Il y avait tellement de gens qui auraient pu se trouver à sa place. Il y avait tellement de gens qui auraient eu de très bonnes raisons de se trouver à sa place.

Il y avait Harry Potter, qui avait juré de la tuer depuis la mort de son parrain. Il y avait le jeune Neville Longdubat, dont le visage devenait d'une inexprimable dureté lorsqu'on parlait devant lui de la tortionnaire de ses parents. Il y en avait d'autres encore, des frères, des parents, des amants, des amis de victimes. La liste était longue. Si longue.

Certains auraient dit que, de tous ceux qui se trouvaient sur cette liste, elle était la dernière qui aurait dû se trouver là. Mais ce n'était pas son avis. Cette tâche était la sienne. Ce n'était pas à Potter, Longdubat ou qui que ce soit d'autre de l'accomplir, mais à elle seule.

Elle allait tuer Bellatrix Lestrange, née Black, ou mourir.

*

-Alors tu es là ? Dit Bellatrix avec une voix de petite fille enjouée. Je n'aurais jamais cru que tu aies le courage de venir.

La Mangemorte caressa distraitement sa baguette, et un sourire cruel naquit sur ses lèvres. N'importe qui aurait tremblé face à un tel sourire. N'importe qui. Mais pas elle.

-Il y a longtemps que tes petits numéros ne m'impressionnent plus, Bella, répondit-elle calmement.

Bellatrix eut une moue boudeuse.

-Tu n'as jamais été drôle, minauda-t-elle. Ce ne sera pas amusant de te tuer, si je ne peux pas jouer un peu.

Elle la regarda par en dessous comme une fillette qu'on aurait privée de glaces au caramel. Puis elle releva la tête et eut un sourire mutin.

-Ce n'est pas grave. Il y a tellement longtemps que j'ai envie de te tuer… Je ne vais pas laisser passer une telle occasion.

Elle éclata de rire et leva sa baguette. Son adversaire, impassible, fit de même.

Elle allait tuer Bellatrix Lestrange, née Black, ou mourir.

*

***

-Ca suffit ! Bella ! Narcissa ! Narcissa ! ARRETE !

La fillette blonde lâcha enfin sa petite sœur en larmes.

-Mais qu'est-ce qu'il y a ? S'écria Andromeda. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Elle prit dans ses bras la petite Bellatrix qui se serra contre sa poitrine en sanglotant de plus belle. Andromeda jeta à son autre sœur un regard accusateur.

-Qu'est-ce que tu lui as fait ? !

Narcissa pinça les lèvres et ramena ses cheveux blonds derrière son oreille d'un geste sec. A tout juste sept ans, elle pouvait être aussi hautaine qu'une reine perchée sur son trône.

-Ce que je lui ait fait ? S'indigna-t-elle. Cette petite peste m'a mordue !

Elle montra son bras sur lequel on pouvait distinguer des marques de dents. Bella redoubla de sanglots. Andromeda fronça les sourcils.

-Bella ? Enfin, pourquoi as-tu fais ça ?

-Elle veut pas me laisser jouer avec Malys, se lamenta Bella.

Elle se blottit de son mieux contre la poitrine de sa sœur avant d'ajouter :

-Je voulais juste m'amuser un peu avec lui, Meda, mais elle veut jamais.

-Oh, Bella, dit doucement Andromeda. Malys est le chat de Narcissa, c'est à elle de décider qui peut s'en occuper. Mais ajouta-t-elle à l'adresse de Narcissa, tu n'as pas à la frapper comme ça. Tu es plus forte qu'elle, elle n'a que cinq ans !

-C'est elle qui a commencé ! Rétorqua Narcissa en levant le nez.

-Tu es plus vieille ! Protesta Andromeda en caressant les cheveux de Bella, qui pleurait toujours. C'est à toi de faire attention. Elle est trop petite, elle ne sait pas encore ce qui est bien et ce qui est mal.

Narcissa fit une grimace de mépris et tourna les talons en marmonnant " Je le dirais à Maman ". Les sanglots de Bella semblèrent enfin se calmer. Elle serra un peu plus fort ses bras autour de sa sœur aînée.

-Je t'aime, Meda, murmura-t-elle.

-Moi aussi je t'aime, ma petite Bella.

***

*

Andromeda bondit sur sa droite et évita de justesse un rayon vert. Le sortilège ouvrit une large fissure à l'endroit où elle s'était trouvée la seconde d'avant.

-Tu as fait des progrès, Meda, remarqua Bellatrix avec un sourire équivoque. Si tu avais le même niveau qu'il y a vingt ans, tu serais déjà morte. Mais ça n'en sera que plus intéressant.

Andromeda jeta à son tour un sortilège, obligeant Bella à s'écarter. Celle-ci riposta aussitôt, avec une telle rapidité qu'Andromeda ne put l'éviter assez vite. Une longue éraflure apparut sur son bras gauche. Mais elle n'y prêta pas attention, et se redressa pour continuer le combat.

C'était vrai qu'Andromeda n'avait jamais été douée pour les duels, contrairement à Bellatrix. Elle n'avait jamais été une guerrière. Elle se servait de sa baguette principalement pour cuisiner des petits plats à son mari. Et elle avait largement passé l'âge de ce genre d'acrobaties. Mais ça n'avait aucune importance.

Elle voulait la tuer, elle le voulait de toutes ses forces, de toute son existence elle n'avait jamais détesté personne avec une telle force. Peut-être était-ce parce qu'elle l'avait aimée autrefois. Peut-être fallait-il avoir aimé une personne plus que soi-même pour pouvoir la haïr avec autant d'intensité.

En tentant d'esquiver à nouveau un sort, Andromeda trébucha et sentit sa cheville se tordre. Elle se releva sur sa jambe valide et se jeta à travers l'espace qui avait été ouvert pour se mettre à l'abri derrière le mur. Elle savait que c'était provisoire. Elle savait que ces pauvres briques branlantes ne pourraient pas la protéger plus de quelques secondes. Elle savait que de toute façon, ce combat était perdu d'avance.

Mais ça n'avait aucune importance.

*

***

-Bella ? Tu n'aurais pas vu le petit chat de Narcissa, par hasard ?

-Nan. J'ai pas le droit de jouer avec lui. Je sais pas où il est. Pourquoi ?

-On ne le trouve plus depuis hier. Tu ne veux pas nous aider à le chercher ? Je suis sûre qu'en échange, Narcissa te laisserais jouer avec lui.

-Nan. J'ai plus envie. C'est trop tard.

***

*

-Meda… Appela Bella de sa voix d'enfant moqueuse. Ma sœur chérie, allons. Tu ne vas pas te cacher comme ça. C'est indigne de nous. Après t'être abaissée à épouser ce bâtard de sang-de-bourbe, tu ne vas pas en plus te conduire comme une gamine sans courage. Montre-toi, ma petite Meda.

Andromeda crispa sa main droite sur sa baguette. De sa main gauche tâtonnante, elle attrapa un morceau de mur tombé par terre. Elle attendit, le souffle court. Bella aurait très bien put la tuer tout de suite. Mais elle voulait s'amuser un peu d'abord. Elle n'avait jamais pu s'empêcher de jouer avec la nourriture.

-Si tu ne viens pas, je serais obligée de venir te chercher. Je serais vraiment très déçue d'avoir à faire ça, Meda chérie… Montre-toi à la hauteur de ton sang, pour une fois. Et rachète au moins ta honte par une mort un peu plus glorieuse que ta vie. Tu n'es pas venue jusqu'ici pour te cacher dans un trou comme un vulgaire rat… A moins que tu ais fréquenté la vermine trop longtemps ?

Andromeda fit passer la lourde pierre dans sa main droite et la jeta de toutes ses forces à travers l'ouverture, à la tête de Bella. Celle-ci ne s'écarta pas assez vite et la pierre écorcha sa tempe. Elle éclata d'un rire cristallin.

-Tu te bas comme une petite fille moldue.

Soudain son ton se durcit :

-Allons, relève-toi. Relève-toi et fais honneur à ton nom.

Andromeda étouffa un sanglot. Il lui restait très peu de temps pour trouver une échappatoire. Bellatrix commençait à s'impatienter, elle ne tarderait pas à s'approcher. Elle s'éloigna du mur branlant à quatre pattes, serrant convulsivement sa baguette. Elle tenta péniblement de se remettre debout. Après être tombée deux fois, elle parvint enfin à se redresser. A travers le trou dans le mur, Bella contemplait ses efforts avec un mince sourire. Une lueur de folie dansait dans ses yeux noirs.

-Voilà, encouragea-t-elle doucement. C'est mieux comme ça.

Elle avança d'un pas.

-Est-ce que ce n'est pas mieux, Meda ? Dis-moi. Tu ne trouves pas ça bien ?

Elle fit encore un pas en avant.

-Toi et moi, Meda… Toutes les deux, face à face, si tu savais combien j'en ai rêvé.

Elle passa à travers la large fissure du mur.

-Maintenant, dit-elle, tu ne peux plus t'enfuir. Maintenant, nous allons en finir.

Elle leva sa baguette. Andromeda visa la base du mur et cria :

-Destructarem !

Bellatrix n'eut pas le temps de s'écarter, et il s'effondra sur elle. Elle poussa un cri étranglé. Andromeda attendit quelques secondes sans bouger, encore tremblante. Bellatrix gémissait doucement mais elle ne bougeait pas. Son corps était en grande partie coincé sous les décombres. Seuls sa tête et son bras gauche émergeaient de la pierre. Elle ne pouvait pas se dégager. Sa baguette avait roulé dans un coin.

Andromeda se laissa tomber par terre et s'approcha à quatre pattes, pour ménager sa cheville qui était horriblement douloureuse. Bellatrix tourna la tête vers elle. Elle ne souriait plus. Elle fronça les sourcils.

-Meda, qu'est-ce que tu fais ? Fit-elle avec sévérité. Tu triches. Tu ne respectes pas les règles !

Andromeda eut un éclat de rire nerveux.

-Règles ? Dit-elle. Quelles règles ? Je suis ici pour te tuer, Bella. Pour te tuer ou pour mourir.

-Tu ne peux pas, rétorqua fermement Bellatrix. Pas comme ça. Pas quand je suis à terre et incapable de me défendre. Les gens comme toi ne tuent pas comme ça.

Andromeda la regarda longuement dans les yeux. Ses yeux d'enfant-démon, faux, cruels. Et tellement remplis de certitudes.

-Tu crois ? Dit-elle enfin.

Elle approcha plus près et immobilisa le bras libre de Bellatrix. Celle-ci ne se débattit même pas.

-Tu ne peux pas, affirma-t-elle. C'est indigne de toi, c'est indigne de nous ! Tu me dois un vrai duel. Tu me dois une mort honorable. Tu ne peux pas simplement me tuer comme ça.

-Indigne ? Devoir ? Honorable ? Ma pauvre Bella. Tu vis toujours au milieu de tes illusions de petite fille.

Andromeda fut surprise d'entendre que sa propre voix exprimait une sincère pitié. Elle inspira profondément. C'était vrai. Elle avait pitié de Bellatrix. Sa petite sœur monstrueuse. Tenant toujours fermement son bras gauche, elle posa sa main sur sa gorge. Aucune lueur de peur n'apparut dans les yeux de Bella. Elle était si sûre. Toujours si sûre.

-Tu ne le feras pas, dit-elle avec une confiance arrogante. Nous valons mieux que ce dénouement stupide et laid.

-Tu ne comprend pas, Bella, expliqua gentiment Andromeda. Tu n'as jamais, jamais rien compris au monde dans lequel tu vis. Tu crois que nous sommes de tragiques héroïnes au dessus du commun des mortels. Tu crois qu'une destinée extraordinaire nous attend parce que nous sommes des personnes extraordinaires. Mais ce n'est pas vrai. Nous sommes le produit dégénéré de plusieurs siècles de consanguinité, c'est tout. Et là, maintenant, ce soir, tu vas mourir comme l'ordure que tu as toujours été.

Outragée, indignée, furieuse, Bellatrix se débattit enfin, mais Andromeda resserra sa prise sur son cou et soudain elle eut du mal à respirer. Une expression de terreur et d'incrédulité envahit tout à coup son visage.

-Tu ne peux pas, suffoqua-t-elle. Tu triches !

Andromeda serra encore un peu plus, et elle ne put plus du tout respirer. Elle se débattit de toutes ses forces, mais les pierres qui l'écrasaient l'empêchaient de se dégager et Andromeda tint bon.

-Tu crois que la vie est un jeu dont tu écris les règles, Bella, dit-elle d'une voix tremblante. Tu as tué ma fille pour jouer, parce que tu voulais me pousser à te provoquer en duel, parce que tu voulais me tuer avec art, comme il se doit quand on s'assassine entre sœurs. Tu as tué ma petite fille comme tu as tué autrefois Malys, le chat de Narcissa, comme si c'était une vulgaire poupée, une quantité négligeable. Mais moi je ne joue pas, ma petite Bella. Moi je ne joue pas.

Cela sembla prendre une éternité avant que Bellatrix cesse enfin de se débattre. Une longue, horrible éternité de cauchemar. Et puis elle se figea enfin, avec dans son regard éteint cette expression d'immense surprise. Comme une enfant qui, pour la première fois de sa vie, découvre que le monde ne lui appartient pas. Andromeda ferma ses yeux en réprimant de violents frissons. Et puis elle s'écarta en sanglotant, détournant les yeux du corps de sa sœur.

Sa petite sœur. Sa monstrueuse petite sœur.

*

Andromeda !

Merlin, que s'est-il passé ?

Elle est morte. Regardez, Bellatrix Lestrange est morte !

C'est extraordinaire…

Est-ce que ce n'était pas sa sœur ?

Félicitations !

L'Ordre de Merlin seconde classe

Peut-être même première classe !

Le Ministre lui-même…

Mais… Sa propre sœur ?

*

*

*

Andromeda ? Est-ce que ça va ?