Titre: Smitty le Basilic.

Auteur: Lychee

Source: les cinq premiers tomes de HP.

Disclaimer: excepté Smitty lui-même, tous les personnages de cette fanfiction appartiennent à J.K.R. où à sa maison d'édition, je sais pas… En tous cas pas à moi, et c'est là que c'est terrible… Enfin bon! Je promets de les rendre, sinon intacts, du moins en bonne santé physique.

Rating: R, pour raison de relation très proche entre *petit sourire satisfait* Snape et Harry. Merci qui? Merci Smitty!

Smitty le Basilic

ou Histoire de la tuyauterie de Poudlard.

SSSSsssssSSSrrrrrrriiiiisssssssssaaaaaaaarrrrrrrrrrrrraaaaaaaaathhhhhhhh –

Oh. Pardon.

J'oubliais que vous ne pratiquiez pas le Fourchelangue. Il faut m'excuser. Je sors d'une intéressante conversation avec Harry, à propos de cette curieuse habitude qu'on les humains de porter des vêtements. Etrange. On est tellement mieux… au naturel, dirais-je? Mais enfin… vous êtes des humains, vous aussi. Impossible de vous expliquer la sensation des écailles qui se frottent contre un pavé rugueux… Harry lui-même a déjà du mal.

Je recommence, donc. En humain.

Oh, oui, je parle humain. C'est tellement plus pratique. Vous ne pouvez imaginer la nullité des humains à apprendre les langues animales – sans vouloir vous vexer. Hermione et Ron parviennent à peine à crachouiller un "Bonjour" sifflotant. Il a bien fallu faire quelque chose. J'ai donc appris l'humain. C'est amusant, au fond.

Je recommence. Pour de bon, cette fois – Harry prétend que je m'égare souvent en bavardages futiles. C'est faux. Simplement certaines informations sont essentielles à –

D'accord, d'accord.

Je me nomme Smissssirrrrrrrrrssssaaaaââlll – ce qui signifie en Fourchelangue plus ou moins "Prince des Ténèbres aux Etincelantes Ecailles". Harry prétend qu'on peut aussi le traduire par "Infernal Bestiole à la Curiosité Insatiable". N'importe quoi. Qui est l'expert, à la fin, lui ou moi?

Bien entendu, pour leurs pauvres petites langues empâtées, mon sublime nom est aisément écorchable. Vous ne pouvez imaginer les horreurs qu'ils m'ont sorties. Malgré mon sang-froid, j'en tremble encore.

Il fut donc vite abrégé en "Smith". Puis Ron eut un jour la bonne idée de m'appeler "Smitty". Merci, Ron. Merci beaucoup. Quand ils virent à quel point ce surnom me hérissait les écailles, je fut foutu. Et demeurait Smitty.

Passons.

Je suis un Basilic de cinq ans. Pour être exact, le fils de celui que tua Harry dans sa seconde année à Poudlard.

Il faut que je m'explique.

Sans entrer en détails dans le cycle de vie du Basilic, sachez seulement que celui-ci est l'un des rares animaux magiques à posséder une reproduction asexuée. Il n'y a pas de mâle ou de femelle chez les Basilics. L'adulte donne simplement naissance, en de rares occasions de sa vie, à des individus semblables à lui-même – ce qui donne bien entendu lieux à toute une histoire concernant l'amélioration de l'espèce et patati et patata, mais, soit dit entre nous, donnez quelques tunnels ou tuyaux à un Basilic, quelques rats à manger, et il survivra très bien. Pardon? Ho, cette ridicule histoire d'œufs de poulets couvés par je-ne-sais-quoi? Non, non, il n'y a rien de vrai là-dedans. Une faribole inventée par un sorcier en manque de notoriété – ou une blague stupide, je ne sais plus. Revenons à nos Basilics. L'une de ces occasions – la dernière de tout Basilic – est sa mort. Le corps inerte du parent libère au bout de quelques heures – s'il n'est pas dérangé – un nouveau Basilic. Attention! Il n'y a rien de comparable avec ces stupides phœnix. Le phœnix renaît lui-même de ses propres cendres – ce qui entre nous est pitoyablement gnangnan, vous ne trouvez pas? Le Basilic qui apparaît est différent de son géniteur, sinon physiquement, du moins mentalement. C'est un bébé.

Le Basilic n'atteint sa forme adulte – aux alentours de trente mètres de longs – que vers ses 150 ans. Je mesure actuellement un peu plus d'un mètre. Ce qui constitue un véritable calvaire pour me déplacer dans la tuyauterie de cette école. Mon "père", avec son corps gigantesque, n'avait aucun problème à se promener dans ce labyrinthe en trois dimensions. Je dois constamment faire attention à ne pas tomber dans un tuyau d'où je ne pourrais plus remonter. C'est assez humiliant.

C'est lors d'un de ces incidents que j'ai rencontré mes trois… hum… "connaissances humaines". Il y a un peu moins d'un an, un peu endormi par une active digestion de rats gros comme des lapins, je calculai mal mon coup en débouchant d'un tuyau, et tombait dans un trou où n'aurait même pas pu passer mon "père". Je n'ai jamais aimé le toboggan de puis ce jour. Au bout de deux minutes de chute presque libre – et en plus ça tournait dans tous les sens! J'en suis encore malade… - je m'explosai mon pauvre nez contre le pavé rugueux et restait un moment sonné. Quelle ne fut pas ma panique, en explorant ensuite la pièce où j'étais arrivé, de me rendre compte que la seule sortie était à presque deux mètres du sol!

Il paraît que certains de mes cousins savent sauter – en Afrique, ou en Amérique du sud, je ne sais plus… Moi je ne sais pas. Après plusieurs heures de panique à constater ce fait, je restais prostré dans un coin, attendant la mort. Gênant quand on sait qu'un Basilic à jeun entre automatiquement en état d'hibernation. J'étais condamné à dormir pour l'éternité au fond de la plomberie d'un bâtiment dont j'ignorais à cette époque même le rôle et le nom.

Il me fallut un moment pour percevoir les légers sons qui filtraient de derrière le mur. Non que mon ouïe fut défectueuse, mais j'étais trop occupé à me morfondre pour prêter attention à ce qui se passait autour de moi. Mais non. J'entendais bien des bruits. Des bruits indistincts, incompréhensibles, des bruits que je n'avais jamais entendus et que j'aurais pu prendre pour des couinements de rats s'ils n'avaient été si graves et si diversifiés. Ce fut ma première approche de la langue humaine, moi qui n'avais jamais quitté mes tuyaux. (Au fait, le Fourchelangue est une chose innée; chaque serpent la parle instinctivement dès sa naissance.)

Je fit la seule chose qu'il y avait à faire, pour aussi stupide qu'elle fut; j'appelai à l'aide. Mais les choses à l'origine de ces bruits ne semblèrent pas m'entendre – ou alors m'ignorèrent. Je criai pendant un temps infini, sans conséquences. Au bout d'un moment, si j'avais pu pleurer, j'aurais sans doute éclaté en sanglots – mais les serpents ne savant pas pleurer, et j'ignorais même ce que cela signifiait.

J'étais désespéré, et prêt à me mordre plutôt que de m'endormir pour un temps indéfini – car en hibernation, les Basilics rêvent, ou plutôt cauchemardent – quand une voix me répondit enfin, avec un ton plus qu'étonné.

~ Il y a quelqu'un?

Suffoqué de surprise et de soulagement, je restais tout d'abord incapable de siffler.

~ Il y a quelqu'un? répéta la voix. J'ai entendu appeler à l'aide.

~ Oui! m'exclamai-je en oubliant toute dignité. Je suis là! Je suis coincé dans une salle juste derrière le mur…

Il y eut de nouveau les bruits bizarres que j'entendais un peu plus tôt, puis la voix reprit.

~ Qui êtes vous? Quel genre de serpent?

~ Je ne suis pas un serpent! protestai-je avec indignation. Je suis un Basilic. Je me nomme Smissssirrrrrrrrrssssaaaaââlll, et mes écailles protégeront votre corps à tout jamais si vous me tirez d'ici, ajoutai-je avec toute ma civilité basilicienne.

De nouveau ces étranges bruits, un peu plus brusques.

~ Vous mentez. Le dernier Basilic de cette Ecole est mort il y a quatre ans.

Je restai sans voix. Accuser un Basilic de mensonge est une grave chose – non que les Basilics ne mentent jamais, au contraire, mais ils considèrent ce genre d'accusation comme un manque de politesse impardonnable. Je prit ma voix la plus furieuse, toute dignité oubliée.

~ Je suis son fils, bougre d'imbécile! Qui es-tu pour oublier que les Basilics engendrent un descendant quelques heures après leur mort?

~ Je suis un humain. Je me nomme Harry Potter. Dites-vous la vérité?

Un humain. Quelques vagues images traversèrent mon esprit, résidus de la mémoire de mon "père". Des peaux hideusement nues. Deux "pattes". Deux autres "pattes" qui ne leur servent même pas à marcher. Mouich. Un peu comme des rats, mais en moins appétissants.

(Je sais que je rapporte tout aux rats dans ce passage. Mais songez à mes relations sociales alors peu développées et comprenez-moi.)

~ Vous êtes toujours là?

Je ne sursautai pas – les Basilics ne sursautent pas, voyons – mais répondait:

~ Oui. Dis-moi, "Harry Potter", comment un… être tel que toi (J'allais dire un animal) peut-il me comprendre?

~ C'est une longue histoire. Vous êtes le fils du Basilic mort il y a quelques années, alors?

~ Je te l'ai déjà dit! Vas-tu me sortir de là?

Un silence.

~ Et bien?!

~ C'est que… et bien… Votre père a essayé de me tuer, il y a quatre ans. Après avoir semé la panique dans l'Ecole. Alors je ne sais pas si…

Calme, calme, rester calme.

~ Qu'est-ce qu'une "Ecole?" demandai-je calmement pour me donner le temps de réfléchir.

~ Oh! C'est un endroit où les jeunes humains apprennent.

~ Apprennent quoi?

~ Et bien… Ce que savent les humains plus âgés.

~ Et ça leur sert à quoi, si les autres humains le savent déjà? Ils n'ont qu'à demander?

~ Heu...

Complètement stupide. Par chance, j'étais tombé sur une race inférieure.

Je pris ma voix la plus séduisante.

~ Que crains-tu, Harry Potter? Que je te saute à la gorge quand tu me libèrera? Que je sème également la panique dans ton "Ecole"? Si je l'avais voulu, je l'aurais fait depuis longtemps, non?

Je l'aurais fait si j'avais su où j'étais réellement. Je dardai une langue satisfaite. Un lieu grouillant de petits humains… Il devait bien y avoir une sortie à ces tuyaux quelque part.

De nouveau ces bruits étranges. Je commençais à penser qu'il pouvait s'agir d'une sorte de communication primitive entre ces humains.

~ Le problème, reprit la voix, est que si vous me regardez dans les yeux je mourrai.

Ah, oui, c'était vrai.

~ Il fait noir, soupirai-je.

~ Il faut que je vous voie pour vous sortir de là! Au fait, pourquoi ne pouvez-vous pas sortir?

~ C'est trop haut pour moi, sifflai-je. Il y a au moins deux mètres.

Un silence.

~ Quelle taille faites-vous?

~ Un mètre tout au plus, je pense. Vas-tu songer à me tirer de là?

Un autre silence.

~ J'arrive.

Puis plus rien.

J'attendis encore un long moment avant d'entendre un bruit au-dessus de ma tête. Puis une chose émergea d'un tuyau horizontal – celui-là même que je ne pouvais atteindre. C'était une tête – mais une drôle de tête, à la face aplatie, et aux plus grands yeux que tous ceux que j'avais jamais pu voir. De drôles d'yeux miroitants qui ne se tournèrent pas vers moi.

~ Voudriez-vous éviter de me regarder, le temps que je descende? haleta la voix.

~ Mais bien sûr.

Pas fou. Cette chose était le seul moyen de me tirer d'ici. Je pourrai toujours le tuer et goûter de l'humain après m'être sorti de ce guêpier.

Un gros "Boum!" derrière moi.

~ Vous voulez bien fermer les yeux le temps que je vous tire de là?

Je soupirai et m'exécutai.

~ Je regarde, alors.

Un silence. Puis:

~ Mais vous êtes tout petit!

Je sifflai de façon menaçante, gardant mes yeux fermés.

~ J'ai tout juste quatre ans!

~ Excusez-moi. Hum – heu – je vais vous prendre dans mes bras.

"Bras". Ah, d'accord. Les pattes qui ne lui servent pas à marcher. Assez utile, dans le fond.

Quelque chose me saisit et je poussai un couinement épouvanté en quittant le sol, manquant ouvrir les yeux et me rattrapant à temps.

~ Est-ce que vous voulez bien vous enrouler… ici…

J'obéis et resserrai étroitement mes anneaux autour d'un truc étrangement tiède.

~ Eeerk – pas trop fort, s'il vous plaît…

Le cou de la bestiole? Pourquoi ce truc était-il tiède, comme ça?

Je demandai.

~ Pourquoi es-tu chaud?

~ C'est comme ça. Je n'ai pas d'écailles. C'est ma peau.

~ Amusant.

Un mouvement à donner le mal de mer au ragondin le plus accroché m'interrompit.

~ Qu'est – qu'est-ce qui se passe?!

~ Il va falloir que je repasse par le tuyau. Vous vous accrochez bien?

La descente avait été horrible. La remontée m'envoya au bord de la mort.

Quand tout s'immobilisa et que la voix m'annonça qu'on était arrivé, je faillis ouvrir les yeux. Un truc chaud se posa brutalement sur ma tête et instinctivement, j'allais mordre quand:

~ Non! C'est moi. N'oubliez pas que si vous ouvrez les yeux nous mourrons!

Je sursautai quand les bruits bizarres de tout à l'heure retentirent juste à côté de mon oreille droite. Horrible.

~ Nous? demandai-je, un peu paniqué. Où m'as-tu emmené?

~ Vous pouvez regarder. Mais refermez les yeux ensuite.

Je m'exécutai et aperçu pour la première fois mon sauveur. Et ses deux amis. Et ce qui était leur Salle Commune.

Et tout cela était tellement intéressant que je décidai de ne pas les tuer tout de suite. Suis-je magnanime, hein?

Voilà comment j'ai rencontré Harry, Hermione et Ron.

Je découvris rapidement que, bien que n'étant pas avantagés par la nature, les humains étaient incroyablement débrouillards. Notamment grâce à ce qu'ils appelaient leurs 'mains'. Les rats avaient encore beaucoup à apprendre.

Je découvris également la plus merveilleuse chose qu'il m'ait jamais été donné de rencontrer: le lait concentré vanillé. Je conçus à son égard une passion qui me décida finalement à accepter la présence de ces trois êtres aussi longtemps qu'ils pourraient m'en fournir.

Mon étude du monde humain commença.

Elle serait trop longue et trop fournie pour vous la conter. J'allais d'étonnement en étonnement. Certaines choses me semblaient incompréhensibles – jusqu'au jour où je me rendais compte qu'elles étaient parfaitement justifiées par le mode de pensée des humains. Mode de pensée que je commençais à appréhender, malgré tout.

Un exemple tout bête: une porte. Quoi de plus compliqué qu'une porte. Une porte = un lourd battant de bois qui s'abîme, peut vous coincer les doigts + des gonds qui peuvent rouiller et se mettre grincer la nuit + une poignée qui se casse bien plus souvent qu'elle ne devrait être autorisée à le faire et où un imbécile a toujours déposé de la colle, ou de la confiture + une serrure ouverte quand on voudrait qu'elle soit fermée et fermée quand on voudrait qu'elle soit ouverte, qui se casse, se bouche, dont on perd la clé… Tout ça pour quoi? Pour l'ouvrir quand on veut passer dans une pièce, et la refermer derrière soit. Ce n'est qu'en comprenant la notion d'intimité, bien plus tard, que je compris l'utilité de la porte.

Harry m'avait installé dans une pièce des cachots, où débouchait l'un des tuyaux qui me permettait de retourner me nourrir de temps en temps. Petit à petit, nous eûmes de longues discussions, où lui me parlait du monde humain en général – j'avais parfois du mal à le croire – du monde sorcier en plus particulier, de Poudlard, et de sa rencontre avec mon père. Ce n'est que plus tard, quand je pus communiquer avec Ron et Hermione, que j'appris qui il était vraiment.

L'étude de l'anglais me causa un autre sujet de perplexité: pourquoi les humains parlaient-ils plusieurs langues? J'en déduisis qu'ils aimaient simplement se compliquer la vie. Ce ne fus que quand je me lançai ensuite dans le grec, le latin, le français et le russe que je découvrit le charme des intonations et de la complexité des accords. Mais ceci est une autre histoire.

J'appris donc l'anglais. J'appris l'histoire. J'appris la géographie. Hermione, folle de joie, m'apportait des rayonnages entiers de la bibliothèque. Elle me parla de quelques sciences moldues bien compliquées qui ne m'intéressèrent guère. Ron me traîna dans son sac à quelques cours de Métamorphose sans provoquer mon enthousiasme. Non, moi, ce qui me fascinait, c'était le comportement des humains en lui-même.

Mais…

Vous devez vous demander comment tout cela était possible malgré mon regard "foudroyant". Ils me mirent des lunettes de soleil. Parfaitement. Je fus sans doutes le premier Basilic à porter des lunettes de soleil sur mesure – ajustées par Hermione. Ce qui ne me gênait pas vraiment, habitué comme je l'étais à l'obscurité des canalisations.

Hermione me dit toujours que je lui faisait penser à un autre "Smith" d'un film américain, avec des lunettes de soleil. Je lui ai demandé de m'expliquer le principe d'un film. Il apparaît que c'est une forme de divertissement humain. Personnellement, je préfère une bonne sieste avec une souris et un bol de lait concentré dans le ventre. Question de goût, je suppose.

Armé de mes lunettes de soleil, trimballé dans les sacs de mes trois… presque "amis", je suppose, je me mis donc à observer.

Les humains se divisent distinctement en deux groupes: les mâles et les femelles.

Hermione m'a dit que c'était une distinction arbitraire. Mais je maintiens: on pourrait presque en faire deux espèces à part entière. Les mâles – les garçons, puisque nous sommes dans une école – sont en général plus costauds. Les filles, comme je l'ai constaté, plus raisonnables. (Ron me dit que je raconte des âneries. Mais mon point de vue ne peut être qu'objectif, n'est-ce pas?) Ils forment deux groupes à part. Le plus fascinant demeure cependant les interactions entre ces deux groupes.

Il m'a fallu pas mal de temps pour comprendre. Pourquoi ces deux sous-espèces avaient-elles tant de mal à communiquer? Je décidai de tout d'abord m'en ouvrir à Ron.

Ron m'amuse – mais je ne le montre pas, bien sur; un Basilic est un tueur respectable qui ne s'amuse pas. Il est le plus… typiquement humain, je dirais.

- Ron, fis-je un beau matin où nous nous traînions au soleil sur l'herbe, pourquoi y a-t-il des garçons et des filles?

Il me regarda encore plus stupidement que d'habitude.

- Je répète, repris-je, pourquoi –

- J'ai entendu. Tu as d'autres questions tordues, comme ça?

- Pourquoi tordues? demandai-je. Moi je ne comprends pas, c'est tout.

Il grommela quelque chose comme "Moi non plus!" puis fronça les sourcils.

- Les humains ont besoin de garçons et de filles pour se reproduire, dit-il enfin.

- Comme les rats?

- Va te faire foutre avec tes rats. Oui, comme les rats.

- C'est tout?

- C'est tout.

- Ah.

Je restai un moment silencieux.

- A part ça, c'est quoi la différence? Pourquoi ça marche pas entre deux garçons? Ou de filles? Comment on sait si on est un garçon ou une fille? Et comment ça marche?

Il roula sur l'herbe avec un grognement exaspéré.

- Les garçons et les filles ne sont pas construits pareil. T'as jamais vu ça, sur tes rats?

- Non. Je les mangeais. Comment ça marche?

Il devint rouge comme ses cheveux.

- Tu demanderas à Hermione.

- Pourquoi? Tu ne sais pas?

- Si mais… Merde, je suis en train d'expliquer la sexualité à un Basilic… En fait… Planque-toi!

Je me glissai rapidement dans son sac en maudissant les bandes de garçons – justement – qui s'approchait.

- Au faut, Ron, qu'est-ce que ça veut dire "Va te faire foutre"? soufflai-je.

- Oh, shit! gémit-il.

J'allai ensuite voir Hermione. Ce qui fut beaucoup plus constructif.

- Hermione, j'ai quelques petits trucs à te demander.

- Bien sûr! répondit-elle, ravie.

Hermione est un puits de science. Je l'admire beaucoup pour ses connaissances. Elle peut vous sortir le nom des 47 derniers directeurs de Poudlard en commençant par la fin et en sautant un nom sur trois en vingt secondes si vous lui demandez. Mais elle est moins drôle que les deux garçons. Ah oui, c'est une fille.

- Ron n'a pas été très clair. Tu peux m'expliquer les différences entre garçons et filles et me dire comment ça marche?

Je crus qu'elle allait exploser, mais elle se reprit et m'expliqua calmement, et même franchement amusée.

Je finis par plus ou moins comprendre.

- D'accord pour le mécanisme, même si je trouve injuste que ce soit les filles uniquement qui portent la portée.

- A qui le dis-tu, sourit-elle.

- Mais le choix du partenaire? Vous faites ça au hasard? Pour les rats ça va trop vite pour que je puisse comprendre alors…

- Là, tu touches à la grande question philosophique qu'on appelle "l'amour", soupira-t-elle.

Je me réinstallai sur le tapis, intéressé.

- Très bien. A la base, il y a une histoire de phéromones et de survie de l'espèce. On prend le meilleur pour que nos enfants soient les meilleurs.

- C'est compréhensible.

- Oui. Et puis les humains ont commencé à s'installer en couples.

- En couples… les mêmes couples que ceux qui fricotent je ne sais quoi dans les coins, là? Qu'est-ce qu'ils font, au fait?

- Une chose à la fois. Un couple regroupe donc généralement un homme et une femme, qui vont fonder ce qui s'appelle une famille, et avoir des enfants.

- Pourquoi 'généralement'?

- Parce que certaines personnes ne trouveront jamais de partenaire et ne fonderont pas de famille.

- Pas d'enfants, alors?

- Heu, non. J'ai pas dit ça. C'est là que ça devient compliqué. Deux individus peuvent parfaitement avoir une relation sans –

- Sans être en couple?

- Non. Enfin si. Mais surtout sans avoir d'enfants.

- Comprends pas. Le but est bien d'avoir des descendants, non?

- Pas toujours. (Elle rougit un peu.) En fait, l'acte est plutôt agréable et il arrive – non, c'est la majeure partie des cas – qu'on le fasse juste pour le plaisir.

Je restai dubitatif.

- Certaines personnes, continua-t-elle, préfèreront passer leur vie à se trouver des – ou même un – partenaires pour le plaisir, et non à avoir des enfants.

Je grattai distraitement mes lunettes de soleil contre le pied d'une chaise. Elles commençaient à être trop petites.

- C'est compliqué.

- Je n'ai jamais dit le contraire.

- Et ce bidule que tu appelles "l'amour", dans tout ça?

- Ca, c'est ce que tu es sensé ressentir pour la personne avec qui tu partage ta vie. Comment t'expliquer… Imagine que tu veuilles des enfants. Non, pas en tant que Basilic, en tant qu'humain. Ces enfants, tu peux pas les faire tout seul. Il te faut quelqu'un d'autre. Ce quelqu'un, tu vas sûrement devoir partager des tonnes de choses avec lui et –

- Tu peux pas juste le faire et t'en aller?

- Mais non! Enfin si y'en a qui font ça mais… Je te parle en général! Donc cette personne, tu as intérêt à bien l'aimer! Et même à l'aimer plus que tout et à vouloir passer ta vie avec lui.

- Donc pour aimer quelqu'un, il faut vouloir des enfants?

- NAON! Flûte… Parfois c'est l'inverse. Tu… merde. Bon. En fait, tomber amoureux de quelqu'un, c'est avoir envie de passer ta vie avec lui, de… Ca ne s'explique pas!

- Ca a pas l'air rigolo. Je veux dire, moi j'aimerais passer ma vie avec mon écuelle de lait concentré et mon élevage de rats, mais je risque de m'ennuyer, quoi.

- On ne tombe pas amoureux d'une écuelle de lait!

- Ah bon? Pourquoi?

- Mais – je – tu ne peux pas – enfin –

- Je peux pas quoi?

- Tu ne peux pas – je – faire 'ça' avec une écuelle de lait!

- Aaaaaaah…

Je compris.

- C'est si agréable que ça?

Là, elle rougit encore plus.

- Il paraît, marmonna-t-elle.

- Tu ne t'es pas encore reproduite? demandai-je avec curiosité.

- NON! Smitty… C'est vers l'adolescence qu'on – que les humains – commencent à… avoir envie de… bref. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils agissent souvent comme des idiots, ajouta-t-elle avec plus d'assurance.

L'explication du comportement ridicule de l'espèce 'garçon' m'apparut alors dans toute sa simplicité.

- Tu veux dire… Tout ça c'est un genre de parade nuptiale ou un truc comme ça?

- Si tu veux.

- Mon dieu mon dieu, que tout cela est compliqué. Et les couples qui fricotent dans les coins, ils font quoi? Enfin je sais pas, ça se fait en public, ça?

- Non. Ils – ils s'embrassent, ils se caressent. Ils sont heureux d'être ensemble. Ils sont amoureux, quoi.

Elle eut l'air un peu énervée.

- Mais parfois ce sont deux garçons ou deux filles. Pourquoi?

- Certaines personnes préfèrent faire 'ça' avec une personne du même sexe.

- Mais ils ne peuvent pas se repro –

- Pour le plaisir.

- D'accord.

Je songeai un peu.

- Alors en fait, c'est bien, d'être amoureux?

- Si l'autre l'est aussi, oui.

- Pourquoi l'autre ne le serait pas?

- Parce que tu ne l'intéresses pas.

Ah.

- Ca, ça doit être triste.

Pas de réponse.

- Tu l'es, amoureuse?

- ……………… oui.

- D'un gars ou d'une fille?

Elle roula des yeux.

- Un gars.

- Mais pas lui?

- Non.

- C'est qui?

- Ron.

- Tu vas lui dire?

- Non.

- Pourquoi?

- Parce qu'il sera atrocement gêné et qu'il ne me parlera plus.

Grand Serpent, que ces humains étaient compliqués.

- Je te remrcie, Hermione.

- Je t'en prie.

Elle avait l'air très triste.

Il ne restait plus que Harry.

A suivre.