J'ai étoffé un peu ce chapitre pour la communauté 30 interdits sur Live Journal (un de pub au passage lol). En effet, l'histoire correspondait à merveille aux thèmes « goût » et « amour »…

Base : tomes 1 à 5

Disclaimer : les personnages d'Harry Potter ne m'appartiennent pas. Pardon à Platon pour la façon honteuse et déformée dont je l'utilise lol. Le titre du chapitre est une référence à la musique d'Antonio Vivaldi écoutée par Dumbledore dans ce chapitre.

Bonne lecture !


Chocogrenouilles et sorbet citron

Chapitre 3

Beatus Vir

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Une cape faite d'un vieux droguet élimé, une cravate ayant perdu sa couleur d'origine, un pull-over renforcé d'empiècements de velours aux épaules et aux coudes, dans lesquels se mouvait une pâle et maigre silhouette semblant manquer de sommeil... Telle, la description qu'on pouvait faire de l'étrange sorcier qui se présenta aux portes de l'école en cette fin d'après-midi. Mais vous l'avez reconnu, vous, ce vagabond errant, car l'amoureux est toujours un lycanthrope, se coupant de l'humanité, et l'amoureux est toujours pauvre, car il manque de ce qu'il désire tout en étant plein de ruse et d'invention.

Ainsi Remus Lupin frappa-t-il à la porte de Poudlard ce jour-là, pauvre et sauvage, croyant avoir été abandonné par la personne qui lui était la plus chère et qui ne lui écrivait plus.

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Au même instant, entre deux étapes de la préparation de sa potion, le jeune Harry Potter se réjouissait de cette visite qui lui avait été annoncée par hibou, et songeait en éminçant ses herbes que le professeur Snape était « vraiment répugnant, pas étonnant qu'il soit toujours célibataire ».

À quelques tables de lui, le nez au vent et l'air hautain, Draco Malefoy se lamentait intérieurement de sa dernière découverte, jugeant que le professeur Sinistra et Remus Lupin étaient tout à fait mal assortis – Sinistra étant bien trop classe pour ce loqueteux maladif de loup-garou.

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Severus Snape n'était au courant de rien quant à lui, et lorsque, son cours terminé, il se dirigea vers le bureau du directeur pour y prendre le thé, il ignorait la présence en ce lieu de l'homme qu'il aimait.

Albus Dumbledore avait mis en route un de ses opéras favoris, Dom Juan de Mozart. Dans l'escalier, Severus en entendit la musique se mêler à une voix grave mais d'une chaude gentillesse, dont l'inflexion (une voix chère qui ne s'était pas encore tue) ne lui était pas inconnue… Le Serpentard reconnut en entrant la voix de Remus, et il l'aperçut dans un coin du bureau. Une boucle d'Elvira Madigan enveloppa de sa circonvolution les deux amoureux, et leurs ventres se nouèrent, papillonnant de désir et de tristesse.

Ce que voyait Severus ce n'était pas un sorcier à l'air fatigué et aux robes miteuses n'ayant pas les moyens d'aller au coiffeur, mais un sorcier dont la pâleur distinguée sublimait le regard précieux, un sorcier dont les cheveux décoiffés lui rappelaient en permanence cet air fatigué et désapprêté qu'il avait lorsqu'il se réveillait dans ses bras le matin. Une personne chère qui faisait naître une douce chaleur dans son ventre et un sourire de joie sur son visage.

De même, il n'y avait pas de terrible professeur au nez crochu et au teint cireux pour le loup-garou, mais un mage ténébreux à l'érudition infinie, qui, malgré son apparence sévère et hautaine, savait se montrer très tendre dans l'intimité, aimant avec passion.

- Rem… Professeur Lupin… Je ne savais pas que vous vous trouviez ici, murmura Severus en pâlissant légèrement, une lueur tremblante dans ses yeux noirs.

- J'avais des choses urgentes à régler, répondit le visiteur.

- Dans ce cas, je vais vous laisser.

- Mais restez donc Severus , s'exclama le directeur. Pourquoi partir ?

- J'ai… J'ai des copies à corriger, répondit le Maître des Potions, visiblement troublé.

Il se retourna brusquement en un tour de talons et sortit.

« Gymnastique quotidienne », songea Dumbledore, « faire tourbillonner sa cape comme ça... muscle les chevilles.»

- J'avais cru que vous étiez devenus amis, déclara-t-il à voix haute en se tournant vers Remus Lupin.

L'ancien professeur rougit légèrement.

- Hum… en effet. Mais en ce moment, j'ai l'impression que nous sommes… hum… en froid.

- Quel dommage, fit Dumbledore, le regard pétillant. Vous formiez un couple d'amis des plus adorables.

- J'ai pourtant l'impression qu'il me fuit.

- Ce n'est peut-être qu'une impression. Hum, Remus, vos Chocogrenouilles m'ont l'air très bonnes, mais je préfèrerais les enlever de cette table, car vous n'êtes sans doute pas au courant, mais je suis au régime. Pourquoi ne pas les offrir plutôt à Severus, en gage d'amitié ? Il est si mince de nature, cela ne pourra pas lui faire de mal. Et paraît-il que le chocolat rend gai.

« Offrir des chocolats à un ami », pensa Remus, « mais il n'a plus toute sa tête, Severus avait raison. Ou alors… Ou alors il est au courant ! »

- Allez lui parler, Remus, poursuivit Dumbledore. Je suis sûr que la situation s'arrangera. Severus avait l'air assez heureux ces derniers temps, mais depuis quelques jours, sa joie semble s'être évanouie. Il doit être dans son bureau en ce moment. Il n'aura sans doute rien contre quelques chocolats offerts avec coeur.

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Une heure plus tard, un paquet de Chocogrenouilles, un costume rapiécé, un caleçon grisâtre, une robe noire, un surplis médiéval et un slip raccommodé gisaient épars sur le sol…

Au fond de la chambre, les deux sorciers d'une minceur extrême étaient entrelacés dans le lit frais, le vagabond enclos comme un trésor précieux dans les bras pâles de l'homme aux cheveux noirs ; comme on pèle une pomme de terre nouvelle cuite vapeur, celui-ci l'avait dénudé de ses oripeaux bruns et fanés et couvrait à présent sa douceur de caresses et de baisers.

Les yeux d'or de Remus Lupin luisaient dans l'obscurité de l'alcôve.

Il se rappela comment avait débuté leur relation. Il était à présent clair que non seulement Dumbledore était au courant, mais qu'il avait tout manigancé…

Lors d'un affrontement avec des Mangemorts il y a plusieurs mois, Lupin avait été grièvement blessé, et il avait fallu toute la science du directeur ainsi qu'une longue convalescence pour le sauver, lui qui ne souhaitait pas tant survivre…

Lors de cette longue période de repos qu'il avait passée à Poudlard, Dumbledore avait demandé à Severus de lui tenir compagnie et de lui acheter des livres pour adoucir son ennui. La contrainte pour Severus, le désoeuvrement pour le loup-garou, tout cela avait fait qu'ils s'étaient mis à discuter sur les livres apportés par le Serpentard puis lus par le Gryffondor.

Dumbledore souhaitait redonner à Remus Lupin le goût de vivre. L'ancien Maraudeur souriait encore à cette époque-là, mais son visage et sa maigreur ne trompaient personne. Depuis que Sirius Black était mort, il était à nouveau seul avec ses remords et ses regrets. Son sourire avait donc immanquablement fini par s'évanouir ; un jour, il s'était brusqement désagrégé comme un trait de sable emporté par la mer, et le dos de Lupin avait ployé d'un coup.

Ce jour-là, dans l'infirmerie, le sorcier hybride avait caché ses yeux dans ses mains, s'effondrant sur le lit devant le directeur de Serpentard, qui avait posé son livre.

Severus Snape n'avait pas su ce qui l'avait fait agir de la sorte sur le moment… Mais ses bras s'étaient ouverts, ils l'avaient recueilli, comme on recueille sans réfléchir une chose qui tombe… Severus avait pris le loup-garou dans ses bras.

Il s'était alors senti devenir tout chaud - Remus Lupin se serrait vraiment très fort.

Car le chagrin du lycanthrope s'était ouvert en lui tel un gouffre, et il s'était abandonné dans l'étreinte consolatrice de celui qui était presque devenu un ami, un confident. Il avait pleuré autant qu'une longue pluie, s'incarnant en désespoir, puis avait fini par sortir sa tête de l'abri douillet du creux de l'épaule, et avait rencontré ce regard sombre et profond du Maître des potions... deux yeux interrogateurs.

Leurs lèvres étaient séparées par seulement quelques millimètres. Remus n'avait pas compris pourquoi cette bouche lui avait paru soudainement si attirante, magnétique comme un aimant, il avait l'impression que leurs deux bouches étaient reliées par un fil invisible trop tendu et qu'il fallait relâcher cette tension sans tarder.

L'incroyable s'était produit. Il s'étaient embrassés, et Remus avait ressenti une impression de plénitude, comme s'il avait enfin trouvé la source unique où étancher sa soif et sa peine, celle qu'il avait toujours recherchée, une source froide et brûlante à la fois : Severus Snape.

Quant au taciturne Serpentard, il avait trouvé une oasis de gentillesse, un havre de paix en ce loup-garou qui semblait même sous forme humaine être entouré d'une fourrure chaude et réconfortante, et ses yeux dorés une liqueur d'oubli pareille aux boissons féeriques, celles qu'on boit dans les coquilles blanches des fleurs et qui vous rendent heureux d'être seulement en vie.

Un amour profond et réciproque les unissait, et pour la première fois de son existence Severus ressentait cette douceur d'être aimé, d'être entouré d'affection, lui qu'on avait laissé à l'abandon pendant des années, alors même qu'il était une de ces petites choses fragiles qu'on aime, qu'on protège, un enfant.

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Quand il avait pris Remus dans ses bras, après que ce dernier soit venu lui avouer qu'il était au désespoir depuis qu'il était sans lettres de lui, le loup avait affirmé ne plus vouloir le quitter. Fort de cette nouvelle protection, Severus avait alors plaqué sa bouche contre la sienne, et après un fol baiser, ils avaient entrepris… hé bien, de consommer leur chocolat.

Le Maître des Potions fit mitonner avec amour son loup-garou, ne se lassant pas de le toucher et de le goûter. On aurait dit que le pauvre Lupin, sous la flamme du regard ténébreux, du contact de la peau pâle et des caresses de ses longues mains, était sur le point de fondre de bonheur.

Sentant l'homme chéri s'agripper à lui de plus en plus avidement, l'embrasser de plus en plus passionnément et profondément, le désir de le posséder entièrement, douloureux et extatique, se fit de plus en plus violent en lui. Cela faisait si longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus… Qu'il n'avait pu le sentir ainsi nu contre lui, parcourir sa peau claire et sucrée, être envahi par sa voix si particulière, grave et douce à la fois, de sa respiration, dans son cou, ses cils, contre ses joues, et plonger dans ses beaux yeux brillants d'amour, si intenses qu'il lui semblaient son âme même…

Lorsque les deux amoureux se complétèrent avec une frénésie que Phinéas Nigellus aurait jugée tout à fait indécente, il fut heureux que le directeur ait monté sa musique très fort.

Ma foi, je n'en dirai pas plus.

Ce fut ainsi que se termina la diète du grand Maître des Potions de Poudlard, tandis qu'Albus Dumbledore dansait sur du Vivaldi dans son bureau, rendu euphorique par son quasi jeûne.

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- Ainsi ton régime a été mené à terme , s'étonna le portrait en arborant un air sceptique. Je dois t'avouer que j'avais fini par croire qu'en te gavant de miel comme Démocrite, tu poursuivais le secret but de ressembler au dieu des anciens sages, « tout rond et joyeux ».

- Cher Phinéas, en vérité ma gaieté n'est pas seulement l'expression de ma légèreté retrouvée comme tu le vois. Je suis également très heureux pour un de mes professeurs, qui peut à présent goûter toutes les joies du lien humain.

- Bien sûr, entre nez crochus, on se comprend… Oui, je me rappelle de toi, quand tu n'étais encore qu'un étudiant, et que tu venais suivre mes cours – je n'étais pas encore directeur, à cette époque. C'était en quelle année ? Hum… vers la fin de la décennie 1860 sans doute.

- Tes précisions chronologiques ne me heurtent pas, sois en rassuré, sourit Dumbledore en s'asseyant dans son fauteuil.

- Un grand garçon plutôt mince, aux cheveux châtains et aux yeux pétillants… Quel dommage que son nez fut si busqué et proéminent. Il avait cependant si bon caractère qu'il était apprécié par nombre de ses camarades : son naturel communicatif masquait d'une nuée de sornettes cet appendice d'une vérité plus criante. Et pourtant, au fond, qui peut affirmer qu'il ne souffrait pas de ce nez, derrière sa jovialité à toute épreuve ? Que cette disgrâce ne l'empêcha pas de franchir le pas avec les jeunes filles que convoitaient ses désirs de jeune homme dans la fleur de l'âge ?

- Voyons Phinéas, répondit le vieux sorcier en revêtant ses bésicles d'or, ce n'est pas parce que tu étais la coqueluche de la moitié de tes élèves que tu dois te moquer de quelqu'un qui était moins favorisé par la nature.

- Dois-je t'inclure dans cette moitié ?

- Pourquoi donc ?

- Tu me regardais beaucoup, en cours…

- Je ne comprends pas ce que tu entends par là, Phinéas.

- Ah oui ? Akousantes kôphoisin éoikasi. Phatis autoisin marturei : pareontas apeinai – « Ayant écouté, ils ressemblent à des sourds ; le dicton, pour eux, témoigne : présents, ils sont absents », soupira Phinéas Nigellus avant de se rendormir dans son cadre.

- « Pithèkôn ho kallistos aischros », répliqua paisiblement Albus Dumbledore.

Il piocha dans un tiroir son premier bonbon au citron depuis longtemps.

FIN

« Des singes, le plus beau est laid. »

(fragments d'Héraclite d'Ephèse – celui de Phinéas est tronqué).

L'auteur : ça y'est, c'est terminé… Désolée d'avoir embarqué Platon et Héraclite avec moi dans cette histoire, mais c'était à des fins comiques et d'ambiance (le côté Moyen-âge/Renaissance du monde sorcier), le discours sur le désir présent dans mon histoire n'étant pas des plus organisés. Une grosse fantaisie quoi ;)

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