« Un Millier de Feuilles »

Disclaimer : Hakkai et Gojyo sont pas à moi, les autres non plus… Faites pas comme si vous saviez pas !

Reviewer's corner : Merci à Récif, Warriormeuh, Mellyna, Gabrielle et Shaniane pour les merveilleux échos à propos de « Prémonition » !

On dit un grand merci à Flo-chan pour le béta, et on oublie pas que c'est sa faute si la fic est née (ma vieille, tu m'en envoie quand tu veux des photos de Youkai-Hakkai !)…

Un bavardage nocturne de Hakkai et Gojyo. Après la mort d'Homura, mais avant la scène de l'étoile Filante qui clôt la saison 2. Point de vue d'Hakkai, la plupart du temps. (Avertissements : au contraire de ce qu'on voit dans Burial (manga Reload), on considère ici que Gojyo n'a jamais vu Hakkai sans ses limiters avant l'épisode dans la tour – Yaoï vaguement hinté …)

oOoOoOo

La plupart des gens « normaux » ont l'habitude de compter les moutons pour s'endormir. Moi pas.

Je compte des feuilles… Des feuilles qui ressemblent à du lierre…

Un, deux, trois…

Cela faisait un moment que j'avais arrêté, pourtant. Mais après ce qui s'est passé aujourd'hui… Cette habitude étrange remontant à de vieilles nuits pluvieuses s'imposa d'elle-même.

Mon propre visage, mon réel visage, s'est rappelé à mes souvenirs.

J'ai porté la main à mes limiters et je les ai enlevés. J'ai libéré le vrai moi.

Ho, j'avais une bien assez bonne raison, c'est sûr. Ils étaient si nombreux, ces youkai dévoués aux Dieux. Et ils ne se décidaient pas à mourir. D'abord, j'ai pensé que ce serait facile. Ils continuaient à revenir, mais le plein pouvoir du youkai en moi suffisait. La fureur glaciale qui coulait dans ce sang, il fallait qu'elle suffise. Petit à petit, j'ai déchiqueté leurs membres…

Mais ces bras et ces jambes qui tombaient sur le sol, ils se traînaient toujours, cherchant à m'atteindre. Cette chair dépourvue de toute âme, il a fallu que…

Mon Dieu… À la fin, il ne restait rien de plus que du sang frais sur cette vaste étendue.

Je me revois encore chercher les limiters et les repêcher dans une mare de liquide écarlate, après ça. C'était comme si mes mains étaient couvertes de fins gants rouges. Je n'ai pas pu supporter cette sensation et j'ai utilisé une décharge de ki pour ôter le sang de ma peau.

Ensuite, j'ai eu besoin de quelques secondes de plus pour remettre fermement en place le masque de Cho Hakkai aussi sûrement que les limiters sur le lobe de mon oreille. Mais je devais me dépêcher de rejoindre les autres…

D'abord, ça avait été facile de continuer. Gojyo était en danger. Après, nous étions tous en danger. Lutter pour survivre m'empêchait de (trop) penser. Plus que tout, pourtant, c'était une autre sorte de regret, ce combat contre les dieux…

Perdre conscience aurait été tellement plus facile, après ça. Miséricordieux, même. Mais il ne voulait pas me laisser. La pensée des autres alors que je ne savais pas où ils se trouvaient aussi, mais lui surtout. Il me traîna à moitié sur tout le trajet menant au sommet de la tour. Vers un nouveau Paradis.

Nous avons assisté à une mort. Encore. Homura. Pas de joie dans la victoire, aujourd'hui. Seulement le soulagement d'être encore vivant, tout au plus.

Et ensuite, le chemin qui nous faisait revenir sur nos pas.

Je revois toujours nos « ennemis ». Étrange. Je me souviens même m'être réjoui qu'ils soient vivants, à défaut d'être indemnes.

Ils étaient tous très proches les uns des autres, juste derrière leur maître. Mais sans nous menacer. Juste là pour constater que, nous aussi, nous nous en étions sortis.

Le provocant petit prince brandissant le second sutra juste sous nos yeux avant de se retirer. Pas besoin de mots. Pas d'adieux non plus, bien sûr. Ça n'a aucune importance. Nous savons tous que nos chemins se croiseront à nouveau. Ils se volatilisèrent… Juste comme ça.

Il était temps pour nous de partir aussi, je suppose.

Nous refîmes tout le chemin vers les étages inférieurs, avec à chaque palier les souvenirs des combats juste terminés qui s'attardaient en ces lieux… Jusqu'au rez-de-chaussée. Vers la première salle dans laquelle nous avions pénétrée. Cette salle.

Je ne voulais pas retourner là-bas… Ces souvenirs, je ne voulais pas les affronter.

C'est la fin. Le monde est toujours là, toujours sauf. Nous sommes tous vivants. Pourquoi est-ce que je devrais retourner dans cet endroit ?

Quand j'ai demandé à Sanzo si nous ne pouvions pas prendre le même chemin que le groupe de Kougaiji avait utilisé pour entrer (un immense trou dans le mur, j'ai vu), je n'ai même pas reconnu ma propre voix. Blanche…Quelque chose en elle a alarmé Gojyo, je crois. Comme il était presque en train de me porter, j'ai senti son corps se raidir. Le moine m'a entendu, mais il s'est contenté de me foudroyer du regard avant de reprendre sa marche aussitôt.

Mais j'ai senti son instant d'hésitation, même si une fraction de seconde seulement, avant qu'il ne pousse résolument la haute porte qui lui barrait le chemin. Nous y étions. Nous avons pénétré dans ce lieu.

Des murs rouges. Les murs étaient tous rouges de sang. Le sol entier également. Même le plafond. Une salle rouge. Je ne sais pas comment j'ai réussi à ne couvrir ma chemise que de quelques taches, après ça.

Je ne veux pas qu'ils voient.

Je sens mes yeux se fermer. Je n'en ai pas besoin, le contact du corps de Gojyo toujours tout contre le mien est assez pour me guider.

Non, ce n'est pas ça. Je ne veux pas regarder les autres en train de découvrir ce dont je suis capable. Ce que je suis. Parce que ce rouge sur le mur est plus moi que tout ce qu'ils ont pu voir durant cet interminable voyage. Ce sanglant voyage. Hakkai, l'ancien humain. Le youkai, maintenant. Regardez.

« Alors quoi ? » Sanzo. Le ton qui fait que les autres se sentent soudain comme des insensés.

Mes yeux s'ouvrent

« Si j'avais su, tout ce temps-là… Je ne me serais pas autant inquiété pour toi quand tu étais là-dedans. » Gojyo. Prudente neutralité.

« Sugeeeee! » Goku, bien sûr. Ça me rappelle le jour où nous avons rencontré Kougaiji. Des fois, je me demande pourquoi je me fais du souci pour ce gamin.

« Bordel. La prochaine fois, essaye de tous les liquider : y'a encore une main qui traîne, là… » Une main d'ailleurs en train de s'agripper à la cheville de notre moine sanzo favori. Son arme parle, comme d'habitude. Le coup de feu étouffa ma réponse.

Hai.

Est-ce si facile à accepter ? Ce que je suis vraiment ?

oOoOoOo

Une auberge.

Par chance, Hakuryu nous a conduit jusque-là presque tout seul…

Nous avons à peine parlé pendant le repas. Quatre silhouettes assises à la même table, chacune si profondément absorbée dans ses pensées que nous avons dû avoir l'air étrangers les uns aux autres.

Même Goku n'as pas mangé tant que ça.

Et j'ai beaucoup bu.

« Pourrais-je avoir un peu plus de saké, onee-san ? »

…vingt-sept, vingt-huit…

La serveuse, une femme d'âge moyen, répondit cette fois avec une légère grimace : « Je ne veux rien savoir des chagrins que vous cherchez à noyer dans tant d'alcool… »

Gojyo cilla à cette déclaration et me jeta un regard étrange. Mais ne dit rien.

Moins d'une heure après ça, nous avons quitté la table pour rejoindre nos chambres.

oOoOoOo

Une chambre.

Gojyo n'arrive pas à trouver le sommeil. Ça fait un moment qu'il se retourne, encore et encore, sur son matelas. Il abandonne soudain et se lève. Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête au moment où j'ai fait semblant de dormir quand il a appelé mon nom. Il soupire. Quitte la pièce. Il va se trouver une fille, une étreinte réconfortante mais sans lendemain, comme d'habitude, je pense…

Je déteste quand il part comme ça. Pas qu'il soit avec quelqu'un d'autre, non. Juste le fait de ne pas le sentir dans les parages…

Parfois, à regarder dans le vide, le temps passe vite.

…cent soixante-six, cent soixante-sept…

La porte. Il revient.

Il sent la cigarette et l'alcool plus que le sexe, ce soir.

Et il marmonne quelque chose, doucement. Étrange…Comme s'il était en train de parler à quelqu'un.

« …c'est pas le lieu, et c'est sûr que c'est pas le bon moment. Alors je te regarde de loin, du coin de l'œil, et j'essaye de pas y penser. J'ai de bonnes intentions, tu sais, j'essaye de pas m'engager dans quoi que ce soit avec toi, vraiment. J'essaye de pas te toucher, de même pas t'effleurer, et la vie continue comme elle doit. Je balaye les sentiments comme… les canards laisse s'écouler l'eau sur leur plumage juste pour rester au sec… saufs…»

Il se laisse simplement tomber sur son lit avec un profond soupir. Le vieux matelas grince en signe de protestation. La chambre est presque dépourvue de meubles. Ma voix résonne avec un écho étrange.

« Gojyo, tu es très saoul. » je lui fais remarquer même s'il n'a certainement pas besoin de moi pour en être conscient. J'entends le reproche qui s'immisce dans mes paroles. Bizarre. Ça ne m'a jamais dérangé qu'il revienne à la maison dans un état d'ébriété avancé du moment qu'il revenait, avant…

Mais il parle de sentiments, ce soir. C'est bien trop personnel. Je ne devrais pas entendre ça. Je ne veux pas. Peux pas gérer les miens. Pourrais pas l'aider avec les siens. Veux pas savoir s'il souffre et que je peux pas l'aider.

Il tressaille. Ne savait pas que j'étais réveillé. Pas juste, je sais.

« Sans blague, » répond-t-il après un moment, accompagnant ses mots d'un rire ivre et désabusé.

« Je veux dire… Tu ne devrais pas attendre d'être dans cet état pour me parler. Ça, ce n'est pas bien. »

Mais qu'est-ce qui se passe avec moi ? Dire quelque chose comme ça ? Alors peut-être que je veux savoir, après tout…

« Parce que tu es tellement bavard, toi, hein ? ». Amer. « Tu ne me dis jamais quand tu souffres, quand tu as peur, quand tu es en colère… »

« Mais je n'en ai pas besoin : sûr, tu le sais toujours, » je coupe avec gentillesse.

C'est vrai. Toujours. C'en est presque effrayant chaque fois que je réalise que le masque en lequel je place tant de confiance ne sert à rien…

« Quant à moi, » je reprends, « j'ai toujours été sourd à ce genre de choses, ou aveugle, quel que soit le nom que tu veux donner à ça. À moins que tu me dises, je ne serai jamais capable de deviner ce que tu as sur le cœur. Peut-être qu'attendre éternellement n'est pas une solution, mais je n'en ai pas d'autre. Alors jusque-là…»

« …Rien ne change. » dit-il.

… Qu'est-ce qu'on fait ? j'étais sur le point d'ajouter. Mais il a réglé le problème. Rien ne change. Oui, c'est plus sûr. Même si je hais le silence. Même si je hais les secrets presque autant que Goku du moment que ce ne sont pas les miens.

Mais si rien ne change, ce n'est pas la peine d'en parler, n'est-ce pas ?

…trois cent quarante-deux, trois cent quarante-trois…

Un cliquetis. Le briquet.

« Et toi, à quoi tu pensais ? Puisque tu ne dormais pas… » Il est en colère. Même l'épais nuage de fumée qu'il souffle a l'air irrité.

Il faut que je dise quelque chose, là… Et je sais déjà qu'il ne va pas aimer la réponse. Mais…L'honnêteté. La sincérité. Il a essayé de m'apprendre ça, durant les dernières années. Parfois, ça marche :

« Le passé. » Après tout, c'est la vérité. Ces feuilles que je compte ont des racines profondément enfouies dans le passé. Il a ce sourire légèrement crispé. Celui qui est amer sur les bords, mais montre clairement qu'il n'est pas étonné du tout.

« Tu sais, tu es un caméléon, Hakkai, » déclare-t-il soudain.

Touché. Toujours en train d'essayer de se cacher.

« Ces animaux… On dit qu'ils sont incapables de vivre dans le présent. Des fois, je te regarde en train de regarder ton passé, et me viens la pensée que peut-être je ne suis pas réel parce que le présent ne signifie rien pour toi. » Il me jette un regard du coin de l'œil, ses yeux semblables à des grenats, mais rompt promptement ce contact visuel avant que je puisse répondre.

La comparaison est étrange. Ou peut-être que nous ne parlons pas du même caméléon. Dons de camouflage. Je pensais que c'était ça leur particularité… C'est drôle la façon dont il les voit. Bien plus marrant que de penser à la façon dont il me voit moi. ÇA, c'est effrayant. Il en parle comme si mon regard menaçait sa propre… existence…

« Tu sais… Te partager avec les ombres de ton passé ou des fantômes, ou quoi que ce soit d'autre…Je m'en fous du moment que j'ai ma part. »

Il plisse le front. Peut-être qu'il a dit à voix haute quelque chose qu'il ne tenait pas vraiment à ce que je sache. Il est allongé sur le flanc, maintenant. Tout ce que je peux voir, c'est son dos.

…quatre cent seize, quatre cent dix-sept…

Mais sa voix monte à nouveau clairement, alors que je pensais qu'il ne dirait rien de plus.

…quatre cent dix -

« Alors comme ça, tu as enlevé tes limiters, aujourd'hui… »

- huit.

Il aborde un autre sujet, en pensant peut-être que je vais préférer rester sourd cette fois encore aux mots qu'il a prononcés avant, comme je le fais d'habitude. Mais ça devient de plus en plus difficile de faire comme si les sentiments qui grandissent dans ma poitrine ne faisaient pas partie de moi…Ma part.

Qu'est-ce qu'il veut ?