Atouts Charmes

CHAPITRE 1

- Conan, tu es prêt ?

Ran appela celui qui squattait la salle de bain depuis une demie heure.

"Il est pire qu'une fille... Est-ce que je suis aussi longue, moi ?!"

Conan descendit enfin. Ran lui fit remarquer qu'ils étaient en retard, et que son père s'impatienterait s'il ne les voyait pas en bas de l'agence avant 18h30.

- Il revient avec la voiture de location, nous prend en bas, et direction où-tu-sais... Alors dépêche-toi, il ne va pas tarder...

"Ouais, ouais... On va encore se faire une super soirée... TT Je me demande quel genre de type peut bien inviter Kogoro à un défilé de Haute Couture..."

Conan se remémora les circonstances qui avaient permis cette soirée...

En fait, ils avaient reçu une lettre, deux jours plus tôt, invitant Kogoro et sa fille à se rendre à un défilé de mode "particulier". Ce défilé était signé Christian Lacroix, un grand couturier français, qui inaugurait sa dernière collection au Japon. Conan avait pu être invité, et cela le dérangea un peu, car ce n'était pas son genre d'aller voir des filles pas toujours belles se trémousser dans des vêtements pas toujours beaux... Si Sonoko avait été présente quand il présenta son point de vue à Ran, il n'aurait jamais pu vivre assez longtemps pour y participer, finalement.

Puis le jour J, ou plutôt le soir S arriva, et Conan se dépêcha de monter dans la Hyundai que Kogoro avait louée pour l'occasion. Au bout d'une demie heure de trajet, ils arrivèrent finalement à l'endroit ou le défilé avait lieu. Il s'agissait d'un vieux manoir restauré pour l'occasion. Le style occidental fut revisité, et l'intérieur était arrangé à la manière européenne. Il y avait un vestibule à l'entrée, et deux jeunes femmes leur demandèrent manteaux et cartes d'invitation. Quand Ran présenta sa carte, la femme sourit, et lui demanda de la suivre.

- Hein ?! Mais pourquoi ?!

- Le maître vous a prévu une surprise... Vous aurez l'immense honneur d'accepter sa proposition...

- Quoi ?! Qu'est-ce qu'il veut à ma fille, cet étranger ?!! fit Kogoro, soudain inquiet.

- Ne vous inquiétez pas. Tout est arrangé.

Le regard serein de la jeune femme parut calmer Kogoro, qui se laissa séduire par ses yeux rieurs.

Mais Conan, lui, ne tomba pas dans le piège.

- Veuillez nous suivre, Mademoiselle...

Ran les suivit donc, abandonnant son père.

Conan la suivit tout aussi discrètement, sa taille lui permettant de se cacher à la vue des deux jeunes femmes qui entraînaient Ran. Mais s'il était resté avec Kogoro, il aurait reconnu la personne qui se dirigeait vers eux avec de grands gestes...

Les filles passèrent derrière le guichet du vestibule, empruntèrent une porte cachée sous une tenture de velours rouge, puis pénétrèrent dans une sorte de coulisse. Conan les suivit silencieusement.

Enfin, elles arrivèrent dans une loge, où plusieurs femmes à demi nues babillaient (selon Conan) et s'habillaient en vitesse dans d'étranges morceaux de tissus.

"Sûrement des mannequins..." pensa-t-il en rougissant à la vue de ces corps.

Puis il vit le petit groupe entrer dans une petite pièce au fond de la loge. Avant de la perdre de vue, Conan pu voir l'expression de son amie à l'ouverture de la porte passer de la perplexité à la joie.

Puis il entendit une femme s'écrier près de lui, et tous les regards convergèrent sur lui, tandis que la porte se refermait sur son amie.

- Oh dear !! A kid !

- Mais qu'est-ce qu'il fait là ?!

Des voix féminines parlant le français et l'anglais se mirent à piailler tout autour de lui, et l'une des femmes qui avaient emmené Ran arriva. Elle reconnut le gamin qui accompagnait la jeune fille, et l'attrapant, le fit sortir.

- Ce n'est pas un endroit pour les enfants, le sermonna-t-elle. Encore moins pour un garçon.

Elle le ramena au vestibule, malgré ses protestations.

A peine avait-elle tourné les talons et regagné la coulisse, que Conan sentit le sol se dérober sous ses pieds.

- Encore à semer la zizanie, hein ?!

Kogoro venait de le soulever par le col. Cette fois, Conan su que le coup était proche...

- Alors, gamin, on matte les filles ? A ton âge, t'as pas honte ?!

"Cette voix... Mais c'est..."

- Hattori ?! Qu'est-ce que tu fou... fais là ?

- Bah... D'après toi, monsieur le détective en herbe ? Je viens voir le défilé, pardi !

- Mais Kazuha n'est pas avec toi ?

- Pourquoi vous voulez toujours qu'elle soit à mes basques...? Oui, elle est là... Mais on me l'a "kidnappée"...

- Quoi ?! Toi aussi...

Puis remarquant que Kogoro ne s'agitait guère plus...

- On peut m'expliquer ?

- Oui, moi aussi j'aimerai savoir ce qu'il se passe ici, gronda une voix derrière eux.

- Inspecteur Nakamori ?! s'étonnèrent Conan et Kogoro.

- C'est qui ce type ?

Trois regards courroucés se tournèrent vers Heiji.

- Laisse-moi te présenter l'inspecteur Nakamori, espèce d'ignare et de malpoli, fit Kogoro en prenant les choses en main. Ne faites pas attention à lui, monsieur l'inspecteur... Ce n'est qu'un jeune idiot d'Osaka...

- Je me présente, Hattori Heiji, détective lycéen...

"Vas-y... roule des mécaniques... T'as de la chance que Kazuha soit pas dans le coin...", pensa amèrement Conan.

- Ah oui, tu dois certainement être le fils du préfet Hattori... dit Nakamori, un sourcil froncé. Ca nous fait donc un inspecteur et deux détectives à cette soirée...

- Quatre, pour être exact, retentit une voix soudainement.

Ils se retournèrent pour voir un jeune homme aux cheveux d'un châtain clair venir vers eux d'un pas nonchalant.

- Encore toi... fit Nakamori.

- Hein ?! fit Kogoro.

- Et lui, c'est qui ? demanda Heiji discrètement à Conan.

Ce dernier n'eut pas le temps de lui répondre.

Le jeune homme se présenta à Kogoro en lui montrant une carte de visite.

- Vous n'avez pu me rencontrer lors de cette réunion de détective, la dernière fois, mais aujourd'hui, je peux enfin me présenter à vous... Mon nom est Saguru Hakuba. Je suis détective.

- Et où est le 4ème détective dont vous parlez ? lui demanda Heiji.

- Hum... Hattori Heiji... J'ai entendu parlé de vous...

- J'espère bien, je suis le plus célèbre détective de l'Ouest !

- Ah oui ? Ca, c'est ce que vous aimez croire...

- Quoi ?!

Heiji faillit s'étrangler, avant de vouloir faire subir le même sort au jeune homme impertinent. Conan eut du mal à le retenir.

- Pour répondre à votre question, nous sommes trois détectives à être invité à cette soirée... Le quatrième est parmi nous, et il a beaucoup aidé à l'affaire du "Manoir du Crépuscule"...

Son regard s'arrêta sur Conan. Celui-ci déglutit de peur.

- Oui... continua Hakuba. Franchement, tu as eu une idée de génie ce jour-là, mon garçon ! Dommage que tu n'aies pas dix ans de plus, je t'aurai pris comme assistant dans mon agence !

" Si tu savais ce que je te mettrais comme pâté en affaires, si j'avais mes dix ans de plus... Ca serait toi qui voudrais être mon assistant... A supposer que je veuille bien de toi ! " grinça Conan entre ses dents. Heiji faillit pouffer de rire en voyant l'expression de son ami. Il se doutait bien de ses pensées.

Soudain, un homme, la trentaine jeune, quitta la foule près d'eux pour les rejoindre. Il avait les cheveux blonds mi-longs. Il avait le regard rieur, d'un bleu pastel, et donnait l'air d'un jeune sportif. Mais tout dans sa démarche indiquait le contraire. Ce jeune Français était Christian Lacroix en personne.

Il se présenta au groupe de détectives.

- Messieurs, veuillez excuser ma démarche un peu bizarre auprès de vous, dit-il dans un japonais un peu hésitant. Je suis désolé de vous avoir invité aussi vite, et d'avoir eu à vous séparer de vos compagnes.

- La personne que vous avez invitée avec moi n'est pas "ma" compagne, se justifia Hakuba. Juste une camarade de lycée.

- Je sais bien, monsieur, mais il me fallait cette jeune demoiselle pour justifier mon action.

- Quelle est-elle, au juste, demanda Nakamori. Pourquoi ma fille n'est-elle pas avec moi ? Et pourquoi quatre experts en enquêtes se retrouvent-ils au beau milieu d'un défilé de mode ?

Lacroix prit un air grave. Il chercha quelque chose dans la foule environnante, et ne la trouvant pas, il invita ses interlocuteurs à le suivre dans une pièce spéciale, à l'étage.

De cette pièce, ils avaient une vue panoramique de la salle des présentations, et du podium de défilé, une longue promenade d'une vingtaine de mètres se terminant en cerle avec une mosaïque rouge et noire au centre de ce cercle, surplombé par une horloge dont les quarts correspondaient aux figures d'un jeu de cartes. Il virent plusieurs photographes s'installer aux premiers rangs, afin d'avoir la vue large et dégagée, et le meilleur angle pour leurs prises de vues. Beaucoup de personnes dont les habits reflétaient leur classe discutaient en se dirigeant vers ces places. Apparemment, il y avait beaucoup de V.I.P. à cette soirée. Conan pensa que Sonoko serait peut-être de la partie. Mais à la place, il découvrit sa soeur, en compagnie de son fiancé.

"Ouf ! On l'a échappé belle !" pensa-t-il.

Il n'avait pas envie de voir Sonoko pleurer... Car il avait son idée sur le kidnapping...

- Bon, fit-il une fois que tous les hommes quittèrent des yeux la baie vitrée teintée. Pourriez vous nous expliquer pourquoi les filles doivent participer à ce défilé ? De plus, je dois admettre que c'est pour une raison commune que nous sommes ici...

- Oui... Qu'a-t-il encore l'intention de faire cette fois ? demanda Nakamori.

Hakuba se contenta de sourire, tandis que Heiji ne voyait pas trop où on voulait en venir. Kogoro, lui se préoccupait plutôt de Yoko Okino qui venait d'apparaître derrière la verrière.

- Eh bien, vous avez raison, fit une jeune femme qui arriva derrière Lacroix. Si vous êtes ici, c'est pour protéger ma collection...

La femme qui venait de se découvrir avait elle aussi les cheveux blonds et le même regard que Lacroix. Mais elle paraissait frêle, et de santé fragile.

- Je suis la soeur de Christian, je m'appelle...

- Catherine Lacroix, fit Hakuba en lui prenant la main dans un semblant de baisemain. Vous êtes encore plus belle en vrai...

Heiji et Conan se lancèrent un regard déconcerté. Ce jeune dandy n'en ratait pas une...

Mais la jeune femme retira sa main. Elle jeta sur Hakuba un regard hautain, et cela sembla perturber le détective, qui ne s'y attendait pas.

- Bien, fit sèchement Heiji. Pourquoi Kazuha doit-elle faire partie du défilé ?

- Jeune homme, il faut savoir être patient... Je vais vous donner votre réponse...

Elle se carra dans un fauteuil, derrière un bureau qui faisait face à la baie vitrée.

- Si nous vous avons contacté, c'est pour que vous surveilliez notre collection.

- Qu'est-ce qu'on a à voir avec vos vêtements ? remarqua Heiji. Ils valent peut-être cher, mais bon, si vos filles les portent, ils ne risquent pas de s'envoler...

- Peu m'importe les habits, répondit-elle en haussant les épaules, tandis que son frère ne relevait pas la remarque. Vous n'avez pas affaire à ça, mais à MA collection.

Elle ouvrit un tiroir, et en sortit un boîtier de trente centimètres de long, sur cinq de large. Elle le tendit à son frère, qui en fit découvrir le contenu à la petite assemblée.

Tous les hommes présents retinrent leur souffle à la vue du superbe tour de cou en or massif qui s'étalait sur son écrin de velours rouge.

- Cette pièce fait partie de la collection ETE. Ce soir, vous découvrirez mes 4 collections, assorties sur les créations de mon frère. Nous avons combiné nos deux passions pour réaliser ce projet de grande envergure. Depuis plus de deux ans, nous avons sué sang et eau pour pouvoir mettre sur pied ce double défilé. Pour la première fois au monde, la mode du bijou de prestige et celle de la lingerie haut de gamme vont enfin fusionner en un magnifique défilé !

Emballée par son fantasme devenu réalité, elle s'était levée, et tout le monde pouvait clairement voir qu'elle se sentait fière d'avoir réussi son pari.

Son frère, près d'elle, ne dévoilait pas sa joie de la même manière...

- Mais depuis que cette collection a pu voir le jour, nous avons compris qu'elle faisait le point de mire de bien plus que de simples concurrents ou journalistes...

Catherine se ravisa. Une ombre passa sur son visage.

- Oui. Depuis que notre collection a été annoncée en inauguration au Japon, nous avons fait l'objet d'une attention plutôt particulière. Un dangereux voleur nous a pris pour cible. Il en veut non pas aux robes, mais aux bijoux, vous vous en doutez bien...

- Il s'agit du Kid, n'est-ce pas ? comprit Kogoro.

Six regards se posèrent sur Kogoro. Ce dernier ne comprit pas pourquoi il fut au milieu de l'attention de tous. Tous avaient compris bien avant lui, comme d'habitude...

- Bref, fit Heiji en se raclant la gorge. Comment voulez-vous que nous surveillions tous vos bijoux ?! Même à quatre contre lui, on n'est pas sûr de pouvoir l'en empêcher...

- Ce qu'il faut savoir, jeune homme, c'est que les bijoux que vos amies auront l'honneur de porter sont des pièces spéciales. Ce sont les plus importantes de la collection. Et comme nous avons pensé à tout, elles ont aussi été spécialement créées pour éviter ce genre de situation. Un micro émetteur d'une portée de dix kilomètres a été ajouté sur chaque parure. Toutes les pièces sont ainsi marquées. Et cela, seule moi et mon frère le savons. Vous aussi, à présent, le savez. Si le Kid tente quoique ce soit et réussi son ignoble crime, nous ne le perdrons pas de vue...

- Oui, mais les filles, dans tout ça ?! Pourquoi les y avoir mêler ?!

Heiji n'appréciait pas que l'on s'amuse avec son amie à ses dépends.

- Tout simplement parce qu'elles correspondent à l'idée que je me fais de la mode japonaise... Mais aussi parce qu'ainsi, vous qui êtes les poursuiveurs de cet Insaisissable vous puissiez vous donner les moyens d'y parvenir.

- C'est impensable, souffla Hakuba. Comment pouvez vous croire que nous puissions nous motiver pour l'arrêter en mettant la vie de nos amies entre les mains de ce voleur ? Mais bon, je n'ai rien à craindre... Akako peut très bien se débrouiller sans moi...

Il alla s'asseoir au fond de la pièce, afin d'observer les gens s'installer, et peut-être découvrir le Kid parmi eux...

- Oui, mais Ran et Kazuha n'ont rien à voir avec ça... Est-ce qu'elles sont au courant ? demanda Conan.

- Bien sûr. Nous leur avons fait part de notre plan le lendemain de la réception de leurs invitations. Elles ont accepté et ont juré de ne rien dévoiler, pas même à vous... Elles sont ici de leur plein gré.

"Ils se sont bien foutu de nous" gronda Conan intérieurement.

Cette pression inutile n'allait pas les aider à empêcher le Kid de voler les bijoux.

- Si je comprends bien, intervint Nakamori, nos filles participent de leur plein gré à la capture du Kid. Vous avez parlé de la collection ETE... Je présume qu'il y a aussi une collection HIVER, PRINTEMPS et AUTOMNE...

- Exactement, fit Catherine Lacroix. Et il en est de même pour les bijoux. Chaque bijou a été crée en parfaite harmonie avec la robe qui lui est destiné. Vous pourrez voir ceci dès maintenant, ainsi que le reste du défilé, et la surprise que nous avons réservée au Kid, pour son affront.

A ces mots, elle se leva et les invita à passer dans la salle principale. Aucun d'eux n'eut l'explication de la "surprise".

Les invités s'étaient installé à leur place, et continuaient de discuter entre eux. Conan et Heiji observèrent la pièce, imités par Hakuba. Nakamori restait la mine renfrognée, tandis que Mouri essayait de le dérider en lui parlant un peu. Catherine les fit passer dans la coulisse, en passant par une porte au fond près de l'estrade. Ils arrivèrent ainsi dans les loges, et le spectacle qu'ils virent leur mit le rose aux joues. Devant eux, de superbes mannequins portaient des robes d'une beauté à couper le souffle. Elles se faisaient maquiller, habiller par d'autres femmes, qui s'affairaient comme des fourmis autour de la Reine. Mais en comparaison, elles avaient l'air beaucoup plus pressées.

Une femme vint se planter devant Catherine, l'air énergique, heureuse, mais aussi anxieuse...

- Cathy, c'est presque prêt. Il ne manque plus que toi.

Catherine acquiesça, et précéda la jeune femme dans une pièce au fond. Elles en ressortirent au bout de deux minutes, Catherine portant un coffret dans ses bras. Il s'agissait d'une mallette en Duralumin qui contenait les parures que porteraient les mannequins lors du défilé.

- Les bijoux sont rangés dans cette mallette. Moi et moi seule en possède l'unique clé.

Elle fouilla dans son corsage pour en ressortir une clé en argent massif.

- Eh ben, je me demande en quel minerai est sa brosse à dent, confia silencieusement Heiji à Conan.

- Sûrement en platine... j'ose même pas imaginer le prix...

Catherine ouvrit la mallette, et les joyaux apparurent. Toutes les filles s'extasièrent à leur vue, et Catherine les distribua aux filles qui se les firent mettre par leur "fourmis".

Les hommes se regardaient. Ils étaient au pied du mur, à présent.

- Où sont Ran et les autres ? demanda Conan.

- Elles sont le clou du spectacle. Les joyaux que vous avez là ne sont que de petites broutilles comparées aux parures que vont porter vos amies...

- Donc, on peut s'attendre à ce que le Kid se manifeste à la fin du spectacle, objecta Hakuba.

- Certes, certes... répondit distraitement Christian.

Conan et Heiji se regardèrent. Entre eux, le courant passa comme s'ils avaient connecté leurs cerveaux à l'aide d'un câble invisible. Il y avait quelque chose de louche... Et ils n'allaient pas tarder à le savoir...

Deux minutes plus tard, les cinq hommes rejoignirent leurs places stratégiques (à part Conan, qui pu se mettre au 1er rang) afin de surveiller le défilé.

La salle, plongée dans une demie pénombre, vit soudainement ses veilleuses s'éteindre. Un petit brouhaha se fit, car les gens ne s'y attendaient pas. Puis la lumière se fit sur le devant de la scène. Eclairés d'un spot, les deux membres de la famille Lacroix prenaient la parole afin de se présenter.

- Mesdames et messieurs, bienvenue à cette soirée inauguratrice. Nous tenons d'abord à vous remercier d'y participer par votre présence.

- Si vous êtes ici, poursuivit Catherine, c'est parce que nous souhaitons vous présenter une collection défiant l'imagination de tous. Aussi, nous vous demanderons de bien vouloir nous faire part de votre réaction juste après le défilé, lors d'un petit banquet.

- N'hésitez pas à nous poser toutes les questions que vous souhaitez. En attendant, que se régalent vos yeux et vos coeurs de toute la splendeur de notre création !

La lumière s'éteignit tout aussi soudainement que la fois précédente, et une légère musique se mit à résonner dans la salle. Elle était à la fois douce et mélodieuse, mais on sentait qu'elle souhaitait pousser plus dans les tonalités... Et pendant que l'intro débutait, la lumière se leva lentement, tamisée et sombre, puis s'éclaira au fur et à mesure que la musique devenait plus entraînante...

La première fille passa sur la scène, et les gens, bouche bée, se mirent à applaudirent. Quelques femmes poussèrent des cris d'envie devant la beauté de la robe courte qu'elle portait. Son maquillage, léger, n'avait rien de provoquant, et les quelques paillettes de bleu électrique qui parsemaient son corps lui donnait l'impression d'être de cristal bleuté. La robe qu'elle portait était diaphane, mais aucune des parties de son corps qui auraient pu choquer les moeurs n'était dévoilée. Seules ses jambes transparaissaient avec le bleu du vêtement. Quelques voiles par-ci, un peu de ruban par-là, rien n'avait de choquant pour l'oeil dans cette création. On aurait dit que le dessinateur de la robe voulait mettre un tout dans son habit, et pourtant, le valoriser sur tous les détails.

Et cela se retrouva dans toutes les robes que les spectateurs purent voir durant toute la soirée.

Les autres mannequins passèrent ensuite.

Conan remarqua que les robes passaient dans un sens prédéterminé : d'abord en bleu, puis en rouge, en jaune, et enfin en blanc. Heiji avait aussi remarqué, et il se demandait quelle couleur avait été attribuée à Kazuha. Cependant, son regard ne s'attardait pas sur les robes. Il avait remarqué les bijoux qui ornaient les mannequins, et concentrait son attention sur les personnes qui se trouvaient autour de lui. Devant lui, une femme s'éventait avec un petit éventail rond de cérémonie, finement décoré. Sur sa gauche, un vieillard, d'une soixantaine d'année, remontait plusieurs fois ses lorgnons, qui ne cessaient de glisser le long de son nez. De l'autre côté, une autre femme suivait sérieusement le défilé, le regard enflammé par la beauté des robes, ou des pierres, Heiji n'aurait pu l'affirmer. Mais même si la pénombre dans le public l'empêchait de pouvoir observer son monde tout à loisir, il continuait de garder tous ses sens en éveil.

Il en était de même pour Hakuba, et pour Nakamori. Kogoro prenait aussi son rôle au sérieux, mais sans personne pour le surveiller lui, il passait beaucoup plus de coup d'oeillades vers la scène que sur les personnes qui auraient pu paraître suspectes... Quant aux Lacroix, ils étaient dans les coulisses, derrière la scène, et s'occupaient du déroulement du défilé.

Conan en eut assez de rester à l'écart, près du devant de la scène. Il quitta silencieusement son siège, et se glissa lentement le long du pan de la scène. Il atteignit ainsi la porte menant aux coulisses où se trouvaient les organisateurs. Il voulait se trouver sur les lieux les plus importants, de son avis. Une fois dans les coulisses, il se retrouva pris dans une tornade de froufrous, de bruits et de voix. La fourmilière s'était réveillée...

Il eut du mal à retrouver les Lacroix parmi les personnes qui couraient en tous sens, la tête à leurs préparatifs. Les assistants de mode se précipitaient et pressaient les mannequins pour qu'elles se changent, une femme donna de la voix en Anglais pour faire entendre un ordre ou un appel d'aide... Puis Conan les vit, tous les deux, observant le défilé près d'un technicien qui s'occupait de la console contrôlant les éclairages et la musique de fond. De là où ils étaient, ils pouvaient voir sans être vu. Conan s'approcha d'eux. Christian le remarqua, et lui sourit brièvement. Conan se tint debout près d'eux, s'intéressant au travail du technicien. Ce dernier, voyant l'intérêt du gamin près de lui, lui expliqua quelques commandes, histoire de bavarder un peu.

Tout en suivant les explications, Conan observait attentivement la scène du défilé. Il s'attendait à voir Ran surgir d'un instant à l'autre. Il ne l'avait pas vue dans la cohue des loges, et espérait ne pas rater son entrée en lice.

Puis le technicien, sur un clin d'oeil de Catherine, mit en route une musique rapide et vive, électrique. Le défilé s'accéléra, et les créations devenaient de plus en plus sophistiquées. Les bijoux continuaient à être mis en valeur autant que les modèles, et les filles dansaient presque alors qu'elles défilaient.

- C'est bientôt le clou du spectacle, glissa malignement Catherine Lacroix à l'oreille de Conan. Observe bien...

Et tandis que Conan regardait attentivement la scène, il vit une jeune fille qui n'avait rien d'un mannequin, mais qui avait une démarche gracieuse, glisser sur la piste dans une robe bleue qui lui allait à ravir.