(N'aie pas peur, enfant. Nous savons que cela fait mal. Mais n'aie pas peur. Attends. Bientôt, tout sera fini. Reste assis là, tranquille, et regarde les flammes. Regarde. Elles sont belles, n'est-ce pas ? Regarde leur danse. N'est-elle pas ensorcelante ?)

Le feu s'élève autour de lui. Des flammes pourpres montent, s'approchent comme pour le toucher, le caresser. Il reste assis sur le plancher, genoux relevés devant lui, dos courbé. Il se roule en boule, une étroite boule de chair, pour que les flammes ne le touchent pas. Il se roule en boule comme un nourrisson. Après tout, il est resté là pour pouvoir retourner à elle.

(Tu vas la retrouver. Attends simplement, jusqu'à ce que le feu vienne à toi, et te laisse t'échapper. Tu passeras par l'obscurité, mais tu te relèveras à nouveau, et elle sera là, et elle te serrera dans ses bras, comme elle le faisait quand nous étions enfants.)

Il suffirait qu'il baisse là tête, et la sphère serait lisse et complète. Mais il ne peut pas arracher son regard aux flammes. Ils ont toujours été ainsi, lui et ses frères, des enfants - papillons de nuit, toujours attirés par la lumière, jusqu'à brûler leurs fragiles ailes.

Le feu rampe et se rapproche. De lourds volutes de fumées s'élèvent et l'entourent, et pourtant se révèlent incapables de masquer les flammes enragées. Il contemple leur coléreuse danse ; elles se dressent et retombent, se déchirent et soudain chancellent, lumineuses, jaune bleu rouge, étincelles, cré ! pi ! te ! ments !

Il se balance d'avant en arrière, silencieusement, tranquillement.

(Ne crains rien. Bientôt, tout sera fini. Juste une dernière flamme, et tu t'échapperas. Tu n'est pas celui qui est voué au malheur ; nous le sommes. A la fin, nous t'envieront.)

(Bientôt, tu seras libre. Ta chair brûlera vite, tandis que notre agonie s'éternisera. Notre destin sera une longue, lente et douloureuse brûlure. Brûlés de l'intérieur. Brûlés par le souvenir d'un feu plus terrible, et par ce qui reste de ce feu en nous même. Brûlés, brûlés, brûlés, jusqu'au jour où nous devrons chercher à étancher notre feu ; jusqu'à ce que la furie de la bataille, la mer ou les feux de la terre éteignent la flamme blanche de nôtre âme.)

(Non, ne crains rien. La chair peut être détruite, tu seras vêtu à nouveau. Mais il n'y aura nul remède pour nos esprits brûlés, brisés.)

Il tremble.

(Ne crains pas le feu, notre parent. Cette terreur n'est pas pour nous. Nous avons toujours brûlé. Nous étions ces enfants étranges, dévorés de l'intérieur, aux yeux blancs et enflammés. Nous sommes nés brûlés vifs.)

Et puis, soudain, le feu, père possessif, se déchaîne et s'élance vers lui. Dévorant son propre enfant, enfant du feu.