Smitty le Basilic.

Chapitre IV.

Bien sûr aucun ban ne fut publier pour annoncer la nouvelle… Après tout, Harry était un élève et Snape un professeur, Harry était le Survivant et Snape un ancien Mangemort, Harry avait 17 ans et Snape 41, Harry était un "foutu morveux" et Snape un "damné bâtard", Harry était un homme et Snape était un homme, Harry voulait de la tranquillité et Snape voulait de la tranquillité.

Il fallut bien cependant en mettre certains au courant.

Ron et Hermione, par exemple.

- Harry… heu… Est-ce qu'on peut parler un moment?

Harry reposa son livre avec un regard curieux. Je dardai une langue paresseuse, lové sur ses genoux.

- Voilà… commença Hermione en s'asseyant dans le fauteuil en face de nous et en échangeant un regard incertain avec Ron. D'abord… euh… on voulait s'excuser parce que… et bien…

- … on t'a un peu laissé en plan ces derniers temps, compléta le rouquin.

- C'est vrai, fut le seul commentaire tranquille de Harry.

Les deux tourtereaux piquèrent un fard.

- Mais je ne vous en veux pas, ajouta-t-il avec un sourire.

Les deux tourtereaux poussèrent un soupir soulagé.

- Enfin je ne vous en veux plus, ajouta mon ami sans pitié.

Les deux tourtereaux se tortillèrent, gênés.

- Harry…

- On oublie tout ça, coupa-t-il d'un air sérieux, si vous nous remerciez, Smitty et moi, de vous avoir mis ensemble.

- QUOI?!

- Ben oui, lançai-je nonchalamment, vous étiez tellement empotés tous les deux… Yeeeerk!

Ron finit par me relâcher à contre cœur, pendant que Hermione ouvrait des yeux indignés.

- Le coup des journaux… c'était vous?!

- Y'avait Ginny, aussi, remarquai-je.

- … Mais pour Goyle…

- Ca c'est Justin, sourit Harry.

Leur tête était trop trop forte.

- Arrêtez de râler, sans nous vous y seriez encore! terminai-je par lancer, énervé.

Ils le reconnurent et grommelèrent un "merci".

- Autre chose? lança Harry.

- Euh… oui. Tu…

- Enfin tu…

- Tu traîne avec Malefoy, non? lâcha enfin Ron comme on lâche une obscénité.

- Moui.

Silence choqué.

- C'est Smitty qui m'y a poussé, expliqua Harry en feuilletant son livre. En fait, il gagne vraiment à être connu…

Les deux autres firent la grimace. Ron tordit sa bouche dans un effort intense.

- Vous n'êtes pas ensemble, rassure-moi? lâcha-t-il tout à trac.

- Hein? Oh, non! Mais méfie-toi pour Ginny...

Soupirs rassurés, reniflement de Ron.

- Moi, je me suis mis avec Snape, les informa gentiment Harry.

Trois jours à l'infirmerie pour crise de nerf.

- En plus ils délirent, expliqua Mme Pomfresh à Dumbledore. Je ne sais pas ce que leur a fait le Pr Snape pour qu'ils lui en veuillent comme ça, au point de le menacer des pires tortures…

Harry, lui, va depuis très très bien.

~ C'est toi qui as manigancé tout ça, hein? me demanda-t-il quelques semaines plus tard.

~ De quoaaaaaa?

~ Oh, tu sais très bien de quoi je parle! Avoue.

~ Ok. J'avoue.

~ Comment tu t'y es pris?

~ Et bien, après avoir lu ton journal –

~ Tu as lu mon journal?!

~ C'était très instructif. Entre parenthèses, c'est la faute de Ginny, sans elle je n'aurais su pas ce que c'était. Donc après avoir lu ton journal, j'en ai discuté par sous-entendus avec Dumbledore –

~ Quoi?!

~ Si tu m'interromps tout le temps, j'ai pas terminé. J'en ai donc discuté avec Dumbledore – oh et puis il y a eu le coup du "Sexssssssy Ssseverusssssss" avant, mais ça j'ai fait tout seul – et donc avec Dumbledore on a forcé Snape à faire face au Miroir du Rised, et avec un sort super on a pu voir ce que Snape avait vu –

~ C'était quoi?

~ Réfléchis.

~ Je sais pas…

~ Sûrement un truc qu'il aime bien que tu lui fasses.

~ Awk!

~ Exactement. Et après, avec Draco –

~ Mais c'est une coalition!

~ Bien sûr. Avec Draco on a volé du Filtre des Bacchantes, et je t'en ai injecté en te mordant, tu te rappelles? J'avais fait pareil à Snape juste avant, a peu près… et voilà.

~ Et voilà.

~ Ca s'est bien terminé.

~ Oui.

~ Tu avais l'air content.

~ Mmmmmh… oui. Quoi?! Tu étais là?!

~ Qui, moi? Noooooon.

~ Smitty.

~ Ok. Et alors? Je suis parti avant la fin! Aaaaaaaargh-c'est-comme-ça-que-tu-me-re-mer-cies?!

~ Pardon, fit-il en me lâchant.

~ Humph. C'est une manie…

Nous restâmes un moment silencieux, moi sirotant mon lait, lui perdu dans des pensées peu difficiles à deviner.

~ Dumbledore avait peur de sa réaction, après, laissai-je soudain tomber.

~ Il avait raison.

Je me tournai vers lui, curieux.

~ Qu'est-ce qui s'est passé?

~ Il a voulut faire comme si ce n'était qu'un accident sans suites.

~ Et alors?

~ Je l'ai convaincu du contraire Et tu n'auras pas de détails, petit serpent libidineux.

Je grognai et me ré-enroulai.

~ Pfffff… vous, les humains.

~ Quoi?

~ Même pas drôle.

Et voilà.

Harry est avec Snape, Hermione est avec Ron, Draco et Ginny s'entendent très bien, et tout le monde est heureux. Il n'y a que moi pour déprimer un peu… overdose de lait vanillé, sûrement.

Je m'ennuie.

Hier Snape m'a enfin refilé mes lunettes et mes verres de contact. Le seul problème c'est que ces derniers sont trop grands pour mes petits yeux. Enfin les lunettes sont plus jolies, et maintenant on peut apercevoir mon velouté regard écarlate… qui fait encore plus fuir les Elfes glapissants.

Miss Teigne a disparu… hin hin hin…

Je m'ennuie.

Je veux être un Anthropomagus.

Je veux des gens à caser.

J'm'ennuie.

A Poudlard, le 23 Avril 20**

Smissssirrrrrrrrrssssaaaaââlll, Prince des Ténèbres aux Etincelantes Ecailles.

(Ainsi se clôt le Manuscrit intitulé Smitty le Basilic ou Mémoires d'un Entremetteur à Poudlard.)

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

Harry entendit un sifflement satisfait et leva les yeux. A côté de lui, sur la table de la Salle Commune de Gryffondor, un Basilic étirait longuement son corps souple tandis qu'une Plume à Papote retombait avec un "pock!" à côté d'un parchemin…

~ Tu as terminé?

Le Basilic tourna sa tête lunettée vers lui, et cligna de l'œil.

~ Ouip.

~ Je peux lire?

~ Si ça t'amuse. Moi je vais me coucher.

Et avec ça, Smitty le Basilic glissa de la table et s'enfonça dans une fente du mur.

Harry le suivit du regard, songeur. Smitty était inhabituellement laconique, ces temps-ci. Pourtant, Hermione, Ron et lui-même, bien que… hem… chacun pris de son côté, avaient veillé à ne pas le laisser à part… Mais non. Smitty déprimait.

Il prit le manuscrit et attaqua la page 1. Il trouverait bien quelque chose là-dedans…

- Tu veux quoi?

- Je voudrais aider Smitty à devenir un Anthropomagus.

Severus eut un reniflement de dérision et retourna à ses… qu'est-ce que c'était d'ailleurs que ce truc? Peu importe.

- Quoi? protesta Harry.

- Si c'est le même mécanisme que pour devenir Animagus, c'est impossible d'aider quelqu'un, répliqua Severus d'un air exaspéré. C'est un pouvoir propre à chaque individu.

- Mon père et Sirius ont aidé Pettigrow à devenir Animagus! protesta Harry.

Il se dit après coup qu'il venait de lâcher une belle connerie. Même s'il en avait appris plus en trois semaines sur l'homme que durant les six années précédentes, il y avait toujours des sujets qui fâchaient. Les Maraudeurs et les Mangemorts, par exemple.

Le visage de l'homme se fit dur, mais il se contenta de secouer la tête.

- Ils lui ont expliqué ce qu'ils ressentaient, la façon dont il fallait se concentrer. Bien sûr, c'est plus facile de travailler à plusieurs. Mais tu ne peux pas te mettre dans la peau dans Basilic et lui expliquer ce qu'il faut ressentir!

Mais Harry n'entendit qu'une partie de l'argumentation.

- Mais oui! Je vais faire ça en même temps, marmonna-t-il.

- Ca quoi?

- Travailler à devenir un Animagus. Ca lui remontera peut-être le moral?

- Tu peux m'expliquer pourquoi tu tiens tant que ça à aider cette bestiole?

- Je lui dois beaucoup. (Et, comme le Maître des Potions haussait un sourcil, Harry sortit le manuscrit de son sac et le lui tendit.) Tiens. Tu le liras quand tu auras le temps… et ne me l'abîme pas.

Il sourit au regard noir de l'homme puis battit des mains.

- Entraîne-toi avec moi!

- Non.

- Sitepl

- Non.

- Je serai très très gentil? lança Harry d'un air innocent, se mordillant les lèvres.

Les lèvres de Severus Snape s'incurvèrent légèrement, mais il secoua la tête.

- Pourquoi?

- Ce n'est pas la peine de travailler sur ce qu'on connaît déjà.

Harry resta un moment la bouche ouverte.

- Ouah c'est cool! Montre-moi!

L'homme regarda autour de lui.

- Pas assez de place…

Harry était mort de curiosité.

- C'est quoi?! Oh dis-moi c'est quoi?!

- … peut-être que si, finalement, continua l'homme d'un air distrait.

Puis, sans prévenir, il se transforma en un ours sombre gigantesque et hurlant.

Quand Harry émergea de sous le bureau, son amant le regardait d'un air moqueur.

- Ouah.

- Mmmh…

- Ouh… c'est… depuis quand?

- Une vingtaine d'années. Au départ je voulais pouvoir me transformer pour… espionner plus facilement. Un petit animal utile, n'importe quoi…

Attention, sujet délicat. Rions, rions.

- C'est sûr que grizzly c'est vachement discret.

- J'en suis venu à la même conclusion. Ca ne me sert à rien, en fait.

- Moi je sais, fit Harry en se collant à lui, ronronnant. Ca va me tenir chaud l'hiver.

Severus l'observa un instant, puis prit un air choqué.

- Pervers!

- Quoi?! Mais non c'est pas… Ne te fous pas de moi!

Severus l'embrassa.

- Au fait, c'est quoi que tu découpes?

- Tu veux vraiment savoir?

- Non.

- L'enfoiréééééééééé!!!

Harry se réveilla en sursaut. A côté de lui, le grand amour de sa vie arrivait vers la fin du manuscrit. D'après l'air furieux qu'il affichait, Harry aurait pu dire précisément quelle partie. Peut-être même quelle ligne.

- Mmmmmh… Tu en es à "Ma cachette était un trou entre deux pierres du mur…" ou déjà à "Les mains se posèrent sur les sexes tendus, touchèrent, découvrirent, cajolèrent, arrachèrent des cris, des supplications."?

Severus lui répondit par un regard carrément incrédule.

- Premièrement, je n'en suis qu'à "les doigts plongés dans les cheveux noirs de Harry, qui était à genoux à ses pieds", deuxièmement, je vais tuer Albus et ton Basilic, troisièmement –  tu le connais par cœur?

Harry hocha la tête.

- J'aime beaucoup. Et puis ça me fait un sacré souvenir. Tu me donneras ton opinion quand tu arriveras à la fin, conclut-il en se re-nichant sous la couette.

- La fin? Pourquoi la fin? Qu'est-ce qu'il y a à la fin? Harry!

Ce matin-là, au cours du petit-déjeuner, on put noter une magnifique variation chromatique (blanche/rouge et verte) de la barbe du Directeur Albus Dumbledore, due à une cause inconnue, qui perdura une bonne semaine.

Smitty ne rigola même pas.

Harry décida qu'il était temps de se mettre au travail.

~ Tu vas faire quoi?

~ Je vais étudier pour devenir un Animagus. Ca me foutrait les boules que tu saches te transformer et pas moi.

Smitty agita joyeusement la queue.

~ J'aimerais bien que tu te transformes en serpent.

~ C'est pas trop mon genre… Plutôt Malefoy.

~ C'est vrai. Alors en quoi, à ton avis?

~ En abeille.

~ Hein?

~ Non, laisse tomber. Au fait, ton manuscrit a beaucoup plu…

~ Ah oui?

~ Se concentrer sur son côté animal… bla-bla-bla… oublier son mode de pensée humain… patati… parvenir à un mode de pensée personnel qui définira l'animal que vous deviendrez… donc Severus est un ours… assez vrai dans le fond, question comportement en société… bon… pour redevenir humain, refaire le processus inverse… hum… la transformation demande juste un moment de volonté précis dans le temps, lié à cet état d'esprit totalement naturel…

~ C'est un peu ridicule, ça veut dire que tu dois à la fois penser comme un animal et avoir un éclair de volonté humaine?

~ Ouais, je pige pas tout…

Silence. Concentration. Mme pince passe et jette un coup d'œil dubitatif au Basilic.

~ Hé, Harry?

~ Mmh?

~ Peut-être que mon problème... enfin… c'est qu'à la base je ne suis pas humain?

~ C'est-à-dire?

~ Peut-être que ce n'est pas une magie qui m'est adaptée?

~ Smitty, depuis que tu es arrivé et que tu assistes aux cours avec nous, pour peu que tu te donnes la peine, bien entendu, tu peux rabattre le caquet à n'importe quel professeur.

~ Hum…

~ Bon, allez, dodo.

- C'est difficilement explicable, M. Potter. C'est une magie qui demande du temps et de l'application.

"Passez donc vos NEWTs et lâchez un peu le Pr Snape et nous en reparlerons après", lançaient les yeux de Minerva MacGonagall.

Harry soupira.

- Ce n'est pas vraiment pour moi, expliqua-t-il, c'est pour Smitty. Pour l'encourager.

La femme le scruta puis s'assit en soupira.

- L'idée de M. Smith m'a d'abord parue excellente, fit-elle doucement, mais visiblement elle est inapplicable. Nous y avons travaillé tous les soirs pendant presque deux mois, sans un résultat positif. Je pense que quelque chose coince quelque part, c'est tout. Quelque chose de pas forcement surmontable.

- Smitty peut être aussi humain que vous ou moi!

- Peut-être, mais il ne l'est pas entièrement, M. Potter.

Harry se coucha excédé.

Premièrement parce que MacGonagall, même en étant son professeur préféré, n'était ce soir-là qu'une vieille bonne femme au cerveau trop étroit. D'abord. Smitty pouvait le faire. Il le savait. Smitty était aussi humain que lui – non, il pouvait être, au choix, humain ou serpent, ou le mélange des deux. Smitty avait le don de comprendre parfaitement les deux modes de pensée. Un don enviable. Mais Harry ne l'enviait pas. Il l'aimait bien trop pour ça. Parce que derrière son sang glacé de reptile et son humour mordant, Smitty avait un cœur comme en avaient peu d'humains.

Harry soupira et se retourna dans son lit, au milieu du dortoir silencieux. Smitty ne supporterait pas de rester sous cette forme. Du moins sous cette forme uniquement. Il était trop humain, justement. Et comment voulez-vous vivre avec des humains sous forme de Basilic?

Eternel problème de la Différence avec un "D" majuscule…

Et il en vint tout naturellement à lui-même et Severus. Deuxième raison de son état énervé – ce bâtard l'avait mis dehors sous prétexte qu'il avait des potions à terminer! Il paierait. Oh oui il paierait. Il… mmmmh…

Severus… tellement de chance…

Comme toujours la pensée de son affreux Maître des Potions adoré l'endormit tranquillement.

Un hurlement l'arracha du sommeil, et il chercha instinctivement à côté de lui le corps tremblant de son amant cauchemardant. Mmmh… non. Pas ce matin-là. Il cligna des yeux et s'extirpa du lit. Les autres marmonnaient en essayant de se réveiller. Ron. Ron n'était pas dans son lit. Un vague bruit de conversation provenait de la salle de bain, et il s'y dirigea machinalement en essayant de s'éclaircir les idées.

Il percuta de plein fouet son ami qui sortait de la pièce d'eau.

- Harry! fit celui-ci d'un air surexcité. Harry! Passe-moi des fringues!

- Gnhein? Quoi?

Harry le regarda d'un air critique. Non. Ron n'était pas tout nu. Pourquoi voulait-il des fringues?

Le rouquin roula des yeux, l'écarta et partit fouiller frénétiquement dans son armoire. Harry haussa les épaules et pénétra dans la salle de bain.

Où il tomba sur un type tout nu.

Qui n'était visiblement pas Severus, enregistra son petit cerveau embrumé. Quoique Severus n'aurait eu strictement rien à faire dans la salle de bain du dortoir des septièmes années de la tour de Gryffondor par ce beau matin, mais c'eut été une charmante surprise.

Un type tout nu, donc. Inconnu. Ni Ron, ni Neville, ni Seamus, ni Dean, ni un autre Gryffondor – car c'était bien un garçon, certains signes ne trompent pas, même à 8h30 un samedi matin –  ni un élève quelconque, ni un prof, ni un elfe de maison, ni un fantôme… Un inconnu. A peu près son âge. A peu près sa taille. Là s'arrêtait la ressemblance, l'inconnu étant encore plus fin que lui, possédant de fins et légers cheveux… gris clair? avec des sortes de… reflets… verts très pâle – qu'est-ce que c'était que ce truc?… et des yeux… rouges.

Et un cul à couper le souffle.

~ Salut.

Harry lui jeta un regard hébété, cherchant toujours. Qui était ce type? (tout nu)

L'inconnu tout nu sourit très légèrement.

~ Toujours aussi difficile, le réveil, hein?

- Gneuh?

Ron le bousculant pour entrer coupa court à ses (très) maigres pensées.

- Tiens! Enfile ça, c'est déjà mieux que rien, fit le roux en passant quelques affaires à Mister Tout-nu – non Harry, arrête ça dans ta tête.

Puis se tourna vers Harry.

- C'est super, hein?!

- Gnhein?

L'Autre eut encore un de ses sourires très fins.

- Il n'a toujours pas compris, Ron.

Il glissa – parfaitement, il glissa jusqu'à Harry – lui entoura le cou du bras, et siffla à son oreille.

~ C'est Smitty!

- Ca y est, il reprend connaissance.

- Harry?

Harry se redressa et se frotta les yeux en grognant.

- Fais un rêve bizarre… marmonna-t-il. Avec Smitty…

Puis il aperçut ledit Smitty format humain, assis sur le rebord du lit, qui le regardait tranquillement.

- Oh la vache.

- T'as vu? T'as vu? gesticulait Ron. Il a enfin réussi!

Les autres suivaient la scène d'un air perdu.

- Harry…

Le Basilic avait gardé sa voix rauque et profonde, un peu sifflante.

- … comment on enfile un pantalon?

Une fois leur ami décemment vêtu – "Ca gratte." "Touche pas." – ils se dépêchèrent de l'emmener à Dumbledore. Quelques élèves matinaux traînaient déjà dans la Salle Commune, travaillant ou rêvassant, dont…

- C'est qui?

La voix de Ginny les stoppa net au bas de l'escalier. La rouquine regardait le nouveau d'un air curieux. Ron eut un grand sourire, l'air très fier de lui.

- C'est Smitty!

Les jolis yeux bleus s'écarquillèrent, puis la sixième année trépigna d'enthousiasme.

- Trop trop fort! Wow!

- Heu… Ginny… on a eu assez de mal à l'habiller comme ça… lâche sa chemise s'il te plaît…

- Mais je regarde! Il est trop canon!

Le visage impassible de l'Anthropomagus se colora joliment de rouge, puis il jeta un regard furieux à Harry.

~ Arrête de rire, s'il te plaît.

Puis il enchaîna normalement.

- Ginny, ça t'ennuierait de me lâcher?

- Honnêtement? Oui – bon, bon, ne t'énerve pas…

- Smitty?

Hermione venait d'apparaître à son tour, souriant largement.

- Félicitations. Alors, ces lentilles de contact?

- Ca brûle un peu…

- Bon, allez, Dumbledore nous attend, coupa Ron.

Il semblait surtout impatient de faire parader le nouveau dans les couloirs.

Dans l'ensemble, l'effet fut sensationnel.

La nouvelle les précédait de quelques couloirs, amenant tous les élèves du paramètre à leur rencontre. C'est littéralement une haie d'honneur qui se forma à leur entrée dans la Grande Salle.

Smitty marchait au milieu de tout ça, apparemment indifférent aux regards curieux autour de lui. Harry en profita pour l'observer plus attentivement. Gracieux, c'était le premier mot qui venait à l'esprit. Une drôle de grâce sinueuse. Un peu effrayant avec ses yeux écarlates et ses cheveux étranges et ses lèvres fines et son air plutôt froid. Et super trognon quand son visage fin s'illuminait d'un très léger sourire ou rougissait carrément – ses deux aspects les plus humains, l'embarras et l'amusement, assez rares en général.

Manquait plus que ça.

Dumbledore l'accueillit à bras ouverts, et dix minutes plus tard il était convenu que Smitty aurait temporairement sa place dans le dortoir des Gryffondors, jusqu'aux NEWTs qu'il pourrait présenter sans aucun problème, puisque d'après ce que lui avaient dit les autres professeurs blablabla-blablabla…

Ce fut en revenant vers la tour qu'ils croisèrent Draco Malefoy.

Le blond, qui allait d'un air endormi, les salua vaguement en les croisant, puis s'arrêta net et se retourna, pointant Smitty en ouvrant la bouche. Harry hocha la tête.

- Wow…

Le Serpentard resta un moment immobile, clignant des yeux, face à un Smitty impassible, puis gargouilla un "Euh… félicitations…" stupéfait.

- Merci.

Harry regarda l'un. Regarda l'autre. Sourit machiavéliquement.

- Alors, qu'est-ce que tu voudrais faire maintenant que tu es comme ça?

Smitty resta pensif quelques instants.

- Apprendre à écrire. Prendre un bain. Voler sur un balai. Boire de la Bièraubeurre. Manger du chocolat. Et puis –

- Alors. pour tenir ton crayon tu le prends comme ça… non, là.

- Mais non! Un crayon ça se tient comme ça! Sinon bonjour l'écriture de cochon!

- Euh, tu peux parler, l

- Bon, essaie comme tu peux.

Skritch. Paf. Ouille.

- Merde.

- Pas facile, hein?

- J'suis tout bleu.

- C'est l'encre. Bon, on recommence…

- C'est bon?

- Mmmmmh… Et cha ch'est quoi?

- Spaghetti. Mais tu sais, en général on mange le salé avant le sucré.

- Pourquoi?

- Euh… Bonne question.

- PUTAIN CA PIQUE!

- Smitty. C'est du shampoing. Tu ne va pas en mourir.

- Aïeeuuuh…

- ET D'ABORD TU DEVRAIS AVOIR LES YEUX FERMES! TU N'AS PLUS TES LENTILLES JE TE SIGNALE!

- Ca piqueeuuuuh…

- Tend ta main et dit "debout!".

- Debout!

PAF.

- Ouche!

- Bon pour ça pas de problèmes… Maintenant monte dessus.

- Je le sens mal.

- Monte, je te dis.

- Je vais avoir mal au cœur.

- Mais non…

- Bweeuuah…

- C'est marrant il est accordé avec ses cheveux, comme ça.

- Ron, c'est bon. C'est jamais agréable de vomir.

- Va mouriiiiiir…

- Mais non. Viens, c'est l'heure de manger… SMITTY S'IL TE PLAIT!

- Bwark…Déjol

Harry regarda avec amusement son ami se laisser tomber sur un lit et soupirer d'épuisement.

- Ca va?

Un gémissement lui répondit.

- Vous vivez vraiment ça tous les jours?

- On s'y fait… Tu ne vas pas me dire que tu n'as rien apprécié?

- Mmmmh… je vais apprécier d'enfin tester un lit.

- Demain on continue. Et lundi on commence les cours… Smitty?

- Rrrrrroonnnnnn…

Et ainsi s'organisèrent les derniers mois de l'année…

Ron, Hermione et Harry, parfois accompagnés de Ginny, aidaient Smitty à s'adapter… Smitty qui parfois craquait, se retransformait et s'enterrait dans un trou pendant un jour ou deux. Les habitants de l'Ecole n'avaient pas cessé de le dévisager, mais c'était peut-être moins une question de curiosité que d'aspect physique. Smitty avait jeté un regard curieux et incompréhensif à Harry quand celui-ci lui avait expliqué que, pour un humain, il présentait plutôt bien.

~ Comment ça?

~ Et bien d'un point de vue physique, tu es plutôt attirant.

~ Attirant pour quoi?

~ Attirant pour ça.

Smitty était resté un moment à cligner des yeux.

~ Tu veux dire que tous ceux qui me regardent…?

~ Peut-être pas consciemment, mais oui.

Il avait ce jour-là piqué un de ses plus beaux fards.

- Au fait, demanda un jour Harry, pourquoi un garçon? Je pensais les Basilics asexués.

Smitty se gratta pensivement le nez, y laissant une grosse trace d'encre.

- Ca doit être une question de mentalité.

- Je suis d'accord, approuva Ginny sans relever la tête, les garçons sont plus pervers, c'est bien connu.

- Sssrrriittt xaasssrrrrta.

- Il a dit quoi?

- Je ne traduirai pas, dit simplement Harry en réprimant un sourire.

- M. Smith. Bien que largement au courant de votre manque d'enthousiasme pour la matière que j'ai le déplaisir de vous enseigner, vous comprendrez que je ne peux tolérer votre fin de grasse matinée durant mon cours.

- Zzzzzzzz… hein?

- 20 points en moins pour Gryffondor.

- Hé!

- Trente.

- Ggrrrmmmmbl…

- Il est de plus en plus humain, non? commenta Ron.

- Mmmmh…

- Harry. Arrête de fantasmer et surveille ton chaudron.

Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. A part…

            A suivre…