désormais le calme était revenu. C'était l'heure de lancer une mission de sabotage avant que l'ennemi ne reprenne son avancée.

-Jackson ! appela Ellis.

-Que fais-tu ici ? lui demanda celui-ci en se retournant vers elle.

-Tu as vraiment cru que tu allais partir seul ?

Le jeune homme la regarda avec des yeux ronds. Ellis leva les yeux au ciel, et continua d'avancer vers l'armurerie.

-Je suis ton binôme sur cette mission, expliqua-t-elle en chargeant son arme. Le colonel réclame des observations claires et quatre yeux ne seront pas de trop je pense.

David la regarda en silence. Cette fille le faisait vibrer depuis des lustres et voilà qu'il allait faire équipe avec elle. Il nageait en plein rêve. Il secoua la tête.

-Qu'est-ce qui t'arrives Jackson ?

-Rien, éluda-t-il alors que le rouge lui montait aux joues.

La mission eu lieu au lever du soleil.

Une mission qui en entraina une autre, et une autre. Les mois s'écoulèrent jusqu'à cette mission dangereuse au-delà du raisonnable, qui blessa David d'une balle. Mais cette souffrance, intense, fit naitre une chose qu'Ellis n'avait pas vue venir. Une étincelle. Un rapprochement avec cet homme qu'elle apprenait à connaitre. Ils se retrouvèrent liés d'une tristesse et d'une tendresse mêlée. L'amour dans le noir d'un monde qui bascule.

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La réunion avait pris fin depuis plusieurs heures, et Ellis était dans les appartements de Pike en compagnie de Spock. Le vaisseau avait stoppé sa route vers l'espace, et surplombait à nouveau la terre. La sonde qu'il devait récupérer serait transférée dès le lendemain dans un laboratoire de la fédération qui l'attendait avec impatience.

Beaucoup de choses se bousculaient dans l'esprit d'Ellis. Quand elle avait imaginé l'avenir avant de s'endormir, elle pensait que seulement vingt ou trente ans s'écouleraient, et qu'elle pourrait voir son fils adulte devant elle. Pas qu'il s'écoulerait plus de deux cents ans. Et encore moins qu'elle trouverait son descendant. La vie est souvent bien plus folle que l'imaginaire.

-Tu as dû vivre des choses terribles, affirma Pike après un moment de silence.

-Elles en valaient la peine, répliqua doucement Ellis. Quand je vous vois tous les deux travaillant mains dans la main alors que vous venez d'endroits différents, quand je vois ce vaisseau qui explore la galaxie, quand je te vois toi Christopher, je me dis que ça en valait la peine. Et s'il fallait le refaire je le ferai à nouveau. Toutes ces choses autour de nous, elles sont si… fascinantes.

-Vous avez vu la mort pourtant, fit Spock.

-Et pourtant je souris, est-ce cela qui vous étonne Spock ?

-Un peu, admit le Vulcain. Je n'avais pas vu les émotions sous cet angle.

-Les émotions peuvent être des moteurs, Spock. Tant que vous ne vous laisser pas dominer par la peur ou l'avidité. C'est l'espoir et la curiosité qui vous ont conduit là tous les deux.

-C'est un raisonnement qui se tient, même si pour ma part, en tant que vulcain, j'ajouterai la logique.

-Logiquement construire est plus productif que démolir, fit Ellis.

Spock hocha la tête sans répondre.

-C'était un plaisir de vous avoir rencontré, déclara-t-il en se levant. Je vais vous laisser.

-Plaisir partager Spock, affirma Ellis en souriant.

Spock quitta les appartements de Pike, laissant ce dernier avec son passé. Le capitaine regardait ses mains, les mots d'Ellis sur la peur résonnaient dans son esprit.

-Qu'est-ce qui te tracasse ? demanda Ellis en le regardant.

-Et si je me laissais guider par la peur ?

-Tu gâcherais ta vie Chris. Et l'explorateur que tu es n'irait pas au bout de son voyage.

-On m'a dit mon avenir il n'y a pas longtemps, déclara Pike en relevant la tête vers Ellis. Je sais ce qui m'attend dans 7 ans. Et désormais j'ai rencontré mon passé.

-L'avenir n'existe pas avant qu'on y arrive, répliqua Ellis. Certaines choses sont écrites, mais je suis persuadée que l'on est toujours maitre de notre propre navire. Et le fait de croire dur comme fer à l'avenir que l'on te présente le fera sans doute se réaliser.

-Comment ça ?

-Le simple fait de le savoir change déjà les choses, Chris. L'avenir tel que tu l'as vu et le résultat d'un passé où tu n'avais aucune idée que ce qui allait arriver, une semaine, un mois, ou des années plus tard.

-Je ne suis pas sûr de pouvoir vaincre un accident.

-Personne ne le peut. Mais si sur une route tu vois un accident, il y en a forcément une où cela n'arrive pas. Ma mère dirait que l'univers n'interdit rien.

-Tu as tout sacrifié, fit Christopher. Tu as quitté ceux que tu aimais dans l'espoir de revivre, sans qu'ils soient là à ton réveil.

-Tu te trompes, Chris, contra Ellis. J'ai espoir. Et j'ai tout misé dessus. Et regarde-moi, je discute avec celui qui descend de mon unique fils. Tu es mon avenir. Tu voyages à travers la galaxie, tu imagines ? Des générations d'êtres humains en ont rêvé, toi tu le fais. J'aurai sans doute pu rester un peu plus auprès de mon fils, mais je serais morte dans le plus grand des silences.

-Je serais le dernier Ellis. La lignée s'achève.

-Qu'est-ce que tu en sais ?

Christopher la regarda sans comprendre, les sourcils foncés.

-Si tu ne peux répondre, c'est que tu ne sais rien. Qui te dit qu'une autre vie ne va pas illuminer la tienne ? Personne ne le sait. Tu n'en auras la certitude seulement quand tu le vivras. Rien ne sert de courir après l'avenir, il arrive bien assez tôt. Vis ta vie.

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Ellis revint sur Terre, cette planète qu'elle avait quittée sans le savoir alors qu'elle dormait dans le froid. Ceux qu'elle avait connu n'était plus là, les années s'étaient écoulées, et le monde avait continuer de tourner. Il n'y avait pas eu de nouvelle guerre globale et mondiale, et c'était déjà une véritable victoire. La paix avait perduré, et s'était même étendue au-delà de la petite planète bleue. C'était le cœur de la Fédération des planètes unies qu'avait aidé à construire la Terre. Tous les souhaits d'Ellis et de ses compagnons d'arme étaient devenu réel. Il en avait fallu du temps, des combats, des guerres et des morts, mais enfin, après quelques efforts, la paix était solide.

Toucher la tombe de ses amours lui procura une émotion intense. Elle aurait tant voulu les revoir même une fois. Poser sa main sur les cheveux de son fils, embrasser son mari, les voir sourire, tout cela lui était impossible.

Ellis se consolait en se disant qu'il avait eu la chance de vivre une vie sans guerre, dans un monde en constante évolution, fruit du traumatisme énorme de cette troisième guerre mondiale que tout le monde avait craint, on en avait tant parlé, brandit comme une menace et une peur et qui avait fini par arriver, comme une prophétie auto-réalisatrice.

A côté de celle de son mari et son fils, Ellis contemplait sa propre pierre tombale. Celle-ci n'était de symbolique, puisque vide, mais au moins on ne l'avait pas oubliée. Elle y ramassa une lourde pièce posée dessus et la regarda de plus près : celle-ci commémorait les cent ans de la fin de cette guerre.

Ellis. G. Jackson 2045-2070

Lieutenant-colonel des forces libres WWIII

Médaille d'honneur.

Autrice, philosophe.

Certains disait qu'elle était plus courageuse que la normale, pour elle, elle avait juste fait son devoir.

Ellis ferma les yeux et huma l'air autour d'elle. Des oiseaux chantaient dans les branches d'un arbre non loin de là, le ciel était parsemé de quelques nuages blancs, l'été commençait à peine.

-Ce sont eux ? demanda une voix derrière elle.

-Vient, dit-elle pour seule réponse.

Christopher Pike approcha et ce tint à côté de son ancêtre. Ils restèrent ainsi de longues secondes.

-Ne trouves-tu pas que la vie est belle ? questionna Ellis en prenant la main de Christopher.

-Je dois bien admettre que oui, fit celui-ci en souriant.

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J'espère que cet OS vous a plu.

Prenez soin de vous.

Little-road