I will try not to breathe, this decision is mine.

I have lived a full life, and theses are the eyes

that I want you to remember.

I need something to fly over my grave again

I need something to breathe

I will try not to burden you, I can hold these inside.

I will hold my breathe, until all these shivers subside,

I will try not to worry you

I have seen things that you will never see

Leave it to memory me.

(Try not to breathe, R.E.M.)

Chapitre 4 : On n'est jamais assez prudents

Sirius fut réveillé par un rayon de soleil qui éclairait sa chambre. Il cligna des yeux et secoua la tête, puis regarda autour de lui. Il était toujours assis sur le canapé – ce qui expliquait peut-être son désir de s'étirer pour soulager ses vertèbres douloureuses, et Harry était toujours collé contre lui – ce qui expliquait la nuit étonnamment paisible qu'il venait de passer. Sirius sourit. Il l'avait fait ! Il avait parlé à son filleul… Enfin, il aurait été plus exact de dire que c'était son filleul qui avait commencé à parler, mais le résultat était le même. Harry s'était confié à lui… et il s'était confié à Harry. Bon, ça, ce n'était pas vraiment prévu. Mais finalement, ce n'était pas plus mal ainsi.

Sirius baissa les yeux vers son filleul. Harry dormait encore profondément, aussi profondément que pouvait le faire James à l'époque, lui qui était si difficile à réveiller. Seulement, alors que Sirius adorait se charger de réveiller son meilleur ami de toutes les façons possibles et imaginables, il n'avait aucune envie de réveiller son filleul. Au contraire de son père, Harry ne devait pas profiter d'un tel repos bien souvent. Et Merlin sait pourtant qu'il en a besoin…

Sirius fit gentiment glisser l'adolescent sur le canapé. Il se leva ensuite et alla chercher la couverture qui était restée sur son lit pour la poser sur Harry, qu'il se fit un plaisir de border. Il esquissa un sourire. Heureusement pour lui comme pour moi qu'il est endormi… Sirius regarda l'horloge accrochée au mur : il était juste 6 heures du matin. Les membres de l'Ordre n'étaient pas censés revenir avant le début de l'après-midi. Harry et lui avaient donc encore une matinée entière à passer ensemble. Sirius était bien décidé à en profiter au maximum. Il se dit alors qu'il allait commencer cette journée en préparant un petit déjeuner copieux. On a tous les deux bien besoin de prendre quelques kilos. Pour ça, je suis d'accord avec Molly ! Avant de sortir de sa chambre, il ralluma le feu qui s'était éteint durant la nuit et jeta un coup d'œil sur Harry. Ce dernier s'était pelotonné sous la couverture et dormait toujours à poings fermés.

Sirius quitta la pièce en refermant doucement la porte derrière lui. En descendant les escaliers, il se mit à siffloter joyeusement, ce qu'il n'avait plus fait depuis bien longtemps. Une fois dans la cuisine, il décida de commencer par se faire un café. Il ouvrit armoire après armoire, mais aucune ne contenait la moindre chose ressemblant de près ou de loin à un paquet de café. Toutefois, rien ne pouvait entamer la bonne humeur de Sirius aujourd'hui. Sans s'énerver, il frappa à la porte sous l'évier, là où Kreacher avait élu résidence, pour lui demander où il pourrait en trouver. Pas de réponse. Il ouvrit alors la porte : pas la moindre trace de l'elfe de maison. Et moi qui étais prêt à faire des efforts et à le lui demander gentiment… Tant pis pour lui ! Toujours sifflotant, Sirius ressortit de la cuisine et descendit à la cave, où il trouva enfin ce qu'il cherchait.

En remontant, malheureusement, sa bonne humeur s'envola d'un coup. En effet, arrivé en haut des marches, il entendit un bruit, si léger que seule son ouïe canine était capable de le déceler. Oh non… Immédiatement sur ses gardes, il sortit sa baguette et avança à pas de loup. Il tendit l'oreille. Ne remarquant plus rien d'anormal, il allait se risquer dans le couloir, mais avant qu'il ait pu faire le moindre mouvement, il se retrouva plaqué contre le mur, le bras droit retourné dans le dos et une baguette plantée dans la nuque. Merde !

« On ne bouge plus. » Cette voix ? « Avance ! »

Sirius obtempéra et se laissa pousser sans résistance dans le hall d'entrée plongé dans la pénombre. Alors qu'il allait atteindre la cuisine, tentant le tout pour le tout, il se retourna brusquement et, réussissant à dégager son bras, appuya à son tour sa baguette contre la gorge de son adversaire.

« Tu bouges, t'es mort ! »

« BLACK ! »

Sirius plissa les yeux. Cette voix lui rappelait décidément quelqu'un. « Lumos ! »

« MOODY ! » De surprise, Sirius laissa retomber sa baguette. « N'auriez pas pu vous annoncer, non ? », croassa-t-il.

Sans répondre, Moody grogna : « Qu'est-ce que vous croyez, Black ? Vous foutiez quoi là en bas ? »

« J'habite ici, Moody… Il me semble que j'ai le droit d'aller à la cave quand bon me semble ? »

Pour toute réponse, Moody se contenta de pousser un autre grognement. Sirius en profita pour demander à son tour : « Et vous, si je peux me permettre, qu'est-ce que vous faites déjà là ? Je crois avoir le souvenir que personne ne devait remettre les pieds ici jusqu'à cet après-midi… ? »

« Avais un mauvais pressentiment, ai préféré venir vérifier les lieux… », maugréa l'Auror.

« Mmmmm… », commenta Sirius, le sourire en coin. « Bon. Vous voulez un café, maintenant que vous êtes là ? J'allais m'en faire un, avant de me retrouver la tête enfoncée dans le mur… »

« Pas de refus », laissa tomber Moody.

Tous deux entrèrent donc dans la cuisine. Tandis que Sirius s'affairait à préparer le café, Moody se mit à faire le tour de la pièce. Puis, il commença à ouvrir méthodiquement chaque armoire.

« On peut savoir ce que vous faites ? », demanda Sirius en se retournant, après avoir observé le manège de son ancien chef quelques instants.

« Je fouille, Black ! On n'est jamais – «

« - assez prudents. Oui, je sais ! », le coupa Sirius en se retournant à nouveau vers son café et en levant les yeux au ciel. « Vous savez, les seules créatures vicieuses que vous trouverez ici sont ma mère et Kreacher… Si ça vous intéresse, votre café est prêt », finit-il en posant deux tasses sur la table.

« Où est Potter ? », demanda Moody en s'installant en face de son ancien élève.

« En haut, dans ma chambre. Il dort encore. »

« Dans votre chambre ? », sursauta Moody. « Pourquoi, il y a un problème avec la sienne ? »

Sirius soupira. « Il n'y a pas de problème - sauf peut-être mon ancêtre accroché au mur - dans sa chambre. On a DISCUTÉ dans la mienne, et c'est là qu'il s'est endormi, c'est tout. »

Peut-être que Moody remarqua la drôle d'expression que Sirius avait en disant cela, car il demanda d'un ton bourru : « Et… comment ça s'est passé ? »

Sirius sembla soudain se réveiller. « Comment ça s'est passé ? Mais… plutôt bien, si vous voulez tout savoir. Bon, si on excepte le fait qu'il a failli me faire fondre en larmes… »

« Pardon ! », s'exclama Moody.

« Non, laissez tomber… », répondit Sirius, les yeux dans le vague. Sur quoi, il devint très intéressé par sa tasse de café.

« Black. » Sirius ne réagit pas. « Black ! »

« Oui ? », répondit enfin ce dernier d'un air innocent.

« Il faut apprendre à vous laisser aller, Black. »

Ce fut au tour de Sirius de sursauter. « Quoi ? », s'exclama-t-il en écarquillant les yeux. « C'est vous qui me dites ça ? C'est Azkaban, ou vous avez passé votre temps à me répéter le contraire durant ma formation ? »

« Azkaban n'a rien à voir là-dedans, Black ! A l'époque, vous étiez jeune, irresponsable, casse-cou… »

« Vous pouvez me dire ce qui a changé exactement ? », le coupa Sirius d'un ton ironique. « A part que j'ai pris vingt ans de plus, bien sûr… »

Moody soupira. « Honnêtement, vous ne me facilitez pas les choses, Black. » Après un silence, il poursuivit : « Bon, effectivement, vous êtes toujours un peu casse-cou, c'est vrai. Mais l'important », continua-t-il sans laisser Sirius l'interrompre, « c'est que vous n'êtes plus tout seul. Vous n'êtes plus, comment dire… sans attaches, si vous voyez ce que je veux dire. »

Sirius ne répondit rien. Les yeux toujours fixés sur sa tasse de café, il réfléchissait. Enfin, il lâcha : « Et… vous trouvez que c'est une bonne chose ? Je veux dire, que j'aie cette… responsabilité ? », demanda-t-il avec hésitation.

Moody eut un de ses rares sourires. « Je ne vous dirai que ça, Black : ce gamin vous adore. » Sirius releva la tête. « Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. En fait, je trouve même qu'il vous admire un peu trop… »

Sirius se mit à rire doucement. « C'est ce qu'il m'a dit, justement. »

« De quoi ? », demanda Moody, étonné.

« Qu'il m'admirait… »

« Alors ? Il est où votre problème exactement, Black ? »

« Ben, c'est-à-dire… j'ai pas l'impression d'être vraiment fait pour ça, vous voyez… »

« Franchement, c'est ce que je me suis toujours dit. Quand je vous voyais, il y a vingt ans, comme Auror, je me disais que vous étiez fait pour ce métier. Potter aussi était doué, mais il avait un problème : sa femme. »

Sirius gloussa.

« Je parle sérieusement, Black. On ne peut pas s'engager dans des missions dangereuses quand on pense à sa famille en même temps. Vous, vous n'aviez pas ce problème… »

« Pour ça… », ricana Sirius.

« C'est la raison pour laquelle j'ai été très étonné en vous voyant avec le jeune Potter. Je ne pensais pas que vous vous en sortiriez aussi bien. »

« Parce que je m'en sors ? », dit Sirius d'un ton incrédule.

« Black, vous êtes sourd ou quoi ? Vous êtes parfait, je vous dis ! » Comme une arrière-pensée, Moody ajouta d'une voix soudain très bourrue : « En fait, vous me ressemblez moins que ce je croyais. »

Sirius le regarda les yeux ronds. Puis il se reprit et déclara en souriant : « Allez savoir, Moody… »

Ce dernier plissa les yeux, puis eut un autre de ses sourires si rares. Fait deux fois en même pas une heure… Comme quoi, les miracles existent ! Soudain, Moody se redressa et sortit sa baguette. Sirius se mit à rire. Lui aussi pouvait entendre des bruits de pas dans les escaliers.

« Euh… si vous voulez mon avis, ça doit être Harry ! »

« On n'est jamais – «

« - assez prudents, d'accord, d'accord », dit Sirius en levant les mains et les yeux au ciel.

C'est ainsi que le trouva Harry en entrant dans la cuisine. Il fronça les sourcils en se demandant ce qui pouvait bien se passer. Il allait ouvrir la bouche pour annoncer son arrivée quand il se retrouva nez à nez avec une baguette pointée contre lui. Il sursauta, mais se détendit en voyant à qui appartenait le bras qui tenait la baguette, et surtout en entendant la voix de son parrain. « Pas d'inquiétude, Harry, c'est Moody qui est un peu trop… prudent. »

Ce dernier fusilla Sirius du regard puis se retourna vers Harry et lui demanda : « Prouvez-moi que vous êtes Potter ! »

Essayant de ne pas rire, Harry répondit : « Euh… je veux bien. Qu'est-ce que vous voulez savoir ? »

« Comment efface-t-on la carte du Maraudeur, Harry ? », s'interposa Sirius.

« On lui donne un coup de baguette en disant méfait accompli », récita Harry en souriant.

« C'est lui, Moody. Laissez-le passer. »

Moody s'exécuta en grommelant.

« Vous pourriez peut-être lui dire bonjour, au moins ? », commenta Sirius d'un ton sarcastique. Moody marmonna un vague salut et se rassit devant son café. Sirius, derrière lui, leva encore une fois les yeux au ciel et adressa un sourire narquois à Harry. Ce dernier pouffa. « Bonjour, Harry. Bien dormi ? »

Harry s'avança vers lui. « Comme un loir. Ça fait du bien… »

« A qui le dis-tu ! Et ce matin, comment tu vas ? Pas de mal de tête à signaler ? »

« Euh, non, ça va… », répondit Harry en hésitant.

« Je veux dire : tu n'as pas la gueule de bois, j'espère ? », insista Sirius d'un ton taquin.

Moody leva la tête et fronça les sourcils, mais Harry se mit à rire. « Ah, ça ! Non non, tout va bien, merci. Apparemment, je supporte assez bien… »

« Je vois ça », répondit Sirius en hochant la tête. « Je voulais te préparer un petit-déjeuner, mais lui, là », fit-il en indiquant Moody, « m'a légèrement retardé… »

« C'est pas grave ! Je vais le faire – « , s'exclama Harry en se dirigeant vers le fourneau. Sirius le retint gentiment par le bras comme il passait devant lui.

« Il n'en est pas question ! » Face au regard étonné de son filleul, il expliqua : « Tant que tu es ici, et sous ma responsabilité, je ne veux pas te voir préparer un seul repas. C'est clair ? », ajouta-t-il avec un regard et un sourire significatifs.

Harry acquiesça. « Bien, chef ! Mais je peux t'aider, au moins ? »

Sirius réfléchit un instant. « D'accord. A vrai dire, c'est peut-être même mieux, étant donnés mes talents culinaires… qui, selon Remus, sont pires que ceux de ton père. Et je te jure que ce n'est pas peu dire… »

Sirius sourit d'un air contrit. Harry éclata de rire, et Moody renifla.

Sirius se tourna vers ce dernier. « Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? »

Harry s'arrêta de rire et se mit à observer les deux hommes. Moody regardait Sirius, une lueur brillant dans son œil valide.

« Mais… la vérité, Black. Bien ce qui m'amuse, d'ailleurs… »

« Oui, bon, d'accord, je ne sais pas cuisiner… Et alors ? », se défendit Sirius.

« Oh, mais rien, rien… Simplement, je viens de me rappeler une anecdote - »

« Moody », menaça Sirius.

« - qui, j'en suis sûr – «, continua l'Auror en l'ignorant.

« Non », insista Sirius d'une voix légèrement paniquée.

« - amuserait beaucoup Potter ici présent. »

Sirius poussa un gémissement. « Pitié… », dit-il en lançant un de ces regards de chien battu dont il avait le secret.

« Ces yeux-là ne prennent pas avec moi, Black, vous devriez le savoir. »

Sirius gémit à nouveau. « Vous êtes dur, vous savez ? », dit-il d'un air misérable.

« Hé oui, je sais… », répondit Moody sans pitié.

Harry n'avait pas perdu une seule parole de l'échange entre les deux hommes. Il était étonné de voir à quel point ils semblaient bien se connaître. Bien sûr, il savait que Sirius, durant sa formation d'Auror, avait dû avoir à faire avec Moody, mais personne ne lui avait jamais dit qu'ils avaient aussi fait équipe.

Il fut tiré de ses pensées par Moody. « Alors, Potter, vous voulez que je vous raconte ou pas ? » Harry hésita. Son parrain lui faisait des signes désespérés derrière le dos de son ancien chef. Mais il avait vraiment envie de savoir de quoi parlait Moody. « Oui, je veux bien ! »

Sirius baissa la tête d'un air dépité. « D'accord, j'ai compris : vous êtes tous contre moi… » Il reprit ses yeux de chien battu, et, d'un ton résigné, déclara : « Allez-y, détruisez-moi aux yeux de mon propre filleul. » Mais il ne put s'empêcher de sourire en regardant Moody.

Ce dernier se racla la gorge. « Bien », commença-t-il en regardant Harry qui venait de s'asseoir à la table. « Comme vous le savez, Potter, votre parrain et votre père, après être sortis de Poudlard - et quand ils n'étaient pas en train de faire les quatre cents coups, ont suivi une formation d'Aurors. » Harry hocha la tête et jeta un regard vers son parrain, qui se décomposait à vue d'œil. « A l'époque, il était de tradition que l'on prenne notre déjeuner en commun au quartier général, et chacun était chargé de le préparer à tour de rôle. » Moody s'arrêta pour jeter lui aussi un coup d'œil à Sirius, et grogna. « Lors de leur première semaine en tant qu'apprentis Aurors, votre père et votre parrain ont donc vu leur tour venir de servir un repas à leurs collègues. » Sirius se cacha la tête entre les bras. « Or, ils avaient décidé de nous préparer du poulet rôti. » Sirius geignit. « Seulement, ni l'un ni l'autre n'a pensé à allumer le four pour faire CUIRE ledit poulet. » Harry pouffa. « Donc, toute la brigade a été obligée de se contenter de salade ce jour-là. Votre père comme votre parrain se sont passablement ridiculisés, je dois dire. Je crois que votre mère en est presque morte de honte… Quant à Sirius, il a perdu ce jour-là toutes ses chances de conquérir une certaine collègue - » Sirius leva la tête. « C'est FAUX ! Je n'étais absolument pas intéressé par - » Moody fit comme s'il n'avait pas entendu : « Votre père et votre parrain n'ont plus jamais été chargés de préparer un seul repas chaud de toute leur formation. On ne leur a plus confié que les pique-niques… »

Harry riait sans pouvoir s'arrêter, mais presque plus à cause de la tête de son parrain et de l'expression de Moody que pour l'anecdote elle-même. Sirius était totalement révolté. « Et qui vous dit que ce n'est pas James qui était chargé d'allumer ce four, hein ? Après tout...»

« Effectivement, je n'ai aucune preuve. Mais il n'en reste pas moins que vous n'y avez pas pensé non plus… » Après un moment de réflexion, Moody ajouta : « Avec le recul, je me demande maintenant si le canidé que vous êtes ne voyait simplement pas l'utilité première de faire cuire ce volatile… »

Sirius ouvrit la bouche pour protester, mais soudain il se ravisa, et, en l'espace d'une seconde, un grand chien noir se trouva assis à sa place. Ce dernier poussa un aboiement, puis sauta sur le sol et s'avança vers Harry. Arrivé devant lui, il posa ses pattes avant sur ses genoux et remua furieusement la queue. Harry se mit à rire, et le chien lui lécha le bout du nez. Ensuite, il continua son chemin vers Moody, qui le regardait, essayant de cacher à la fois son amusement et son admiration. Une fois à sa portée, Padfoot pencha la tête de côté, puis étira ses pattes avant dans une position invitant au jeu. Sur quoi il poussa un autre aboiement, et se mit à courir. Après avoir fait le tour de la cuisine, il revint se poster devant Moody, reprenant son air de chien battu. Vaincu, Moody éclata de rire, puis se mit à lui tapoter la tête. Padfoot jappa joyeusement, puis retourna ensuite vers Harry et lui donna de petits coups de tête afin d'attirer son attention. Harry, riant toujours aux éclats, céda et lui caressa lui aussi la tête.

Moody choisit ce moment pour se lever. « Bon », déclara-t-il en buvant sa dernière goutte de café. « Il est temps que je vous laisse. Ce que je constate a considérablement calmé les inquiétudes que je pouvais avoir. On se revoit bientôt. » Il s'approcha de Harry et lui tendit la main. « Faites attention, Potter, vous savez qu'il est capable de n'importe quoi… » Harry lui serra la main et acquiesça en souriant. Moody baissa ensuite les yeux vers Padfoot, mais celui-ci venait de reprendre sa forme humaine.

« Je vous raccompagne. » En sortant de la cuisine, Sirius se retourna, et avertit Harry. « Si tu touches à un seul couteau, gare à toi ! »

Sirius et Moody traversèrent le couloir sans rien dire. Arrivé devant la porte, l'Auror se tourna vers son ancien élève et lui tendit la main. « Au revoir, Black. » Sirius lui rendit son salut. Il aurait bien aimé dire quelque chose de plus, mais sa gorge était étrangement sèche. Moody avait ouvert la porte, il allait sortir, ce serait bientôt trop tard…

« Euh… chef ? » Moody se retourna, étonné. « Oui, Black ? » Sirius serra les lèvres. « Euh… je voulais juste… c'est-à-dire… en fait… » Etonnamment, Moody ne perdit pas patience, et ne l'interrompit pas. Sirius se jeta à l'eau. « Merci, chef », dit-il enfin en souriant. Moody lui sourit alors lui aussi, lui fit un signe de tête, et passa la porte.

Sirius resta un moment dans le couloir à regarder la porte qui venait de se refermer. Un sourire éclaira lentement ses traits. Se remettant à siffloter, décidément d'excellente humeur aujourd'hui, il fit enfin demi-tour pour aller préparer le petit déjeuner en compagnie de son filleul.

En approchant de la cuisine, il s'exclama : « Alors, Harry, j'espère que tu as obéi, au moins… » Mais personne ne lui répondit. Pour la simple et bonne raison que, comme Sirius put le constater en entrant dans la pièce, son filleul s'était volatilisé.

Etonné, Sirius fit le tour de la pièce des yeux. Il n'a pourtant pas pu disparaître comme ça… A moins que… Il se baissa et ouvrit une nouvelle fois la porte sous l'évier. Mais la cachette de Kreacher était toujours vide. Sirius sentit alors insidieusement l'inquiétude le gagner. Ne sois pas ridicule, Padfoot, qu'est-ce que tu veux qu'il lui soit arrivé ? Mais il ne put empêcher une petite voix au fond de lui de répondre : Qui sait ce que V- La ferme ! Sirius se secoua et ressortit de la cuisine pour aller vérifier les autres pièces. Serait plus simple si tu l'appelais, non ? Oui, mais Sirius avait bien trop peur du silence qui risquait de lui répondre. Néanmoins, une fois qu'il eut visité le rez-de-chaussée sans résultat, il commença carrément à paniquer. Et Moody qui n'est jamais là quand on a besoin de lui !

« Harry ? », s'exclama-t-il enfin en montant les escaliers quatre à quatre, mais d'une voix tellement enrouée qu'elle ne portait pas bien loin.

Arrivé à l'étage, il entendit du bruit qui venait de la chambre occupée par Buckbeak. C'est vrai qu'il doit avoir faim, lui aussi. Il s'arrêta net. Hé, mais… Sirius courut jusqu'au fond du couloir et ouvrit la porte à toute volée.

« Harry ! », hurla-t-il pratiquement en entrant.

Ce dernier, qui était en train de ramasser l'assiette de l'hippogriffe, se tenait dos à la porte, et sursauta violemment. Buckbeak, surpris lui aussi, se dressa d'un air menaçant. Harry recula alors brusquement, et tomba à la renverse, ce qui eut pour effet de perturber l'animal encore plus.

« Ne bouge pas, Harry », ordonna Sirius d'une voix calme, prenant le contrôle de la situation. « Buck », appela-t-il ensuite doucement pour attirer sur lui l'attention de l'hippogriffe. Ce dernier le fixa de ses yeux perçants. « Doucement… Tout va bien… » Il s'approcha lentement de l'animal, qui parut se calmer, et finit par se recoucher. Sirius lui caressa la tête, puis se tourna vers son filleul, qui gisait toujours par terre et le regardait d'un air inquiet.

Il soupira. « Ne me refais plus jamais ça, Harry. »

Harry avala sa salive. « Je – je suis désolé. Je sais que – Mais je me suis dit que Buckbeak devait avoir faim et – tu parlais avec Moody – je voulais pas te déranger - », balbutia-t-il.

« Harry… », essaya de l'interrompre Sirius, qui se sentait maintenant un peu ridicule de s'être inquiété à ce point. Il faut te calmer, Padfoot, ou tu vas finir par faire concurrence à Molly. Il s'avança en direction de son filleul, mais s'arrêta net en le voyant reculer. Qu'est-ce que – Mais, ma parole, il a PEUR !

Harry était arrivé contre le mur, et ne pouvait donc plus bouger. Il leva les yeux vers son parrain. Il m'avait dit pourtant de ne rien faire. Pourquoi j'ai pas obéi, hein ? Pour une fois que quelqu'un s'occupe de moi…

« Harry… », réessaya Sirius en s'approchant lentement de lui, un peu comme il l'avait fait avec l'hippogriffe quelques instants auparavant. Harry le fixait de son regard craintif. Merlin… Sirius ferma les yeux. Pourquoi je me suis énervé comme ça, aussi ?

« P – pardon », s'excusa une nouvelle fois Harry d'une petite voix.

Sirius rouvrit les yeux et s'agenouilla devant lui, tendant le bras. « Harry… Je ne suis pas fâché, espèce d'imbécile ! » Son filleul avait l'air perplexe. « J'ai eu peur, Harry ! Tout bêtement. Ou plutôt TRES bêtement… »

« Tu – tu as eu… peur ? », s'étonna Harry.

Cette fois, Sirius n'hésita pas et vint carrément s'asseoir à côté de lui, appuyant lui aussi son dos au mur. Harry remua un peu, mais resta où il était.

« Oui, Harry… C'est donc si étonnant que quelqu'un puisse avoir peur pour toi ? »

Harry baissa les yeux. « Ben… oui. »

Sirius renversa la tête contre le mur, et ferma à nouveau les yeux. Je crois que j'aurais préféré ne pas connaître la réponse. Il rouvrit les yeux quand Harry ajouta : « Mais c'est plutôt agréable. »

Sirius lui sourit. « Heureux de l'apprendre. Parce que j'ai vraiment eu une sacrée frousse, je te jure… »

« Je suis vraiment dés - », tenta alors une nouvelle fois de s'excuser Harry, l'air franchement navré. Mais son parrain ne le laissa pas achever, et plaqua une main sur sa bouche.

« Je ne veux plus entendre aucune excuse, d'accord ? », dit-il en souriant. Harry hocha la tête, et Sirius retira sa main.

« C'est moi qui suis ridicule, d'avoir tout de suite paniqué comme ça. On dirait une vraie mère poule… », ajouta-t-il en haussant les sourcils.

Harry, sans le regarder, répondit : « Moi j'aime plutôt bien quand tu joues les mères poules… »

Quelqu'un d'autre aurait pu prendre cela pour une plaisanterie, mais Sirius ne s'y trompa pas. Il pencha la tête de côté et plissa les yeux. « C'est vrai, ce mensonge ? »

« Ben… c'est pas non plus comme si j'avais l'habitude qu'on s'occupe comme ça de moi, faut dire… La – la seule personne qui s'est jamais comportée comme ça pour moi, c'est peut-être Madame Weasley. Mais… c'est la mère de Ron, quoi. »

« Et je ne suis que ton parrain… »

« Que », s'exclama Harry en se tournant vers Sirius, les yeux ronds. « Tu plaisantes, j'espère ? »

« Pas vraiment… Disons que j'avais besoin d'être rassuré ? », plaisanta son parrain.

« C'est ça… Tu as surtout besoin qu'on te jette des fleurs, oui ! », le taquina Harry.

Sirius passa brusquement un bras autour du cou de son filleul et l'entraîna vers lui. « Je t'apprendrai à me parler comme ça ! »

« D'accord, d'accord, je retire ce que je viens de dire ! », gloussa Harry. Sirius le relâcha alors tout en lui ébouriffant les cheveux. Ce faisant, il devina sous sa main la cicatrice en forme d'éclair dont il aurait tellement voulu pouvoir débarrasser son filleul. Sans y penser, il se mit à la tracer du bout des doigts.

Harry remua et leva le bras, écartant gentiment la main de son parrain. Sirius comprit et redescendit aussitôt son bras pour le poser sur son épaule.

« Tu en as marre de cette cicatrice, hein ? », demanda-t-il gentiment.

« Ça… », soupira Harry pour tout réponse. Après un moment, il ajouta comme s'il réfléchissait : « Mais bon, je suis pas le seul à en avoir… »

« Pardon ? », sursauta Sirius, qui était perdu dans ses pensées. De qui il veut parler ?

« Une cicatrice. Je suis pas le seul à en avoir une. » Sur quoi Harry se retourna légèrement, observa son parrain quelques secondes, puis leva lentement son bras et posa d'un geste sûr sa main presque au niveau de l'épaule droite de Sirius.

Ce dernier, abasourdi, l'avait regardé faire sans rien dire.

« Mais… comment tu sais ça, toi ? », s'exclama-t-il enfin, stupéfait.

« Ben… parfois j'ai remarqué qu'on dirait qu'elle te fait encore mal, et… quand tu te transformes en chien, elle se voit. »

« Hé bien… Bien observé, Harry ! », admit Sirius. J'y crois pas ! Il est malin, Pronglet…

« Tu vois : toi aussi tu en as une. Pas à cause des mêmes circonstances, c'est sûr, mais ça doit aussi être désagréable… »

« Azkaban », lâcha soudain Sirius.

Harry lui jeta un regard étonné, et vaguement nerveux. « Tu – tu n'es pas obligé de raconter, tu sais, je –«

« Elle date des premiers temps. Disons que… j'avais un peu de mal à supporter les murs… », expliqua Sirius d'une voix hachée. Mais pourquoi je lui raconte ça, moi ? Je ne crois pas qu'il ait envie de savoir que j'en étais presque à me jeter contre…

Harry le regardait, les yeux pleins de compassion, mais incapable de trouver quoi dire. Sirius força un sourire, puis, après s'être éclairci la gorge, il s'exclama : « Hé ! Il me semble qu'on avait prévu de préparer un petit déjeuner, non ? »

Harry acquiesça, retrouvant lui aussi son sourire.

« Alors, qu'est-ce qu'on attend ? On y va ? », dit Sirius en se levant, imité par son filleul.

Une fois debout, Sirius jaugea Harry d'un air malicieux, puis déclara en lui faisant un clin d'œil: « Le premier arrivé en bas a gagné ? »

Harry sourit en hochant la tête: « Ok. »

« Alors, à mon signal… Prêts ? Partez ! » Sur quoi Sirius sortit en trombe de la chambre, Harry sur les talons, et tous deux dévalèrent les escaliers en direction de la cuisine. Et cette fois, aucun d'eux ne prêta la moindre attention aux remarques que Madame Black leur adressa comme il faisait voler le rideau recouvrant son portrait.

MEFAIT ACCOMPLI