Titre : Rêves de Poison

Nom de l'auteur : The Mad Puppy

Adresse de l'auteur : marianseehotmail.com

Catégorie : Angst/Dark, Romance, Drame

Mots-clés : Ginny, Tom Jedusor, voyage temporel, sommeil

Spoilers : Pré-OdP

Classement : PG-13

Description : « Je ne veux pas me réveiller Tom ». « Alors reste avec moi ». GW/TJ

Avertissement : Cette histoire est basée sur des personnages et des situations créées par J.K. Rowling et plusieurs éditeurs. Je n'en fais pas d'argent et aucune transgression de droits d'auteurs ou de marque enregistrée n'est voulue.

Notes de l'auteure : Il est grand temps que nous ayons plus de fanfics sur Tom et Ginny en français! (2) J'ai décidé de garder Ginny fragile, innocente et ostracisée, au lieu de la populaire Ginny téméraire et sans peur plus commune dans les fanfics. Je l'aime plus comme ça!


Rêves de Poison-Chapitre 1

Assise dans le Grand Hall, Ginny Weasley, jeune roussette de quatorze ans et laissée-pour-compte notoire, réduisait tranquillement ses œufs pochés en pièces. L'intention n'étant pas de les manger par après, mais bien juste donner l'illusion qu'elle mangeait.

Et, oh, aussi attendre pour voir combien de temps passerait avant que qui que ce soit lui adresse la parole—ou du moins se rende compte de sa présence. L'action peut paraître ridicule et masochiste, mais Ginny n'en tirait plus qu'un amusement cynique, comme un pari cruel que l'on fait à soi-même et que l'on gagne à tous coups.

Trois ans, un journal et des poussières avaient suffis pour transformer Ginny en ce qu'elle était maintenant : une ombre aux reflets humains, un fantôme pâle et mélancolique que les vivants évitent. Elle n'avait jamais été sociable, mais l'incident de la Chambre des Secrets l'avait frappée d'ostracisme. La moitié de ses camarades la fuyaient comme la peste, et l'autre moitié la considérait d'un œil dubitatif et dégoûté. Possédée. Idiote. Pauvre conne. Les insultes et les rumeurs pleuvaient dans les messes basses et autres chuchotements qu'elle entendait dans son dos.

« Être victime d'un journal—il faut vraiment être stupide! »

« Qui sait, Emma, peut-être qu'au fond elle aimait ça? »

« Tu veux dire…tu penses qu'il l'a touchée? Ah, mon dieu, quelle horreur!! »

Au début, Harry et Ron avaient étés là pour taire les ragots. Pour veiller sur son bien-être. Puis petit à petit, ils s'étaient détachés, faisant comprendre à Ginny dans des termes plus ou moins subtils qu'elle devait faire un effort pour s'intégrer et se défendre par elle-même contre les médisances. Qu'ils ne pouvaient pas toujours être là et que tout irait bien si elle y mettait un peu du sien. Qu'il fallait qu'elle se fasse des amis de son âge, et qu'elle fasse confiance aux autres.

Mais Ginny n'avait plus confiance. Tom avait bien veillé dans sa première année à détruire toutes les qualités nécessaires à une bonne amitié, et avait porté le coup final en se révélant lui-même un menteur, un profiteur abusant de sa naïveté.

Pourtant malgré tout elle avait essayé. Pour plaire à sa famille et à Harry, bon dieu, elle avait essayé. De s'intégrer, de se défendre, d'expliquer. D'être joyeuse et ouverte et de nouer des liens. Mais les gens persistaient à la voir comme une traîtresse, une imbécile, une demeurée, indigne de confiance et sans doute jouet consentant de Voldemort.

« Sale pute! » lui avait un jour lancé un garçon devant la foule.

Et personne n'avait rien dit, et personne n'avait rien fait. Et Ginny avait compris et cessé de lutter, et s'était transformé en la paria qu'on voulait qu'elle soit : un être irrémédiablement souillé.

Et pour la première fois de sa vie, ce matin-là, personne ne lui adressa la parole, ni ne fit aucun signe pour constater sa présence. Et Ginny sourit tristement en se disant que ça n'avait rien d'étonnant, que ça devait arriver un jour, et quelque part dans son for intérieur elle se disait qu'elle préférait presque, presque le temps où elle était avec ce maudit journal qui avait gâché son existence.

Même s'il était méchant, au moins Tom l'appréciait. À sa façon.

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Le temps et la solitude aidant, Ginny commençait à avoir une idée complètement différente de Tom. Subtilement elle avait fait quelques recherches sur lui à la bibliothèque—et le peu qu'elle y avait trouvé l'avait confirmé dans ses nouvelles convictions. Sans excuser Tom le moins du monde, cela rendait ses motivations plus compréhensibles, plutôt que le simple et plutôt bête « il est fondamentalement mauvais et ça explique tout ».

Tom était nez d'un père Moldu et d'une mère sorcière. Son père avait abandonné sa mère en apprenant son « état » et elle était morte en accouchant. Ensuite Tom avait été confié à un orphelinat Moldu aux conditions horribles, où il avait été maltraité par ses supérieurs et ses camarades, jusqu'à son entrée à Poudlard.

Déjà Ginny en avait eu une pointe de sympathie. Enfin, ça ne pardonnait pas ses meurtres et ses envies de purger le monde, mais du moins on ne pouvait lui en vouloir d'haïr les Moldus en bloc. Dans l'esprit de Ginny, ça ne confirmait qu'une chose—Tom était humain. Il aurait fallu être une machine pour ne pas sortir de l'expérience rempli de haine et d'envies de vengeance. ..Pousser l'idée jusqu'à vouloir exterminer les Sang-de-Bourbe aussi était un peu forte, surtout qu'il en était lui-même un, mais encore là, Ginny n'avait pas vécu sa vie, et donc ne pouvait même pas s'imaginer son émotion; donc elle ne pouvait pas prétendre comprendre.

Puis Tom s'était révélé d'une intelligence exceptionnelle, et d'un charme dont Ginny ne connaissait que trop bien les effets. En cinquième année il avait découvert son lien de parenté avec Salazar Serpentard, avait ouvert la Chambre des Secrets et tout le tralala. Après avoir fermé la Chambre pour sa propre sécurité et jeté le blâme sur Hagrid, il avait enfermé sa mémoire dans un journal, au cas où, et avait continué son cheminent scolaire, terminant sa septième année avec tous les honneurs possibles. Puis il avait disparu, et était revenu tel qu'on le connaissait aujourd'hui : Voldemort.

La seule chose qui ressortait vraiment dans tout ça était que Tom était brillant. Très—trop brillant. Son score dans tous les domaines feraient pâlir de jalousie Hermione si elle les voyait.

Et tranquillement, Ginny en était venu à détester tous ceux qui parlaient de Tom comme un monstre sans cœur et sans humanité. C'était justement parce qu'il avait un cœur et une humanité qu'il était devenu aussi mauvais—franchement, une haine sans limites doublée d'une intelligence exceptionnelle était supposée aboutir à quoi dans leur tête? Un être serein travaillant pour le bien de ce monde?

La vérité, bien qu'elle n'ait personne avec qui partager ses idées (quoiqu'elle ne les aurait jamais partagées, quelle blasphématrice elle serait) c'est que Tom, ou Voldemort, enfin, c'est la même chose…était un ennemi qu'on se devait de respecter. Il était fort, rusé et déterminé, et surtout, pas si malade mental que ça puisqu'il avait su recruter des dizaines et des dizaines de serviteurs! Toute cette histoire de bien et de mal, en fin de compte, n'était peut être qu'une question de perception et de point de vue.

Et si elle essayait, rien qu'un peu, de se mettre de SON point de vue, elle ne pouvait pas, du moins théoriquement, lui en vouloir pour l'avoir manipulée en première année. C'était comme ça que Tom agissait, qu'il avait appris à gagner, et très lucidement, qu'était-elle en comparaison de tout ça? Ginny Weasley, jeune sotte de onze ans, aux basques de Harry Potter, archi-ennemi de sa cause. Dieu qu'il avait dû trouver l'année avec elle pénible.

Et Ginny, rendu à ce stade dans ses réflexions, dans un effort pour être parfaitement honnête avec elle-même, devait bien reconnaître que Tom n'était pas seulement charmeur, mais terriblement beau. Il rayonnait de lui un magnétisme ténébreux, une promesse de plaisirs interdits. En comparaison, Harry était mortellement fade et ennuyeux dans sa gentillesse.

C'était tout de même ironique, penser que tous ses camarades la détestaient pour sa soi-disant « affinit » avec le Seigneur des Ténèbres, et qu'à présent, grâce à eux, avoir le choix peut-être qu'elle essaierait de le courtiser pour de vrai.

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Le reste de la journée fût épouvantable. Des bonnes journées, pour Ginny, voulait dire être ignorée froidement, échanger le strict nécessaire et minimum de paroles. Mais celle-ci s'était révélé un cauchemar du début à la fin—sans doute cela devait avoir avec les récents actes de Voldemort. Trois garçons l'avaient accosté pour lui demander des faveurs sexuelles assez crûment (« Allez, on sait que t'aimes ça! Tu l'as même fait avec Tu-sais-qui! »), les filles la regardaient passer en faisant des remarques sournoises à voix hautes, et, le comble, ce fût en rentrant dans le dortoir, son seul havre de paix habituellement.

Complètement vandalisé.

On avait massacré ses objets personnels, peint des messages haineux sur ses rideaux, bref, une persécution complète en bonne et due forme.

Et Ginny ne voulait pas pleurer. Ne pas leur faire ce plaisir. Rester forte. Elle était habituée. Ne pas…

Elle s'effondra sur son lit, le corps pris de tremblements, et s'endormit sur cette seule pensée :

Je voudrais tant voir Tom.

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Ginny ouvrit les yeux lentement, ses cils encore perlés de larme. Le dortoir était maintenant plongé dans le noir, et à en juger par les respirations lourdes et régulières qu'elle entendait, il faisait pleine nuit. Elle s'apprêtait à se rendormir quand elle vit une forme.

Grande.

Masculine.

Dans son lit.

Ginny ferma les yeux et hurla à pleins poumons pendant plusieurs secondes jusqu'à ce qu'elle se fasse secouer brutalement.

-GINNY!! GINNY WEASLEY!! QU'EST-CE QUI TE PREND???

-Em…Emma? dit Ginny, incrédule, en ouvrant les yeux.

L'homme avait disparu.

-Qui d'autre? dit Emma d'un ton exaspéré. Tu te calmes maintenant qu'on puisse dormir?

Ginny regarda autour d'elle. Toutes ses camarades la regardaient d'un air meurtrier, visiblement très ennuyées d'avoir été réveillées, surtout par elle, pour une raison sans doute stupide.

-Mais…il y avait…

-Pas de mais. Tu nous énerves assez le jour, pas besoin d'en rajouter la nuit, dit Emma avec un sourire cruel.

Ginny ne répondit rien, et fière de sa tirade, Emma s'éloigna. Peu après tout le monde était recouché. Ginny se rallongea, mais fût incapable de dormir. La vision qu'elle venait d'avoir était trop réelle pour n'être qu'un simple rêve! Et surtout, la forme lui rappelait quelqu'un. Mais qui? La pensée l'obséda à tel point qu'elle ne se rendormit pas.

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Le lendemain fût comme tous les autres pour Ginny. L'incident de la nuit n'avait que ravivé la froideur des autres filles à son égard, mais Ginny ne s'en rendit pas compte tant elle était absorbée par ses pensées. Si seulement elle n'avait pas hurlé…si elle aurait agi logiquement…elle aurait pu identifier la forme! Qui sait si elle ne possédait pas un don de double-vue? Un pouvoir magique spécial? Cela avait paru tellement réel! Frustrée, elle se jura de faire plus attention la prochaine fois. De toute façon, elle ne devait plus hurler, sans ça elle se mériterait sûrement la foudre de ses camarades…

Le soir venu, étendue sur son lit, Ginny se concentra, se forçant à prendre de grandes inspirations pour rassembler son énergie psychique, avec l'esprit fixé sur une seule et unique chose : revoir la forme de la nuit dernière. Mais le temps passa et rien ne se produisit, et malgré ses efforts Ginny succomba au sommeil.

Quand elle rouvrit les yeux, il faisait encore tout noir. Déçue et n'ayant plus sommeil, elle décida de lire son prochain devoir pour tuer le temps, et tendit la main pour saisir sa baguette magique pour se faire un peu de lumière.

Elle n'était pas là.

« Bizarre » se dit Ginny en fronçant les sourcils. Elle laissait toujours la baguette à cet endroit. À moins, bien sûr, qu'on le lui ait volé, ce qui ne serait pas la première fois.

Réprimant un soupir, Ginny se recoucha, tournant et retournant en tous sens pour essayer en vain de retrouver le sommeil. Et c'est alors qu'elle la revit.

La forme.

Là, à quelques centimètres d'elle. Dans ses draps. En train de dormir, à grands traits réguliers.

Ginny retint son cri au dernier moment, et se força à relaxer. Un frisson d'excitation lui remonta la colonne. Tant pis si elle ne faisait que rêver : pour un instant, cela lui faisait du bien d'être privilégiée, d'avoir une petite aventure bien à elle.

Elle examina la forme de dos dans la noirceur. Des épaules larges, une taille fine, un torse bien taillé. C'était bien un homme! Ginny se hissa sur un coude pour voir son visage, en prenant bien soir de ne pas le réveiller. Il faisait sombre; elle ne voyait rien! Elle approcha doucement son visage et plissa les yeux dans un effort pour mieux discerner ses traits. Des cheveux foncés…un nez fort et droit…une mâchoire carrée…

Ginny réprima un gloussement. La forme ressemblait à Harry! Qu'est-ce que ça pouvait donc bien pouvoir dire?

Et alors il se passa quelque chose d'inattendu.

La forme ouvrit les yeux.

Et Ginny se mit à hurler.

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Debout devant son miroir, Ginny essayait tant bien que mal d'appliquer un sort camouflant sur son œil tuméfié. La nuit passée, les filles l'avaient rossé pour avoir encore hurlé.

La main tremblante, Ginny agita la baguette. Mais rien ne se produisit. Elle n'arrivait pas à se concentrer. Tout ce qu'elle voyait était ces deux yeux sombres, froids et perçants qui s'étaient ouverts sur elle, ces deux yeux sombres qu'elle connaissait si bien.

Les yeux de Tom.


Chapitre 1-Fin

Le chapitre 2 sera publié le 24 juin. Reviews svp!