Si jamais parmi vous se trouve des lecteurs de mes autres fics (les traductions --), je vous prie de bien vouloir me pardonner de poster ceci avant de mettre à jour le reste. C'est juste que ça fait déjà quelques temps que l'envie me démangeait d'écrire ce qui suit ,,

Auteur : Mikii

Genre : conte – yao

Disclaimer : cette histoire est directement inspirée du conte d'Andersen, 'La petite sirène'. Toutefois, tous les personnages (et même l'histoire, a fortiori) ont été entièrement remaniés.

Note : dans le recueil de nouvelles 'Self Mad Man' de Poppy Z. Brite, l'auteur a choisi de remanier un conte dans l'esprit yaoï. L'idée m'ayant bien plue, j'ai décidé d'en faire de même Bon, l'histoire sera relativement courte, mais j'ai eu envie de la découper en petits chapitres, pour les poster à mesure.

Emerald Can't Cry

1 - Le soleil invisible

Il y avait un royaume au large, ancré dans les profondeurs de la mer. Celui-ci demeurait invisible aux yeux des humains voguant, ignorants, sur l'écume salée des vagues. Les habitants des ondes se complaisaient bien volontiers du sort qui leur avait été réservé, isolés qu'ils étaient du monde d'en dessus et des hommes qui le peuplaient.

Ce royaume était celui d'un roi bon et généreux qui, plusieurs fois l'an, organisait un grand bal et y conviait tous ses sujets.

Le roi de la Mer était veuf depuis bien longtemps, sa défunte épouse ayant disparue en couche en donnant la vie à leur sixième enfant, un garçon. Le deuil du roi n'en avait été que plus douloureux ; il avait en effet été prédit que si d'un fils il s'averrait devenir le père, l'enfant devrait être, le jour de ses seize ans, uni à l'héritier de la noble famille des Wizardheir, branche cadette de la famille royale. Le bon roi n'avait juste alors eut que des filles pour héritières, et la venue au monde du petit prince avait donné naissance à nombre de rumeurs au sujet du futur mariage royal.

Au sein de la communauté des ondes, cette situation apparaissait comme rarissime. Depuis des générations, les rois étaient mariés à leurs cousines, et si de roi il n'y avait pas, la reine était alors unie à l'aîné des Wizardheir. Or, la naissance du prince en avait fait l'héritier direct du roi de la Mer, selon le même principe que la loi salique des humains ; et tous savaient que le grand prince Wizardheir s'éteindrait bientôt, ne laissant derrière lui qu'un fils unique.

Si les mariages consanguins répondaient à la coutume, l'union qui s'annonçait entre les deux héritiers apparaissait aux yeux de bon nombre des sujets comme une alliance des plus étranges. Mais bien que certains s'y opposassent farouchement, il en était ainsi, et rien ne pouvait briser la loi coutumière, pas même le roi lui-même. Celui-ci décréta alors, au lendemain de la venue au monde du prince, qu'il s'en remettait pleinement aux décisions éternelles mais qu'ordre était donné de taire l'union promise à son fils jusqu'au lendemain de sa majorité.

Ce soir-là, on célébrait les quinze printemps de la première des princesses sirènes. L'évènement s'annonçait grandiose, tout avait été prévu pour que la fête se déroulât comme la plus mémorable des manifestations que le royaume ait connu depuis longtemps. On aurait dit que le château était devenu l'incarnation sous-marine de l'astre solaire ; des coulées d'or scintillaient en son toit, interrompues ça et là d'éclats de pierreries que l'on ne pouvait extraire qu'à longue distance du cœur du royaume. Sur les murs, le corail s'était démultiplié, comme si on le lui en avait intimé l'ordre, et ses couleurs rappelaient volontairement les teintes de l'habit qu'avait revêtu la plus âgée des filles du roi. Bordant la route conduisant au château, des centaines d'huîtres s'ouvraient au passage des invités, révélant en leur centre des perles brillantes aux milles reflets.

Peu à peu, la salle de réception, attenante à l'immense salle de bal, se remplit. Il y avait rarement eut tant d'invités à une réception, et le roi contemplait ses sujets d'un regard satisfait. La soirée promettait d'être parfaite.

Lorsque l'aînée des princesses fit son entrée, nageant avec souplesse et élégance, tous les yeux se rivèrent sur elle. Ses cheveux d'or avaient été remontés en chignon, à l'exception de deux longues mèches, légèrement ondulés, qui lui coulaient autour du visage. L'habit qu'elle arborait était le symbole de sa prestance puisque d'ordinaire, les femmes sirènes ne revêtaient qu'un atours dissimulant leur poitrine. L'aînée portait également douze huîtres à sa queue, tandis que les autres dames de qualité n'en avaient droit qu'à six. La fête commença.

Lorsque les membres de la famille royale allèrent pour se rassembler autour de la jeune adulte, tous purent aisément remarquer l'absence du cadet. Le roi intima l'ordre qu'on aille chercher son fils et qu'on le presse de regagner le lieu. Pourtant, le prince demeura introuvable et il fallut bien ouvrir le bal sans attendre. Ainsi en décida le roi.

Le prince allait rapidement, porté par l'un des courants marins proche du château de son père. Nombre des êtres occupants les lieux n'osaient s'aventurer dans de tels passages mais le garçon sirène n'avait cure de ce type d'inquiétude. Il n'avait aucun mal à maîtriser le courant, brassant l'eau de ses paumes et agitant sa queue de sirène de façon à ce que son corps ne fût pas emporter là où il ne le souhaiterait pas. Il ne rencontra ainsi nulle difficulté à se dégager du courant marin, pas plus que lorsqu'il y avait pénétré, et c'est avec toute l'aisance de nage dont il savait faire preuve qu'il monta en piquet en direction de la surface.

Il lui fallut pourtant interrompre sa course le long d'une paroi rocheuse ; son jeune âge lui interdisait encore l'accès au monde du dessus, ne serait-ce que pour entrevoir une courte seconde les vagues courant sous la brise. Nulle sirène n'était en mesure de contempler le monde des hommes avant sa majorité. Pourtant, dans le cœur du jeune prince, nul autre désir ne tenait une aussi grande place.

- Comme ma sœur a de la chance, en ce soir…, songea le prince.

Il aperçut soudain l'un des rayons du soleil couchant qui s'enfonçait dans les eaux claires de la surface et son regard capta alors l'éclat d'un objet enfoncé dans un recoin de la paroi rocheuse. Le jeune prince sirène nagea précipitamment et considéra la petite cavité quelques secondes avant de s'emparer précautionneusement de sa trouvaille. Sa connaissance du monde des humains ne lui permit toutefois pas de mettre un nom dessus, bien que le garçon collectionnât depuis son plus jeune âge tout ce qui semblait appartenir au monde du dessus et qui échouait au fond de la mer. Dans un premier temps, il s'était contenté d'amasser les découvertes dans la grotte qu'il s'était seul aménagé, puis il avait commencé à organiser les objets, glanant diverses informations sur l'usage qu'en faisaient les humains, auprès de son père principalement. Mais le roi ne se souciait guère de ce qui entrait en rapport avec l'en dessus, et le prince s'était rapidement lancé seul dans une tentative de compréhension des ustensiles rassemblés. Ses sœurs, à l'image de leur père, avaient peu de goût pour ce genre d'occupation, à l'exception de la cadette qui, régulièrement, venait rejoindre son jeune frère dans la grotte et l'aidait à l'étude des objets humains.

Il sentit pourtant immédiatement que sa nouvelle trouvaille était de valeur, peut-être pas pour les hommes d'en haut, peut-être pas pour les autres, mais pour lui.

Le bal semblait sur le point de s'achever lorsque le jeune prince fit son entrée dans la salle. Son père ne fit aucun commentaire sur son absence prolongée, mais le garçon vit dans son regard que son attitude n'allait pas pour lui plaire. Lorsque les coquillages musicaux se refermèrent sur leurs dernières notes, la première dame de la fête, désormais majeure, se précipita à sa rencontre en oubliant quelque peu la grâce qu'elle se devait de mettre dans sa nage. De son visage éclairé, elle lui annonça qu'elle partait dès à présent à la surface.

- Je ne veux plus attendre ! Et je tiens fermement à contempler l'astre solaire qui se couche pour ma première ascension, dit-elle d'une voix joyeuse.

Comme le garçon l'enviait en cet instant ! Si seulement les mots avaient pu exprimer ce que son cœur ressentait ! Il suivit sa sœur aînée en dehors du château, ainsi que le reste de la famille royale et certains des sujets parmi les plus hauts placés. Le roi nagea aux côtés de sa fille sur une courte distance, sous les acclamations de la foule rassemblée, avant de la laisser seule regagner la surface. Puis tous se dissipèrent et le prince demeura là, ne souhaitant pas rentrer immédiatement. Il contempla longtemps la mer sombre au dessus de lui, envahit par des rêves impossibles de rejoindre la sirène, là-haut. Si lui, lui, avait seulement pu devenir majeur en ce jour !