(Paru dans le fanzine NonSense! n°1, 2005)

Tel le Blanc Petit Agneau

Harry cligna des yeux.

- Si je suis quoi?! piailla-t-il.

Dumbledore soupira et se massa les tempes. Ca allait être dur. Très dur.

oOo

(Une heure plus tôt.)

- Voldemort veut quoi

Dumbledore en lâcha même son biscuit au citron. N'eurent été les circonstances, Severus Snape en aurait été incommensurablement satisfait.

- Voldemort veut faire un sacrifice, répéta-t-il lentement. Dans toutes les règles de l'art et de la tradition, c'est-à-dire que la victime doit être jeune, puissante, de préférence son ennemi, et vierge.

oOo

L'adolescent passa par trente nuances de rouges, avant de marmonner un "oui" pratiquement inaudible sous le regard consterné de Dumbledore et MacGonagall, et goguenard de Snape.

oOo

(Encore une heure plus tôt.)

- Dans ce cas… hum… malheureux, prononça Dumbledore, il va falloir lui expliquer qu'une… relation plus poussée avec une des… hum… camarades, serait dans son intérêt…?

- Bien sûr, Albus, fit presque courtoisement Severus. Nous comptons sur vous.

oOo

- Dis-moi, Harry, n'as-tu pas eu une… relation avec Melle Cho Chang l'an dernier?

Snape observa le morveux piquer une fois de plus un fard formidable. C'était jouissif.

- Si… marmonna ce dernier. Mais c'est terminé.

- Et… hum… ne pourrais-tu essayer de renouer avec elle?

L'adolescent redressa la tête, les yeux flamboyants.

- C'est ça que je dois faire? Aller voir une fille et lui dire "Hé, Voldemort veut essayer de me tuer parce que je suis vierge, tu ne voudrais pas coucher avec moi?". C'est hors de question.

Une position tout à son honneur, songea Severus. Enfin peut-être que l'idée de crier partout qu'il était puceau y était pour quelque chose.

- Et de toutes façons… commença Harry Potter.

oOo

(Toujours une heure plus tôt.)

- Très bien, soupira Dumbledore d'un air morose. Espérons qu'il le prenne bien… et qu'il accepte. Et qu'il n'y ait pas d'autres complications.

Severus lui-même, par solidarité envers ses collègues, croisa les doigts.

oOo

- … de toutes façons je suis gay, lâcha l'adolescent.

oOo

(Une heure plus tôt…

L'idée n'avait même jamais été évoquée.)

oOo

Un silence de mort plana dans le bureau.

Oh, par une ondine frigide, jura silencieusement Severus.

Ce n'était pas que l'homosexualité était un sujet tabou dans le monde sorcier, mais dans ce milieu conservateur et à la population déclinante… et bien il était quand même plus pratique de préférer le sexe opposé.

Potter ne ferait jamais rien comme tout le monde, conclut-il.

Enfin, il pouvait bien parler… lui-même…

Dumbledore ouvrit enfin la bouche.

- Eeet… c'est certain? demanda-t-il d'une voix qui ne l'était pas.

Potter rougit encore, mais ses yeux flamboyaient toujours.

- Oui, répondit-il d'une voix ferme.

- Ah.

MacGonagall se massa les yeux.

- Tu ne pourrais même pas faire un petit effort pour…? tenta encore Dumbledore.

Severus crut un moment que le jeune homme allait proprement frapper le vieux sorcier. Ah, ces hétéros.

- Non, siffla finalement Potter.

- Bon. (Le vieil homme le fixa un moment.) Est-ce que… tu as une affaire avec un autre garçon de Poudlard, en ce moment?

Potter, qui semblait s'être repris, haussa les épaules. Il avait l'air plus abattu qu'autre chose.

- Je n'en ai encore parlé à personne, fit-il d'une voix morne.

- Mmh.

Dumbledore resta pensif.

Severus connaissait le vieil homme depuis près de 25 ans. Autant dire qu'il le connaissait par cœur. Il aurait pu restituer à la seconde près le cheminement de pensée du vieux fou. Quelque chose à peu près comme:

"Harry est gay, strictement gay. Ce n'est pas quelque chose que l'on crie sur les toits à 16 ou 17 ans. Nous n'avons pas le temps de faire une enquête sur chacun des élèves de cette école, sans compter qu'il est impensable de choisir n'importe qui – il ne manquerait plus qu'un Serpentard aille voir Sorcière Hebdo pour annoncer qu'il s'est envoyé en l'air avec le Survivant – et que Harry n'acceptera sûrement pas. Je doute également qu'il soit partant pour se faire déflorer par un professionnel – pour un fois, la peste soit du caractère gryffondoresque. Il me faut quelqu'un de confiance, que Harry connaisse de préférence. Mmh. Remus est hétéro. Les jumeaux Weasley sont gay, mais c'est hors de question. Maugrey Fol-Œil aussi – je tient à Harry, après tout. J'ai oublié quelqu'un, qui est-ce? AH!..."

C'est pourquoi, un dixième de seconde avant que Dumbledore n'ouvre la bouche, Severus bondit hors de son fauteuil en hurlant:

- PAS QUESTION!

Son vieil ami se contenta de le fixer d'un air impassible, et Severus sut qu'il était foutu.

Non. Potter allait pousser des hurlements quand Dumbledore lui dirait ce qu'il avait en tête. Potter, pour une fois, serait son allié. Question de fierté personnelle, après tout. On ne dit pas "oui" à une proposition pareille après six ans d'animosité féroce.

Mais Potter se contenta de pâlir et d'écarquiller les yeux. Puis de hocher la tête légèrement. Le "Si c'est la seule solution…" qu'il ajouta n'arrangea rien. Severus quitta la pièce en claquant la porte.

oOo

Cinq heures, quatorze minutes et quelques secondes plus tard, c'est-à-dire le soir même, il se retrouvait seul face à Potter dans une chambre dont 1: Dumbledore avait distraitement verrouillé la porte et qui 2: contenait un large et imposant lit en forme de cœur et aux draps de soie roses. Severus Snape, le grand, le terrible, maudit Voldemort d'avoir assassiné sa mère, lui ôtant toute possibilité d'aller sangloter dans le giron maternel.

Severus gagna en trois pas la table sur laquelle trônait une carafe d'un alcool quelconque, s'en versa un plein verre, et l'avala d'un trait.

Puis recommença.

Il envisageait sérieusement un troisième quand quelqu'un lui tapota le bras et lui tendit un autre verre. Généreux, il servit Potter qui manqua s'étouffer et prit une jolie teinte vermillonne. Severus lui tapota distraitement le dos.

oOo

- Bon dieu, Potter, grommela Severus deux verres plus tard, pourquoi fallait-il que ce soit moi?

- Aussi bizarre que cela puisse vous paraître, répondit distraitement l'adolescent, je vous fait confiance.

Ah. Oh.

Potter vida son verre, et Severus l'imita.

oOo

- Et vous voyez, le problème n'est pas tant que je sois gay, marmonnait Potter d'une voix larmoyante, c'est que tout le monde n'est intéressée que par cette foutue cicatrice, et…

- Hon-hon, répondit distraitement Severus, se demandant vaguement si la bouteille n'était pas enchantée ou quoi que ce soit, en tout cas le niveau ne baissait pas et c'était plutôt bien.

- … sauf vous, vous m'avez toujours traité comme de la merde et je vous en remercie, bredouillait Potter.

- Oh, ce n'est rien, je vous assure.

- Si si. C'était très gentil de votre part.

- Je vous en prie.

oOo

- Donc vous étiez bien derrière l'évasion de Black il y a quatre ans? (Severus se frappa la cuisse.) Je le savais, fit-il d'un ton très satisfait en portant son verre à ses lèvres.

- Voui, mais c'est quand même Dumbledooorrre qui nous a donné l'idée du Retourneur de Temps, précisa Potter.

- La vieille chèvre, marmonna Severus.

Le morveux pouffa derrière sa main.

oOo

- J'ai chaud.

- Oui, hein?

oOo

- Et je me suis toujours demandé si vous et Lucius Malefoy…

- Potter, vous cassez l'ambiance. Oh, demerdez-vous pour ôter vos chaussures tout seul.

- Alooors…?

- Non, soupira Severus.

- Roooh, c'est dommage, s'il a un aussi beau petit cul que Draco… Youps là!

- Et que savez-vous au juste du postérieur de M. Malefoy Junior, Potter?

- Pas assez de chose, hélas. Votre chemise a des milliers et des milliers de boutons…

- Trente-sept pour être précis.

- C'est bien ce que je dis.

oOo

- Vous vous rendez compte que vous êtes complètement rond?

- Oui, vous aussi? Oh, remettez votre main là… mouiiii…

oOo

- Arrêtez de gesticuler.

- Attendez… il y a quelque chose qui me rentre dans le dos… ah, ça vous apprendra à laisser traîner votre ceinture n'importe où.

- Peut-on reprendre?

oOo

- OH MON DIEU!

- "Professeur" suffira.

- Arrêtez ça. Non, pas ça, ça vous continuez.

- Vous n'êtes pas très cohérent, Potter.

- Si je vous botte le cul, c'est pas très cohérent aussi?

oOo

- Professeur… arrêtez de bouder, je vous dis que je m'excuse. Je ne l'ai pas fait exprès, d'abord, c'est pas facile la première fois, j'ai été… emporté par l'excitation du moment? Je vous dis que je suis désolé… C'est pas comme si je vous avais mordu jusqu'au sang, hein? D'accord, on laisse tomber les fellations pour le moment…

oOo

- Ca fait mal? Demanda Harry en se penchant sur sa Marque.

- Pas plus que votre cicatrice, je suppose.

- Alors ça doit faire mal.

- Oui.

oOo

- Et alors Voldemort – il avait encore un reste de sens de l'humour à l'époque – me dit: "Mon petit Severus, tes histoires privées ne regardent que toi, mais la prochaine fois évite d'abandonner Nott en caleçon au milieu des Trois Balais, veux-tu?"

- Mwahahah – cof,cof!

- Potter, par pitié, ne gâchez pas cet excellent whisky.

oOo

- "GURDIIIIL, MASSACRA LE PATRON, D'UNEUH TAVERNEUH, A COUPS DE TABOUREEEETS…"

oOo

- Vous vous rendez compte que vous êtes la première personne que j'ai jamais embrassée?

- …

- Oui, Cho ne compte pas bien entendu. C'était… bwark… comme rouler un patin à une serpillière.

- …

- Vous devriez sourire plus souvent.

oOo

- AAAAH! OOOH OUIIIII!

- HARRYYYY!

- SEVERUUUS!

oOo

- Mmmmmh… vous croyez qu'on pourrait faire ça sur un balais?

- Pourquoi un balai? bailla Severus en sentant ses yeux se fermer d'eux-mêmes.

- Oh, je sais pas… comme ça…

- Sûrement, oui…

- Rrrrrrroonnnnnn…

oOo

Quand Severus se réveilla, une compagnie de nains jouait au squash entre ses deux oreilles.

Quand il ouvrit les yeux, et qu'un faible rayon de lumière, venu d'on ne sait où étant donné que la pièce, précisons-le, se trouvait dans les cachots, frappa sa pupille gauche, des trolls basketteurs remplacèrent les nains, et il retomba sur l'oreiller avec un pitoyable gémissement.

Quelques prudentes minutes plus tard, au deuxième essai, deux yeux verts se trouvaient suspendus à quelques centimètres de son visage.

- Ca va? coassa Harry Potter, le Garçon Qu'Il Venait De Dépuceler.

oOo

- Tout s'est bien passé, alors? demanda Dumbledore avec un bon sourire.

Severus eut un grognement vague. Dans l'absolu, il ne souhaitait que retourner dans ses appartements, s'enfoncer sous sa couette, et crever là.

- Bien, bien. Je suppose donc que le sujet est clos. Merci pour votre collaboration à tous deux.

Dumbledore lui tapota l'épaule, et sortit. Le morveux le regarda un instant d'un air bizarre – mais peut-être avait-il lui aussi simplement une gueule de bois carabinée – puis disparut. Severus poussa un long soupir qui l'étonna lui-même, et repartit vers ses appartements.

oOo

Le sujet est clos.

Le sujet est clos. Le sujet est clos. Le sujet est clos. Le sujet est clos. Le sujet est clos. Le sujet est clos. Le sujet est clos. Le sujet est clos. Le sujet est clos.

Severus était donc blotti sous sa couette, une bouteille de potion Aurore-Joyeuse vide dans la main. Sa migraine disparue, la vie demeurait sinistrement sombre.

Toc toc toc.

- Qu'est-ce que c'est? lança-t-il d'une voix glaciale, avant de se demander pourquoi et comment diable quelqu'un pouvait frapper à la porte de sa chambre à coucher.

La porte s'entrouvrit et Potter se glissa dans la pièce.

Severus le fixa en clignant des yeux.

- Euuuh… jeee… huuum… commença l'adolescent.

- Vous n'êtes pas très cohérent, Potter, répliqua-t-il machinalement.

Harry inspira un grand coup.

- Comme ça, c'est cohérent? demanda-t-il avant de s'avancer et de l'embrasser.

- Mmmmh.

- C'est ce que je me disais aussi.

oOo

Epilogue:

- MWAHAHAH! Cette fois il n'y a personne pour te sauver, Harry Potter! Ta précieuse virginité servira mes desseins! MWAHAHAHAHAH!

- Euh, non, sourit gentiment Harry en évitant deux ou trois Avada Kedavra. Il faudrait vous tenir un peu plus au courant de l'actualité, vous savez.

Voldemort s'étrangla avec un bruit de grenouille bronchiteuse.

- Comment! Tu veux dire que… enfin que…?

Le Terrible Lord Noir fit un geste assez significatif. Harry hocha la tête en souriant. Voldemort haussa un sourcil inexistant.

- C'était bien?

- Plutôt, oui, fit Harry d'une voix rêveuse.

- Ah. (Le voix du seigneur des Ténèbres charriait de profond regrets.) Peut-être que si ça s'était bien passé pour moi, je n'en serait pas là aujourd'hui, fit-il d'une voix songeuse. Ce Grindelwald était vraiment un horrible type. (Harry lui tapota l'épaule avec sympathie.) Mais tu devrais te méfier, tu sais, ajouta-t-il en revenant à son pire ennemi, si ça venait à se savoir, je suis certain que ça nuirait à ta popularité.

- Je suis quand même décidé à l'officialiser un de ces –

- Bon, on peut reprendre? les coupa sèchement Severus en leur ôtant leur tasse de thé des mains.

- Oh, pardon. Brrroom, brrrom. TREMBLE DEVANT MOI, POTTER! TU ES ENTOURE D'ENNEMIS ET TU NE PEUX RIEN FAIRE! CETTE FOIS, DIS ADIEU A CE MONDE!

- NON!

- COMMENT, SEVERUS, TU ME TRAHIS?! DANS CE CAS, PREPARE-TOI A SOUFFRIR MILLE SOUFFRANCES EN SA COMPAGNIE – hé, minute, c'est toi qui…?

- Hum.

- Oh. D'accord, simple curiosité. VOUS MOURREZ DONC TOUS LES DEUX ENSEMBLE, A JAMAIS UNIS DANS –

- Ah! Il est minuit passé!

- Et alors?

- Ce sont les vacances. Tant pis pour cette année. On se retrouve l'an prochain, même date, même topo?

- Je suppose, soupira Voldemort. Ca devient lassant. En plus, il va falloir que je trouve une autre idée, pourtant ce sacrifice de vierge, ça me bottait, pourquoi il faut toujours que ça foire? J'ai déjà fait le coup de la mixture avec du sang et des os et tout ça, c'était répugnant en plus, peut-être que l'an prochain je pourrais enlever un de ses amis, ou alors Severus, oui, maintenant qu'il s'est trahi ce serait une bonne idée, ou bien encore –

- Bon je vais me coucher, bailla Harry.

Severus hocha la tête et le suivit.

FIN