Note de l'auteur: Cette histoire fait partie de la révision complète automne 2003 de la trilogie « Obscurité et Lumière » originelle, modifiée à partir de la forme sous laquelle elle était tout d'abord apparue sur le web au cours du printemps et de l'automne 2001. Pour s'adapter au 'canon' de Harry Potter jusqu'à l'Ordre du Phénix inclus, de nouvelles scènes ont été ajoutées, d'autres ont été transportées à d'autres périodes et dans d'autres lieux, et d'autres ont été retaillées ou coupées. J'ai aussi relissé ce que je trouvais être de niveau inégal,ou ne convenant pas aux personnages, j'ai corrigé des erreurs d'emplois et de style, et j'ai arrangé deux ou trois défauts mineurs mais ennuyeux.

Je suis pronfondément reconnaissante envers tous ceux qui m'ont aidé au cours du processus de révision, en traquant et identifiant les écarts entre O&L et l'OdP, et en faisant des suggestions utiles d'amélioration: tout d'abord, mes béta-lecteurs depuis longtems et très chers amis Teri Krenek,Alec Dossetor, Liz Barr,et Erica H.Smith; et deuxièmement, les membres de la liste de diffusion « O&L Revisions », tout particulièrment Christy/Sabrina, Sarah Izhilzha, Kim Krajci, Sannali alias Morwen, Emily Bytheway, Carole alias Snape's Witch, Laura Page, Elaine Lahey, Liz E., Julia Steinberg, Manda, et Zebee Johnstone. Mes remerciements sincères à vous tous.

Les commentaires et les critiques sont toujours les bienvenus, et peuvent être envoyés à: rja (arobase) pobox (point) com.

Titre: Risques personnels-- version remaniée 10/2003 Chapitre 1: Lumière refusée Auteur: R. J. Anderson Email: rebeccaj@pobox.com Traduit de l'anglais par dark_rogue@caramail.com Categorie: Drama/Angst Mots clefs: Rogue, Maugrey, cinquième année, après la coupe de feu (Accord parental souhaitable)

Résumé : deuxième histoire dans la trilogie"Obscurité et Lumière". Le partenariat de Maud et Rogue change et elle n'est pas sûre de savoir ce qu'elle en pense - jusqu'à ce qu'une série de crises et défis inattendus la force à faire un choix.

***

"Vous êtes paresseux et indiscipliné, Potter."

Même si c'était un chuchotement, on pouvait entendre la voix basse, mélodieuse de Rogue tout le long du couloir qui menait à la salle de classe de potions. Il pouvait hypnotiser ses étudiants avec cette voix, captivant leur attention sans effort; et dans ses moments rares de satisfaction elle avait une résonance séduisante qui aurait presque pu - presque - faire oublier ses cheveux noirs huileux, ses dents jaunes , ses traits décharnés et anguleux. Mais il n'y avait aucun plaisir dans sa voix à présent, seulement de la méchanceté.

"Peut-être que vous pensez que votre réputation vous autorise à réussir sans effort," fit-il avec dédain au garçon à lunettes de quinze ans qui se tenait devant lui. "Mais laissez moi vous assurer qu'en ce qui concerne ce sujet, et tous les autres que je peux enseigner, cela n'est pas le cas. J'enlève dix points à Gryffondor."

Le visage de Harry était incolore, à l'exception de deux taches livides sur ses joues. Il ouvrit la bouche pour protester, mais Rogue le devança, se penchant tout près de lui dans une parodie horrible d'intimité.

"Et Potter ... encore un mot ... juste un ... et ce sera vingt."

Harry ferma la bouche brusquement.

"Maintenant," dit Rogue entre ses dents, "hors de ma vue."

Les poings serrés, son corps entier raide d'indignation, Harry tournoya et repartit rapidement le long du couloir. S'il remarqua même Maud lorsqu'elle passa, une fille de septième année aux cheveux clairs avec un petit hibou sur son épaule, il n'en donna aucun signe. Ses yeux étaient gelés dans un regard fixe, dans le vague, comme s'il était aussi aveugle que Maud elle- même et celle-ci sentit son c?ur aller à lui. Injustement célèbre ou non, trop gâté ou non, aucun garçon n'aurait jamais du ressembler à cela.

Elle attendit qu'il soit parti et que le couloir soit vide avant de s'adresser à Rogue. "Qu'a-t-il fait à présent ?"

Il ne répondit pas, se tourna seulement et rentra à grands pas dans la salle de classe . Elle l'y suivit et ferma la porte avant de répéter sa question.

"Rien d'extraordinaire," dit Rogue, ramassant avec humeur une épine de porc- épic du plus proche bureau et la faisant disparaître avec un claquement de doigts. "Arrogance. Entêtement. Présomption."

Maud jeta un coup d'oeil à la porte fermée derrière elle. « Que faisait-il ici? » Il était tout juste sept heures passées du soir, longtemps après que la classe de Potions des cinquième années se soit terminée, mais trop tôt pour la fin d'une retenue en dehors de la plus légère. Cours de rattrapage? Mais s'il était venu demander de l'aide en Potions - ce qu'il devait avoir fait de sa propre initiative; Maud connaissait trop bien Rogue pour penser qu'il offrirait même de passer du temps supplémentaire avec un élève dont il considérait les capacités comme étant sous son niveau standard - alors accuser le garçon de paresse était certainement injuste..

Son expression dut la trahir, car lorsque Rogue parla de nouveau, c'était d'un air glacial. "Mlle Maugrey," dit-il. "Puis-je vous rappeler que je suis le maître ici. Et ce que je fais avec Potter, aussi intrigant que vous puissiez trouver cela, n'est aucunement vos affaires."

Maud ne dit rien, observant seulement Rogue à travers les yeux imperturbables de son hibou marcher à grands pas jusqu'à son bureau et s'y asseoir. Son expression était aussi aigre qu'elle ait jamais pu le voir jusqu'ici et le regardant elle sentit une froideur peu familière ronger son estomac.

Jusqu'à présent elle avait cru - ou avait au moins essayé de se faire croire - que la cruauté bien connue de Rogue envers Harry était un mal nécessaire, une partie essentielle de son déguisement d'ancien Mangemort qui n'avait jamais vraiment déserté. Le garçon Potter était, après tout, un des ennemis les plus grands du Seigneur des Ténèbres et l'un des responsables de sa défaite la plus humiliante : si Rogue devait feindre même la sympathie la plus légère envers Voldemort, il ne pouvait faire preuve d'aucune bonté pour Harry.

Mais maintenant elle comprit, avec une clarté douloureuse, qu'il y avait plus à l'histoire que cela. Il n'y avait eu aucun moyen de se tromper quant au scintillement dans les yeux de son mentor quand il avait regardé Harry : l'hostilité, même la haine, avait été réelle.

***

"Qu'est-ce qui te dérange, Maudie ?"

Elle fit un sourire triste, posa sa fourchette à côté de son dîner presque intact. "Est-ce que c'est tellement évident ?"

Son oncle secoua sa tête grisonnante avec une exaspération affectueuse. "Tout est évident chez toi. Comment tu fais pour être une espionne, et une espionne utile avec ça, je ne le saurai jamais. Tu aurais du être jetée hors de Durmstrang à la seconde même où Karkaroff à posé les yeux sur toi."

"Tu me connais juste trop bien," répondit-elle. "Tous les autres pensent que je suis mystérieuse."

Il renifla. "Tu es mystérieuse et je suis beau. Dis le."

À l'extérieur, la neige tombait, dérivant silencieusement à terre comme des cendres. La nuit était sombre, la lune et les étoiles recouverts de nuages. S'il y avait des personnes écoutant à la fenêtre de Maugrey Fol Oeil, ils auraient été inhabituellement motivés. Pour ne pas mentionner intelligents, considérant le nombre de pièges et de défenses magiques que son oncle ex-Auror avait installé autour de la maison.

Elle respira à fond. "Je suppose que tu t'es demandé pourquoi je suis venue ici, alors que nous sommes supposés être fâchés l'un contre l'autre."

"C'est vrai." Son oeil magique roula dans son orbite et vint se poser sur elle. "Mais nous pouvons toujours prétendre que c'était mon idée, un effort idiot de réconciliation qui n'a pas abouti. Indépendamment de tes raisons, je suis heureux que tu sois venue. Ca me fait du bien de te voir, gamine."

Il s'était inquiété pour elle, elle le savait. Il avait pensé qu'elle serait heureuse à Poudlard, ou tout au plus plus heureuse qu'elle ne l'avait été à Durmstrang; mais les rumeurs qu'il avait entendu sur son attitude, son isolement de ses camarades d'étude, l'avaient dérangé. Elle se demanda si les autres rumeurs avaient aussi couru jusqu'à lui.

"Je ... j'avais besoin de te parler," dit-elle. "Il y a des choses ... que tu dois savoir."

***

Les longues mains osseuses de Rogue feuilletèrent une pile de papiers sur son bureau, les remettant en ordre. "Je suppose que vous aviez une raison pour venir me voir, Mlle Maugrey ?"

Elle se libéra de sa rêverie avec effort. "Oui", dit-elle. "Je suis venue vous dire ce qui est arrivé pendant les vacances."

"Vous avez parlé avec votre oncle."

"Oui. Mais ce n'est pas à ça que je pensais." Elle respira à fond. "J'ai pris un rendez-vous avec un des medi-sorciers en chef à St. Mangouste et je lui ai fait jeter un coup d'?il à mes yeux."

Rogue s'assit plus confortablement, joignant ses doigts. "Et alors ?"

"Vous rappelez-vous la potion que nous avons essayée en novembre ?"

"Ca n'a pas marché."

"Et bien..." Elle ravala la sécheresse dans sa gorge. "Apparemment ... si."

Il lui donna un regard rapide, dur . "Impossible", dit-il. "Si cela avait marché, vos nerfs optiques coupés se seraient régénérés. Vous ne seriez plus aveugle."

"Ils se sont régénérés. Mes yeux entièrement guéris."

Une pause. Puis Rogue dit, "Je vois."

"Et bien, pas moi," dit Maud avec une amertume peu habituelle. " Et cela n'est pas logique. J'ai essayé de me débrouiller sans Athéna, j'ai fait tout ce à quoi je pouvais penser pour me forcer à voir sans elle. Mais sans le charme qui lie sa vision à la mienne, tout est juste ... noir."

"Et vous n'avez aucune idée du pourquoi ?"

Elle hésita. "Non".

La bouche mince de Rogue s'étira d'un coup sec . "Oh. C'est à ce jeu que nous jouons ? Très bien. Je réfléchirai à ce que vous m'avez dit et si je suis soudainement frappé de quelque flash brillant de compréhension quant à votre condition, je vous en informerai certainement. Jusque-là, j'ai du travail à faire, aussi..." Il fit un geste dédaigneux de ses longs doigts. "Au revoir, Mlle Maugrey."

Pendant un instant Maud resta muette. Enfin elle dit, "Est-ce tout ce que vous pouvez dire ?"

Les sourcils de Rogue se soulevèrent, bien que sans qu'il lève les yeux de ses papiers. "Non, ce n'est pas tout. C'est, cependant, tout ce que j'ai l'intention de dire pour l'instant." Il fit une pause. "C'est-à-dire a moins que vous n'ayez quelque chose à ajouter. Mais si vous voulez le faire, je suggère que vous alliez directement au but. Il y a quarante-deux devoirs dans cette pile et ils ne vont pas se noter eux-mêmes."

Maud se laissa lourdement tomber dans la chaise la plus proche, faisant se refermer les serres d'Athéna et la faisant hululer en protestation. "Je ne sais pas par où commencer."

"Par le début, vraisemblablement." Rogue posa sa plume et s'assit plus confortablement. "Vous avez arrangé une rencontre avec votre oncle, pour lui expliquer pourquoi vous ne m'espionniez plus, et chercher sa coopération. Très bien. Alors qu'est-il arrivé ?"

Les doigts de Maud se tordirent dans le tissu de ses robes, ayant l'air blancs et fragiles contre le noir profond. "Sa réaction ... n'était pas tout à fait ce à quoi je m'étais attendue."

***

Il y eut un moment de silence maladroit. Puis :

"Tu as changé, Maudie."

"L'?il fou" d'Alastor Maugrey pouvait voir presque tout, chose que la plupart des personnes trouvaient inquiétant. Mais Maud connaissait son oncle, avait confiance en lui et son regard fixe et perçant ne l'avait jamais dérangée.

Jusqu'à présent.

"Changé ?" Dit-elle, essayant de parler légèrement. "Tu penses qu'un trimestre à Poudlard ait pu faire ce que six ans à Durmstrang n'ont pas fait ?"

"Tu sais ce que je veux dire." Il se pencha et attisa le feu, envoyant une rafale d'étincelles dans la cheminée. Dans la lumière vacillante son visage droit, traumatisé était sobre. "Durmstrang t'a changée, c'est vrai; et pas pour le mieux. Mais à la fin, tu étais toujours ma fille."

"Et maintenant je ne le suis plus ?"

Il secoua la tête. "Maudie, te dirais-je jamais une telle chose ? Ton vieil oncle est un peu embarrassé , c'est tout. Tu me dis qu' il y a quelque chose dont tu veux parler, mais tu ne sembles pas pouvoir trouver les mots. Nous avons toujours été capables de nous parler, auparavant."

Maud se mordit la lèvre. "Je suis désolée. Ce n'est pas à cause de toi .C'est juste que..."

"Bien, alors. Fais-moi voir si je peux t'aider." Ses grandes mains vinrent se poser sur ses genoux et son ton devint vif, presque officiel. "Tu étais supposée te rapprocher de Rogue et d'après ce que j'ai entendu, tu y as très bien réussi. Mais si tout que j'avais sur lui étaient tes lettres-" il prit les maigres deux ou trois rouleaux de parchemin sur la table à côté de lui, les feuilleta et les reposa - "je penserais que tu n'as jamais rencontré l'homme, et beaucoup moins que tu t'es donné la peine de l'espionner."

Maud resta silencieuse, son visage détourné.

"Tu le protéges," dit Fol Oeil catégoriquement. "Pourquoi ?"

C'était une aussi bonne ouverture que ce qu'elle aurait pu souhaiter : c'était, après tout, la raison de sa venue. Elle avait prévu cette conversation, s'y était préparée, pendant les trois semaines précédentes. Et pourtant, même maintenant, les mots lui venaient difficilement.

"Il n'est pas celui que tu crois," dit-elle. "Je sais que tu trouves cela difficile à croire, mais Dumbledore a de bonnes raisons pour avoir confiance en lui. C' est ... un homme noble, au-dessous de sa rudesse. "

"Noble ?" Les sourcils velus de Maugrey montèrent en flèche. "Ce n'est pas un mot que je choisirais pour un Mangemort-"

"Ce n'est pas un Mangemort!" Les mots sortirent plus fort qu'elle n'en avait eu l'intention et elle vit un éclat de surprise dans le bon oeil de son oncle. Confuse, elle baissa la voix et continua, "Ce n'est pas un Mangemort, mon oncle, je te le jure. Pas maintenant, plus maintenant."

"Est-ce que c'est ce qu'il t'a dit ?"

"Il n'a pas eu besoin de me le dire."

Son oncle libéra un soupir explosif et frustré. "Maud, ça fait seulement trois mois que tu connais cet homme. Qu'est-ce qui te rend si sûre de lui ? Tu es encore jeune, tu n'as pas idée-"

"Je ne suis pas une enfant, mon oncle."

Quelque chose changea dans le regard inégal d'Alastor Maugrey. Il rétrécit ses yeux, comme s'il l'observait clairement pour la première fois et elle sentit la couleur monter à ses joues même avant qu'il ne parle:

"Tu es amoureuse de lui."

"Non! Mon oncle, as-tu vu Professeur Rogue ? Je sais qu'il y a eu des rumeurs, nous avons passé beaucoup de temps à travailler ensemble en dehors des heures de cours, mais - non."

"Donne-moi une meilleure explication alors."

"J'essaye." Elle respira à fond. "Il y a quelque chose que je ne t'ai jamais dit - à personne. La nuit où j'ai perdu mes parents - quand les Mangemorts sont venus - je ne me suis pas vraiment échappée toute seule. C'est un homme qui m'a sauvée, un jeune homme dont je n'ai jamais oublié la gentillesse. Il a transplané dans ma chambre, m'a averti de ce qui se passait et m'a dit qu'il me protègerait. J'ai eu confiance en lui, et il ne m'a pas fait faux bond : il m'a empêché de voir le pire de ce qui s'est passé cette nuit-là et il a persuadé les Mangemorts de m'épargner. Je n'ai jamais su son nom, mais je me suis rappelé son visage et surtout sa voix. Et quand j'ai rencontré le Professeur Rogue, bien que ce soit quatorze ans plus tard-"

Maugrey s'assit lourdement dans sa chaise. "Maudie, je sais que tu ne vas pas vouloir entendre cela. Mais le simple fait que Rogue ait sauvé ta vie une fois ne prouve pas qu'il est du bon côté . Très peu d'hommes sont entièrement mauvais et même un Mangemort pourrait décider qu'il ne veut pas voir tuer une petite fille. Si tu avais été de parents Moldus, ou même à moitié, les choses pourraient avoir été différentes-"

"Je n'en crois pas un mot ! Dumbledore a confiance en lui, j'ai confiance en lui, pourquoi pas toi ? Si je peux vivre une double vie pour combattre l'obscurité, pourquoi trouves-tu cela si difficile à croire que Rogue puisse faire la même chose ?"

Son oncle frappa du poing sur la table, agitant avec bruit les couverts et faisant sauter les plats. "Parce que tu n'as jamais juré un serment de sang à Voldemort!"

Maud le regarda fixement, muette.

"Et la ' bonté' de cette homme-" Sa bouche se tordit. "Penses-tu que je n'aie pas remarqué ce que tu as laissé de côté dans ton histoire ? J'ai toujours pensé que les Mangemorts t'avaient aveuglée par jeu, bien que je sois resté très perplexe sur pourquoi ils ne t'avaient pas tuée et avaient fait cela. Ton Professeur Rogue a de la chance, Maudie - si j'avais su que c'était lui qui t'avait pris ta vue, je l'aurais pourchassé avec le reste d'entre eux."

"Ce n'était pas sa faute!"

"Il a jeté le charme, n'est-ce pas ? "

"Il ne voulait pas - c'était supposé être provisoire- pour m'empêcher de voir-- de réagir--"

"Et tu crois cela ?"

"Oui!"

"S'il ne te voulait aucun mal, pourquoi n'a-t-il pas juste effacé ta mémoire ? Cela aurait été plus aimable, à la fin."

"Non." Elle souffla le mot avec une ferveur soudaine. "Non, ce ne l'aurait pas été . Mes expériences, bonnes et mauvaises, m'ont fait qui je suis. Si Rogue avait utilisé oubliette sur moi, je serais une personne différente. Je renoncerais à ma vue mille fois avant de-"

Elle s'arrêta. Son oncle la regardait avec une expression complètement étrangère : en partie étonnement , en partie impuissance , en partie nausée .

"J'ai entendu un discours comme celui-là auparavant," dit-il. "Je te laisserai deviner qui l'a prononcé." Il ferma les yeux, ses sourcils lourds se froncèrent de chagrin. "Que t'a-t-il fait, Maudie ?"

Maud cacha son visage dans ses mains.

***

"Je pensais que quand je lui dirait comment vous avez sauvé ma vie, il comprendrait," dit-elle tranquillement à Rogue, sa tête toujours baissée. "Mais cela a seulement semblé le rendre plus soupçonneux. Il pense - il pense que vous m'influencez. Que vous avez une sorte de pouvoir sur moi."

Rogue ne dit rien, l'observant seulement de ses yeux noirs, impénétrables.

"Il a dit, ' Tous les charmes ne sont pas faits avec des baguettes, Maudie. '" Elle imita la voix râpeuse de Fol Oeil. "Quoi que cela puisse vouloir dire."

Un demi sourire tira le coin de la bouche de Rogue. "Parfois", dit-il, "j'oublie que vous êtes si jeune. Votre oncle a raison, Maud."

Elle leva brusquement la tête. "Quoi ?"

"Vous avez été élevée dans une maison de sorciers. Très probablement vous avez fait votre première magie en jouant avec la baguette de votre père ou de votre mère et vous n'avez jamais essayé de penser qu'il était possible de le faire autrement. Mais la plupart des sorciers nés de Moldus pourraient vous dire que leurs premiers charmes ont été jetés sans baguette, sans même comprendre en effet qu'ils faisaient de la magie ."

Il croisa les doigts, et prit un ton doctoral. "Une baguette est seulement un centrage, un moyen de raffiner et de diriger la magie. Mais la source de magie se trouve dans le sorcier lui-même. Et en temps de stress extrême ou de danger mortel, il est possible même à un sorcier adulte de jeter un charme incontrôlé." Il fit une pause. "De tels charmes sont rarement subtils et ont tendance à avoir des effets limités, donc ils sont rarement un souci pour qui que ce soit. Mais - il y a des exceptions."

Un stress extrême, pensa-t-elle. Ou un danger mortel. Dans la nuit où elle et Rogue s'étaient rencontrés, il avait risqué sa vie pour sauver la sienne. Cela avait été un de ses premiers actes de défi contre Voldemort et pour que son plan réussisse il avait eu besoin de sa confiance absolue, de sa coopération inconditionnelle. Si elle lui avait résisté, et que les Mangemorts avaient deviné que sa cécité était provisoire et qu'elle avait toujours toute sa tête, Rogue aurait été reconnu comme traître et probablement tué sur place.

"Quand un sorcier sauve la vie d'un autre," dit Rogue doucement, "Ce lien n'est pas facilement cassable. Même si je ne vous ai pas par mégarde forcée d'avoir confiance en moi cette nuit, comme le craint votre oncle, il y a toujours une dette de vie entre nous. Et cela peut bien affecter votre jugement en ce qui me concerne."

"Me dites-vous de ne pas avoir confiance en vous ?"

Il arqua un sourcil. "Existe-t-il un seul être humain entièrement digne de confiance ? Ayant grandi avec une vieille chèvre soupçonneuse comme Maugrey Fol Oeil, je me serais attendu à ce que vous soyez moins naïve."

"Ce n'est pas drôle."

"Ce n'était pas censé l'être." Il repoussa sa chaise et se mit debout, étirant ses longs membres avec un bien-être inconscient qu'il n'avait jamais montré dans la salle de classe. "A la fin, Maud, seulement vous pouvez décider dans quelle mesure je suis digne de la confiance que vous avez placé en moi. Et seulement vous pouvez prouver si cette confiance est réelle." Il posa une main sur son épaule, ses doigts s'enroulant doucement autour de sa clavicule. "Maintenant. Arrêtez de vous inquiéter à propos de votre oncle et de vos yeux et retournez à votre dortoir. À un moment ou à un autre votre compagne de chambre Mlle Groggins remarquera nécessairement votre absence : et bien que je trouve ses petites rumeurs toxiques amusantes, je pense qu'elles le sont moins pour vous. Allez."

À contrec?ur elle se leva, fit une pause un moment pour le regarder. Il y avait très peu dans Severus Rogue pour inviter à un deuxième regard, mais ses sens intensifiés lui avaient depuis longtemps dit qu'il y avait plus de choses en lui que ce qui apparaissait en surface. Ses cheveux pouvaient sembler graisseux, mais il ne sentait pas comme s'il ne se lavait pas; et bien que ses dents soient jaunes, son souffle n'était jamais aigre. De plus, avec tout le temps qu'il passait à manipuler des substances nocives et des chaudrons au bouillonnement exaltants, ses robes étaient sans tâches et ses mains remarquablement propres . Et c'étaient de belles mains : fortes au longs doigts, avec des os élégants. Elle se demanda, sans que cela eut un quelconque rapport, s'il avait jamais joué d'un instrument de musique.

"Mlle Maugrey," dit Rogue avec un accent froid, délibéré, "avez-vous l'intention de rester ici à me regarder avec des yeux exorbités jusqu'à ce que les rumeurs ne soient plus des rumeurs ? Partez. Maintenant."

La remarque, faite dans la tradition classique de Rogue, était impitoyable, ne correspondait pas à la situation et eut précisément l'effet qu'il avait voulu : Maud quitta la salle en coup de vent comme si un chien infernal à trois têtes était sur ses talons. Ce fut seulement plus tard, pendant qu'elle faisait ses devoirs de façon déterminée tout en évitant le regard soupçonneux de Muriel Groggins, qu'elle fut frappée par ce qu'il qu'il avait dit.