Après quelques années d'interruption, cette histoire reprend ! Comme quoi, il ne faut jamais désespérer. Il faut juste parfois être TRES patients. Wooooh ! :D

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JET DE PIERRE DANS UN LAC
"Changer une petite chose... peut tout changer."

Chapitre 10 – Le nom secret.

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Estel s'avançait prudemment entre les elfes adultes vers la place devant les écuries. Il entendit des murmures désapprobateurs sans en connaître la raison exacte. Il tenta de se faire discret et écouta les conversations tout en observant les personnes présentes. Deux elfes étaient par terre et se relevaient péniblement avec l'aide d'un des gardes de Rivendell. Un autre avait une épée dégainée, mais pas redressée complètement et parlait avec deux elfes qu'Estel ne connaissait pas. Les deux inconnus ne semblaient pas s'émouvoir de la menace sous-jacente du garde armé. Au contraire, Estel avait l'impression que c'était plutôt le garde qui avait peur d'eux. Il se demanda qui étaient ces deux elfes étranges quand il perçut une conversation sur sa droite :

« Il parait que le frère de Legolas l'a entrainé dans les écuries », commença un elfe près d'Estel. « Certains pensent qu'il va le tuer pour calmer la Maison de Lothlórien et éviter des retombées sur Mirkwood. »

« Le seigneur Elrond va-t-il laisser faire cela ? »

« Je suppose qu'il ne veut pas risquer un conflit ouvert avec la Maison de Mirkwood. »

Estel ne comprit pas tout. Les portées politiques lui échappaient, mais il avait l'information qu'il voulait : son professeur Legolas était dans les écuries. Et s'il ne pouvait pas passer par l'entrée principale, il ferait le tour et se faufilerait par une des interstices dont il gardait fièrement le secret.

Les elfes de Rivendell étaient totalement concentrés sur les deux gardes de Mirkwood, et personne ne prêta attention au protégé d'Elrond, habitués qu'ils étaient tous de le voir régulièrement fureter de ci et de là, toujours en quête d'aventures. Ce n'était pas la première fois que l'enfant venait autour des écuries et les elfes avaient de toute façon une situation plus urgente à gérer. Aussi, Estel put-il rejoindre l'arrière des écuries sans être inquiété.

Au travers des planches en bois clair, il entendit des voix venant de l'intérieur des écuries. Une voix nouvelle à ses oreilles, mais aussi une voix familière qui fit naître spontanément un sourire joyeux sur ses lèvres. Il regarda par l'interstice assez petite pour le laisser passer, mais trop étroite pour que les adultes y prêtent attention. Il fut surpris de voir un elfe qu'il ne connaissait pas maintenir durement les poignets de son maître d'arme, forçant Legolas à fléchir un genou au sol tandis qu'il lui parlait avec hostilité.

« … Surtout s'il suit le même chemin sombre que son ancêtre ! », fut ce qu'Estel parvint à distinguer depuis l'extérieur.

Puis tout devint blanc.

L'instant d'après, Estel était au sol avec une douleur à la mâchoire. Il leva les yeux et vit le plafond des écuries au-dessus de lui.

'Quoi ? Quand est-ce que je suis entré ?'

Il rabaissa les yeux et vit Odùrin qui avançait calmement sur lui tel un loup qui avait enfin acculé la proie qu'il poursuivait inlassablement depuis des jours entiers au travers des contrées sauvages. Derrière lui, Legolas était toujours un genou au sol mais demeurait figé, le regard fixé, non pas sur l'étranger mais sur lui. Ses yeux lui mangeaient d'ailleurs le visage comme s'il avait vu un fantôme.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? », parvint à balbutier l'enfant tout en jetant des coups d'œil autour de lui. La lumière qui filtrait au travers des interstices des planches semblait la même que celle dans laquelle il avait été baigné quand il se dirigeait vers l'arrière des écuries. Peu de temps avait du s'écouler.

« Allons, Aragorn », la voix douce et basse d'Odùrin ramena son attention sur l'elfe qui le dominait de toute sa hauteur, un sourire moqueur sur les lèvres. « Ne me fais pas le coup de l'amnésie. Pas à moi ! ».

Estel fronça les sourcils, et tourna la tête pour regarder derrière lui. Mais seuls les chevaux remplissaient l'espace de leurs présences. Ils semblaient légèrement agités, comme percevant la tension des bipèdes. L'enfant ramena son attention sur le frère de son maître d'arme. « A qui vous parlez ? » il jeta également un regard implorant sur l'elfe encore au sol derrière l'individu hostile près de lui. A ce moment-là, il lui sembla que Legolas sortait de sa torpeur. Comme s'il venait de le reconnaître. En moins d'une seconde, il bondit pour s'interposer entre son frère et son élève, mais l'aîné des fils de Thranduil avait apparemment prévu cette réaction. Sans qu'aucune émotion ne varie sur son visage, il étendit simplement la main tenant quelque chose dont le bref reflet métallique capta l'attention d'Estel, et l'enfonça à un point précis dans la nuque de Legolas au moment où ce dernier le dépassait.

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Quand Legolas se rendit compte du geste d'Odùrin, il était trop tard pour l'arrêter, pris dans son élan. Il se raidit sous l'effet de la douleur intense qui se fraya un chemin à l'intérieur de sa tête et explosa derrière ses yeux. Une brume rouge et clignotante se répandit sur toute chose. Il avait l'impression d'être privé de tous ses sens. Il n'éprouvait plus que cette souffrance et ne percevait plus l'extérieur que comme un voile diffus et mouvant. Il se sentit tomber au sol sans pouvoir esquisser un mouvement pour amortir sa chute. Sa volonté était vacillante. Il aurait été plaisant de se laisser aller, dans cet endroit sombre où la douleur disparaît. Mais il savait qu'il y avait un danger imminent. Avec beaucoup de concentration, il perça le voile qui l'enveloppait et accéda au sens solitaire de la vision avec une clarté née de son désespoir.

Il était au sol, à quelques pas d'Estel, lui-même toujours gisant sur les grosses pierres recouvertes de paille du sol des écuries. Son frère aîné se tenait debout au-dessus de lui, les pieds plantés de part et d'autre de sa taille, le regard abaissé vers son cadet comme pour admirer son œuvre. Legolas n'avait pas besoin de porter le regard vers les mains d'Odùrin pour deviner la présence du stylet qu'il avait utilisé. Il s'en voulait d'avoir baissé sa garde à ce point. La situation avait beau avoir l'air profondément étrange, elle n'était que la suite logique d'une journée déjà chaotique. Il avait été faible, mais ne craignait pas la colère de son frère. Elle viendrait plus tard. Il en avait l'habitude.

Tout vient à mal à qui sait attendre.

Non, par-delà la douleur qui pulsait dans son crâne et sa nuque, Legolas s'inquiétait plutôt du sort de l'enfant. Quelques minutes plus tôt, Odùrin n'avait cessé de lui reprocher de l'avoir laissé en vie. Maintenant, il n'allait certainement pas se priver d'une occasion unique, sans témoin. C'était trop beau. Eviter de provoquer un incident diplomatique majeur ? Dans son ordre de priorité, cela devait certainement se situer quelque part entre le changement des tapis dans la salle du trône de Mirkwood et le balayage des feuilles mortes dans la cour intérieure du palais. Déjà, Odùrin enjambait Legolas et se dirigeait vers Estel.

Ses muscles semblaient paralysés, mais Legolas savait qu'ils n'étaient nullement blessés. Seuls ses nerfs avaient été touchés. Essayer d'en reprendre le contrôle serait pénible. Il le savait. Il avait déjà vécu cette situation.

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Estel regardait Odùrin s'approcher de lui, il pouvait presque sentir l'odeur de ses vêtements, mélange de terre, de mousse et de cheval. Il sentait une peur étrange se déplacer en lui sans en déterminer l'origine. Qu'avait-il fait de mal ? Personne ne lui interdisait l'entrée des écuries d'habitude. Au pire, il se serait fait gronder s'il avait trainé ici alors qu'on l'attendait pour le repas du soir.

Mais c'est elfe inconnu avait blessé son maître d'arme. Estel se disait qu'en matière de gronderie, il n'allait pas s'en sortir avec juste une main lui ébouriffant les cheveux. Il n'était pas encore terrifié, mais cela changea rapidement quand il entendit le hurlement de douleur de Legolas, suivit d'un « Va-t-en, Estel ! Eloigne-toi ! ».

Estel abaissa son regard et vit que Legolas avait roulé sur lui-même et avait saisi une des jambes de son frère, l'empêchant d'avancer. Odùrin marqua une pause et poussa un soupire las.

« … Puisque la manière douce ne passe pas… », dit-il à Estel avec un sourire presque doux et un clin d'oeil.

L'instant d'après, il faisait un saut en l'air, coinçant un des bras de Legolas entre ses mollets, et pirouettant presque gracieusement sur lui-même, pour retomber au sol de tout son poids. L'elfe plus jeune hurla à nouveau de douleur quand il sentit son épaule gauche se déboiter. Estel ne s'y connaissait pas en anatomie, mais il lui sembla que l'angle du bras de son maître d'arme n'était pas comme ça habituellement. Et le mauvais elfe continuait à exercer la pression dessus. Estel voulut bondir pour aider Legolas. C'était son maître, son ami. Il ne pouvait pas laisser quelqu'un lui faire du mal. Mais il fut interrompu par l'ordre hurlé par ce dernier.

« Obéis et va-t-en, Estel ! ». Legolas avait réuni toutes ses forces pour arriver à saisir la jambe d'Odùrin quelques instants plus tôt, mais désormais, il était à nouveau sous l'effet de la blessure que son frère lui avait infligé à la nuque quelques instants plus tôt. Si son aîné se décidait enfin à le tuer maintenant, il ne pourrait même pas faire le moindre geste pour l'en empêcher. Tout ce qu'il pouvait essayer de faire, c'était de canaliser la douleur dans d'autres niveaux de conscience pour l'atténuer légèrement.

Estel était terrifié. Cette bagarre ne ressemblait en rien à ce que Legolas lui enseignait. Ce n'était pas du tout raffiné et aucune arme n'était utilisée. Et pourtant, cela avait l'air plus dangereux que tout ce qu'il avait vu jusqu'à présent. Le visage de son maître d'armes semblait presque blanc. Odùrin ne relâcha pas la prise qu'il avait sur le bras de Legolas mais se redressa vers Estel avec un sourire qui aurait presque eut l'air amical.

« C'est vrai, Aragorn ». Et plus de doute, il le regardait bien droit dans les yeux en disant ce nom. « Fuis avant que je ne change d'avis sur toi ». Estel se souvenait d'avoir un jour ouvert les yeux après une sieste dans les bois et avoir vu un serpent à moins de deux pieds de lui. Le regard de cet elfe étrange et souriant lui inspirait plus de peur encore que ce qu'il avait ressenti ce jour-là.

Estel hésita et regarda Legolas qu'il ne voulait pas abandonner. Odùrin resserra les mollets autour du bras de son frère, sans quitter l'enfant humain des yeux et sans se départir de son sourire. Quand le hurlement de Legolas mourut, l'elfe dit d'une voix presque douce : « Tu devrais écouter ton maître d'armes. C'est parce que tu lui désobéis qu'il a mal. C'est de ta faute, tout ça. Tu es un bien mauvais élève », ajouta-t-il en serrant encore plus fort la clef qu'il maintenait sur le bras de son cadet.

Legolas entendait les paroles d'Odùrin à Estel, et l'abus psychologique qu'elles contenaient. Pendant un bref instant, des souvenirs remontèrent à son esprit. Il pensait autrefois que la haine qu'il éprouvait pour son frère avait attaint son maximum. Qu'elle était comme un jardin complexe, entouré d'un mur épais. Qu'il était impossible de ressentir plus de haine pour quelqu'un. Mais il venait de découvrir qu'il y avait une porte à ce mur. Une espèce de lourde porte de cachot, qu'il venait d'ouvrir avec une clef ensanglantée, pour découvrir toute une vaste étendue au-delà. Pendant un bref instant, Legolas souhaita la destruction totale de Mirkwood. Que le volcan du Mont Maudit entre en eruption; qu'il vomisse toute la lave nécessaire pour qu'elle atteigne la forêt sombre. Que les flammes infernales purifient et effacent toute trace des atrocités qui s'y déroulaient chaque jour.

Et puis la douleur s'atténua fortement quand Odùrin desserra sa prise sur le bras. Legolas ouvrit les yeux et vit que Estel n'était en vue nulle part. Il avait pu s'échapper des écuries. La pensée l'effleura qu'il n'avait pu s'échapper que parce que son frère aîné avait bien voulu le laisser partir. A quel jeu malsain allait-il encore se livrer ?

Au bout de quelques secondes, Odùrin s'agenouilla près de lui. « Petit frère, tu sais ce qui va se passer maintenant. Serre les dents encore une fois ». Legolas eut à peine le temps de prendre une inspiration que d'un geste rapide et précis, Odùrin lui remit l'épaule en place. Legolas parvint à ne pas hurler. Il ne lui ferait pas ce plaisir. Il ne le remercia pas non plus. Il savait que si Odùrin le 'soignait', ce n'était pas par bonté de cœur, mais juste pour ne pas laisser de traces trop voyantes de leur entente fraternelle. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Et il savait que ça ne serait pas la dernière.

Odùrin se redressa, mais ne lui laissa pas le temps de récupérer. Il empoigna son frère par le col, le souleva comme s'il n'avait pas pesé plus lourd qu'un sac de plumes. Sans ménagement, il plaqua Legolas contre la grosse poutre de bois au centre des écuries qui soutenait une bonne partie du toit de l'édifice, et le maintint là d'un bras appuyé contre sa gorge.

« Ne vient plus jamais me dire que ce gamin est normal », commença-t-il d'une voix basse et ferme. « Il est aussi timbré que le reste de sa famille. Tu l'as protégé, il est sous ta responsabilité. Et nous sommes sur les terres de Rivendell. Donc, je ne ferai rien aujourd'hui. Mais tu es désormais en dette envers moi ». Il marqua une pause, plus pour le style que parce qu'il réfléchissait réellement. « Un jour, j'aurai un ordre pour toi le concernant… ».

Derrière lui, il entendit les gardes de Rivendell entrer enfin dans l'écurie, et il s'écarta de Legolas. Glorfindel qui était entré avec les gardes entendit uniquement la fin de leur tête à tête.

« …Et tu devras accomplir cet ordre, ou nous te jugerons ».

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A suivre...

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Merci à tous et toutes pour vos messages. Ils m'ont fait SUPER plaisir. Je suis désolée, je ne pouvais pas écrire la suite de cette histoire avant aujourd'hui, par manque cruel de temps, mais surtout parce qu'il fallait que je remette la main sur mes backups.

Le fil rouge de cette histoire a été complètement écrit avant même que je poste le premier chapitre. Et vu que tout est lié et que l'histoire est relativement bien complexe, le moindre détail vu dans un chapitre peut avoir une importance cruciale dix chapitres plus loin. Oui, je suis une sadique, je sais.

Mais voilà, plus moyen de mettre la main sur le fichier contenant le fil rouge. Donc, j'ai du limite ré-écrire la totalité du dit fil rouge et refaire toutes les connexions. Ce qui pouvait être assez décourageant. D'un autre côté, en relisant les chapitres precedents pour me remettre dans le bain, qu'est-ce que j'ai pu rigoler ! :D

Ce chapitre est assez sérieux, mais notre paranoïaque de service ayant assisté à la dernière instruction d'Odùrin, le prochain chapitre sera à nouveau haut en couleur.

Et promis, vous ne devrez pas attendre six ans pour le lire. ;-)

Bonne soirée à tous et toutes, et encore merci pour votre patience et votre soutien.

::Roselyne::