Disclaimer: L'univers de Harry Potter est la propriété de J.K. Rowling et de son éditeur. Je ne tire aucun bénéfice financier de l'écriture de cette histoire. Par contre, le personnage d'Antje est et reste ma création.

Note: Le chapitre que vous allez lire est une version améliorée du texte initialement publié en juin 2004. Les changements sont mineurs, et concernent avant tout les fautes d'orthographe, de frappe, les répétitions, etc. Quelques petites modifications ont également été faites sur le fond, mais rien de bien méchant. Je fais surtout ça pour moi, car à mes yeux, ce texte méritait d'être amélioré.

Si la précédente version était non-dédiée à certaines personnes de mon passé et dont je me suis plus ou moins inspirée pour écrire cette histoire, cette version-ci est, au contraire, dédiée à ceux qui sont venus après, qui ont été là et qui le sont encore. Merci à eux.

Note 2 : Étant donné que cette fanfiction appartient à une époque sur laquelle je ne compte pas revenir, qu'il s'agisse du plan de l'écriture ou du plan privé, LES REVIEWS NE SONT PLUS ACCEPTÉES. Quiconque commentera ce texte n'obtiendra aucune réponse de ma part. Merci.

Bonne lecture à vous tous.


Antje, par Caliméra.

Chapitre 1: les pages de peine

Elle s'appelait Antje, mais on l'appelait Antje la Chialeuse, Antje la Chieuse ou Antje la Pleurnicharde. Au choix. Plus tard, je l'ai appelée Anna. C'était bien plus joli que ce prénom hollandais bizarre qui ressemblait à un éternuement. Parfois, les gens ne réfléchissent pas quand ils choisissent le nom de leur enfant.

Antje n'avait aucun ami à Poudlard. Elle était l'objet d'un mépris généralisé, voire même de moqueries carrément méchantes. Je n'ai jamais vraiment bien su pourquoi. On la traitait de "grosse". Ce n'était pas une sylphide, mais elle n'était pas aussi énorme que Pamela Andrews qui mesurait un mètre cube au bas mot (on savait où était le haut grâce à son chapeau). On la traitait d'idiote, ce qui me semblait légèrement exagéré. D'après ce que je savais, elle était brillante en potions, et excellente en métamorphose. Presque aussi forte que moi, qui partageais la tête de l'école avec James. Dans les autres matières, elle tenait une bonne moyenne. Mais ceci dit, si elle proposait une réponse quand un prof posait une question, on la traitait aussitôt de crâneuse. Alors elle ne disait rien. Elle restait tapie dans son coin, timide jusqu'à l'angoisse.

Les Serpentard, notamment, se montraient particulièrement immondes avec Antje. En tête, Rogue et mon frère Regulus. Ils ne manquaient pas une occasion pour l'humilier. Et elle ne disait jamaisrien. Elle se cachait pour pleurer.

Si Antje avait pleuré des larmes de sang, elle se serait desséchée en un rien de temps. Je n'ai jamais connu quelqu'un qui pleurait autant. Elle pleurait, et parfois, on ne savait même pas pourquoi. La plupart du temps, elle restait seule dans les coins, mais parfois, quelqu'un venait la voir, et elle se mettait à pleurer sur l'épaule de l'individu en question. Celui-ci regardait alors autour de lui d'un air gêné, ne voulant pas être surpris en compagnie d'Antje la Chialeuse en train de lui sangloter dessus.

Ils disaient aussi qu'Antje était moche comme un pou. Antje était rousse. Elle portait toujours des robes trop grandes pour cacher ses kilos en trop, et elle attachait ses cheveux en une natte serrée qui faisait ressortir ses oreilles. Sa peau était très blanche, et ses yeux noisette étaient soulignés de rouge tellement elle passait de temps à pleurer. Mais elle n'était pas moche. Un soir, je me souviens, Antje travaillait dans son coin, et Lily Evans lui a sauté dessus pour lui défaire sa natte. Antje s'est mise en colère, elle a agoni Evans d'injures. Elle a crié "laisse-moi tranquille ! Pourquoi tu veux me changer? Je veux qu'on m'apprécie pour ce que je suis, pas pour les apparences!" Evans ne s'est plus jamais approchée d'elle, mais elle se fendait parfois de petits commentaires venimeux sur le physique d'Antje.

J'oubliais de signaler deux choses. Antje a un an de moins que moi. Au début de toute cette histoire, elle avait quatorze ans, et elle était en quatrième année. Elle appartenait comme moi à la maison Gryffondor.

Tout a commencé un soir de septembre, à peu près deux semaines après la rentrée. Rusard avait eu l'honneur de m'infliger ma première retenue de l'année scolaire, alors qu'il m'avait surpris en train de jeter un maléfice Glaçant sur la porte de son placard. L'effet aurait pu être à mourir de rire: il était prévu à la base que la poignée de porte devienne tellement froide que l'affreux jojo qui nous fait office de concierge aurait eu la main collée dessus. Il paraît que les Moldus ont un produit équivalent nommé fluide glacial. J'aurais bien voulu m'en procurer, mais chez moi, on considère les Moldus comme des sous-hommes, et je n'ai pour ainsi dire pas le droit d'en fréquenter. On a des traditions dans certaines familles…

Bref. Rusard m'avait donc surpris en train d'ensorceler sa porte, et il m'avait condamné à une corvée ménagère ennuyeuse à crever qui m'avait coûté en partie ma soirée. Si bien que lorsque je regagnai la salle commune de Gryffondor, tout le monde était parti se coucher, et j'avais un devoir de métamorphose à rendre pour le lendemain. Je m'installai avec mes affaires devant ce qu'il restait de feu, et me mis péniblement au travail. Mais comme de juste, tandis que je cherchais un livre dans mon sac, celui-ci se renversa, et toutes mes affaires se retrouvèrent par terre. Avec un soupir, je me penchai pour tout ramasser. En passant la main sous un fauteuil pour ramasser une plume qui s'était glissée là, mes doigts rencontrèrent quelque chose. J'attrapai cet objet, qui se trouvait être un livre de la bibliothèque. J'étais un peu surpris. Comment ce bouquin était-il arrivé là ? Qui l'avait oublié ? Je l'ouvris, en quête de la petite fiche où étaient indiqués les noms des élèves qui empruntaient les livres, et ma surprise augmenta d'un cran. Car si la couverture indiquait qu'il s'agissait d'un essai sur les Découvertes magiques de la Renaissance, avec le cachet de la bibliothèque de Poudlard bien visible, l'intérieur n'avait rien à voir. Des pages et des pages d'écriture manuscrite à l'encre violette. Je fronçai les sourcils, et revins au début du livre pour voir de quoi il s'agissait vraiment. La page de garde indiquait simplement : Journal intime d'Antje Rosalie Ziegler.

Je fus envahi de sentiments partagés. En premier lieu, je sifflai d'admiration. C'était intelligent de la part de cette fille de camoufler son journal intime en livre de la bibliothèque. Il fallait y penser. En plus, c'était de la belle magie. La preuve : à la vue de la couverture, je m'étais fait avoir. Mais dans le même temps, je ressentais une curiosité brûlante, une envie irrépressible de lire ce fameux cahier secret, tout en culpabilisant un peu parce que tout ça n'était pas mes affaires.

Je ne m'étais jamais vraiment intéressé à Antje. Ni en bien, ni en mal. Je n'avais jamais été tenté de devenir ami avec elle, mais je n'avais jamais eu non plus envie de me moquer d'elle. En fait, elle me faisait plutôt pitié, et sa condition de souffre-douleur m'apparaissait comme une fatalité. Comme elle était incapable de se défendre et qu'elle ne savait que fondre en larmes quand on l'embêtait, les gens ne résistaient pas à la tentation de la malmener toujours un peu plus.

La curiosité prit le dessus cependant, et je lus le contenu du journal intime de la première à la dernière ligne. Et ce que j'y lus me mit mal à l'aise, car je n'aurais jamais pensé que cette malheureuse fille puisse souffrir autant.

Une nouvelle année d'enfer a commencé. Une nouvelle année de moqueries et d'indifférence. Dans chaque classe, dans chaque maison, il y a au moins une personne pour me dire des choses cruelles. À Gryffondor, on me dit que je ne suis pas à ma place. Les Pouffsouffle me bousculent parfois dans les couloirs sans s'excuser, avec juste un regard méprisant. Les Serdaigle me traitent d'imbécile, et les Serpentard me disent que si je pouvais crever, tout le monde s'en porterait bien mieux. Je n'en peux plus de tout ça, toutes ces insultes, toute cette pression. C'est injuste. Pourquoi sont-ils comme ça ? Qu'est-ce que je leur ai fait ? Ce n'est pas ma faute si je suis si nulle et si moche. Je n'ai pas demandé à être comme ça. D'ailleurs, je n'ai même pas demandé à vivre.

Le mot "pression" me marqua. Je n'avais jamais pensé que les méchancetés et les moqueries ajoutées les unes aux autres puissent faire autant de mal à quelqu'un. Mais ça devait faire partie de ces choses qu'on ne peut pas comprendre tant qu'on ne les a pas vécues.

Je n'en peux plus. Maintenant, ils m'ont dégoté un nouveau surnom: Antje la Pleurnicharde. Eh oui, je pleure tout le temps. Je pleure tout le temps, et je vous emmerde tous, parce que vous ne savez rien. Vous ne savez pas ce que j'endure. Vous vous amusez bien, hein, à m'insulter. Et vous vous foutez de ce que je peux ressentir. Vous ne savez pas ce que c'est. Je pleure, parce que je suis fatiguée et que je ne supporte plus tout ça. D'ailleurs, qui pourrait le supporter, qui??

Et la suite ne valait pas mieux.

J'ai craqué, j'ai donné un coup de pied dans les tibias de Severus Rogue. Il s'est jeté sur moi et m'a jeté un maléfice qui m'a écorché la figure. Il m'a dit que si jamais je recommençais, il me jetterait le sort pour me saigner comme un poulet jusqu'à ce que j'en meure. J'aurais dû lui dire de le faire.

J'ai toujours détesté Rogue. Un type immonde, avec des fréquentations pas nettes du tout. Et c'était tout à fait son genre de s'acharner sur ceux qui étaient plus faibles que lui. Rien d'étonnant à ce qu'Antje en ait fait les frais. Rien que pour ça, j'eus sur le moment une bouffée de haine supplémentaire à l'égard du cafard graisseux.

Cette nuit, je me suis glissée en douce dans le laboratoire des potions. La porte du placard à poisons est verrouillée par un sortilège. J'aimerais savoir jeter le maléfice de Rogue. Le jeter sur mes poignets pour que mes veines s'ouvrent. J'aimerais pouvoir me jeter du haut d'une des tours, mais j'ai le vertige. Pourtant, j'ai envie de mourir. Je ne supporte plus ma vie.

En lisant ces mots, ce que j'avais ressenti aux premières pages s'intensifia, et je commençai à en vouloir au monde entier. Y compris à moi. Visiblement, personne ne s'était rendu compte de ce que ressentait Antje. Ça n'aurait effleuré l'esprit de personne qu'à force de blessures, elle ait envie de saigner à mort. Les derniers mots défilèrent devant mes yeux:

Je vais me coucher, maintenant. J'espère mourir pendant mon sommeil. Je voudrais que mon corps mort soit découvert. Ils pourraient injurier et frapper mon cadavre, mon âme ne serait plus atteinte. Je serais partie ailleurs.

Le seul problème, c'est qu'ils seraient tous trop contents de me voir morte.

Une étrange sensation m'étreignit la poitrine. Douleur, compassion, et l'envie de faire quelque chose. Mais quoi?

Le feu était presque éteint. Je renonçai à mes devoirs. McGonagall allait me tirer les oreilles, mais c'était le cadet de mes soucis. Je ramassai mes affaires, et glissai le journal d'Antje sous le fauteuil, là où je l'avais trouvé. Puis je montai me coucher.

Je m'attendais à voire tout le monde endormi, mais au moment où j'allais me glisser entre les draps frais, j'ai entendu quelqu'un qui m'appelait :

-— Sirius, t'as pas honte de te coucher à une heure pareille ?

Ça, c'était Remus. Normal. L'approche de la pleine lune le rendait insomniaque. Pour le coup, ça m'arrangea. J'avais envie de parler de ma découverte avec quelqu'un.

— Laisse tomber. Je te rappelle que j'ai eu une retenue. Et qu'après j'avais mes devoirs à faire.

Je passai sous silence mon devoir de métamorphose que je n'avais pas fait. Remus le saurait bien assez tôt, et je n'avais pas envie de recevoir un sermon maintenant.

— Tu sais, mon grand, je ne voudrais pas jouer les pères la morale, mais n'empêche :si tu ne faisais pas autant de conneries, tu n'aurais pas toutes ces retenues qui t'empêchent de bosser.

— Ça va. Dis ça à James, on verra bien ce qu'il va te répondre.

— Il va me dire que je suis d'un naturel trop calme, pour changer un peu.

— Et puis tu me diras que faire des blagues à Rusard, c'est bien plus rigolo que de se bousiller les yeux derrière des bouquins barbants…

— Hum…

Il faisait trop noir pour le voir, mais j'imaginais parfaitement l'air à la fois désapprobateur et amusé Remus. Car même s'il n'était pas toujours d'accord, il participait presque à chaque fois à tous nos mauvais coups.

Je laissai passer un silence. Il fallait que j'arrive à parler du journal intime d'Antje et de ce que j'avais lu dedans, mais je ne savais pas comment m'y prendre. Après une courte réflexion, je finis par me lancer.

— Remus ?

— Quoi ?

— Qu'est-ce que tu penses d'Antje Ziegler ?

— Rien de particulier. C'est une pauvre fille. D'un autre côté, elle ne fait pas beaucoup d'efforts pour s'adapter. Pourquoi ?

— J'ai lu son journal intime.

J'entendis Remus se redresser brusquement dans son lit.

— Tu as quoi ?

— Elle l'avait oublié sous un fauteuil. Je l'ai trouvé par hasard en ramassant mes trucs qui étaient tombés de mon sac.

— Et comme de juste, tu étais obligé de regarder dedans. Sirius Black, un de ces quatre, ta curiosité te coûtera très cher, c'est moi qui te le dis.

— Peut-être, mais j'ai bien fait de le lire, parce que je ne me serais jamais douté qu'elle souffre autant de tous les trucs qu'on lui dit et qu'on lui fait.

— Ah bon, ça t'étonne ? Y a de quoi devenir dingue, pourtant.

— Tu veux que je te dise ? J'ai peur qu'elle fasse une connerie. À la fin, elle ne faisait que parler de mort, de suicide… elle est allée dans la salle de potions pour voir si l'armoire à poisons pouvait être forcée.

— Tu plaisantes, j'espère.

— Je te jure que non. Faudrait faire quelque chose pour elle. Nous, on se prend la tête pour mettre un peu de gaieté dans cette époque pourrie. Un suicide, ça foutrait le moral en l'air à tout le monde, et ça ferait un raffut d'enfer. Même si c'est le suicide d'Antje la Pleurnicharde.

— Mmmm… T'as pas tort, en effet. Le problème, c'est que cette fille est tellement habituée à se prendre des injures que ce n'est pas facile de l'approcher. Enfin bon, on verra demain. T'auras qu'à en parler à Lily Evans, c'est elle la préfète des filles. En attendant, on ferait mieux de dormir. Bonne nuit à toi, mon pote.

— Ouais, bonne nuit.

Je me roulai en boule sous mes couvertures, et enfouis mon visage dans l'oreiller. Le sommeil mit du temps à venir. Je n'arrêtais pas de penser à ce que j'avais lu dans le journal d'Antje.