Sa main est étendue sur la surface lisse, immobile, d'un blanc crayeux contre le marbre gris, os et tendons visibles. Une rosée rougeâtre de lumière perle ici et là ; des ombres hésitantes frémissent sur la peau et la pierre.

Elle se replie soudain en un poing maigre, serré, dur ; et puis, tout aussi brusquement, s'étire de nouveau, ses doigts - comme des brindilles, des tentacules -, tendus, craquant, furieux, alors qu'ils se plient et se déplient dans l'air.

Elle se tord dans l'obscurité, désirant la lumière, rampant vers la mince et lumineuse flamme ; s'agite dans sa chaleur, tente d'attraper des étincelles, agrippe une brûlure.

Bruits de pas.

'Est-ce toi qui a fait cela ?' Sa voix est hésitante.

Elle ne répond pas. Elle hoche simplement de la tête, brusque et rapide. De la limaille de cuivre oscille brièvement contre sa tempe. Elle a des flaques d'ombre aux joues ; une ombre qui inonde, noire comme l'encre, sa peau de papier. Et son nez, comme une lame, crève son visage. Sa bouche est une ligne croquée à la hâte par un dessinateur furieux.

Sa main à lui, grande et forte, effleure doucement métal et pierre, terne et coupée brutalement par endroits, et à d'autres lisse et scintillante ; caresse des courbes paresseuses et des surfaces rugueuses ; ses yeux, deux fentes, suivent le mélange irrégulier de pierre, d'acier et de cuivre, et ne reconnaissent pas ce qu'ils voient ; les formes qu'elle a créées, dures et étranges, féroces et sauvages, fortes et belles, à partir de sa pensée.

'C'est beau', dit-il.

'Non.'

A présent, ses mains sont étroitement serrées devant elle.

'Je le pense.'

'Mais ça n'est pas ce que j'ai vu. Ce que j'ai imaginé.'

Il s'approche.

'Qu'as-tu vu, dans ce cas ?'

Elle jette sa main en l'air, rapide et nerveuse, esquisse des formes frissonnantes et déséquilibrées ; ses lèvres s'entrouvrent, et elle crache du silence, ou bien le laisse simplement dégouliner le long de son menton qui frémit, un silence épais, collant, amer. Ses doigts tremblent.

Elle hausse les épaules. (Comme si elle tentait de jeter os et âme hors de sa chair.)

'Qu'importe. Rien.'

Il s'approche, laisse sa main en suspension au-dessus de son épaule, ne la touche pas. Le ciseau qui a déjà creusé ses joues grave à présent des lignes profondes sur son front, autour de sa bouche.

'Je n'ai rien vu, je n'ai rien fait. Peu m'importe.'

Elle se lève brutalement, grande, maigre, tendue, et s'éloigne. Il la suit, le long du couloir sombre.

Un peu plus loin devant elle, une porte s'ouvre brusquement, une flaque de lumière éclabousse soudain le sol, et puis disparaît brièvement, lorsque quelqu'un se jette dehors, et s'enfuit vivement. Trop vivement - seule la brève image d'un visage pâle et mince, et d'un flot de cheveux noirs, s'imprime en son esprit.

Elle arrive devant la porte laissée ouverte, jette un coup d'œil à l'intérieur. Une lampe, dont elle n'a jamais vu la pareille, jette ses rayons bleus et ténus ; une chandelle déverse sa lumière rougeâtre en une houle tremblante ; une clarté d'or et d'argent se glisse entre les volets, et l'obscurité enveloppe toute la pièce.

Elle contemple. D'étranges choses, différentes des siennes, et pourtant familières. Elle demeure immobile et silencieuse dans l'encadrement de la porte. Son père vient derrière elle.

'Cela est beau', murmure-t-elle.

Il hoche et secoue la tête à la fois, visage incliné.

'Il ne dirait pas cela.'