Titre : L'absent- épilogue

Auteur : Kestrel21

Base : X/1999

Genre : Yaoï, à priori pas trop OOC, quelques spoilers mais rien de bien méchant et… je crois que c'est tout !

Résumé : Après son combat avec Fuma, Subaru a perdu la mémoire (j'ai toujours eu le don des résumés !).

Disclaimer : Aucun des persos de X ne m'appartiennent et c'est tant mieux comme ça tout le monde peut en profiter (quoi que je dirais pas non si on me proposait Subaru ou Seïshiro !) ! Ah, j'oubliais, les pensées des personnages sont entre guillemets !

- Tu as peur ?

Subaru termina ostensiblement de boutonner sa chemise et leva les yeux vers Kamui, lequel l'observait, accoudé à la fenêtre.

- Qu'est-ce qui te fait croire ça ? demanda le médium en essayant de prendre un air détaché.

Kamui sourit.

- Je ne sais pas… Peut-être le fait que tes mains ne cessent de trembler, et que c'est pour ça que tu as mis deux fois plus de temps que nécessaire à boutonner cette chemise, par exemple…

Subaru eut un petit rire, s'approcha de l'adolescent.

- Bon, on dirait que mon jeu d'acteur n'est pas aussi bon que je l'espérais… Tu as gagné, je suis mort de peur.

Kamui donna une petite tape sur le bras du médium, laissa un rien traîner sa main.

- Dis-toi juste que tu l'as déjà fait, même si ce ne sont que des images. Je suis sûr que ça ira tout seul. Omi devrait arriver bientôt, non ?

- Oui. Ma grand-mère l'a convaincu de passer me chercher et m'accompagner. Il n'interviendra pas mais on ne me fait pas encore suffisamment confiance pour me laisser totalement seul.

- Tu t'en plains ? s'étonna Kamui.

- Non, pas du tout, répondit l'exorciste avec un petit sourire matois. Et je pense que sa présence sera rassurante. Peut-être même pourrons-nous devenir bons amis…

- Si tu dois travailler avec lui par la suite, ce serait préférable, reconnu Kamui.

A cela Subaru ne répondit rien, posa ses mains sur l'épaule du lycéen, pressa son visage contre ses cheveux noirs.

- J'aurais aimé que tu viennes avec moi…, soupira-t-il après quelques instants de silence. Mais les instructions étaient bien claires, la présence d'un tiers n'est pas tolérable.

Il eut un faible ricanement.

- Qu'il s'agisse du Kamui des Dragons du Ciel ou d'un simple quidam, d'ailleurs…

Il s'écarta de Kamui, ce qui provoqua chez le plus jeune un léger son de désarroi.

Il se retourna et observa Subaru, debout à côté de son lit, attraper entre ses mains une cravate unie et sombre pour la nouer autour de son cou.

Mais ses mains frissonnaient, les tentatives se succédèrent et Kamui voyait à son expression tendue qu'il commençait à s'énerver.

L'adolescent s'approcha d'un pas preste, ôta des mains gourdes du médium les deux pans de tissu, les arrangea d'un petit coup sec puis les noua ensemble avec dextérité.

Subaru le regarda faire, amusé. On eut dit qu'il avait fait cela toute sa vie.

- Merci…, murmura-t-il.

Kamui sourit, puis sans prévenir, tira d'un coup sec sur la cravate. N'ayant rien vu venir, Subaru fut attiré en avant et Kamui l'embrassa.

Une voix proche les fit sursauter, provenant de derrière la porte.

- Subaru, Omi est en bas, il t'attend.

Le lycéen sentit Subaru tressaillir légèrement.

- Bon, allons-y…

La voix du médium ne portait plus aucune trace d'inquiétude, juste de la déception de devoir écourter ce petit tête-à-tête.

- A tout à l'heure.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

- Heureux de vous revoir, Subaru-san.

Et la voix d'Omi ne contenait aucun sarcasme.

Subaru le salua à son tour, s'installa sur le siège passager, claqua la porte et le conducteur démarra au quart de tour.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

- C'est ici que je vous laisse, murmura le jeune homme. Je vous attends d'ici une heure. Et n'hésitez pas, si vous avez le moindre problème…

- Merci Omi, je pense que ça ira, répondit Subaru, souriant avec affabilité. A tout à l'heure.

- Bonne chance.

Subaru le remercia d'un sourire, quitta la voiture, s'engagea dans une allée sinueuse au dallage irrégulier, envahie par les herbes folles.

Quelques instants plus tard, il perdit la voiture de vue.

Il eut l'impression de cheminer des heures sur ce petit chemin avant d'arriver en vue de splendide maison de l'époque Meiji dont il avait reçu la description, haute et encadrée d'immenses arbres de toutes les sortes.

Son client été sensé l'attendre sur le perron mais il y était seul. Aussi observa-t-il l'endroit où il se trouvait avec davantage d'attention.

Son regard tomba alors sur un énorme cerisier paré de feuilles d'un vert éclatant, ses branches se mêlant à celle d'un érable rouge comme les bras enlacés de deux amants. Et il ne put plus en détacher son regard.

Il comprit alors que jamais il ne pourrait oublier, si la simple vue d'un cerisier le laissait ainsi, perdu, incapable de détourner les yeux.

Plus que jamais il aurait désiré avoir Kamui à ses côtés, pour ne plus songer à lui, pour ne plus s'attendre à le voir surgir de derrière ce cerisier à tout moment et s'approcher de lui, avec ce sourire railleur.

Mais au fond, n'était-ce pas aussi cela qui le portait, l'entendre respirer, le sentir vivre et se mouvoir derrière les lambris de sa raison…

- Désolée de vous avoir fait attendre…

Il se retourna brusquement. Face à lui se tenait une vieille femme de grande taille, mince comme une tige, étonnamment droite pour son âge. Elle portait une élégant yukata bleu roi décoré de narcisses, retenu à la taille par un obi de soie plus sombre, ses cheveux blancs prisonniers d'un chignon rigide.

- Excusez-moi…, fit-il, le cœur battant. Je ne vous avez pas entendu.

Elle noua ses mains parcheminées entre elle, le considérant sans un mot. Ses yeux noirs ne reflétaient rien.

- Venez avec moi…

Un dernier regard à l'arbre immense, une dernière pensée pour son amant qui l'attendait, il hocha la tête et il la suivit.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

- Avez-vous terminé ?

Subaru hocha la tête, sans sourire. Son visage devenu pâle n'exprimait rien.

- C'est fini. Mlle Yasuko ne vous tourmentera plus.

La vielle femme eut un haussement d'épaule dédaigneux.

- Elle ne me dérangeait pas réellement, en fait. Non, ce n'était pas vraiment pour ma tranquillité personnelle…

- L'enfant dans la chambre ne s'est même pas réveillé lorsque j'ai pratiqué l'exorcisme, se rappela Subaru avec calme. Etait-ce pour lui que vous m'avez fait venir ?

Un voile de douceur se posa sur le visage rigide et fripé.

- Mon petit Hideyumi est si gentil…, murmura-t-elle avec amour, les lèvres pincées. Il est mon unique petit-fils. Je l'élève depuis la mort de sa mère. Et il semblait presque l'oublier, oublier tout ce qu'elle lui avait fait subir, oublier son décès… Il a fallu que cette garce revienne le hanter, revienne raviver des souvenirs ignobles… Mais c'est bien fini à présent, grâce à vous.

La voix s'était faite équivoque et une sorte de joie immonde se lisait à présent sur le visage noble et émacié.

- Etrange manière d'évoquer votre propre enfant, se contenta de commenter Subaru, les yeux baissés. Le spectre de Mlle Yasuko était penché sur le lit où dormait votre petit-fils lorsque je suis entré. Elle paressait apaisée, murmurait à son oreille, caressait sa joue de la main. Et Hideyumi souriait dans son sommeil...

- Où désirez-vous en venir ?

La voix s'était faite venimeuse.

- Mlle Yasuko n'avait rien d'un esprit vengeur, continua le médium avec la même sérénité. La preuve est qu'elle ne semblait pas vous en vouloir. Son plus grand désir était finalement de pouvoir demeurer auprès de son fils, quelle que fut sa nouvelle forme.

- Taisez-vous, voulez-vous ! s'exclama brusquement la vielle femme. Hideyumi n'a plus que moi au monde, peu importe ce que cette punaise a pu vous raconter ! Elle me haïssait, je l'ai toujours su ! N'est-ce pas triste, une enfant qui n'aime pas sa mère !

- Au moins autant qu'une mère assassinant sa propre fille rien que pour pouvoir se vanter d'avoir élevé l'héritier mâle d'une prestigieuse famille.

- En voilà assez ! Je n'ai de leçon à recevoir de personne ! Surtout pas de vous ! Toutes les grandes familles ont toujours eu besoin de donner la mort pour prospérer, vous le savez aussi bien que moi !

- Mlle Yasuko ne vous haïssez pas comme vous vous complaisez à le croire. Elle n'a fait jusqu'à sa mort que protéger son fils de votre convoitise. Au point que vous soyez forcée de la tuer pour parvenir à vos fins.

- Elle battait son enfant ! Elle frappait son propre enfant ! Un si gentil et beau petit garçon, elle est bien plus criminelle que je ne le serais jamais !

- Hideyumi adorait sa mère. Bien plus qu'il ne vous aimera jamais. Mais tout ceci est fini, Mlle Yasuko ne hantera plus son esprit… Ni le vôtre.

la vieille femme sembla se radoucir, sa voix se fit fielleuse.

- Toutes les grandes familles en viennent un jour à verser le sang qui servira à leur longévité…, murmura-t-elle, sentencieuse, en se s'approchant de l'exorciste silencieux. Vous ne l'ignorez pas, vous qu'on dit avoir été l'intime de l'ennemi juré de votre famille, un assassin assoiffé de sang…

Subaru eut un rictus méprisant.

- Sachez madame que j'ai été bien plus que l'intime d'un tueur…, souffla-t-il avec un petit rire. J'ai été son assassin, ce qui dans la tradition de la famille Sakurazuka ne peut signifier qu'une chose…

Soudain alarmée, la vieille femme recula d'un pas, dans ses yeux se mêlaient dégoût et effroi.

- Qu… Quoi ! Vous voulez dire que… !

- Mais que cela vous rassure, je suis ici uniquement pour effectuer le travail prévu par mon clan. On dit la destinée immuable, qui a tué un Sakurazukamori ne peut lutter, il en sera l'héritier. Mais j'ai décidé de choisir moi-même mon destin.

Ces paroles parurent rassurer un rien son interlocutrice, qui eut à son tour un petit rire sans joie.

- Le treizième chef de l'ancestrale famille d'exorcistes Sumeragi, devenu un Sakurazukamori… Voilà qui ferait en effet se retourner vos aïeux dans leurs tombes…

Subaru sourit, son vis-à-vis frémit.

- Celui qui tue doit toujours se préparer à être tué lui-même. Qui a un jour déclaré les assassins sans cœur ? Je suis au contraire persuadé qu'il n'y a pas plus vivants que ceux qui prennent la vie… Et puis, se faire tuer par la personne pour laquelle on n'éprouve le plus d'amour, n'est-ce pas la plus belle des fins ? N'apprécieriez-vous pas de mourir de la main d'Hideyumi pour expier votre crime, pas exemple ?

- Pou… Pourquoi donc me dire cela !

- Ceci est mon premier travail, madame.

La femme haussa un sourcil interrogatif.

- Oui, en effet… J'ai entendu dire que vous aviez cessé toute activité durant un certain temps...

Subaru rit.

- C'est vrai. Mais ce n'est pas de ceci dont je parle.

Ce disant, il s'avança jusqu'à son interlocutrice, qui poussa un petit cri.

- Ne vous inquiétez pas, il ne se passera rien. Ma destinée semble programmée mais je la dirigerais moi-même, je l'ai décidé ainsi. Quoi que, si je devenais réellement le nouveau Sakurazukamori, je connais déjà mon successeur, la personne la plus chère à mon cœur…

Il avança encore.

- Tuer pour pouvoir choisir sa propre mort… Mais il est trop pur, probable que cette épreuve l'achèverait sans aucun doute. Il a tellement souffert, il a tellement été trahi…

« Tu le vivrais comme une trahison, n'est-ce pas Kamui… ? »

Mais quelques secondes plus tard, toute pensée avait déjà quitté son esprit, tandis qu'il se saisissait puis serrait contre son corps le cadavre de sa vieille employeuse.

- Mais que tu ne t'en fasses pas Kamui…, murmura-t-il pour lui-même en effleurant du doigt une cicatrice d'une merveilleuse éloquence sur sa joue. Je choisirais moi-même mon destin…

Fin.

Merci à toutes celles à qui cette histoire a plu, à toutes celles qui m'ont écrit et soutenue.

Fic commencée durant l'été 2004. Achevée durant l'été 2006, le 15 août au soir.