Note de l'auteur: Cette histoire fait partie de la révision complète automne 2003 de la trilogie « Obscurité et Lumière » originelle, modifiée à partir de la forme sous laquelle elle était tout d'abord apparue sur le web au cours du printemps et de l'automne 2001. Pour s'adapter au 'canon' de Harry Potter jusqu'à l'Ordre du Phénix inclus, de nouvelles scènes ont été ajoutées, d'autres ont été transportées à d'autres périodes et dans d'autres lieux, et d'autres ont été retaillées ou coupées. J'ai aussi relissé ce que je trouvais être de niveau inégal,ou ne convenant pas aux personnages, j'ai corrigé des erreurs d'emplois et de style, et j'ai arrangé deux ou trois défauts mineurs mais ennuyeux.

Je suis pronfondément reconnaissante envers tous ceux qui m'ont aidé au cours du processus de révision, en traquant et identifiant les écarts entre O&L et l'OdP, et en faisant des suggestions utiles d'amélioration: tout d'abord, mes béta-lecteurs depuis longtems et très chers amis Teri Krenek,Alec Dossetor, Liz Barr,et Erica H.Smith; et deuxièmement, les membres de la liste de diffusion « O&L Revisions », tout particulièrment Christy/Sabrina, Sarah Izhilzha, Kim Krajci, Sannali alias Morwen, Emily Bytheway, Carole alias Snape's Witch, Laura Page, Elaine Lahey, Liz E., Julia Steinberg, Manda, et Zebee Johnstone. Mes remerciements sincères à vous tous.

Les commentaires et les critiques sont toujours les bienvenus, et peuvent être envoyés à: rja (arobase) pobox (point) com.

Titre: Si nous survivons - Chapitre 1: Bien que je doive partir (1/11)

Author: R. J. Anderson

Email: rebeccaj@pobox.com

Traduit de l'anglais par dark_rogue@caramail.com

Category: Drama/Angst/Romance

Mots-clefs: Rogue, George, après la coupe de feu, Voldemort, guerre

(Accord parental souhaitable)

Le silence plane sur la campagne ce soir, un calme mystique qui laisse présager l'arrivée de pluie. Une couverture chiffonnée de nuages, lourde de chaleur et d'humidité, se déplie à l'est; à l'ouest le soleil descend vers l'horizon dans une extase de pourpre et d'or.

Pendant qu'elle marche à travers les collines vers l'océan, elle prend intensément conscience du parfum musqué doux de l'herbe au-dessous de ses pieds, du goût du sel de mer sur ses lèvres. Chaque cellule dans son corps semble picoter avec une conscience nouvelle, intensifiée; elle rejette sa tête en arrière, respirant profondément l'air électrique.

Au bord de la falaise elle fait une pause, regardant en bas dans les vagues déferlant contre les roches, les longs doigts d'écume qui ratisse la plage de galets. Ses oreilles retentissent du hurlement des déferlantes, du cri passionné et tombant d'une mouette. La brise tire ses robes et ses cheveux avec une persistance montante; elle tombe à genoux et reste assise immobile, regardant loin vers la mer.

Et elle se souvient...

***

« Rogue nous rend nos devoirs aujourd'hui » dit George, puis, innocemment, « Je me demande qui aura la meilleure note? »

Maud soupira et appuya sa tête en arrière contre le mur du cabinet de voyage. Aussi étroit qu'il puisse être, c'était un des quelques endroits de Poudlard où elle pouvait se relâcher-- bien que cela ne semble pas être le cas aujourd'hui. « George -- ».

« Ca lui a pris assez longtemps pour les noter, n'est ce pas? Eh bien, je suppose que sortir avec quelqu'un épuise forcément son homme. »

« Ne commence pas. » dit elle très doucement.

Un instant, la bouche de George se figea avec un caractère entêté, puis il sembla se rappeler à qui il parlait, et se laissa fléchir. « Désolé. Je suis un peu de mauvaise humeur. Mais ce n'est pas juste de la sortir sur toi. »

« Quel est le problème? » demanda Maud, posant sa plume de côté et lui donnant toute son attention. Si George était de suffisemment mauvaise humeur pour être mordant avec elle-- particulièrement au sujet de sa relation avec Rogue, un sujet qu'il évitait d'habitude - cela devait être sérieux.

« A ton avis? C'est encore cette vache d'Umbridge. Fred et moi, nous en avons tous les deux marre, et nous pensons qu'il est possible que nous ne restions plus très longtemps dans le coin si les choses ne changent pas bientôt. »

« Tu veux dire... quitter Poudlard ? Sans vos A.S.P.I.Cs? »

« Pourquoi pas? Nous n'avons plus le droit de jouer au Quidditch, l'A.D. est dissolue, Dumbledore n'est plus là-- qui se soucie de l'école maintenant? En plus, Fred et moi, nous pensons que nous sommes à peu près prêts pour lancer les Farces pour Sorciers Facétieux, et nous n'avons pas besoin de nos A.S.P.I.Cs pour faire cela. »

« C'est vrai, » dit Maud avec un peu de réticence, « mais si j'étais vous, je ne limiterais pas mes options. »

« C'est une bonne chose que tu ne le sois pas alors, » dit George avec impertinence. « En tout cas, tu ne sais pas non plus ce que tu vas faire après Poudlard non plus-- n'est-ce pas? »

"C'est vrai," admit-elle. "J'ai pensé à quelques choses, mais...rien ne me semble juste."

"Et bien, si cela ne tenait qu'à moi, je t'embaucherais avec plaisir." Il sourit. "Dommage que Fred soit si pingre."

"Dommage," dit Maud avec un sarcasme lourd. En derniers quelques mois, elle avait appris à être sceptique à propos de tout ce que George clamait être la faute de son jumeau. Puisque Fred ne savait rien de leurs réunions et ne pouvait donc pas se défendre, le blâmer pour tout était devenu une sorte de plaisanterie permanente.

"Au fait ," continua George, "si un jour nous nous croisons par hasard au Chaudron Baveur..." Il souleva ses sourcils avec espoir.

"On ne sait jamais," dit Maud. "Je pourrais même décider que ce n'est pas au-dessous de ma dignité d'ancienne Serpentard de te parler."

"Donc ça ne t'ennuierait pas de rester consultante pour les Farces pour sorciers facétieux ? Officieusement, bien sûr."

Maud rit. "Tu veux dire bénévolement, bien sûr."

"Hé!" George lui fronça les sourcils. "Non. Nous ne sommes peut-être pas prêts à embaucher du personnel à plein temps, mais nous avons quand même quelques Galions - et nous avons notre fierté."

"Désolé." Elle fut déconcertée par son air féroce. "Je ne voulais pas t'offenser. Mais vraiment, George - il n'y aurait aucun besoin de me payer juste pour un avis occasionnel. J'ai hérité de la fortune de mes parents maintenant, et je suis vraiment assez aisée-"

"Tais-toi et ne discute pas," dit George. "Je me fiche de savoir si tu es aussi riche que Malfoy : il faut être juste. De plus, si quelqu'un t'ennuie parce que tu nous parles - pas que ce soit probable, mais on ne sait jamais - tu pourras dire que c'était pour affaires, platement et simplement."

"D'accord," dit Maud, toujours étonnée, mais pas contrariée. "C'est une affaire."

George se pencha et saisit la main offerte fermement, comme pour la secouer : alors une lueur diabolique entra en son oeil et il la porta à ses lèvres au lieu de cela.

"Arrête ça," lui dit-elle sévèrement, soulagée que sa voix n'ait pas hésité. Imperturbable, George agita ses sourcils, murmura quelque chose d'une voix faussement-étouffée et feint de grignoter ses doigts.

Maud éclata de rire et le repoussa du pied. "Intrus".

Il se retourna, rougit et sourit. "Je ne peux pas m'en empêcher," dit-il. "C'est la fierté des Weasleys - nous ne pouvons juste pas admettre la défaite."

Le sourire de Maud s'effaça. "George-"

"C'était une plaisanterie, Maud. Ne t'inquiète pas." Il parlait légèrement, mais l'avertissement de sa voix était réel. "De toute façon, nous ferions mieux d'aller en classe. Juste - je suis sincère , au sujet de Fred et moi faisant le mur si Umbridge nous pousse un peu plus. Et maintenant qu'elle s'est débarassée de Dumbledore et s'est nommée directrice, elle le fera probablement. Alors si nous n'avons plus l'occasion de nous reparler, fais attention à toi, Ok?"

Elle souhaitait oser l'étreindre, lui montrer juste combien elle était reconnaissante pour toute sa bonté envers elle. Elle eut très envie de lui dire qu'il était son ami le plus vrai de tous ses camarades de classe à Poudlard. Mais enfin, tout ce qu'elle put faire fut de le regarder droit dans les yeux et de lui dire, avec une calme conviction, "Je le ferai."

"Bien, alors," dit-il, tordant l'oreille de Maud affectueusement, "A tout à l'heure en classe, Maud Maugrey."

Et avec cela, il partit.

Maud attendit les traditionnelles deux minutes avant de quitter, elle aussi, le cabinet en fermant la porte derrière elle. Un instant elle s'attarda, ses bouts de doigts se reposant contre le bois grossier, piqué d'âge : puis elle se tourna brusquement sur ses talons et s'éloigna.

***

« Etant donné le niveau déprimant de cette classe quand il s'agit des réelles subtilités de la fabrication de potions » dit froidement Rogue, « Je n'ai pas été surpris de voir comment si peu d'entre vous se sont montrés à la hauteur du défi d'inventer une simple potion médicinale. Winthrop, puis-je vous faire remarquer que de la Cassia senna n'est aucunement un substitut acceptable pour la Cinnamonum Cassia, à moins que vous n'appréciez les purges violentes? Et les sangsues doivent être sèchées, Mademoiselle Szabo - pas bouillies, comme la victime de vos tendres soins le découvrirait sans aucun doute quand elle commencerait à s'asphyxier. » Avec son pouce et son index, il extirpa deux parchemins de son bureau et les tint par leurs coins les plus hauts, comme s'il ne voulait pas souiller plus ses mains avec. « Vous vous êtes tous les deux gagné un zéro. »

Les deux élèves se dépéchèrent d'aller chercher leurs copies, puis se laissèrent à nouveau tomber sur leurs sièges. « Quant au reste d'entre vous », continua Rogue « qui s'est à peine mieux débrouillé... » D'une voix plate, il commença à lire les noms des camarades de Maud, un par un, suivis par leurs notes. Plusieurs des élèves avaient l'air inquiets, quelques uns même abasourdis: en dehors de l'A.S.P.I.C de Potion lui-même, c'était le devoir le plus important de l'année, et une mauvaise note n'était pas un très bon présage de succès pour leurs examens de fin d'année.

L'Anti-Nausea Nostrum de Fred Weasley et le Sérum Stop-Saignement de George, cependant, leurs firent gagner à tous les deux un E - bien que la lèvre de Rogue s'incurvât avec une répugnance évidente à devoir le leur donner. Il aurait été encore moins satisfait, pensa Maud, s'il avait su combien les jumeaux avaient mis peu d'efforts dans leur devoir, en fait, ayant mis la touche finale aux recettes plus tôt dans l'année pour faire partie de leurs Boîtes à En-cas pour tire-au-flanc.

« Mademoiselle Maugrey. » Rogue repoussa sa chaise en arrière avec un mouvement lent et délibéré et se mit sur ses pieds. « Votre Mixture Contre la Migraine a reçu la meilleure note--- un O .» Quelqu'un - probablement Muriel Groggins - émit un petit bruit de dérision, et la voisine de table de Maud, Lucinda, ricana. Les ignorant toutes les deux, Maud se leva et fit un pas en avant, seulement pour entendre une voix petite mais distincte bourdonner à son oreille:"Et maintenant, le prix du Mémorial du Philtre Philomena pour Service à un Professeur de Potions au- dessus et au-delà de l'Appel du Devoir va à..."

Maud s'arrêta brusquement, la couleur brûlant ses joues. La voix était celle de George Weasley.

Elle aurait dû savoir qu'il ne fallait pas prendre son baise-main au sérieux, particulièrement couplée avec le murmure inintelligible et étrange, et le fait qu'il lui ait tordu oreille en lui disant au revoir. Bien sûr il avait eu sa baguette dans sa manche tout ce temps et maintenant il était assis à environ dix pas derrière elle du côté Gryffondor de la pièce, sous vocalisant un mauvais commentaire ininterrompu que seulement elle pouvait entendre.

Elle fit tout ce qu'elle pouvait faire pour garder un visage composé en marchant les derniers pas vers le devant de la salle de classe. Et quand elle vit Rogue tendre le parchemin vers elle, elle dut se fortifier mentalement avant de pouvoir le prendre.

"Excellent travail, Mlle Maugrey," dit Rogue.

"Mais que je veux vraiment savoir est, est-ce que c'était aussi bon pour toi ?"

"La ferme," siffla Maud entre ses dents, mais en vain : elle pouvait entendre George, mais il n'avait aucun moyen de l'entendre. Les sourcils noirs de Rogue se soulevèrent d'une fraction de centimètre et Maud rougit de nouveau.

"Ooh," dit George. "J'aime les femmes en rouge."

La main de Rogue étreint la sienne impartialement-

"N'oublie pas de lâcher, maintenant."

Arrachant sa main, Maud baissa la tête, marmonna un remerciement et se dépêcha de retourner à sa table.

"Qu'est-ce qui ne va pas avec toi ?" demanda Annie lorsqu'elle s'assit. " Tout le monde penserait que tu étais terrifiée par Rogue."

"Ou amoureuse de lui," dit Muriel depuis la table d'à côté, ses petits yeux sombre luisant de malice.

Si Rogue avait entendu l'une d'entre elles, il n'en donna aucun signe. « Le cours est terminé. » dit-il , et il sortit à grands pas de la pièce comme s'il se dirigeait vers un rendez-vous important.

Maud leva sa baguette et en toucha son oreille. "Finite Incantatem," murmura-t-elle et le son du rire étouffé de George disparut.

"Oh!" souffla Lucinda . "Quelqu'un a lancé un Charme Exaudio sur toi ? Et tu t'y es laissée prendre ?" Ses yeux vacillèrent brièvement vers Muriel, qui rangeait des livres dans son sac d'école et ne semblait plus écouter. "Qu'est-ce qu'elle - je veux dire, qui que ça ait été - a dit?"

"Devine," dit Maud courtement.

"Oh," répéta Lucinda avec une compréhension naissante et alors elle commença à ricaner.

Maintenant que le pire de l'embarras était fini, Maud fut tentée de rire aussi. Cela avait été une blague typique des jumeaux Weasleys, après tout et elle n'avait pas vraiment fait de dégâts. D'autre part, si elle voulait laisser Lucinda continuer à tirer de fausses conclusions sur qui l'avait eue, elle ferait mieux de garder un visage droit : ainsi sans regarder Muriel - aucune raison d'en faire trop - elle ferma son cahier de texte et commença à ranger ses affaires.

Ait confiance en George, elle pensa avec une ironie désabusée, pour trouver quelque façon de rendre ce qui était probablement leur dernier cours de Potions ensemble une expérience inoubliable...

***

Et c'était en effet la dernière classe qu'ils partagèrent. Au cours des vacances de Pâques qui suivirent, elle aperçut de temps en temps George, mais leurs chemins ne se croisèrent jamais. Et le premier jour de la rentrée, lui et Fred tinrent parole et quittèrent entièrement Poudlard.

Les quelques semaines suivantes auraient été difficiles, si Maud et ses camarades de classe n'avaient pas été trop occupés à réviser leurs A.S.P.I.Cs pour se soucier de quoi que ce soit d'autre. Même la vigilence malveillante de Muriel avait cessé tandis qu'elle travaillait sur ses livres, si bien que Maud pouvait se déplacer un peu plus librement dans l'école. Ce qui se révèla être une bonne chose, parce qu'autour de cette même période, ses occasionnelles soirées avec Rogue se transformèrent en leçons d'Occlumencie deux fois par semaine.

Elle avait déjà deviné que Severus devait être doué pour dissimuler ses pensées et émotions des intrusions magiques - il aurait difficilement pu retourner vers Voldemort autrement. Et sa détermination de lui apprendre cette même compétence n'était pas non plus surprenante, étant donné qu'elle quitterait bientôt la protection de Poudlard, portant en elle le savoir que son mentor, son amant, était un espion. Elle n'était pas préparée, cependant, pour la difficulté et l'exigence de la matière Occlumencie.

« Aussi lamentablement transparente que vous soyez, » lui dit-il le premier soir, « vous avez un aventage sur... quelques uns des élèves auxquels j'ai enseigné... par le fait que vous êtes capable de contrôler vos émotions et d'agir par réflexion plutôt que par instinct. Tout ce qui reste à faire est de renforcer vos barrières mentales par des exercices, et nous continuerons à faire cela jusqu'à ce que vous réussissiez à me refuser accès à votre esprit. Puis nous rafinerons votre technique jusqu'au point où votre résistance ne sera plus évidente, si bien que même un Légilimenceur doué ne pourra pas dire si vous avez quelque chose à cacher. »

Il lui avait offert d'utiliser la Pensine de Dumbledore - bien que ce qu'elle fasse dans le bureau de Rogue soit un mystère: certainement qu'il n'avait pas demandé au Directeur de la lui prêter pour elle? -- mais elle avait décliné son offre. Il l'avait utilisée lui même, tirant trois brins de mémoire distincts de son esprit et les déposant dans la bassine, mais il ne lui dit pas pourquoi, et elle savait qu'il valait mieux ne pas poser la question.

« Maintenant. Si vous êtes prête... Legilimens! »

Elle n'avait pas été prête, cette première fois, et son esprit coupa le sien comme un couteau dans du beurre. Cependant, à peine le contact fait, il se retira: s'il avait vu quoi que ce soit de ses souvenirs, elle ne pouvait pas le dire, et il ne fit aucune remarque à ce sujet. Elle lui en était reconnaissante, bien qu'après une demi-heure de cette pitoyable bataille déséquilibrée elle fût épuisée et désirât ardemment que la session se termine.

Le deuxième soir, et le troisième, ce fut la même chose. Chaque fois, elle quittait les cachots en se sentant contusionnée à la fois dans son esprit et son corps, et elle s'effondrait sur son lit comme si elle avait été droguée. Mais le quatrième soir, elle sentit l'esprit de Rogue glisser sur la surface de ses pensées, et elle sut qu'elle apprenait finalement le truc.

« Bien » dit doucement Rogue « Très bien. Vous êtes un étang calme, Mademoiselle Maugrey -- » C'était toujours Mademoiselle Maugrey quand il lui enseignait, même en dehors de cours.-- « Faites couler les pensées et émotions qui vous trahissent tout au fond, et ne permettez qu'au calme de rester. Quand vous aurez maîtrisé cela, vous pourrez apprendre à amener des sentiments choisis à la surface, ce qui donnera une illusion d'ouverture de votre esprit. Si le Seigneur des Ténèbres devait un jour essayer de vous lire, je suggère que vous permettiez à votre peur de lui de dominer, comme une couche de glace sur la surface de votre lac mental, et dans votre cas, il sera probablement satisfait. »

« Est-ce qu'il essaye de vous lire souvent? » C'était une question qu'elle avait voulu poser depuis longtemps, mais cela ne semblait approprié que maintenant.

« Pas aussi souvent qu'autrefois » répondit Severus après un moment. « Ni avec... autant de force. » Et ce fut tout ce qu'il dirait.

A la sixième session, elle pouvait lui resister neuf fois sur dix, et seul un soudain coup de marteau de son esprit, délivré de manière impitoyable, résusit à la fracasser au dernier coup. Elle trébucha et tomba sur ses mains et ses genoux, son souffle sifflant difficilement hors d'elle en sanglots secs; et en un instant, il avait agrippé ses bras et l'avait remise sur ses pieds, seulement pour l'attirer dans une embrassade écrasante.

« Tu aurais dû me contre-attaquer. » siffla-t-il dans ses cheveux. « Tu étais censée contre-attaquer. »

« Tes pensées t'appartiennent, » dit-elle, les yeux fermés pour combattre les larmes menaçantes. « Même si j'en avais le pouvoir - je ne pourrais pas te faire cela. »

« Ce n'est pas le moment de montrer de la clémence, Maud. » Et par le fait qu'il utilise son prénom, elle sut combien elle l'avait ébranlé. « Si un ennemi attaque ton esprit de la même façon -- »

« Alors je lui résisterai, avec toutes les compétences que tu m'as enseignées. Mais tu n'es pas mon ennemi. Et si tu veux que j'apprenne la Légilimencie, tu devras me trouver un autre professeur. »

Il la relâcha alors, et se détourna comme si elle l'avait mécontenté. « Comme tu le souhaites » Ce soir là, il termina la leçon plus tôt qu'à l'habitude, avec à peine plus qu'un mot d'adieu, et elle alla se coucher avec un coeur lourd.

Mais la fois suivante où elle vint dans les cachots, la Pensine qu'il avait empruntée n'était plus là.

***

"Whou-HOU!"

Le cri de plaisir d'Annie se répercuta dans le dortoir des Serpentards. Elle tournoya sur elle-même, les bras grands ouverts, éparpillant des parchemins partout. "Plus de devoirs! Plus d'A.S.P.I.Cs! Nous en avons fini ici, mesdames!"

"Je sais que j'ai un P en Arithmancie," gémit Lucinda, s'asseyant lourdement sur le bout de son lit.

"Je me fiche de ce que j'ai eu," annonça Annie avec un triomphe aérien. "Je suis juste heureuse que ce soit fini."

Maud passa lentement devant elles, sans parler et commença à empaqueter ses affaires dans son coffre. Une partie d'elle savait qu'elle devrait partager l'exultation d'Annie, ou au moins le feindre ; la fin de leur dernière année à l'école des sorciers était en effet un accomplissement important et à la différence de ses camarades de dortoir, Maud était assez sûre d'avoir réussi. Terminer sa dernière leçon d'Occlumencie, plus tôt dans la semaine, avait aussi été gratifiant. Mais tout de même, quitter Poudlard n'était pas quelque chose à laquelle elle voudrait penser tout de suite, sans parler de fêter.

"Et toi , Muriel ?" demanda Annie. "As-tu des projets ?"

Les coins de la bouche de Muriel Groggins remontèrent en un sourire lent, désagréable. "Des projets?" dit-elle. "Oh, oui ... on pourrait dire ça."

Elle ne regarda pas Maud en parlant, mais il n'y en avait nul besoin. Elles savaient toutes les deux exactement, même si Annie et Lucinda ne le savaient pas, ce qu'elle voulait dire.

"Je ne compterais pas là dessus, à ta place," dit Maud calmement, entassant des robes et des manteaux dans le coffre.

Muriel émit un son méprisant. "Tu as une trop haute opinion de toi, Maugrey. Comme d'habitude."

"Euh ... oui, bien..." Lucinda se racla la gorge. "Pourrions nous être demi-convenables l'une envers l'autre pour quelque temps ? C'est le jour dernier d'école."

"Je n'ai aucune idée de quoi n'importe laquelle d'entre vous parle," déclara Annie, "et en outre je m'en fiche. Je descends jeter un dernier bon regard à Drago Malfoy avant le dîner-"

"Eurgh," dirent Maud, Muriel et Lucinda à l'unisson et se regardèrent ensuite avec surprise.

"Je pense que ça me couperait l'appétit," dit Muriel aigrement.

Une chose qui pouvait être dite en faveur de Muriel, Maud dût admettre, c'était qu'elle avait toujours bon goût en ce qui concernait les hommes. Pas qu'il soit probable que Fred ou George Weasley parlent jamais à Muriel, sans parler de tomber amoureux d'elle, mais quand même...

"Il a seulement quinze ans," dit Lucinda. "C'est - dégoûtant."

En supprimant une forte envie soudaine, hystérique de rire, Maud se pencha vite sur son coffre, laissant pendre ses cheveux pour cacher son visage.

"Oh, je ne veux pas sortir avec lui," dit Annie. "J'aime juste le regarder. Surtout maintenant que son père est à Azkaban il est devenu complètement morose et tragique. C'est hyper sexy, si vous me demandez mon opinion."

Muriel renifla. "Bien, si tu as un goût pour les furets(weasel), ne nous laisse pas t'arrêter."

"Mieux vaut ça que d'avoir du goût pour les Weasleys," répliqua Annie avec un esprit peu habituel et s'esquiva .

Il y eut un moment de silence terrible pendant lequel Muriel devint très rouge et Maud se demanda si elles devraient bondir et la retenir. Mais alors elle respira à fond et son visage reprit sa couleur normale à nouveau. "Je l'aurai pour cela," dit-elle, d'un ton terriblement pratique et revint à ses bagages.

Lucinda blanchit. "Je ... euh ... dois rendre un livre à la bibliothèque," dit-elle et se dépêcha de partir.

"Lâche," murmura Muriel, les coudes profondément plongés dans son coffre.

Mais Maud ne prêtait plus attention; elle regardait quelque chose dans sa main. C'était tombé des plis de sa robe pour les grandes occasions, le velours vert cendré qu'elle n'avait pas porté depuis Noël : une petite plume , gris-tacheté de hibou.

Pendant les derniers quelques mois, aucune des compagnes de chambre de Maud n'avait semblé remarquer la statuette en pierre d'un petit hibou qu'elle gardait sur l'étagère à livres à côté de son lit - ou si elles l'avaient, elles n'en avaient pas compris la signification. Ce qui était aussi bien, parce que si Muriel avait su la vérité, elle aurait sans aucun doute pris un plaisir malveillant à voler Athéna, ou même à la détruire.

Doucement Maud caressa la plume contre sa joue. Puis avec une soudaine décision, elle prit Athéna de l'étagère, glissa le petit hibou dans sa manche. Elle avait toujours pensé enterrer Athéna à la fin de l'année scolaire, dans un dernier geste de respect et d'adieu. Maintenant, cependant, elle avait une meilleure idée.

Ce qui lui rappela : elle avait plus qu'un rendez-vous à tenir avant de quitter Poudlard et elle ferait mieux de bouger si elle ne voulait pas être en retard.

"Maintenant où vas-tu ?" demanda Muriel lorsqu'elle passa à côté d'elle.

C'était toujours un plaisir, pensa Maud, d'être capable de dire à la vérité littérale et de savoir cependant qu'il n'y avait aucun danger d'être crue. " Embrasser Rogue pour lui dire au revoir, bien sûr," elle dit gaiement et ferma la porte derrière elle.

***

Cependant, elle n'avait fait que quelques pas dans le couloir, quand un bizarre sensation chatouillante dans son esprit l'arrêta. Peut-être... peut- être que ce n'était pas une si bonne idée d'aller voir Severus immédiatement? La probabilité que Muriel la suive était faible,mais tout de même, il pourrait être prudent de prendre un chemin indirect. La pensée s'était à peine formée dans son esprit que ses pieds commencèrent à la porter dans la direction opposée, montant l'escalier vers la Grande Salle et les niveaux supérieurs de l'école.

Pendant quelques minutes elle erra sans but, ne sachant pas vraiment ou souciant où elle pourrait arriver : mais quand elle tourna un coin et se trouva devant le bureau de Dumbledore, elle se rendit compte que c'était là qu'elle s'était dirigée tout du long. C'était très étrange pensa-t-elle. Elle s'était demandée si elle devait venir et lui dire un au revoir correct, mais s'en était dissuadée, sachant qu'il devait être occupé. Et maintenant elle était là après tout.

Elle ouvrait juste la bouche pour voir si elle pourrait deviner le mot de passe du moment quand la gargouille sauta de côté et le mur s'ouvrit, révélant l'escalier en spirale familier. Évidemment, le Directeur l'attendait; en fait, il l'avait probablement appelée ici tout d'abord. Mais pourquoi?

Et bien, il y avait seulement une façon de le découvrir. Elle avança et se laissa porter au sommet de l'escalier et trouva la porte du Directeur grande ouverte, avec la silhouette vêtue d'étoiles de Dumbledore se détachant contre la lumière.

"Bonsoir, Mademoiselle Maugrey," dit-il, reculant et lui faisant signe d'entrer. "J'espère que tu me pardonneras la liberté j'ai prise pour t'encourager à venir ici, mais j'ai pensé que cela serait plus discret."

"C'est ... parfait," dit Maud, un peu déconcertée. Le visage de Dumbeldore semblait plus grave que d'habitude, les lignes autour de ses yeux et bouche taillés profondément, comme s'il portait un fardeau dont elle ne pouvait pas même essayer de deviner le poids .

"Professeur," dit-elle doucement, "est-ce que tout va bien ?"

Dumbledore posa une main sur son épaule. "Ma chère fille," dit-il. "Si Poudlard est en paix ce soir, c'est seulement parce que nous sommes dans l'?il de la tempête. Non, tout ne va pas . Mais avec des jeunes gens courageux comme toi , Severus et Harry se battant pour nous, j'ai bon espoir que cela s'arrangera." Il lui sourit doucement. "Ce qui m'amène à la raison pour laquelle je t'ai appelée ici. As-tu pensé à ce que tu feras en quittant Poudlard ?"

"Je ne suis pas sûre," admit Maud. "J'avais pensé que je pourrais faire une formation médicale, et peut-être devenir Guérisseuse."

"Une ambition digne et que je t'encouragerais à poursuivre. Nous aurons besoin de tous nos guérisseurs, je le crains, dans peu de temps . Cependant..." Il se tourna, ramassa un rouleau de parchemin du bureau derrière lui. "En temps que Directeur de cette école j'ai certains pouvoirs, ou, dois-je dire, des privilèges. L'un d'entre eux est d'identifier les élèves qui peuvent être utiles pour une certaine branche du Ministère de Magie et d'agir, dans une petite capacité, au nom de ce Département." Il lui remit le rouleau. "Je crois, Maud, que non seulement tes compétences, mais aussi ton contexte familial font de toi un candidat d'intérêt particulier."

Dans un silence perplexe Maud prit la lettre, brisa le cachet ( de cire bleue, estampée avec un point d'interrogation stylisé) et l'ouvrit. Elle lut :

Cher Diplômé de Poudlard (les trois derniers mots miroitèrent comme elle les lisait, disparurent et réapparurent en "Mlle Maugrey"), C'est mon très grand plaisir de vous inviter à faire partie d'un des départements les plus essentiels, quoiqu'en grande partie méconnu, du Ministère de la Magie . Vos compétences en observation et en recherche, aussi bien que votre capacité d'interpréter et annoncer exactement ce que vous avez appris, font de vous un candidat de premier choix pour notre travail. Nous offrons un grand choix de positions pouvant convenir à vos intérêts et je suis sûre que vous trouveriez le travail avec nous un défi récompensant. Si vous décidez que vous voudriez en savoir plus sur cette proposition, tapez ce parchemin trois fois avec votre baguette dans les meilleurs délais et un de nos représentants entrera en contact avec vous. Si, cependant, vous choisissez de ne pas répondre dans les cinq jours suivants, cette lettre s'autodétruira et votre mémoire de la recevoir sera effacée. Veuillez agréer l'expression de nos sentiments les plus distingués, Euphemia Glossop Département du Secret Ministère de la Magie

« Département du Secret? » dit Maud. « Mais ils ne sont pas - je veux dire, je pensais que c'était juste une rumeur qu'ils existaient. »

"Ils sont certainement plus qu'une rumeur. Ton père travaillait pour eux, " dit Dumbledore tranquillement.

Maud leva les yeux, effrayée. "Mon père ? Mais il était juste un chercheur ... il étudiait des artefacts magiques..."

"Tout à fait vrai. Et beaucoup d'entre eux étaient des artefacts magiques significatifs et potentiellement dangereux, des secrets dont l'utilisation avait été perdue pendant des siècles. Je suis sûr que tu sauras apprécier le besoin de discrétion dans de telles circonstances - en particulier avec Voldemort et sa faim insatiable de pouvoir." Il soupira. "Quand ton père a été pris par les Mangemorts, sa perte a été profondément sentie au Ministère. C'était un homme de grand intellect et, à la fin, de grand courage."

"Je n'ai jamais su," chuchota-t-elle. "Mon oncle ne me l'a jamais dit. Pourquoi ?"

"Il n'était pas libre de te le dire," dit Dumbledore. "Le Département du Secret ne tient pas uniquement secret l'identité de ses membres, mais aussi son existence-même. Si Alastor avait une idée de la mesure de l'engagement de ton père avec le Département, il aurait été lié sous serment pour ne pas en parler."

"Mais vous me le dites maintenant."

"Oui. Non seulement parce que je crois que tu as le droit de savoir, mais parce que cela peut t'aider à faire ton choix."

Elle fronça les sourcils. "Mais professeur .. pensez-vous vraiment qu'on peut faire confiance au Ministère ? Particulièrement après ce qui s'est passé cette année."

Dumbledore semblait sinistre, comme si elle lui rappelait quelque chose qu'il aurait préféré oublier. " Malgré tout son pouvoir et toute son influence, Cornelius Fudge n'est pas le Ministètre. Le Département du Secret a toujours exercé une certaine quantité d'indépendance, et même pendant les évènements regrettables de cette année passée, ils n'ont pas été rapides à suivre les directives du Ministre, ni à partager toutes ses opinions. Si tu choisis de travailler avec eux, je crois que tu trouverais ton travail significatif, même efficace, dans le combat contre Voldemort - ce qui est plus, hélas, que ce qui peut être dit pour ce qui se passe au Ministère ces jours-ci."

Maud regarda de nouveau la lettre, ne sachant pas que dire.

"Prends ton temps," lui dit doucement Dumbledore. "Penses y et fais ce que tu crois être juste. C'est tout ce que je demande."

Maud roula le parchemin de nouveau, le glissa dans sa manche. "Je le ferai," dit-elle. "Merci."

"Pas du tout,"dit Dumbledore. "Comme je l'ai dit auparavant, je considère ça comme un privilège." Il prit sa main, se pencha courtoisement. "Adieu, Maud. J'espère que nous nous rencontrerons de nouveau - dans des conditions plus heureuses, peut-être."

"Je l'espère aussi tellement," dit Maud. Elle hésita, se demandant si elle oserait exprimer le vrai mouvement de son c?ur; alors, rejetant toute précaution, elle se pencha en avant et l'embrassa sur la joue.

Tout d'abord Dumbledore sembla étonné; puis il sourit, un sourire chaud et véritable qui fit disparaître la tension de son visage et le rajeunit de plusieurs années. "Ma chère enfant," dit-il. "Tu es un trésor. Dis à Severus, quand tu le verras, que s'il cesse de t'apprécier, je le ferai mettre à la porte."

Maud lui rendit son sourire. "Je lui dirai," dit-elle. "Bonne nuit, Professeur. Vous me manquerez."

"Toi aussi," dit Dumbledore tranquillement. "Au revoir".

***

A tous points de vue le Banquet de Fin d'année de l'année dernière avait été inhabituellement sinistre, mais cette année, pensa Maud, ne pourrait pas être beaucoup mieux. À l'extérieur de Poudlard une tempête se préparait, non seulement métaphoriquement, mais littéralement : pendant le dîner, la foudre fit un arc à travers le plafond de la Grande Salle.

Les Serpentards bavardaient entre eux, apparemment non dérangés, mais beaucoup des autres étudiants étaient silentieux et semblaient mal à l'aise. Pendant les derniers quelques mois ils s'étaient enterrés dans le travail scolaire et les autres préoccupations de l'adolescence, ignorant l'obscurité croissante à l'extérieur des murs du château. Mais demain ils quitteraient Poudlard - certains, comme Maud , pour toujours. Et étant donné l'ombre de plus en plus longue que Voldemort laissait planer sur le monde sorcier, c'était une perspective que peu d'entre eux semblaient savourer.

Elle jeta un coup d'?il à la table des professeurs, où les enseignants étaient assis en conversant à voix basse. Rogue semblait écouter quelque chose que McGonagall disait, mais son regard était distrait et ses longs doigts dépiautaient méthodiquement un petit pain pendant qu'elle parlait. Maud fit une tentative brève, vaine d'attirer son regard, avant de renoncer et de se resservir de pouding du Yorkshire. Elle découvrirait ce qui le dérangeait assez tôt.

Après une autre demi-heure, la fête s'était terminée, au grand soulagement de Maud, et les élèves revinrent au goutte-à-goutte dans leurs dortoirs pour terminer leurs valises. Maud passa quelques petites minutes à réarranger son coffre, puis elle revint lentement dans la Salle Commune et s'assit devant la cheminée, ses pieds appuyés paresseusement sur l'ottomane. Finalement, voyant que Muriel ne la suivait pas et qu'aucun des autres Serpentards ne semblait se soucier de ce qu'elle faisait, elle se leva et se glissa par la porte.

Elle avait attendu cette réunion et l'avait redoutée en même temps, mais elle ne pouvait pas la remettre à plus tard. Ses pieds connaissaient le chemin des cachots : elle se laissa porter et quelques minutes plus tard elle était arrivée à destination.

"Professeur ?" dit-elle prudemment.

Il n'y eut aucune réponse. Elle jeta un coup d'?il derrière elle à la salle de classe de Potions obscurcie, s'assurant qu'elle n'avait pas été suivie; Puis elle poussa la porte du bureau privé de Rogue et entra.

Comme elle s'y attendait, il était seul, mais il semblait loin d'être inoccupé. Il était assis à son bureau avec une plume en main, la tête sombre penchée sur son écriture et ne leva même pas la tête quand elle entra. Maud le connaissait trop bien pour l'interrompre dans son travail, donc elle s'assit simplement sur la chaise la plus proche, posa ses mains sur ses genoux et attendit. Quelques minutes passèrent en silence, tandis que Maud regardait la pièce autour d'elle - un endroit morne, repoussant à première vue, plein de bouteilles aux formes curieuses et de créatures à l'air désagréable plongées dans des fioles avec de la saumure - et essaya de ne pas penser combien cet endroit lui manquerait. Elle avait passé beaucoup d'heures ici pendant les dix derniers mois depuis qu'elle était arrivée à Poudlard : comme le bureau de Dumbledore et le cabinet de George, cet endroit était devenu pour elle une place d'énorme signification personnelle. C'était dur, cruellement dur, de se rendre compte qu'elle était sur le point de le laisser derrière elle.

Rogue posa sa plume, plia le parchemin en trois parties précisément égales et le scella avec un coup de sa baguette . Alors il leva la tête et son regard rencontra celui de Maud. "Alors," dit-il. "

« Alors » dit Maud. Sa gorge était sèche. « J'ai parlé au Directeur. Avant la fête. »

Ses yeux se rétrécirent un peu, devenant méfiants. « Oh? »

« Nous avons discuté de mes projets pour le futur, et il a suggéré ... une possibilité que je ne connaissais pas. » Elle n'était pas sure qu'il soit bon de mentionner explicitement le Département des Secrets, même s'il devait connaître leur existence - son père avait travaillé pour eux, après tout, et c'était à cause de l'intérêt de Voldemort pour ce travail qu'elle et Severus s'étaient rencontrés pour la première fois.

« Ah. Il agit toujours en tant que recruteur officieux, je vois. » dit Rogue, se relâchant visiblement. « As-tu l'intention de poursuivre cette... possibilité? »

« Je n'en suis pas encore sure. » dit Maud, soulagée qu'il comprenne. « Mais j'ai cinq jours pour me décider : cela devrait être assez. »

« Pour toi, oui » Il entrelassa ses longs doigts et les étira, les paumes vers l'extérieur, comme si trop d'écriture leur avait donné des crampes. « Bien sûr, si tu trouves les excès de subtilité du Département ennuyeux, tu pourrais toujours t'associer aux jumeaux Weasley. »

L'affirmation avait été faite sans expression, mais elle était clairement voulue comme une blague, et sous d'autres circonstances, Maud aurait ri. Ce mot d'esprit particulier, cependant, frappait un point un peu trop sensible, et elle ne put rassembler qu'un sourire maladroit - ce que Severus remarqua bien sûr immédiatement. Il se leva de sa chaise et traversa la pièce pour baisser les yeux vers elle, son regard intense; et bien qu'elle sâche qu'il n'utiliserait pas de Légilimencie sur elle sans permission, elle rougit et détourna les yeux.

« Maud » dit-il, et c'était à la fois une question et un avertissement.

J'ai une dette envers lui. Quoi que cela puisse me coûter. Elle prit une inspiration profonde. "J'ai un aveu à faire."

"Oui ?"

"J'ai été amie avec George pendant les quelques derniers mois d'école, jusqu'à ce qu'il quitte Poudlard. Mais," elle ajouta rapidement en voyant les lèvres de Rogue se pincer, "nous l'avons tenu absolument secret, je le jure. Nous nous parlions seulement dans un endroit que personne d'autre que les jumeaux Weasleys ne connaît - et même Fred ne sait pas que George et moi nous rencontrions là. Je n'en avais pas l'intention, je ne voulais certainement pas me lier avec George derrière votre dos, mais j'étais dans une situation horrible et, et -" Elle étendit ses mains d'un air impuissant. "Je suis désolée. "

Pendant un long moment Rogue resta silencieux, les bras croisés, la tête baissée. Puis il dit d'une voix sans expression, "Que sait-il ?"

"Pas autant de choses qu'il pense savoir," dit Maud, "mais il sait à propos de vous et moi. Je ne lui ai rien dit, bien sûr : il a trouvé tout seul."

"Et il n'a pas fait fructifier cette connaissance ?" Ses sourcils se soulevèrent. "Très inhabituel. Si je ne vous connaissais pas mieux, Maud, je dirais que vous l'avez menacé, suborné, ou séduit."

Il fit une pause juste assez longue pour que la bouche de Maud forme un O outragé et stupéfait; alors il tordit sa bouche en un demi sourire vers elle et continua sans à-coup, "Mais puisque je vous connais mieux que cela, je peux seulement dire qu'il doit avoir une très haute opinion de vous."

Maud fut effrayé puis stupéfaite. Au commencement de leur association sur la base du travail, il lui avait fait comprendre qu'on pourrait la voir s'associer à lui ou aux jumeaux Weasleys, mais pas aux deux; et elle l'avait pris au mot. Mais l'avait-elle mal compris ? Son avertissement avait-il été plus littéral et moins dur qu'elle ne le pensait ?

"Excusez-moi," elle dit d'un ton prudent, "mais je semble avoir manqué la partie où vous vous mettez dans une colère jalouse et m'interdisez de le voir de nouveau."

Il sembla amusé. "Pourquoi devrais-je ? Si vous aviez voulu George Weasley je suis tout à fait sûr que vous pourriez l'avoir eu. Et vous êtes de loin trop naturelle pour cultiver deux romances en même temps, ou feindre des sentiments plus forts envers moi que vous n'en possédez en réalité : il me reste donc la conclusion flatteuse que vous m'avez choisi plutôt que M. Weasley il y a longtemps et que vous ne le regrettez pas encore." Il inclina le menton de Maud du bout des doigts. "Alors dis-moi , mon amour ... quelle raison aurais-je d'être jaloux?"

Un observateur importun aurait pu prendre ses mots pour de l'arrogance; mais Maud n'était pas dupe et cela la secoua au c?ur. "Vous ..." chuchota-t- elle. "Vous me faites vraiment autant confiance ?"

Il prit ses mains, la tira vers le haut pour la mettre debout devant lui. "Tu es la personne la plus fondamentalement honnête que j'ai jamais rencontré," dit-il. "Ne pense jamais que je fais confiance trop facilement, Maud, pas plus que ton oncle ne le fait : simplement tu t'es montrée hors de doute pour nous deux ." Ses yeux noirs tinrent les siens, inébranlables, imperturbables. "Si tu dis que ton amitié avec George est un secret inconnu de tous à Poudlard, je te crois. Si tu dis que c'est seulement de l'amitié, je te crois. Et quand tu me dis que tu m'aimes, aussi bizarre et même impossible que cela puisse sembler..." Il caressa sa joue vers le bas du dos de la main. "Je le crois, aussi."

"Je t'aime," dit-elle, sa voix secouant un peu. "Je t'aime tant."

Il la tira contre lui alors, sa bouche trouvant la sienne avec une facilité due à cinq mois de familiarité et pendant un long moment sans souffle il n'y eut aucune parole. Elle s'accrocha à lui, essayant désespérément de marquer sa forme sur ses lèvres ,ses bras et ses mains, sachant cependant que c'était futile. Peu importe la fermeté avec laquelle elle pourrait le tenir maintenant, quand elle quittait cette pièce elle ne pourrait rien emporter avec elle à part des souvenirs.

Quand il la lâcha enfin, c'était avec une répugnance évidente. Elle posa sa tête contre son épaule, écoutant battement rapide, stable de son c?ur; il l'enveloppa de ses bras et pendant quelques instants ils ne bougèrent ni ne parlèrent. Alors enfin il dit, très tranquillement, "Tu ferais mieux d'y aller, Maud."

Elle comprenait ses raisons, était même d'accord avec elles : mais ce soir était sa dernière nuit à Poudlard et qui sait quand ils pourraient se voir de nouveau ? Maud prit sa main, la pressa contre sa joue. "Je veux rester avec toi," murmura -t-elle dans la paume de sa main. "Je ne veux pas partir."

Rogue ferma les yeux, les lignes sur son visage s'approfondissant. Ses doigts se serrèrent contre sa joue un moment; puis il retira sa main et la laissa retomber. "Peut-être un jour, Maud," dit-il. "Mais pas maintenant."

Elle savait quand elle avait perdu; cette voix de soie sur acier ne tolérerait aucune protestation. Lentement elle tira Athéna de sa manche, la lui tendit. "Garde la pour moi, "dit-elle. "S'il te plaît. Pour me rappeler à toi."

Un instant il hésita : puis ses doigts se fermèrent autour d'Athéna et il posa le petit hibou sur le bureau à son côté. "Maud", dit-il. "Je la prendrai parce que tu me le demandes. Mais en ce qui te concerne, Maud... je n'ai pas besoin d'aide mémoire."

Il y avait une âpreté dans sa voix qu'elle n'avait jamais entendue auparavant et ses yeux scintillaient étrangement. La vision de Maud se troubla de larmes; elle prit le visage de Rogue entre ses mains et l'embrassa, durement. Puis elle se tourna, ouvrit gauchement la porte et partit à l'aveuglette dans l'obscurité.

Elle était déjà à mi-chemin du dortoir des Serpentards, la respiration peu profonde et ses bras enveloppés autour d'elle pour retenir la douleur, avant qu'elle ne se rende compte qu'elle n'avait jamais demandé à Rogue ce qui le dérangeait au dîner. Un instant elle hésita, une partie d'elle languissant de prendre cette excuse pour revenir; puis elle ferma les yeux, respira à fond et continua à marcher.

***